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Full text of "Collection des anciens alchimistes grecs"

^/e/^/m. 



M3<9. 



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in 2009 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/collectiondesanc01bert 



COLLECTION 



DES ANCIENS 



ALCHIMISTES GRECS 



IMPRIMERIE LE MALE ET C"^, HAVRE 






COLLECTION 



DES ANCIENS 



ALCHIMISTES GRECS 



sous LES AUSPICES DU MINISTERE DE L INSTRUCTION PUBLIQUE 

Par m. BERTHELOT 

SÉNATEUR. Membre de i'Institut, Professeur au Collège de Frime 

Avec la collaboration de M. Ch.-Em. RUELLE 
Bibliothécaire a la Bibliothèque Sainte-Geneviève 



PREMIERE LIVRAISON 

comprenant : 

INTRODUCTION avec planches et figures en photogravure 

INDICATIONS GENERALES. - TRAITES DEMOCRITAINS 

(DÉMOCRITE, SVNÉSIUS, OlVMPIODORE) 

TEXTE GREC ET TRADUCTION FRANÇAISE 

avec variantes, NOTES ET COMMENTAIRES 



PARIS 
GEORGES STEINHEIL, ÉDITEUR 

2, RUE CASIMIR-DELAVIGNE. 2 
1887 




r•^ Λ η 



<^f 



AVANT-PROPOS 



RAPPORT 

FAIT AU COMITÉ DES TRA\'AUX HISTORIQUES ET SCIENTIFIQUES 

Par m. BERTHELOT 

SUR LA COLLECTION DES MANUSCRITS GRECS ALCHIMIQUES 
ET SUR l'utilité DE LEUR PUBLICATION 

SUIVI DE l'exposé DES CONDITIONS ET DE l'oRDRE ADOPTÉS DANS CETTE PUBLICATION 



« Il existe dans la plupart des grandes bibliothèques d'Europe 
une collection de manuscrits grecs, fort importante pour l'histoire 
des Sciences naturelles, de la Technologie des métaux et de la 
Céramique, ainsi que pour l'histoire des idées philosophiques aux 
premiers siècles de l'ère chrétienne : c'est la collection des manu- 
scrits alchimiques, demeurés inédits jusqu'à ce jour. La Biblio- 
thèque Nationale de Paris contient un certain nombre de ces 
manuscrits, et des plus intéressants. Le plus ancien de tous ceux 
que Ton connaît, paraît remonter à la fin du x'^ siècle de notre 
ère; il existe à Venise. Il est resté deux ans à Paris, entre les 
mains de M. Berthelot, par suite d'un prêt momentané, fait avec 
beaucoup de libéralité par le Gouvernement ItaHen. 



VJ A\'ANT-PROPOS 

« Tous ces manuscrits ont une composition pareille. Ils sont 
formés par un même ensemble de traités théoriques et pratiques, 
constituant une sorte de Corpus des auteurs chimiques, antérieurs 
presque tous au vir siècle de notre ère. Les principaux de ces 
auteurs paraissent avoir écrit aux ni'= et iv" siècles, vers les temps 
de Dioclétien, de Constantin et de Théodose. Le plus impor- 
tant, Zosime, serait contemporain de Clément d'Alexandrie, 
de Porphyre et de Tertullien ; c'est un écrivain congénère des 
gnostiques et des néo-platoniciens, dont il partage les idées et 
les imaginations. Le Pseudo-Démocrite, sur lequel M. Berthelot 
a publié récemment un article étendu dans le Journal des Sapants, 
remonterait vers le commencement de l'ère chrétienne. Enfin les 
recettes relatives aux teintures des verres et à la composition des 
alliages se rattachent en partie, d'après certaines indications, à 
la vieille Egypte. 

« Ce Corpus des Alchimistes grecs a été formé vers le viii^ 
ou IX'' siècle de notre ère, à Constantinople, par des savants 
byzantins, de l'ordre de Photius et des compilateurs des 53 séries 
de Constantin Porphyrogénète, savants qui nous ont transmis sous 
des formes analogues les restes de la science grecque. Les auteurs 
qu'il renferme sont cités par les Arabes, notamment dans le Kitab- 
al-Fihrist, comme la source de leurs connaissances en chimie. Ils 
sont devenus, par cet intermédiaire, l'origine des travaux des 
savants occidentaux, au moyen âge, et par suite le point de 
départ initial des découvertes de la Chimie moderne. 

« En raison de cette connexion leur publication offre une grande 
importance. Ils renferment d'ailleurs une multitude de procédés 
et de recettes techniques, susceptibles de jeter un jour nouveau 
sur la fabrication des verras, des alliages et des métaux antiques : 
sujet jusqu'ici si obscur et si controversé dans l'histoire des grandes 



AVANT-PROPOS Vlj 

industries. M. Maspero, à qui l'on a donné communication de 
ces manuscrits, pense qu'ils contiennent de précieux débris des 
pratiques industrielles et des idées techniques de l'ancienne 
Egypte, débris dont une publication complète permettra seule 
de reconnaître tout l'intérêt et de poursuivre la filiation dans les 
inscriptions des monuments. L'histoire des doctrines et des illu- 
sions qui ont régné dans le monde au moment de l'établissement 
du Christianisme tirera également des lumières nouvelles de cette 
publication. Bref, elle offre un égal intérêt, au point de vue spé- 
cial des débuts des sciences chimiques et industrielles, et au 
point de vue général des développements de l'esprit humain. 

« Si cette publication n'a pas été faite jusqu'à présent, c'est en 
raison de l'obscurité du sujet, du caractère chimérique d'une 
partie des questions traitées, telles que celle de la transmutation 
des métaux ; enfin de la difficulté de rencontrer le concours d'un 
savant versé dans la connaissance de la langue et de la paléogra- 
phie grecque, avec un savant au courant des théories et des pra- 
tiques de la chimie. Un heureux ensemble de circonstances per- 
met de réunir aujourd'hui cette collaboration. 

« La publication dont il s'agit comprendrait environ quatre à 
cinq cents pages de textes grecs inédits, avec traduction, colla- 
tion des manuscrits^ notes et commentaires, etc. Mais la publi- 
cation peut être faite par parties successives, de façon à donner 
ses fruits sans de trop grands délais et à partager la dépense sur 
un certain nombre d'années. En effet ces textes peuvent être 
classés à peu près par moitié, en deux séries : les textes histo- 
riques et théoriques, et les textes techniques relatifs à des fabri- 
cations spéciales. Chacune de ces deux séries pourrait être 
partagée en groupes, tels que les traités Démocritains, les œuvres 
de Zosime, les Commentateurs, les traités sur la fabrication 



Vllj AVANT-PROPOS 

des verres et pierres précieuses artificielles ; les traités sur la 
fabrication des métaux et des alliages, etc. 

« Il s'agirait dès lors de publier chaque année un demi-volume 
renfermant 120 à i5o pages de textes grecs, avec traduction, 
tables, etc., ce qui ferait environ 3oo à 35o pages en tout chaque 
année, 1400 à i5oo pages pour l'ensemble. La publication des 
figures des appareils, dessinées dans les manuscrits, et qui seraient 
reproduites par la photogravure avec la perfection et l'exactitude 
absolue des procédés modernes, augmenterait beaucoup l'intérêt 
de la publication. Telle que nous le comprenons, ce serait une édi- 
tion princeps, accompagnée d'un appareil développé de variantes 
d'après les principaux manuscrits, ainsi que de notes et commen- 
taires appropriés. Dans l'espace de quatre à cinq ans, on pourrait 
venir à bout de cette œuvre, désirée depuis longtemps par les 
savants et qui ferait honneur à la nation qui l'exécuterait.» 



Ce rapport a été adopté par la section du comité des travaux 
historiques et scientifiques, chargée spécialement des sciences 
mathématiques, physiques et météorologiques, dans sa séance 
du 12 novembre 1884. Le présent rapport a été lu de nouveau 
devant le comité central, le 17 décembre 1884, et adopté parce 
comité, qui a chargé AL Berthelot de présenter le rapport et la 
proposition de pubhcation au Ministre. 

M. Charmes, directeur du Secrétariat, a bien voulu, avec le 
zèle pour les intérêts de la science qui le distingue, rechercher 
les ressources nécessaires à l'exécution, transmettre le rapport et 
faire des propositions définitives au Ministre, qui a ordonné la 
publication. 



AVANT-PROPOS JX 

Cette publication a lieu dans les conditions suivantes : 
M. Ch.-Em. Ruelle^ bibliothécaire à la bibliothèque Sainte- 
Geneviève, s'est chargé du texte grec. Il a exécuté d'abord une 
copie fondamentale, d'après le manuscrit n° 299 de la Biblio- 
thèque de Saint-Marc, à Venise, manuscrit de la fin du x<^ siècle, 
le plus ancien et le plus autorisé de tous. Pour les parties non 
contenues dans ce manuscrit, la copie fondamentale a été faite 
en général, d'après le manuscrit n° 2827 de la Bibliothèque natio- 
nale de Paris, manuscrit de la fin du xv^ siècle, le plus complet et 
le meilleur, après celui de Saint-Marc. La copie fondamentale une 
fois établie, elle a été collationnée avec les manuscrits principaux 
de la Bibliothèque nationale, tels que les n°' 2325 (xui= siècle), 
2275, 2326, 2329 (xvi'-xvii'' siècle), 2249 ^^ 2447 (xvf siècle), 
225o, 225 I et 2252 (xvii" siècle), 2419 (xv^ siècle), et quelques 
autres : en tout douze manuscrits étudiés d'une manière appro- 
fondie. Les variantes principales, résultant de cet ensemble 
de collations, ont été transcrites en note ; traΛ•ail rendu double- 
ment considérable, par la nécessité de relever toutes les varian- 
tes des manuscrits, puis de faire un choix convenable entre ces 
variantes. Dans certains cas où les variantes ont plus d'impor- 
tance et d'étendue, on les a données dans le texte même, comme 
rédaction parallèle. M. Ruelle a joint à ces variantes un grand 
nombre de notes philologiques. Il se propose de publier aussi 
une notice sur les manuscrits et une liste des mots nouveaux 
rencontrés dans le cours de son travail. 

Il y aurait eu quelque avantage à poursuivre ces comparaisons 
d'une façon complète, en étudiant tous les manuscrits de la 
même collection qui existent dans les principales bibliothèques 
de l'Europe, manuscrits sur lesquels M. H. Kopp (Beitràge lur 
Geschichte der Chemie, 1869, p. 254 a 340) a réuni des renseigne- 



χ AVANT-PROPOS 

ments très étendus et très intéressants, tirés de leurs catalogues 
imprimés. Mais ces manuscrits sont fort nombreux, et dissé- 
minés. Leur collation aurait exigé bien des années, et le travail 
serait devenu ainsi presque inexécutable par sa durée et sa com- 
plication. On a dû se limiter aux douze manuscrits ci-dessus ; 
ce qui représente déjà un très grand travail. 

Cependant les éditeurs, dans le désir de n'omettre aucune 
oeuvre importante, ont cru utile de faire procéder à un examen 
spécial, non seulement des catalogues imprimés des diverses 
Bibliothèques d'Europe, mais aussi de certains manuscrits qui 
avaient été signalés comme susceptibles de contenir des traités 
antérieurs au vu" siècle^ manquant dans les deux manuscrits fon- 
damentaux pris comme base de notre travail, celui de Saint-Marc 
et le n° 2827 de Paris. Tels sont les manuscrits du Vatican, de 
Leide et de l'Escurial. 

M. André Berthelot, maître de conférences à l'École des 
Hautes-Études, a été sur les lieux étudier les manuscrits du 
Vatican et de Leide, et il en a comparé la composition avec celle 
des manuscrits fondamentaux. Il a aussi examiné les manuscrits 
des Bibliothèques allemandes, notamment ceux de Gotha, de 
Munich, de Weimar, de Leipsick et divers autres. Les résultats 
de son étude ont été publiés en partie dans les Archives des 
Missions scientifiques (3' série, t. XIII, p. 819 à 854); ils seront 
signalés dans V Introduction. Sauf un court fragment de l'auteur 
alchimique qui a pris le nom de Justinien, ils n'ont pas fourni de 
morceau inconnu ; mais ils ont été fort utiles par l'étude des 
figures de ces manuscrits, qui ont jeté une lumière nouvelle 
sur les transformations successives des appareils alchimiques 
dans le cours des siècles. 

Le manuscrit principal de l'Escurial a été l'objet d'un examen 



AVANT-PROPOS Χ] 

spécial par M. de Loynes, secrétaire de l'ambassade française à 
Madrid, principalement au point de vue de Texistence soupçonnée 
de traités propres à ce manuscrit. Mais ces traités n'existent point 
en réalité, comme il sera dit en détail dans ï Introduction ; ce 
manuscrit étant une copie, probablement directe, de celui de 
Venise. 

Les manuscrits pris comme base de notre publication renfer- 
ment donc tout ce qu'il y a d'essentiel et d'antique, c'est-à-dire 
d'antérieur au vuf siècle de notre ère, dans la collection : plu- 
sieurs traités qu'il a paru utile d'y comprendre sont même de 
date plus récente, mais connexes avec les précédents. Quant au 
long détail des variantes des manuscrits que nous n'avons pas 
dépouillés, c'est un travail considérable, qu'il conviendra de 
faire ultérieurement en prenant pour base la publication actuelle : 
nous avons dit plus haut que nous n'avions pas cru possible de 
l'entreprendre, dans la crainte de compromettre notre entreprise 
en lui donnant une étendue démesurée. Voici déjà trois ans écou- 
lés depuis ses débuts et nous n'avons réussi à terminer que l'im- 
pression de la r^ Livraison. Mais la seconde, texte et traduction, 
est tout entière aux mains de l'imprimeur, et les textes de la 
troisième livraison sont presque entièrement copiés à l'heure 
présente : nous sommes donc en mesure de la conduire jusqu'au 
bout, sans interruption, et cela dans un délai qui ne dépassera pas 
désormais deux années. 

Il est utile de prévenir le lecteur que pour la publication de 
ces textes nous nous sommes attachés d'abord aux écrits inédits; 
mais nous avons cru devoir ajourner Jusqu'à nouvel ordre une 
nouvelle mise au jour de certains traités déjà imprimés, tels que : 
l'ouvrage du commentateur Stephaniis, auteur du λίι^ siècle, 
précédemment imprimé par Ideler, d'après une copie de Dietz, 



xij AVANT-PROPOS 

faite sur un manuscrit de Munich, dérivé lui-même de celui de 
Venise (dans l'ouvrage intitulé Physici et medici grœci minores, 
t. Il, p. 199 à 253, 1842); et les Poètes alchimiques, imprimés 
par le même éditeur (t. II, p. 328 à 352). Quoique ces impres- 
sions laissent à désirer sous divers rapports et qu'elles ne 
renferment pas de variantes, nous avons pensé qu'elles suffiraient 
pour le moment aux personnes qui s'intéressent à ce genre d'étu- 
des. Quant nous atteindrons le ternie de notre travail, nous nous 
réservons de revenir sur ces divers traités et même d'en entre- 
prendre une édition plus complète^ si le temps le permet et si les 
crédits consacrés à la présente publication ne sont pas épuisés. 

Nos manuscrits contiennent encore un petit traité des poids 
et mesures, sous le nom de Cléopâtre, traité que nous avons 
également jugé superflu de reproduire, parce qu'il a été déjà 
plusieurs fois imprimé depuis le temps d'Henri Estienne; il 
a en outre été commenté et rapproché des textes analogues par 
les savants qui se sont occupés de la Métrologie des anciens, 
notamment dans l'ouvrage classique de Hultsch. 

En général, nous n'avons pas cru devoir comprendre dans notre 
publication les écrits grecs alchimiques postérieurs aux Arabes, 
à l'exception de certains traités techniques, transcrits dans les 
manuscrits que nous imprimons et connexes avec des ouvrages 
plus anciens. Il existe cependant un certain nombre d'auteurs 
alchimiques grecs plus récents que cette date dans les manuscrits 
des bibliothèques, tels que : une lettre sur la Chrysopée par 
Michel Psellus, polygraphe byzantin du xi" siècle, mise en guise 
de préface en tête de certains manuscrits (voir mes Origines de 
l'Alchimie, p. 240); un ouvrage de Nicéphore Blemmidès, du 
xiu^ siècle (transcrit entr'autres dans le n° 2329 de la Bibliothèque 
nationale); plusieurs traités et opuscules relevés par M. André 



AVANT-PROPUS XUJ 

Berthelot dans la Bibliothèque du Vatican (Archives des Mis- 
sions scientifiques, 3° série, t. XIII, p. 819 a 854); et divers autres 
contenus dans le précieux manuscrit grec in-folio, astrologique, 
magique et alchimique (χλ^• siècle) qui porte le n° 2419 à la Biblio- 
thèque nationale de Paris. L'ouvrage alchimique le plus considé- 
rable que ce dernier renferme est un traité méthodique, inscrit 
sous le nom de Theoctonicos, et qui est le même que TAlchimie 
latine attribuée à Albert le Grand. L'existence de cet ouvrage 
dans les deux langues grecque et latine, avec des variantes 
considérables d'ailleurs^ soulève des problèmes historiques très 
curieux: on les discutera dans l'Introduction, d'après une étude 
approfondie des deux textes. En tous cas, cet ouvrage grec 
de Theoctonicos est postérieur aux Arabes : il est tout au plus 
de la fin du xiii" siècle ; il appartient donc à une période beau- 
coup plus moderne que les nôtres; le texte latin correspondant 
a été publié à diverses reprises, dans le Theatrum Chemicuni 
et à la fin des œuvres d'Albert le Grand. Le manuscrit 2419 
nous a fourni en outre divers renseignements essentiels relatifs 
à l'histoire des notations alchimiques, à la liste planétaire 
des métaux et de leurs dérivés, aux rapports entre les parties 
de l'homme et les signes du Zodiaque, aux cercles de Péto- 
siris pour prévoir l'issue des maladies, cercles dont les analo- 
gues se retrouvent dans les Papyrus de Leide, dans le manuscrit 
2827, etc. 

Le texte grec étant ainsi arrêté et défini, M. Ruelle en a fait 
une traduction littérale, sans se préoccuper des obscurités ou 
des passages en apparence incompréhensibles. M. Berthelot a 
repris cet essai de traduction; avec l'aide de ses connaissances 
techniques, il a cherché à en tirer un sens régulier, en se 
conformant au texte grec, dont il a été ainsi conduit à faille à 



XIV AVANT-PROPOS 

son tour une revision spéciale, il réclame toute l'indulgence du 
lecteur pour cette tentative d'interprétation, dans une matière 
rendue triplement difficile : par les obscurités du sujet, des 
notations et du langage technique, les explications des praticiens 
laissant toujours beaucoup de choses sous-entendues ; par le 
symbolisme mystique et le vague intentionnel des auteurs, sans 
parler de leurs erreurs scientifiques ; enfin par les fautes maté- 
rielles des copistes, qui souvent ne comprenaient rien aux signes 
et aux textes qu'ils transcrivaient. La langue même de cet ordre 
de traités était très incorrecte dès le début, comme le montrent 
les papyrus alchimiques de Leide, publiés par M. Leemans et 
dont M. Berthelot donne une traduction complète avec commen- 
taires dans I'Introduction. En somme, on ne saurait envisager 
notre traduction des alchimistes grecs que comme un premier 
essai, qui sera assurément perfectionné par suite des études 
ultérieures, auxquelles il n'a d'autres prétentions et d'autre 
mérite que de fournir leur premier fondement. 



Les conditions de notre pubHcation étant ainsi définies, expo- 
sons l'ordre que nous avons adopté. Elle se compose de trois 
parties, savoir : 

Une Introduction, due à M. Berthelot; 

Un Texte grec, avec variantes et notes philologiques, établi 
par M. Ruelle; 

Et une Tr.\duction, due à la collaboration des deux savants, 
avec notes et commentaires de M. Berthelot. 

Parlons d'abord du Texte grec. 



AVANT-PROPOS XV 

Nous avons partagé les nombreux morceaux qui le constituent 
dans les manuscrits en six parties distinctes, savoir : 

Une Première partie, sous le titre d'Indications générales^ 
contient les morceaux d'un caractère général, tels que: la Dédicace 
antique, le Lexique, les nomenclatures de l'Œuf philosophique, 
les articles sur le Serpent, sur l'Instrument d'Hermès pour prévoir 
l'issue des maladies, sur la liste planétaire des métaux et de leurs 
dérivés, sur les noms des Faiseurs d'or et des Villes où l'on fabri- 
quait l'or, les Serments, les mœurs des philosophes, l'assemblée 
des philosophes, la fabrication de l'asèm et du cinabre, les pro- 
cédés de diplosis, et enfin le Labyrinthe de Salomon; soit en 
tout vingt morceaux, que nous avons recueillis dans les diverses 
parties des manuscrits, où ils sont disséminés. 

La Seconde partie comprend \ts Traités Démocritains, c'est- 
à-dire le Pseudo-Démocrite, contemporain des auteurs anonymes 
du Papyrus alchimique de Leide, représenté par deux ouvrages, 
savoir : Physica et Mystica, et un livre dédié à Leucippe ; puis 
le traité philosophique de Synésius (fin du iv" siècle) ; enfin le long 
et curieux écrit d'Olympiodore (commencement du v^ siècle). Ce 
sont les œuvres les plus intéressantes, au point de vue historique 
et philosophique. 

Ces deux parties constituent la première livraison du texte 
grec, celle que nous donnons aujourd'hui au public. 

La seconde livraison, complètement préparée et livrée à 
l'impression, renferme aussi deux parties. Ce sont : 

La Troisième partie, la plus longue de toutes, laquelle 
embrasse les œuvres ou plutôt les fragments attribués à Zosime, . 
fragments recueillis et parfois développés par des commenta- 
teurs plus récents, de diverses époques, quelques-uns posté- 
rieurs au vii^ siècle. Les œuvres de Zosime, telles que nous 



XVJ AVANT-PROPOS 

pouvons en entrevoir la composition d'après ces fragments, 
offraient déjà le caractère d'une compilation étendue, faite vers 
le m" siècle de notre ère avec les écrits de Démocrite et ceux 
de divers écrivains perdus, tels que: Cléopâtre, auteur de traités 
sur la distillation, dont les figures ont été en partie conservées 
dans les manuscrits et seront reproduites dans l'Introduc- 
tion ; Marie la Juive, auteur d'ouvrages sur les appareils de 
digestion et les fourneaux, dont les figures ont été aussi con- 
servées en partie et seront également reproduites ; Pamménès, 
Pébéchius, Ostanès, Pétésis, Pausiris, Africanus, les apo- 
cryphes Sophé (Chéops), Chymes, Hermès et Agathodé- 
mon, etc. Toute une littérature alchimique, aujourd'hui perdue, 
a précédé Zosime qui l'avait résumée. Ses œuvres ont servi à 
leur tour de base à des compilations plus récentes, qui se sont 
confondues avec le texte primitif. Au lieu de chercher à démêler 
immédiatement une semblable complication, il a paru préférable 
de donner ces oeuvres, telles qu'elles existent dans les manuscrits, 
en nous bornant à en réunir les morceaux parfois dispersés, et 
au risque d'y intercaler des ouvrages plus récents. Nous avons 
pensé qu'il convenait d'abord de mettre aux mains des érudits les 
textes, avant d'en discuter la formation. 

La Quatrième partie ^ comprise aussi dans notre seconde livrai- 
son, contient tous les ouvrages anciens qui portent un nom 
d'auteur, que cette attribution soit apocryphe ou non. Tels sont 
les Écrits de Pelage, d'Ostanès, de Jean l'Archiprêtre, d'Aga- 
thodémon, de Coniarius, et le traité technologique inscrit sous 
le nom de Moïse, lequel renferme des morceaux de diverses 
dates, quelques-uns contemporains des Papyrus alchimiques de 
Leide. 

La 3^ livraison enfin, dès à présent arrêtée quant à son plan et 



AVANT-PROPOS XVIJ 

quant à la plus grande partie de ses textes, sera formée des deux 
dernières parties, qui sont : 

La Cinquième partie, essentiellement technologique, com- 
prenant le livre de l'Alchimie métallique, un traité d'Orfèvrerie 
beaucoup plus moderne, le travail des quatre éléments, la tech- 
nurgie de Salmanas, la coloration des verres et émeraudes, 
la trempe du fer et du bronze, la fabrication du verre, de la 
bière, etc., etc. Ces traités ou articles, presque tous anonymes, 
portent le caractère d'ouvrages pratiques, remaniés successive- 
ment dans le cours des siècles ; à côté de certaines recettes remon- 
tant, ce semble, jusqu'à la vieille Egypte, ils renferment parfois 
des procédés contemporains de la dernière copie du manuscrit 
qui nous les a transmis. 

La Sixième partie sera consacrée aux commentateurs, tels 
que le philosophe Anonyme et le philosophe Chrétien, auteurs 
dont les écrits se confondent souvent avec la rédaction actuelle 
de ceux de Zosime, transcrits dans la 3'' partie. C'est là que nous 
donnerons la réimpression de Stephanus et celle des poètes, si 
les ressources de notre publication le permettent. 

Le texte grec est publié avec une pagination indépendante : 
il est du au travail consciencieux de M. Ch.-Em. Ruelle, qui a 
collationné les manuscrits mis à notre disposition et reproduit 
les variantes principales, en notes développées au bas des pages. 
Son travail personnel était plus étendu et plus complet ; mais 
il a dû en restreindre l'impression aux limites actuelles, se 
réservant de donner ailleurs, s'il y a lieu, le surplus. Voilà ce 
qui est relatif au texte. 

Quelques mots maintenant sur la Traduction. Le volume 
actuel la contient, imprimée dans un fascicule séparé, avec 
pagination spéciale. Au bas des pages se trouvent également 



XVll] AVANT-PROPOS 

des notes, constituant un commentaire perpétuel, technique, 
historique et philosophique. Elle est nécessairement partagée en 
six parties et trois livraisons, comme le texte grec correspondant. 
Cette traduction est donnée aussi clairement que possible, toutes 
les fois que l'on a cru réussir à comprendre la vraie signification 
des procédés. Pour le reste, on s'est tenu au plus près du sens 
littéral, laissant aux lecteurs le soin de pénétrer plus avant dans 
l'interprétation de ces textes difficiles, et au besoin de rectifier, 
à l'aide du grec, les erreurs qui auraient pu être commises. 

Texte et traduction sont précédés par une Introduction, 
formant dans la livraison actuelle près de 3oo pages, que 
M. Berthelot a jugé utile de rédiger pour l'intelligence du texte : 
elle constitue une sorte d'introduction générale à la métallurgie 
et à la chimie des anciens. Elle est formée par huit chapitres ou 
mémoires, séparés et indépendants les uns des autres^ savoir : 

1° Une étude sur les Papyrus grecs de Leide, avec traduction 
complète du papyrus X spécialement alchimique, et explication 
des recettes qui y sont contenues. C'est le plus vieux texte authen- 
tique de cet ordre qui soit connu. Il a été écrit au iif siècle de 
notre ère; mais une partie des procédés techniques qu'il renferme 
remontent beaucoup plus haut, ce genre de procédés se trans- 
mettant d'âge en âge. M. Berthelot a montré comment les recettes 
d'alliage destinées à l'orfèvrerie que ce texte expose ont été le 
point de départ pratique des travaux et des tentatives des alchi- 
mistes. Le Pseudo-Démocrite et le Pseudo-Moïse notamment s'y 
rattachent très directement. 

2° Une étude sur les relations entre les métaux et les pla7iètes, 
relations originaires de Babylone ; elles président à toute la 
notation alchimique et jouent un rôle capital dans l'histoire des 
croyances et des superstitions humaines. 



AVANT-PROPOS XIX 

3° Une notice sur la sphère de Démocrite et sur les médecins 
astrologues, avec deux figures des cercles de Pétosiris, en photo- 
gravures, tirées du manuscrit 241g de Paris. 

4° La reproduction, d'après des photogravures, des listes des 
signes et notations alchimiques, contenues dans le manuscrit de 
Saint-Marc et dans le manuscrit 2827 de Paris. Cette reproduc- 
tion comprend huit planches, avec traduction et commentaire; on 
y a joint un petit lexique alphabétique, pour servir de point de 
repère. 

5° La reproduction àcs figures d'appareils et autres, au nombre 
de 35, contenues dans le manuscrit de Saint-Marc, et dans le 
manuscrit 2327 de Paris; reproduction faite pour la plupart en 
photogravure^ et qui dès lors doit être regardée comme aussi 
voisine que possible des manuscrits. On a donné l'explication 
des opérations accomplies à l'aide de ces appareils, ainsi qu'une 
comparaison des dessins des mêmes appareils, faits à des époques 
éloignées les unes des autres de plusieurs siècles. Cette compa- 
raison constitue une véritable histoire des manipulations des 
alchimistes, ainsi que des changements qui s'y sont introduits 
pendant le cours du moyen âge. 

6° Divers renseignements et notices sur quelques manuscrits 
alchimiques et sur leur filiation. On y trouvera l'étude d'une vieille 
liste d'ouvrages, placée en tête du manuscrit de Saint-Marc ; 
une discussion sur divers traités perdus depuis ; l'indication des 
lacunes que ce manuscrit offre dans son état présent ; sa compa- 
raison avec les manuscrits 2325 et 2327 de Paris ; l'examen com- 
paratif des manuscrits de l'Escurial, du Vatican, de Leide, etc. ; 
certaines hypothèses sur l'origine et la filiation de nos manuscrits 
actuels; une étude spéciale du manuscrit 241g de la Bibliothèque 
Nationale de Paris et sur l'Alchimie de Theoctonicos ; enfin 



XX ΑλΆΝΤ -PROPOS 

quelques indications sur un manuscrit arabe dOstanès, existant 
à la Bibliothèque Nationale de Paris. 

7° Une note relative à quelques minéraux et métaux provenant 
de l'antique Chaldée, et tirés d es Collections du Musée du Louvre : 
minéraux et métaux que M. Berthelot a soumis à ses analyses. 

8° Des notices de minéralogie, de métallurgie et diverses, desti- 
nées à servir de commentaires aux expressions chimiques et miné- 
ralogiques employés par les alchimistes. Ce commentaire a été éta- 
bli d'après Théophraste,DioscorÎde, Pline et les écrivains anciens, 
et complété à l'aide du Spéculum ma/us de Vincent de Beauvais, 
des auteurs contenus dans la Bibliotheca Chemica de Manget, le 
Theatrum chemicum, la Bibliothèque des Philosophes alchimiques 
publiée chez Cailleau, à Paris (1754), joints aux articles du Lexicon 
Alchemiœ Rulandi, ouvrages qui nous font connaître les interpré- 
tations du moyen âge. On a tiré également parti des dictionnaires 
de du Cange {Glossarium mediœ et infimœ Grœcitatis), d'Henri 
Έ^ύ&ηη& {Thésaurus, édition Didot), et de ceux du grec moderne. 

Si la place le permet, on présentera à la fin de la présente collec- 
tion un résumé des procédés et méthodes chimiques qui y sont 
signalés; enfin on terminera par des Tables analytiques et un 
Index général. 

Peut-être ne sera-t-il pas superflu d'ajouter que les commen- 
taires et explications de la publication actuelle doivent être 
complétés par l'ouvrage de M. Berthelot, intitulé les Origines 
de l'Alchimie, ouvrage composé en grande partie d'après une 
première lecture de nos manuscrits, et dans lequel les faits histo- 
riques et les théories philosophiques se trouvent exposés avec 
des développements plus considérables. 

Paris, 25 Octobre 1887. 



TABLE ANALYTIQUE 



DE L INTRODUCTION 



Avant-Propos v 

Liste des mémoires 2 

I.— Les Papyrus de Leide 3 

Leur publication. — L'alchimie est 
sortie des pratiques des orfèvres 
égyptiens pour imiter les métaux. 5 

Concordance entre les papyrus et 
les textes des manuscrits alchi- 
miques 5 

Origine des papyrus de Leide y 

r.ipj'ri4S V. — Formules magi- 
ques. — Gnosticisme 8 

Auteurs cités. — Agathodémon y 

Noms sacrés des plantes. — No- 
menclature prophétique de Dios- 

coride. — Noms alchimiques 10 

Recette d'encre. — Encre mystique. 12 
Procédé pour affiner l'or. — "Jùji;;. 

— Recette de Pline. — Cément 
royal 1 3 

Papyrus IT'gnostique. — Ouvrages 
apocryphes de Mo'ise. — Affinités 
juives 16 

Nom de Dieu. — Serpent qui se mord 
la queue, etc j - 

Nitre tctragonal. — Invocation. — 
Récit de la création 18 

Papyrus X. — Science des alliages. 

— Recettes conformes à celles des 
alchimistes 19 

Définitions du mot or. — Imitations. 

— Nécessité des formules ma 
giques 20 



Description du papyrus. — Son 
contenu 22 

Teinture des métaux. — Recettes 
répétées. — Notes de praticiens. 2 3 

Auteur cité : Phiménas ou Pam- 
menès 24 

Signes de l'or et de l'argent. — Ar- 
ticles sur les métaux et sur la 
teinture en pourpre. — Extraits 
de Dioscoride. — Article mercure. 25 

Traduction des 90 articles relatifs 
aux métaux 28 

Id. des onze articles sur la teinture. 47 

Explication des recettes 3i 

ï.-Recettespourécrireen lettres d'or. 5 1 
Comparaison avec celles du manuel 
Roret , 52 

II. — Manipulations des métaux .... 53 

Imitation de l'or et de l'argent. — 
Augmentation de leur poids avec 
des métaux étrangers 53 

Fraudes. — Absence de règlements. 54 

Tentatives pour faire des métaux 
artificiels. — "Vague des idées des 
anciens. — Airain, orichalque. — 
Electrum. — Alliage monétaire. — 
Claudianon. — Stannum. — 
Asèm 55 

Recettes pour la teinture superfi- 
cielle des métaux. — Opération de 
la diplosis. — Fermentation sup- 
posée 56 

Rôle du mercure, du soufre, de l'ar- 
senic 5- 

Procédés pour-reconnaitrc la pureté 
des métaux, etc 67 

IV 



XXlj 



TABLE ANALYTIQUE 



Soudure, décapage, etc 

Procédé pour teindre l'or. — Pro- 
cédés actuels 

Dorure avec de l'or et sans or 

Recettes du Pseudo-Démocrite. — 
Vernissage 

Procédés d'argenture superficielle. . 

Teinture à fond. — Alliages 

Diplosis de Moïse. — Emploi actuel 
des composés arsenicaux. — Tom- 
bac. — Formule d'Eugenius 

II!. — Fabrication de l'Asèm 

Asèm et άσημο;. — Électrum 

Diversité de propriétés. — Change- 
ment en or ou en argent. — Fa- 
brication artificielle 

Vingt-huità trente recettes. — Douze 
alliages d'argent, d'étain, de cuivre, 
de plomb, de zinc, de mercure, 
d'arsenic. — Alliages modernes... 

Recettes du Pseudo-Démocrite et 
d'Olympiodore 

Le cuivre blanchi par l'arsenic. — 
Alun. — Coquille d'or 

Procédés de Diplosis. — Eau de 
soufre ou eau divine. — Pétésis. — 
Polysulfure de calcium 

Ascm noir. — Article de Pline . 

IV. — Recettes du Pseudo-Démocrite 
comparées aux précédentes 

Confusion des pratiques et des théo- 
ries. — La matière première. — La 
magie 

IL — Relations entre les mét.\ux 
ET les planistes 

Unité des lois de la nature. — La 
chaîne d'or 

Influence du soleil et des astres. — 
La Chaldée 

Le nombre Sept. — Origine as- 
tronomique. — Semaine 

Nombre des planètes. — Voyelles. — 
Couleurs. — Métaux 

Le soleil et l'or : Pindare. — La lune 
et l'argent. — Mars et le fer. — 
Vénus et le cuivre. — Le plomb et 
Saturne 

Génération des métaux sous l'in- 
fluence des effluves sidérales 

Liste de Celse. — Vieilles listes. — 



5; 

58 
58 

59 
6o 
6o 



6i 

62 
62 



64 
67 



68 

6.» 



74 
74 
74 

75 



78 



Tablettes de Khorsabad 79 

Variations dans les attributions de 
la planète Jupiter, assignée à l'élec- 
trum, puis à l'étain; et de la planète 
Hermès, assignée àl'élain, puis au 
mercure. — Époque de ces varia- 
tions. — Électrum rayé de la liste 
des métaux, vers le vi" siècle. — 
Symboles alchimiques des métaux. 
— Le plomb. — Passage de Ste- 

phanus. — Liste d'Albumazar 82 

Nomenclature des dérivés métal- 
liques 85 

III. — La Sphère de Démocriteet 

LES MÉDECINS .\STR0L0GUES 86 

Les médecins astrologues. — Papy- 
rus V. — Tableaux divers 86 

Les deux tableaux de Pétosiris : fi- 
gures 1 et 2. ~ Autres tableaux. 87 

IV. — Signes et Notations alchi- 
miques 92 

Notation des métaux, signes divers. . 94 

Notation des dérivés des métaux.. 95 

Produits minéraux et matière médi- 
cale 96 

Neuf listes consécutives ; discussion 
.sur leur filiation g6 

Signes multiples d'un même corps, 
repétitions 10 1 

Huit planches en photogravure, re- 
produisant les signes du ms. de 
St-Marc et du ms. 2327, avec tra- 
duction -.figures 3 à 10 io3 

Lexique alphabétique des notations 
alchimiques 123 

V. — Figures d'app.areils et autres 
OBJETS 127 

Figures des manuscrits. — Figures 
symboliques des mss. latins. — 

Figures d'appareils 127 

Figures du 7ns. de St-Marc 128 

Chrysopée de Cléopâtrc : figure 11. l32 
Cercles concentriques, axiomes, ser. 

pent, appareils, etc 1 3 3 

Alambic. — Reproductions du ms. 
2325 et du ms. 2327 : figures 12 

et i3 i34 

Chrysopée prototype des dessins 



TABLE ANALYTIQUE 



XXIIJ 



d'appareils 

Alambic à deux pointes : figures 14 
et τ 4 bis 

Alambic à trois pointes (tribicos) : 
figure j5 

Alambic à tube et récipient unique. 
figure 16 

Tribicos du ms. 2325 -.figure ly.. 

Chaudière distillatoire : _^^«re 18. 

Ébauche d'alambic •.figure ig 

Appareils à kérotakis ou palette, 
avec vase à digestion cylindrique: 
figures 20 et 21... 

Ramollissement des métaux par le 
mercure, le soufre, l'arsenic sulfure. 

Vases de condensation ; sublimation 
réitérée ; opération rétrograde ou 
■/.αρκι'νο; (Écrevisse) 

Bain-marie à kérotakis : figure 22 
et 23 

Autre bain-marie : figure 24 

Kérotakis triangulaire : figure 24 bis 

AutrevaseàKérotakis etÉcrevisse : 
figure 25 

Récipient supérieur de cette figure : 
figure 26 

Autre vase à Kérotakis : figure 2y 

Formule de rÉcrevisse '.figure 28; 
son interprétation 

Alphabets magiques : figure 2().,. 

Labyrinthe de Salomon '.figure 3o 

Symbole cordiforme et dessins mys- 
tiques : figures 3i, 32 et 33 

Figures du ms. 2827 

Serpent Ouroboros : figure 34 

Signe d Hermès. — Images géomé- 
triques : figures 35 et 36 

Alambics et vases à digestion : figu- 
res 3 γ et 38 

Modifications dans la forme des ap- 
pareils rétrogrades 

Petits adamhics: figures 3 g, 40, 41 

Fiole : figure 42 ; alambic avec six 
appendices : figure 43 

Figures du ms. 2325 

Figures des mss. de Leide 

Vase à aigcstion: figure 44, rappro- 
chée del'aludel arabe '.figure 45. 



'3/ 
iSg 

140 
141 
141 
142 

142 

144 

144 

14Γ) 
148 
14S 

149 

i5o 
i5i 

l52 

i55 
157 

i58 
i58 
159 

160 

161 

162 
1D4 

166 
166 
.67 

172 



VI. — Renseignements et notices 

SUR QUELQUES MANUSCRITS ALCHI- 
MIQUES , . 173 



I. —Ancienne liste du ms. de St-Mjrc. 
Comparaison avec le contenu actuel. 

— Traités perdus d'Héraclius et 
de Justinien. — Additions. — Modi- 
fications dans l'ordre relatif 

Partage des traités en sept séries.. 

II. — Sur les copies actuelles de la 
g" leçon de Stephanus 

Six finales différentes. — Confusion 
dans le texte du ms. de St-.AÎarc. 

— Morceaux perdus 

m. — Diverses lacunes et transposi- 
tions du ms. de St-Marc 

IV. — Mss. de l'Escurial 



174 

176 
178 

'79 

iSo 

184 
186 

191 
193 

'94 
200 

200 



V. — Mss. alchimiques grecs du Vati- 
can et des Bibliothèques de Rome. 

VI. — Mss. de Gotha et de Munich. 
■ — Publications de Griller 

VII. — Comparaison du contenu 
du ms. de St-Marc avec ceu.x du 
n" 2325 et du W 232- de la Bi- 
bliothèque nationale de Paris 

VIII. — Hypothèses générales sur 
l'origine et la filiation des manus- 
crits alchimiques grecs 

Recettes techniques en Egypte. — 
Stèles. — Transcriptions en grec. — 
Dioscoride, Pline, Papyrus de 
Leide. — Textes d'un caractère ana- 
logue 

École Démocritaine — Gnostiques. 

— Traités de Cléopâtre et de Marie 

— Zosime, Africanus 201 

Écrits apocryphes de Chéops, d'Her- 
mès, d'Agathodémon, lettre d'Isis. 

— Auteurs divers 202 

Commentaires de Synesius, d Olym- 

piodore, du Philosophe Chrétien, 

de l'Anonyme, de Stephanus 202 

Première Collection. — Séries de 
Constantin Porphyrogénète 2o3 

Prototype de St-Marc : ses altéra- 
tions successives jusqu'au manu- 
scrit actuel 2o3 

Filiation des autres manuscrits .... 204 

IX. — Sur le manuscrit grec 241 q 

de la Bibliothèque de Paris 2o5 

Son caractère général. — ''■ Figure 



XXIV 



TABLE ANALYTIQUE 



astrologique du corps humain. — 
Cercle et tableau de Pétosiris. — 
Relations planétaires des métaux. 

— Signes. — Alphabets magiques 2o5 
Alchimie grecque de Theoctonicos, 

comparée avec le traité latin d'Al- 
bert le Grand 207 

Alchymus, massa, orpiment 209 

Noms grecs et latins des opérations 
alchimiques au xiv* siècle 210 

X. — Manuscrits alchimiques de 
Leide 211 

Codex Vossianus. — Figures. — 
Fragment de Justinien sur l'œuf. 212 

XI. — Manuscrits divers. —Copte• 21 5 

xii. — Manuscrit arabe d'Ostanès. 

— Deux traités 216 

VII. — Sur quelques métaux et 

MINÉRAUX PROVENANT DE l'aN- 
CIENNE Ch ALDÉE 2 I 9 

Coffre de pierre trouvé dans les fon- 
dations du palais de Sargon à 
Khorsabad. — Ses tablettes vo- 
tives. — Analyse de quatre d'entre 
elles, en or, argent, bronze, carbo- 
nate de magnésie 

Sens anciens du mot magnésie. — 
Nom de la 4° tablette en assyrien 

Pierre des Taureaux ailés 

Objets trouvés à Tello. —Vase d'anti- 
moine. — Ce métal dans Dioscoride 
et Pline. — Nécropole de Redkin- 
Lager 

Figurine votive en cuivre pur. — 
Absence de l'étain 

Transport de l'étain dans l'anti- 
quité.— Gites des iles de la Sonde 
et des iles Cassitérides. — Petits 
gites locaux. — Mines du Kho- 
rassan. — Passage de Strabon. .... 225 

Age du cuivre antérieur à l'âge du 
bronze, d'après certains archéo- 
logues 227 

λ'ΙΙΙ. — Notices de minéralogie, de 

MÉTALLURGIE ET DIVERSES. — Liste 

alphabétique 228 

/Es, airain, bronze, cuivre 2 3o 

Idées des anciens sur les métaux. — 



2ig 

221 
222 



223 
224 



Le cuivre n'était pas regardé 
comme distinct du bronze 23o 

Variétés d'airain, dénommées selon 
les provenances et les proprié- 
taires de mines 23 1 

Orichalque. — Airain de Corinthe. 23i 

.Erugo, rubigo, viride ceris, vert- 
de-gris 23 I 

Produits naturels {fossiles) : soudure 
d'or. — Produits factices; verdet 202 

Scolex, sels basiques. — flos ou 
ανΟο; 232 

^Es ustum, protoxydc de cuivre. — 
Scoria, lepis, squama, stomoma : 
sous-oxydes et sels basiques 233 

Smegma ; diphryges ; fœx ; craie 
verte 233 

Aétite ou pierre d'aigle 234 

Alchimistes grecs (tradition au 
moyen-âge) 234 

Alphabets et écritures hermétiques. 235 
Alun. — Variétés. — Acide arsénieux. 2 3/ 

Ammoniac (sel). - Deux sens : sel 
de sodium et chlorhydrate d'am- 
moniaque 237 

Antimoine. — Stimmi. — Stibi. — 
Larbason. — Calcédoine. — Sul- 
fure d'antimoine. — Alabastrum. 

— Oxydes. — Oxysulfures 238 

Arsenic. — Orpiment. — Sandara- 
que. — Rcalgar et Kermès minéral. 

— Autres sens du mot sandaraque. 238 
Arsenic métallique, second mercure 

des alchimistes. -Hermaphrodite. 239 

Cadmie. — Naturelle, minerais de 
laiton. — Artificielle, fumée des 
métaux : capnitis, botruitis., pla- 
codes, onychitis, ostracitis. — Sens 
divers 240 

Le cadmium des modernes 240 

Pompholyx , nihil album, spodos 
blanche ou noire. — Antispode. — 
Tutie. — Magnésie 240 

Chalcanthon, couperose, vitriol. — 
Produit de la macération des mi- 



TABLE ANALYTIQUE 



XXV 



nerais. — Les vitriols. — Précipi- 
tation du'cuivre par le fer 241 

Misy. — Sory. — Melanteria 243 

Chalcitis. -Altéiations de la pyrite. 243 

Chaux vive, asbestos. — Titatios, 
calcaire. — Gypse, plâtre 243 

Chrysocolle. — Sens multiples. — 
-Malachite, azurite — armenùim, 
cyanos, etc 243 

CAr^so/i/Ae, sens ancien et moderne. 244 

Cinabre. — Sulfure de mercure, 
anthrax, minium, réalgar, sang- 
dragon, tout oxyde ou sulfure 
rouge. — Signe 244 

Claudianon 244 

Clefs (les). — Titre d'ouvrage 244 

Les clefs de l'art, opérations 243 

Cobalt, Cobathia, Kobold. — Ori- 
gine de ce nom. — Bleu de cobalt 
connu des anciens. — Étymologie 
grecque. — Confusion avec le mot 

allemand 245 

Cobalt métallique connu des alchi- 
mistes du moyen âge 246 

Coupholithe ... 246 

Éléments actifs. — Qualités. — Ex- 
halaisons sèche et humide, gêné, 
ratrices des minéraux, d'après 
Aristote 247 

Esprits, -vîJjjLaTx. — Corps, âmes. — 
Sens alchimiques 247 

Liste des quatre esprits; des sept 
esprits. — Aludel. — Wismath. . . 248 

Sublimation simple, ou compliquée 
d'une oxydation : tutie, magnésie, 
marcassite 249 

Étain. — /.aîîÎTssoç. — Stannum. — 
Plomb blanc — Sens anciens de 
ces mots 2 5o 

Étymologies chimiques doubles : 
asèm, chimie, ammoniac 25 1 

Fer. — Basalte. — Rubigo , '.o'ç. 

rouille. — Squama, scoria 23 1 

Aimant, magnes, sideritis, ferrum 
Vivian; mâle et femelle, etc. — 
Hématite. — Ocres, sil, usta. — 
Pyrites, chalcopyrite, marcassite. 



— Rubrique 252 

Feu (les vertus du) 2 53 

Figures géométriques des saveurs 
et des odeurs 253 

Fixation des métaux. —Sens de ce 
mot 254 

Gagates (pierre) 254 

los, virus. — Sens multiples . — losis . 2 54 

Magnésie, sens anciens. — Sens 
alchimiques. — Métal de la ma- 
gnésie. — Pyrites. — Amalgames. 

— Magnésie noire 255 

Magnésie calcaire au xviii" siècle. 

— Sens moderne 256 

Marcassites 257 

Massa 257 

Mercure. — Préparation ancienne. 

— Distillation.— Idées mystiques.— 
Mercure des philosophes. — Ses 
noms. — Dialogue de l'or et du 
mercure 257 

Métaux. — Leur génération. — 
Passage d' Aristote . ■ 259 

Leur production dans la terre, par 
la transformation des vapeurs sous 
les influences sidérales. — Doutes 
au moyen âge 260 

Odeur des métaux. — Or du Trésor 
de Darius 261 

Minium, rubrique, \j.O.-ot. — Cinabre, 
vermillon, oxyde de fer, de cuivre, 
sulfure d'arsenicetd'antimoine,etc.'• 261 

Sinopis ; terre de Lemnos , meli- 
num.lcucophoron: i7»!;;!!0i!ou mi- 
nium, usta, fausse sandaraque, 
sandy.if. — Le minium de Callias. 

— Sericum. — Armenium, ceru• 
leum: couleurs vertes, jaunes 261 

Nitrum , natron . — Carbonate de 
soude. — Sputna ou aphronitron. 

— notre nitre 2U3 

Opérations alchimiques. — Leurs 
noms grecs 263 

Or. — Coupellation par le sulfure 
d'antimoine, — Bain du soleil; 



XXV) 

loup des métaux 264 

P.iros et parus 264 

Plomb blanc et noir. — Stanmim, 

gjleiia, sens anciens et modernes. 

Plomb /ave'. — Soudure autogène. 

— Plomb brûlé 264 

Scorie, spode, pierre plombeuse, 

galena, molybdène, helcysma ou 

encauma. — Sens moderne 265 

Litharge : chrysitis, argyritis, lau- 

riotis, — Céruse.— Minium 266 

Pseudargyre 266 



TABLE ANALYTIQUE 

Samos (pierre de) 262 

Sel. — Fossile et factice. —Lanugo. 



— Saumure. — Flos, favilla 266 

Sélénite ou aphrosclinon 267 

Soufre apyre 267 

Terres. — Calcaires et argiles. — 
Noms divers 267 

Trempe, teinture, paorj. — Trempe 
du fer et du bronze 267 

Tutie 268 



TABLE DES MATIERES 



DE LA !■■«= LIVRAISON 



(texte grec et traduction) 



Texte Traduction 

Note préliminaire sur les abréviations, les sigles des manuscrits, etc. 2 2 

Première partie. — Indications générales 3 3 

I. I. Dédicace (en vers) 3 3 

I. II. Lexique de la Chrysopée 4 4 

I. ni. Ce que les anciens disent de l'œuf (philosophique) 18 18 

I. IV. Les noms de l'œuf, mystère de l'art 20 21 

I . V. Le serpent Ouroboros 21 22 

I. VI. Le serpent (2" article) 22 2 3 

I. VII. Instrument d'Hermès Trismégistê 23 24 

I. VIII. Liste planétaire des métaux 24 2 5 

I. IX. Noms des faiseurs d'or 25 26 

1. X. Lieux où l'on prépare la pierre métallique 26 27 

I. XI. Serment 27 29 

I . XII. Serment du philosophe Pappus 27 29 

I.xiii. Isis la prophétesse à son fils (!■''' rédaction) 28 3i 

I. XIII bis {2" rédaction) 33 i 

I. XIV. Quelles doivent être les mœurs du philosophe 35 36 

I. XV. L'assemblée des philosophes 35 37 

I. XVI. Fabrication de l'Asém (3 recettes) 36 38 

I. xvii. Fabrication du cinabre (3 recettes) 37 39 

I. xviii. Diplosis de Moïse 38 40 

I. XIX. Diplosis d'Eugénius Sg 40 

I. XX. Labyrinthe de Salomon 39 41 



XXviij TABLE DES MATIERES 

Texte Traduction 

Deuxième partie. — Traités Démocritains 41 43 

II. I. p/jj^.sicj e/ iHj'S^'Ctî (questions naturelles et mystérieuses). 41 43 

II. II. Livre de Démocrite adressé à Leucippe 53 57 

II. III. Synesius à Dioscorus, commentaire sur le livre de Démo- 
crite 56 60 

II. IV. Olympiodore 69 75 

II. IV bis. Appendice i 1 04 1 1 3 

Appendice II io5 114 

Appendice m ιοό 1 1 5 



COLLECTION 



ALCHIMISTES GRECS 



INTRODUCTION 



LISTE 

DES MÉMOIRES CONTENUS DANS l'inTRODUCTION 



I. — Les Papyrus de Leide. 

II. — Relations entre les métaux et les planètes. 

ni. — La sphère de Démocrite et les médecins astrologues (figures). 

IV. — Signes et notations alchimiques (planches). 

V. — Figures d'appareils et autres. 

VI. — Renseignements et notices sur quelques manuscrits. 

\U. — Sur quelques métaux et minéraux provenant de l'antique Chaldée. 
VIII.— Notices de Minéralogie, de Métallurgie et diverses. 



M. BERTHELOT. 



INTRODUCTION 



1. — LES PAPYRUS DE LEIUE 

Papyri GRJECI musei antiquarii publici Lugduni Batavi edidit, interpretationem 

latinam, adnotationem, indices et tabulas addidit C. Leemans, Musei antiquarii 
Lugduni Batavi Director. — PAPYRUS GRECS du musée d'antiquités de Leide, 
édités, avec une traduction latine, notes, index et planches par C. Leemans, direc- 
teur du Musée. — Tome II, publié à Leide, au Musée et chez E. J. Brill. i885. 
In-4», viii-3io pages ; 4 planches. — Tiré à i 5o exemplaires. 

La Chimie des anciens nous est connue principalement par quelques 
articles de Théophraste, de Dioscoride, de Vitruve et de Pline l'Ancien sur 
la matière médicale, la minéralogie et la métallurgie ; seuls commentaires 
que nous puissions joindre jusqu'à présent à l'étude et à l'analyse des 
bijoux, instruments, couleurs, émaux, vitrifications et produits céramiques 
retrouvés dans les débris des civilisations antiques. L'Egypte en particulier, 
si riche en objets de ce genre et qu'une tradition constante rattache aux 
premières origines de FAlchimie, c'est-à-dire de la vieille Chimie théorique 
et philosophique ; l'Egypte, dis-je, ne nous a livré jusqu'ici aucun document 
hiéroglyphique, relatif à l'art mystérieux des transformations de la matière. 
Nous ne connaissons l'antique science d'Hermès, la Science sacrée par 
excellence, que par les textes des alchimistes gréco-égyptiens ; source 
suspecte, troublée dès les débuts et altérée par les imaginations mystiques 
de plusieurs générations de rêveurs et de scoliastes. 

C'est en Egypte cependant, je le répète, que l'Alchimie a pris naissance ; 
c'est là que le rêve de la transmutation des Métaux apparaît d"abord et il a 



4 INTRODLXTION 

obsédé les esprits jusqu'au temps de Lavoisier. Le rôle qu'il a joué dans 
les commencements de la Chimie, l'intérêt passionné qu'il a donné à ces 
premières recherches dont notre science actuelle est sortie, méritent toute 
l'attention du philosophe et de l'historien. Aussi devons-nous saluer avec 
Joie la découverte des textes authentiques que nous fournissent les papyrus 
de Leide. 

La publication de ce volume était réclamée depuis longtemps et atten- 
due (l'j avec impatience par les personnes qui s'intéressent à l'histoire des 
sciences antiques, et le contenu du volume actuel, déjà connu par une 
description sommaire de Reuvens (Lettres à M. Letronne, publiées à Leide 
en i83o), paraissait de nature à piquer vivement la curiosité des archéo- 
logues et des chimistes. En effet, l'un des principaux papyrus quijs'y trouvent, 
le papyrus X ip. 199 à 259 du volume actuel), est consacré à des recettes 
de chimie et d'alchimie, au nombre de cent-une, suivies de dix articles 
extraits de Dioscoride. C'est le manuscrit le plus ancien aujourd'hui connu, 
où il soit question de semblables sujets: car il remonte à la fin du troisième 
siècle de notre ère, d'après Reuvens et Leemans. 

Ce serait donc là l'un de ces vieux livres d'Alchimie des Egyptiens sur 
l'or et l'argent, brûlés par Dioclétien vers 290, « afin qu'ils ne pussent s'en- 
richir par cet art et en tirer la source de richesses qui leur permissent de se 
révolter contre les Romains. » 

Cette destruction systématique nous est attestée par les chroniqueurs 
byzantins et par les actes de saint Procope (2) ; elle est conforme à la pra- 
tique du droit romain pour les livres magiques, pratique qui a amené 
l'anéantissement de tant d'ouvrages scientifiques durant le moyen âge. 
Heureusement que le papyrus de Leide y a été soustrait et qu'il nous 
permet de comparer jusqu'à un certain point, et sur un texte absolument 
authentique, les connaissances des Egyptiens du in« siècle avec celles des 
alchimistes gréco-égyptiens, dont les ouvrages sont arrivés jusqu'à nous 
par des copies beaucoup plus modernes. Les unes et les autres sont liées 
étroitement avec les renseignements fournis par Dioscoride, par Théo- 



(i) Le prtmier volume avait paru en 1 (2) Voir mon ouvrage : Origines de 

1843. i l'Alchimit', p. 71•. i885. 



PAI'YRUS DE LEIDE 3 

phraste et par Pline sur la minéralogie et la métallurgie des anciens; ce qui 
parait indiquer que plusieurs de ces recettes remontent aux débuts de l'ère 
chrétienne. Elles sont peut-être même beaucoup plus anciennes, car les 
procédés techniques se transmettent d'âge en âge. Leur comparaison avec 
les notions aujourd'hui acquises sur les métaux égyptiens (i), d''une part, 
et avec les descriptions alchimiques proprement dites, d''autre part, 
confirme et précise mes inductions précédentes sur le passage entre ces 
deux ordres de notions. Je me suis attaché à pénétrer plus profondément 
ces textes, en faisant concourir à la fois les lumières tirées de l'histoire des 
croyances mystiques des anciens et de leurs pratiques techniques, avec 
celles que nous fournit la chimie actuelle : je me proposais surtout d'y 
rechercher des documents nouveaux sur l'origine des idées des alchimistes 
relatives à la transmutation des métaux, idées qui semblent si étranges 
aujourd'hui. Mon espoir n'a pas été trompé; je crois, en effet, pouvoir 
établir que l'étude de ces papyrus fait faire un pas à la question, en mon- 
trant avec précision comment les espérances et les doctrines alchimiques 
sur la transmutation des métaux précieux sont nées des pratiques des 
orfèvres égyptiens pour les imiter et les falsifier. 

Le nom même de l'un des plus vieux alchimistes, Phiménas ou Pam- 
menès, se retrouve à la fois, dans le papyrus et dans le Pseudo-Démocrite, 
comme celui de l'auteur de recettes à peu près identiques. 

Etrange destinée de ces papyrus ! ce sont les carnets d'un artisan 
faussaire et d'un magicien charlatan, conservés à Thèbes, probablement 
dans un tombeau, ou, plus exactement, dans une momie. Après avoir 
échappé par hasard aux destructions systématiques des Romains, à des 
accidents de tout genre pendant quinze siècles, et, chose plus grave peut- 
être, aux mutilations intéressées des fellahs marchands d'antiquités, ces 
papyrus nous fournissent aujourd'hui un document sans pareil pour appré- 
cier à la fois les procédés industriels des anciens pour fabriqueras alliages, 
leur état psychologique et leurs préjugés mêmes relativement à la puis- 
sance de l'homme sur la nature. La concordance presque absolue de ces 
textes avec certains de ceux des alchimistes grecs vient, je le répète, 

(1) Origines de l'Alchimie, p. l' 1 1 . 



6 INTRODUCTION 

appuyer par une preuve authentique ce que nous pouvions déjà induire 
sur Torigine de ces derniers et sur l'époque de leur composition. En 
même temps la précision de certaines des recettes communes aux deux 
ordres de documents, recettes applicables encore aujourd'hui et parfois 
conformes à celles des Manuels Roret, opposée à la chimérique prétention 
de faire de l'or, ajoute un nouvel étonnement à notre esprit. Comment 
nous rendre compte de l'état intellectuel et mental des hommes qui prati- 
quaient ces recettes frauduleuses, destinées à tromper les autres par de 
simples apparences, et qui avaient cependant fini par se faire illusion à 
eux-mêmes, et par croire réaliser, à l'aide de quelque rite mystérieux, la 
transformation effective de ces alliages semblables à l'or et à l'argent en un 
or et en un argent véritables ? 

Quoi qu'il en soit, nous devons remercier vivement M. Leemans d'avoir 
terminé sur ce point, avec un zèle que la vieillesse n'a pas épuisé, une 
œuvre commencée dans son âge mûr, il y a quarante-deux ans. Elle fait 
partie de la vaste publication des papyrus de Leide, poursuivie par lui 
depuis près d'un demi-siècle. Les papyrus grecs n'en constituent d'ailleurs 
qu'une partie relativement minime; ils viennent compléter les impressions 
antérieures des papyrus grecs de Paris (i), de Turin et de Berlin (2). J'ai déjà 
examiné ces derniers au point de vue cliimique (3), ainsi que ceux de Leide, 
d'après les seules indications de Reuvens (4). Il convient aujourd'hui de 
procéder à une étude plus approfondie de ces derniers, à l'aide du texte 
complet désormais publié : je ferai cette étude surtout au point de vue 
chimique, sur lequel je puis apporter les lumières d'un spécialiste, réser- 
vant la discussion philologique des textes à des savants plus compétents. 

Rappelons d'abord l'origine des papyrus grecs du musée de Leide ; puis 
nous décrirons sommairement les principaux écrits contenus dans le 
tome II, tels que les papyrus• V, W et X. A la vérité, les deux premiers 
sont surtout magiques et gnostiques. Mais ces trois papyrus sont associés 



(i) Tome XVIII, 2<^ partie, des no- 
tices et extraits des Manuscrits, etc., 
publiés par l'Académie des inscriptions 
(1866), volume préparé par Letronne, 
Brunet de Presle et le regretté Egger. 



(2) Publié par Parthey, sous le patro- 
nage de l'Académie de Berlin. 

(3) Origines de l'AlcIiiniie, p. 33 1. 

(4) Même ouvrage, p. 80-94. 



PAPYRUS DE LEIDE 7 

entre eux étroitement, par le lieu où ils ont été trouvés et même par 
certains renvois du papyrus X, purement alchimique, au papyrus V, 
spécialement magique. L'histoire de la magie et du gnosticisme est étroi- 
tement liée à celle des origines de Talchimie : les textes actuels fournissent 
à cet égard de nouvelles preuves à l'appui de ce que nous savions déjà (i). 
Le dernier papyrus est spécialement chimique. J'en examinerai les recettes 
avec plus de détail, en en donnant au besoin la traduction, autant que j'ai 
pu réussir à la rendre intelligible. 

Les papyrus de Leide, grecs, démotiques et hiéroglyphiques, pro- 
viennent en majeure partie d'une collection d'antiquités égyptiennes, 
réunies au commencement du xix" siècle par le chevalier d'Anastasi, vice- 
consul de Suède à Alexandrie. Il céda en 1828 cette collection au gouver- 
nement des Pays-Bas. Un grand nombre d'entre eux ont été publiés depuis, 
par les ordres du gouvernement néerlandais. Je ne m'occuperai que des 
papyrus grecs. Ils forment, je le répète, deux volumes in-40, l'un de 
144 pages, l'autre de 3 10 pages : celui-ci a paru l'an dernier. Le texte grec y 
est accompagné par une version latine, des notes et un index, enfin par des 
planches représentant le fac-similé de quelques lignes ou pages des manus- 
crits. En ce qui touche les planches, on doit regretter que M. Leemans 
n'ait pas cru devoir faire cette reproduction, au moinspour le second volume, 
par le procédé de la photo-gravure sur zinc, qui fournit à si bon marché 
des textes si nets, absolument identiques avec les manuscrits et susceptibles 
d'être tirés typographiquement d'une façon directe (2). Les planches litho- 
graphiées des Papyri grœci sont beaucoup moins parfaites et ne donnent 
qu'une idée incomplète de ces vieilles écritures, plus nettes en réalité, 
ainsi que j'ai pu m'enassurer sur des épreuves photographiques que je dois 
à l'obligeance de M. Révillout. 

Le tome I, qui a paru en 1843, est consacré aux papyrus notés A, B, C. 
jusqu'à V, papyrus relatifs à des procès et à des contrats, sauf deux, qui 
décrivent des songes : ces papyrus sont curieux pour l'étude des mœurs et 
du droit égyptien ; mais je ne m'y arrêterai pas, pour cause d'incompétence. 



(i)'Voir également : Origines'de l'Al- 
chimie, ρ . 211. 



(2) Voir les Signes et les Notations 
alchimiques, dans le présent volume. 



8 INTRODUCTION 

Je ne m'arrêterai pas non plus dans le tome II au papyrus Y, qui renferme 
seulement un abécédaire, ni au papyrus Z, trouvé à Philœ, très postérieur 
aux autres ; car il a été écrit en Tannée Sqi de notre ère, et renferme 
la supplique d'Apion, -< évSque de la légion qui tenait garnison à Syène, 
Contre-Syène et Eléphantine » : cette supplique est adressée aux empereurs 
Théodose et Valentinien, pour réclamer leur secours contre les incursions 
et déprédations des barbares. 

Décrivons au contraire avec soin les trois papyrus magiques et alchi- 
miques. 

PAPYRUS V 

Le papyrus V est bilingue, grec et démotique; il est long de 3'", 60, haut 
de 24 centimètres; le texte démotique y occupe 22 colonnes, longues chacune 
de ?o à 35 lignes. Le texte grec y occupe 17 colonnes de longueur inégale. 

Le commencement et la tin sont perdus. Il paraît avoir été trouvé à 
Thèbes. Il a été écrit vers le 111= siècle, d'après le style et la forme de l'écri- 
ture, comme d'après l'analogie de son contenu avec les doctrines gnostiques 
de Marcus. Le texte grec est peu soigné, rempli de répétitions, de solécismes, 
de changements de cas, de fautes d'orthographe attrihuables au mode de 
prononciation locale, telles que a•, pour ε et réciproquement; z: pour'.. 
■j pour c, etc. Il contient des formules magiques : recettes pour philtres, 
pour incantations et divinations, pour procurer des songes. Ces formules 
sont remplies de mots barbares ou forgés à plaisir et analogues à celles que 
l'on lit dans Jamblique (De Mysteriis Egyptiortim) et chez les gnostiques. 
Donnons seulement l'incantation suivante, qui ne manque pas de grandeur. 

Les portes du ciel sont ouvertes ; 

Les portes de la terre sont ouvertes ; 

La route de la mer est ouverte : 

La route des fleuves est ouverte ; 

Mon esprit a été entendu par tous les dieux et les génies ; 

Mon esprit a été entendu par l'esprit du ciel ; 

Mon esprit a été entendu par l'esprit de la terre ; 

Mon esprit a été entendu par l'esprit de la mer ; 

Mon esprit a été entendu par l'esprit des fleuves. 



PAPYRUS DE LEIDE g 

Ce texte rappelle le refrain d"une tablette cunéiforme, citée par F. Lenor- 
manJ dans son ouvrage sur la magie chez les Chaldéens. 

t Esprit du ciel, souviens-toi. 

Esprit de la terre, souviens-toi. 

Dans le papyrus actuel on retrouve la trace des vieilles doctrines égyp- 
tiennes, défigurées par l'oubli où elles commençaient à tomber. Les noms 
juifs, tels que Jao,Sabaoth, Adonaï, Abraham, etc., celui de l'Abraxa, l'impor- 
tance de lanneau magique dontla pierre porte la figure du serpent qui se mord 
la queue, anneau qui procure gloire, puissance et richesse |i), le rôle prépon- 
dérant attribué au nombre sept (2'., « nombre des lettres du nom de Dieu, 
suivant l'harmonie des sept tons», l'invocation du grand nom de Dieu (3), la 
citation des quatre bases et des quatre vents: tout cela rappelle les gnosti- 
ques et spécialement (41 les sectateurs de Marcus, au m•-• siècle de notre ère. 
Les pierres gravées de la Bibliothèque nationale de Paris portent de même 
la figure du serpent oiiroboiOS, avec les sept voyelles et divers signes caba- 
listiques (5) du même ordre. Ce serpent joue d'ailleurs en Alchimie un rôle 
fondamental. Le nom de Jésus ne paraît qu'une seule fois dans le papyrus, 
au milieu d'une formule magique (6) et sans attribution propre. Le papyrus 
n'a donc point d'attaches chrétiennes. Par contre, les Egyptiens, les Grecs 
et les Hébreux sont fréquemment rapprochés et mis en parallèle dans les 
invocations (col. 8, 1. 1 5) : ce qui est caractéristique. Signalons aussi le nom 
des Parthes ïj\ qui disparurent avant le milieu du in= siècle de notre ère et 
dont il n'est plus question ultérieurement ; il figure dans le papyrus V, aussi 
bien que dans l'un des écrits de l'alchimiste Zosime. Plusieurs auteurs sont 
cités dans le papyrus, mais ils appartiennent au même genre de littérature. 
Les uns, tels que Zminis le Tentyrite, Hémérius, Agathoclès et Urbicus, 
sont des magiciens, inconnus ailleurs. Mais ApoUo Béchès (Horus l'Eper- 
vier ou Pébéchius), Ostanès, Démocrite et Moïse, lui-même, figurent déjà à 



(i) Papyrus V, col. 8, 1. 24; col. G, 
1. 26. 

(2) Pap.V, col. I, 1. 21, 2 5, 3o; col. 4, 
1. i3; col. 8, 1. 6; col. 11, 1. 20, etc. 

(3) Col, 5, 1. i3; col. 28, 1. i3. 



(4) Pap. V, col. 2, 1. 20, 29, etc. — 
Origines de l'Alchimie, p. 34. 

(5) Origines de l'Alchimie, p. 62. 

(6) Pap. V, col. 6, 1. 17, 

(7) Pap. V, col. 8, 1. iS. 

9 



XO INTRODUCTION 

ce même titre dans Pline FAncien, et ils jouent un grand rôle chez les 
alchimistes. Au contraire, dans le papyrus, Agathodémon n'est pas encore 
évhémérisé et transformé en un écrivain, comme chez ces derniers : c'est 
toujours la divinité « au nom magique de laquelle la terre accourt, l'enfer 
est troublé, les fleuves, la mer, les lacs, les fontaines, sont frappées de con- 
gélation, les rochers se brisent ; celle dont le ciel est la tête, Téther le corps, 
la terre les pieds, et que lOcéan environne (pap. V, col. 7, 1. 3o). Il y a là 
un indice d'antiquité plus grande. 

Trois passages méritent une attention spéciale pour Fhistoirc de la 
science ; ce sont : la sphère de Démocrite, astrologico-médicale ; les noms 
secrets donnés aux plantes par les scribes sacrés ; et les recettes alchi- 
miques. Le mélange de ces notions, dans le même papyrus, avec les incan- 
tations et recettes magiques, est caractéristique. Je consacrerai un article 
spécial à la sphère de Démocrite et aux figures du même ordre qui existent 
dans plusieurs manuscrits grecs. 

Les noms sacrés des plantes donnent lieu à des rapprochements analo- 
gues entre le papyrus, les écrits alchimiques et l'ouvrage, tout scientifique 
d'ailleurs, de Dioscoride. Voici le texte du papyrus V (col. 12 fin et 
col. i3). 

« Interprétation tirée des noms sacrés dont se servaient les scribes sacrés, 
afin de mettre en défaut la curiosité du vulgaire. Les plantes et les autres 
choses dont ils se servaient pour les images des dieux ont été désignées par 
eux de telle sorte que, faute de les comprendre, on faisait un travail vain, en 
suivant une fausse route. Mais nous en avons tiré Tinterprétation de beau- 
coup de descriptions et renseignements cachés. » 

Suivent 37 noms de plantes, de minéraux, etc., les noms réels étant mis 
en regard des noms mystiques. Ceux-ci sont tirés du sang, de la semence, 
des larmes, de la bile, des excréments et des divers organes (tête, cœur, os, 
queue, poils, etc.) des dieux égyptiens grécisés (Héphaistos ou Vulcain, 
Hermès ou Mercure, Vesta, Hélios ou Soleil, Cronos ou Saturne, Hercule, 
Ammon, Ares ou Mars) ; des animaux (serpent, ibis, cynocéphale, porc, 
crocodile, lion, taureau, épervier), enfin de l'homme et de ses diverses 
parties (tête, œil, épaule). La semence et le sang y reparaissent continuel- 
lement : sang de serpent, sang d'Héphaistos, sang de Vesta, sang de 



PAPYRUS DE LEIDE 



I I 



l'œil, etc. ; semence de lion, semence d'Hermès, semence d'Ammon; os 
d"ibis, os de médecin, etc. Or cette nomenclature bizarre se retrouve 
dans Dioscoride. En décrivant les plantes et leurs usages dans sa Matière 
médicale, il donne les synonymes des noms grecs en langue latine, égyp- 
tienne, dacique, gauloise, etc., synonymie qui contient de précieux ren- 
seignements. On y voit tigurer, en outre, les noms tirés des ouvrages qui 
portaient les noms d'Ostanès (i), de Zoroastre (2I, de Pythagore (3), de 
Pétésis (4), auteurs également cités par les alchimistes et par les Geoponica. 
On y lit spécialement les noms donnés par les prophètes (5), c'est-à-dire 
par les scribes sacerdotaux de l'Egypte : j'ai relevé 54 de ces noms, formés 
précisément suivant les mêmes règles que les noms sacrés du papyrus : 
sang de Mars, d'Hercule, d'Hermès, de Titan, d'homme, d'ibis, de chat, 
de crocodile; sang de l'œil; semence d'Hercule, d'Hermès, de chat; œil 
de Python ; queue de rat, de scorpion, d'ichneumon ; ongle de rat, d'ibis ; 
larmes de Junon, etc. 

Il existe encore dans la nomenclature botanique populaire plus d'un 
nom de plante de cette espèce : œil de bœuf, dent de lion, langue de 
chien, etc., lequel nom remonte peut-être jusqu'à ces vieilles dénomi- 
nations symboliques \6). Le mot de sang dragon désigne aujourd'hui la 
même drogue que du temps de Pline et de Dioscoride. Ces dénominations 
offraient, dès l'origine, bien des variantes. Car, dans le papyrus comme 
dans Dioscoride, un même nom s'applique parfois à deux ou à trois plantes 
différentes. Ainsi le nom de semence d'Hercule désigne, dans les papyrus, 
la roquette; dans Discoride, le safran (I, 25?, le myrte sylvestre iIV, 144) 
et l'ellébore (IV, 148). Le sang de Cronos signifie l'huile de cèdre et le lait 
de porc, dans le papyrus. D'autres noms ont une signification différente dans 
le papyrus et dans Dioscoride, quoique unique dans chacun d'eux. Ainsi 
la semence d'Hermès signifie l'anis dans le papyrus ; le bouphthalmon 



(i) Diosc, Mat. médicale, I, g; II, 
igS, 207; III, io5; IV, 33, 126, 175. 

(2) Ibid., II, 144; IV, 175. 

(3) Ibid., II, 144, 207; III, 33. 41. 
[^]Ibid.,V, 114 

(5) Diosc, Mat. méd., I, 9, 2 5, 120, 



134; II, 144, i52, i65, 180, etc.; III, 
6, 26, 28, etc. ; IV, 4, 23, etc. 

(6) Cependant ces noms populaires 
sont plutôt destinés à faire image. A ce 
titre, ils auraient pu précéder la nomen- 
clature symbolique et en suggérer l'idée 



Ι 2 INTRODUCTION 

dans Dioscoride (III, 146. Le sang de taureau signine l'œuf du scarabée 
dans le papvrus, le Marrubiiim dans Dioscoride (III, 109). Réciproque- 
ment une même plante peut avoir deux noms différents dans les deux au- 
teurs. h'Artemisia s'appelle sang de Vulcain dans le papyrus, sang humain 
dans Dioscoride (III, 1 17). Un seul nom se trouve à la fois dans le papyrus 
et dans Dioscoride, c'est celui de VAnagallis, désigné par le mot : sang de 

l'œil. 

On voit que les nomenclatures des botanistes d'alors ne variaient pas 
moins que celles de notre temps, alors même qu'elles procédaient de con- 
ventions symboliques communes, comme celles des prophètes égyptiens. 
Quelques-uns de ces mots symboliques ont passé aux alchimistes, mais 
avec un sens différent; tels sont les noms : semence de Vénus, pris pour 
la fleur loxyde, carbonate, etc.) de cuivre; bile de serpent, pris pour le mer- 
cure, ou bien pour l'eau divine; éjaculation du serpent, pris pour le mer- 
cure ; Osiris (il, pris pour le plomb (ou le soufre) ; lait de la vache noire, 
pris pour le mercure tiré du soufre (2); sang de moucheron, pris pour l'eau 
d'alabastron; boue (ou lie) de Vulcain, pour l'orge, etc.; toutes désignations 
tirées du vieux lexique alchimique. Dans le papyrus et dans Dioscoride, 
on trouve souvent les mêmes mots, mais avec une autre sigilification. Tout 
ceci concourt à reconstituer le milieu intellectuel et les sources troublées 
où a eu lieu l'éclosion des premières théories de la chimie. 

Arrivons aux quelques notions de cette science dont le papyrus V con- 
serve la trace. Elles se bornent à une recette d'encre, en une ligne (col. 12, 
1. 16) et à un procédé pour affiner l'or (col. 6, 1. 181. 

i" L'encre dont il s'agit est composée avec 4 drachmes de misy, 2 drach- 
mes de couperose (verte), 2 drachmes de noix de galle, 3 drachmes de 
gomme et 4 drachmes d'une substance inconnue, désignée par deux Z, dans 
chacun desquels est engagé une petite lettre complémentaire. Un signe ana- 
logue existe chez les alchimistes et les médecins et paraît signifier pour 
eux le gingembre (voir plus loin le tableau des signes reproduit d'après une 
photogravure) ; mais ce sens n'est pas applicable ici. Je crois qu'il s'agit de 



(i) Dans Dioscoride, III, 80, c'est le I propre, à ce qu'il semble. (Pap. W, 
nom d'une plante. 1 col. 3, 1. 43, et col. 4, 1. 4.) 

(■j) Lait d'une vache noire, au sens 1 



PAPYRUS DE LEIDE 



i3 



l'encre mystique fabriquée avec les sept parfums (i) cî les sept fleurs (2), 
au moyen de laquelle on écrivait les formules magiques sur le nitre, 
d'après le papvrus suivant (pap. \V, col. 6, 1. 5 : col. 3, 1. S ; col. 9, 1. 10 ; 
col. 10, 1. 41 : en etfet, la lettre Ζ exprime précisément le nombre sept, 
et se retrouve, isolée, avec ce sens dans le même papvrus (col. 1 i, 1. 26 ; 
V. aussi col. 6, 1. 5). 

Cette composition rappelle, par sa complexité, celle du Kyphi, substance 
sacrée ?) des Egyptiens. 

2° Le procédé (4) pour affiner l'or f Iîot'.ç •/pjzzj';. (5), ne manque pas d'in- 
térêt, il est cité d'ailleurs dans une préparation sur la coloration de l'or; 
donnée dans le papyrus X alchimique ; ce qui établit la connexité des 
deux papvrus. Ajoutons qu'il se trouve transcrit entre une formule pour 
demander un songe (ϊνειρετητίν) et la description d'un anneau magique qui 
donne le bonheur; ce qui montre bien le milieu intellectuel d'alors: les 
mêmes personnes pratiquaient la magie et la chimie. Enfin ce procédé ren- 
ferme une recette intéressante, par sa ressemblance avec la méthode con- 
nue sous le nom de cément royal, à l'aide de laquelle on séparait autre- 
fois l'or et l'argent. Donnons d'abord la traduction de ce texte: 



(i) Voici le texte même du Papyrus 
W : « Les sept parfums sont ; le stvrax 
consacré h Saturne, le malabathrum à 
Jupiter, le costus à Mars, l'encens au 
soleil, le nard indien à \^énus, le casia 
à Hermès, la myrrhe à la lune. » 

(2) Voici le texte du papyrus \V : 
« Les sept fleurs, d'après Manéthon 
(l'astrologue), sont: la marjolaine com- 
mune, le lis, le lotus, \' Eriphyllium 
(renoncule ?) le narcisse, la violette 
blanche, la rose. » (Pap. W, col. i , 1. 
22.) On les broie dans un mortier blanc 
21 jours avant la cérémonie et on les 
sèche à l'ombre. 

{3| Origines de l'AlcIi., p. 3o. Diosc. 
Mat. méd.\ I, 24. 

(4) Papyri grœci, V, col. G. 

(3) Le mot Xiiin-.i a quatre sens : il 
sianifie : 



I» L'opération de la rouille, c'est-à- 
dire l'oxydation d'un métal ; 

2° L'affinage du métal, lequel est 
souvent connexe avec l'oxydation du 
métal impur, celle-ci tendant à éli- 
miner les métaux étrangers dont les 
oxydes sont plus stables : ce qui est 
le cas des métaux alliés à l'or dans la 
nature ; 

3" La virulence, ou possession d'une 
propriété active spécifique : telle notam- 
ment que celle que l'oxydation déve- 
loppe dans certains métaux; mais avec 
un sens plus compréhensif ; 

4" Enfin la coloration en violet. Ce 
dernier sens, qui se trouve chez les 
alchimistes et qui répond parfois à la 
formation de certains dérivés colorés de 
l'or, n'est pas applicable ici. 



14 INTRODUCTION 

ΐί Prenezdu vinaigrepiquant ,ι], épaississez, prenez de (2), 8 drachmes 

de sel commun, 2 drachmes d'alun lamelleux (schiste), 4 drachmes de 
litharge, broye^avec le vinaigre pendant 3 jours, séparez par décantation 
et employez. Alors ajoutez au vinaigre i drachme de couperose, une demi- 
obole de (3), trois oboles de chalcite 14 , une obole et demie de sory (5), 

une silique (61 de sel commun, deux siliques de sel de Cappadoce ^-'i. Faites 
une lame ayant deux quarts (d'obole?) Soumettez-la à l'action du feu... jus- 
qu'à ce que la lame se rompe, ensuite prenez les morceaux et regardez-les 
comme de l'or affiné. 

« Ayant pris quatre paillettes (8) d'or, faites-en une lame, chauffez-la et 
trempez-la dans de la couperose broyée avec de l'eau et avec une autre 

(couperose) sèche, battez (une partie) avec la matière sèche, une autre 

avec la matière mélangée: déversez la rouille et jetez dans » 

Il y a là deux recettes distinctes. Dans toutes deux figure le sulfate 
de cuivre plus ou moins ferrugineux, sous les noms de chalcanthon ou 
couperose et de sory. La seconde recette semble un fragment mutilé d'une 
formule plus étendue. La première présente une grande ressemblance 
avec une formule donnée dans Pline pour préparer un remède avec l'or, 
en communiquant aux objets torréfiés avec lui une propriété spécifique 
active, désignée par Pline sous le nom de virus. Remarquons que ce mot 
est la traduction littérale du grec !:;, rouille ou venin, d'où dérive ίω-:; : 
ce qui complète le rapprochement entre la formule de Pline et celle du 
papyrus. Voici les paroles de Pline [Hist. Nat., XXXIII, 25) : 

« On torréfie l'or dans un vase de terre, avec deux fois son poids de sel et 



(i) Le texte porte opiâou, qui n'a pas 
de sens ; c'est Ssip qu'il faut lire. 

(2) Lacune. 

(3) I drachme zz 6 oboles, mesure de 
poids. 

(4) Minerai de cuivre, tel que la pyrite. 

(5) Produit de l'altération de la pyrite, 
pouvant renfermer à la fois du sulfate 
de cuivre et du sulfate de fer basique. 
Le sory est congénère du misy, produit 
d'altération analogue, mais moins riche 
en cuivre. (V. Diosc. Mat. méd., V. 



116-118; Pline, ÎT.-V., XXXIV, 3o,3i. 

(6) Silique =^ tiers de l'obole, mesure 
de poids. 

(7) Variété de sel gemme. 

(8) Le texte porte le mot o'ï'.ï. Ce 
mot ne se trouve pas dans les diction- 
naires et a fort embarrassé M. Lee- 
mans et Reuvens, qui y a vu le nom du 
roi (ou du prophète) juif Osée. Je le 
rattacherai à ίίζο;, noeud ou rameau. Il 
répondrait au latin ramentum, si fré- 
quent dans Pline. 



PAPYRUS DE LEIDE 



l5 



trois fois son poids de misy : i ) ; puis on répète l'Opération avec 2 parties de 
sel et I partie delà pierre appelée schiste (2). De cette façon, il donne des 
propriétés actives aux substances chauffées avec lui, tout en demeurant pur 
et intact. Le résidu est une cendre que l'on conserve dans un vase de terre. » 

Pline ajouteque Ton emploie ce résiducomme remède. L'efficacité de l'or, 
le plus parfait des corps, contre les maladies et contre les maléfices est un 
vieux préjugé. De là, au moyen âge, l'idée de l'or potable. La préparation 
indiquée par Pline devait contenir les métaux étrangers à l'or, sous forme 
de chlorures ou d'oxychlorures. Renfermait-elle aussi un sel d'or? A la ri- 
gueur, il se pourrait que le chlorure de sodium, en présence des sels basi- 
ques de peroxyde de fer, ou même du bioxyde de cuivre, dégageât du chlore, 
susceptible d'attaquer l'or métallique ou allié, en formant du chlorure d'or, 
ou plutôt un chlorure double de ce métal. Mais la chose n"est pas démon- 
trée. En tous cas, l'or se trouve affiné dans l'opération précédente. 

C'est en effet ce que montre la comparaison de ces textes avec l'exposi- 
tion du procédé du départ par cémentation, donnée par Macquer [Diction- 
naire de chimie^ 1778)• H s'agit du problème, fort difficile, qui consiste à 
séparer l'or de l'argent par voie sèche. On y parvient aujourd'hui aisément 
par la voie humide, qui remonte au xvn« siècle. Mais elle n'était pas connue 
auparavant. Au moyen âge on opérait cette séparation soit au moyen du 
cément royal, soit au moyen d'une sorte de coupellation, assez difficile à 
réaliser, et où le soufre et l'antimoine remplaçaient le plomb. 

Voici la description donnée par Macquer du cément royal, usité autrefois 
dans la fabrication des monnaies. On prend 4 parties de briques pilées et 
tamisées, i partie de vitriol vert, calciné au rouge, i partie de sel commun ; 
on en fait une pâte ferme que l'on humecte avec de l'eau ou de l'urine. 
On la stratifié avec des lames d'or minces, dans un pot de terre; on lute 
le couvercle et on chauffe à un feu modéré pendant vingt-quatre heures, en 
prenant garde de fondre l'or. On répète au besoin l'opération. 



(i) Le misy représente le produit de 
l'oxydation lente des pyrites, renfer- 
mant à la fois du sulfate de cuivre et 
du sulfate de fer plus ou moins basique. 
(Voir plus haut, page précéd., note 5). 



{2) Le schiste de Pline signifie un 
minerai divisible en lamelles: c'est tan- 
tôt de l'alun, tantôt un minerai de fer 
congénère de l'hématite {Hist. lUt., 
XXVI, 37). 



i6 



INTRODLXTIOX 



En procédant ainsi, l'argent et les autres métaux se dissolvent dans le 
chlorure de sodium, avec le concours de l'action oxydante et, par suite, 
chlorurante, exercée par l'oxyde de fer dérivé du vitriol ; tandis que l'or 
demeure inattaqué. Ce procédé était môme employé, d'après Macquer, parles 
orfèvres, qui ménageaient l'action, de façon à changer la surface d'un bijou 
en or pur, tandis que la masse centrale demeurait à bas titre. 

Il est facile de reconnaître la similitude de ce procédé avec la recette de 
Plineetavec celle du papyrus égyptien. Geber, Albert le Grand (pseudonyme) 
et les chimistes du moven âge en ont gardé constamment la tradition. 

PAPYRUS W 

Passons au papyrus W, qui fournit plus spécialement des lumières sur 
les relations entre la magie et le gnosticisrne juif. Il est formé de 7 feuillets 
et demi, haut de 0^,27, large de o'",32 . Il renferme 25 pages de texte en let- 
tres onci aies, quelques-unes cursives, chacune de ces pages a de 52 à 3 i lignes, 
parfois moins. Il remonte au ni« siècle et se rattache fort étroitement aux doc- 
trines de Marcus et des Carpocratiens(i). Il est tiré principalement des ouvra- 
ges apocrvphesde Moïse, écritsà cette époque; il cite, parmi ces ouvrages, la 
Monade, le Livre secret, la Clef {2), le. Livre des Archanges, leLivre lunaire, 
peut-être aussi un Livre sur la loi, le 5^' livre des Ptolémaiqites, le livre 
Panarètos (3) : ces derniers donnés sans nom d'auteur. Tous ces ouvrages 
sont congénères et probablement contemporains delà Chimie domestique de 
Aloïse, dont j'ai retrouvé des fragments étendus dans les alchimistes grecs (4) 



(Il Maller, Hisl. du giwsÎicisine.t. II, 
p. 2U5. 

(2) On attribuait à Hermès un ou- 
vrage du même titre, Κλει';, adressé à 
Toth,et cité par Lactance et par Stobée. 

(3) Un ouvrage du même titre, attri- 
bué à Hermès Trismégiste, est cité par 
Scaliger, dans son édition de Manilius, 
p. 209. Il y était question des sept 
« sorts » répondant aux sept planètes, 
savoir : 



ci ir.-'x /.ληρ;; έν τ^ Παναρετω Tpw- 

μεγίστιυ. 
Saturne : νεαεσις. 
Jupiter : νί/.η. 
Mars : -ολαα. . 
Soleil : άγα0ο3αί|Λων. 
Vénus : ερω;. 
Mercure : ανάγκη. 
Lune : αγαθή τ;1•/η. 

(41 Origines del'AlcIii)nie, ρ. 55, 1 23, 

171• 



1 

PAPYRUS DE LEIDE \η 

ainsi que des écrits de Moïse le magicien cité dans Pline (i): c'est la mime 
famille d'apocryphes. Le manuscrit actuel est, d'ailleurs, rempli de solécismes 
et de fautes d'orthographe, attestant l'ignorance des copistes égyptiens. On 
y cite Hermès Ptéryx, Zoroastre le Persan, Tphé l'hiérogrammate, auteur 
d'un livre adressé au roi Ochus, Manéthon l'astrologue, le même sans doute 
que celui dont nous possédons un poème, les mémoires d'Evenus, Orphée 
le théologien. Erotyle, dans ses Orphiques. Les noms d'Orphée et d'Éro- 
tyle se retrouvent aussi chez les alchimistes grecs. Le nom du second, cité 
aussi par Zosime, a été d'ailleurs méconnu et pris pour celui d'un instru- 
mentchimique; sa reproduction dansle Papyrus W (Ρλ£κ;•/, t. II, p. 254; en 
fixe le sens définitif. Toth it. II, p. io3) et l'étoile du chien (II, 109-1 15) rap- 
pellent la vieille Egypte. Les noms d'Abraham, Isaac, Jacob, Michel 
(t. II, p. 144-153 , celui des deux Chérubins (t. II, p. 101I, l'intervention du 
temple de Jérusalem (t. II, p. 99), montrent les affinités juives de l'auteur. 
Apollon et le serpent Pythien ^11, 88) manifestent le mélange de traditions 
grecques, aussi bien que dans les papyrus de Berlin et chez les alchi- 
mistes (2). Ces affinités sont en même temps gnostiques. C'est ici le lieu de 
rappeler que les Marcosiens avaient composé un nombre immense d'ou- 
vrages apocryphes, d'après Irénée {Hérésies, I, 17. Le titre même énoncé 
à la première ligne du papyrus: « livre sacré appelé Monas, le huitième de 
Moïse, sur le nom saint », est tout à fait conforme aux doctrines des Car- 
pocratiens,pour lesquels Monas était le grand Dieu ignoré (3 . Le grand nom 
ou le saint nom possède des vertus magiques [Papyri, t. II, p. 99); il rend 
invisible, il attire la femme vers l'homme, il chasse le démon, il guérit les 
convulsions, il arrête les serpents, il calme la colère des rois, etc. Le saint 
nom est appelé aussi Ogdoade [Papyri, t. II, p. 141; et formé de sept 
voyelles, la))2ona5 complétant le nombre huit. Le nombre sept joue ici, comme 
dans toute cette littérature, un rôle prépondérant: il est subordonné à celui 
des planètes divines, à chacune desquelles est consacrée une plante et un 
parfum spécial {'Papj'rt, t. II, p. 33 ; voir ci-dessus les notes de la p. i3i. 
Sans nous arrêter aux formules d'incantation et de conjuration, farcies 



(i) FT.,N., XXX. 2. 

(3) Origines de l'Alchimie, p. 333 



(3) Matter, Hist. du gnosticisine, 
t. II, p. 2bi. 

3* 



Ι 8 INTRODL'CTION 

de mots barbares, nous pouvons relever, au point de vue des analogies 
historiques, la mention du serpent qui se mord la queue et celle des sept 
voyelles entourant la figure du crocodile à tête d'épervier, sur lequel se 
tient le Dieu polymorphe [Papyri, t. II, p. 85). C'est encore là une figure 
toute pareille à celles qui sont tracées sur les pierres gravées de la Biblio- 
thèque nationale. [Origines de l'alchimie, p. 62). 

Citons aussi la mention de l'Agathodémon ou serpent divin : le ciel 
est ta tête, l'éther ton corps, la terre tes pieds, et l'eau t'environne ; tu es 
l'Océan qui engendre tout bien et nourrit la terre habitée. » 

J'y relève, en passant, quelques mots chimiques pris dans un sens inac- 
coutumé : tel est le « nitre tétragonal » (p. 85), sur lequel on doit écrire des 
dessins et des formules compliquées. Ce n'était assurément pas notre 
salpêtre, ni notre carbonate de soude, qui ne se prêteraient guère à de pa- 
reilles opérations. Le sulfate de soude fournirait peut-être des lames suffi- 
santes; mais il est plus probable qu'il s'agit ici d'un sel insoluble, suffisam- 
ment dur, tel que le carbonate de chaux (spath calcaire), ou le sulfate de 
chaux, peut-être le feldspath : car il est question plus loin de lécher et de 
laver deux de ses faces (Piyj^ri, t. II, p. 91 ) ; ilyalàune énigme. Sur ce nitre, 
on écrit avec une encre faite des sept fleurs et des sept aromates [Papyri, 
t. II, p. 90, 99). On doit y peindre une « stèle » sacrée renfermant l'invoca- 
tion suivante : 

Β Je t'invoque, toi, le plus puissant des dieux, qui as tout créé ; toi, né de 
toi-même, qui vois tout, sans pouvoir être vu. Tu as donné au soleil la 
gloire et la puissance. A ton apparition, le monde a existé et la lumière a 
paru. Tout t'est soumis, mais aucun des dieux ne peut voir ta forme, parce 
que tu te transformes dans toutes Je t'invoque sous le nom que tu pos- 
sèdes dans la langue des oiseaux, dans celle des hiéroglyphes, dans celle 

des Juifs, dans celle des Egyptiens, dans celle des cynocéphales dans 

celle des éperviers, dans la langue hiératique >' 

Ces divers langages mystiques reparaissent un peu plus loin, après une 
invocation à Hermès et en tête d'un récit gnostique de la création, récit que 
je reproduis en l'abrégeant, afin de donner une idée plus complète de ce 
genre de littérature qui a eu un rôle historique si considérable. 

« Le Dieu aux neufs formes te salue en langage hiératique... et ajoute : 



PAPYRUS DE LEIDE ig 

je te précède, Seigneur. Ce disant, il applaudit trois fois. Dieu rit : cha, 
cha, cha, cha, cha, cha, cha (sept fois), et Dieu ayant ri, naquirent les sept 
dieux qui comprennent le monde ; car ce sont eux qui apparurent d'abord. 
Lorsqu'il eut éclaté de rire, la lumière parut et éclaira tout : carie Dieu 
naissait sur le monde et sur le feu. Bessun, berithen, berio. 

« Il éclata de rire pour la seconde fois : tout était eau. La terre, ayant 
entendu le son, s'écria, se courba, et l'eau se trouva partagée en trois. Le 
Dieu apparut, celui qui est préposé à l'abîme ; sans lui l'eau ne peut ni 
croître, ni diminuer. » 

Au troisième éclat de rire de Dieu, apparaît Hermès; au cinquième, le 
Destin, tenant une balance et figurant la Justice. Son nom signifie la bar- 
que de la révolution céleste : autre réminiscence de la vieille mythologie 
égyptienne. Puis vient la querelle d'Hermès et du Destin, réclamant chacun 
pour soi la Justice. Au septième rire, l'âme naît, puis le serpent Pythien, 
qui prévoit tout (]]. 

J'ai cité, en l'abrégeant, tout ce travestissement gnostique du récit biblique 
des sept jours de la création, afin d'en montrer la grande ressemblance avec 
la PJstis Sophia et les textes congénères, et pour mettre en évidence le 
milieu dans lequel vivaient et pensaient les premiers alchimistes. 

PAPYRUS X 

Nous allons maintenant examiner le papyrus X, le plus spécialement 
chimique : il témoigne d'une science des alliages et colorations métalliques 
fort subtile et fort avancée, science qui avait pour but la fabrication et 
la falsification des matières d'or et d'argent : à cet égard, il ouvre des jours 
nouveaux sur l'origine de l'idée de la transmutation des métaux. Non seu- 
lement l'idée est analogue; mais les pratiques exposées dans ce papyrus 
sont les mêmes, comme je l'établirai, que celles des plus vieux alchimistes, 
tels que le Pseudo-Démocrite, Zosime, Olympiodore, le Pseudo-Moïse. 

Cette démonstration est de la plus haute importance pour l'étude des ori- 
\ 

(i) Voir plus haut (p. i6, note 3) les sept /Χΐ,οο:, tirés du livre Panaretos. 



20 INTRODUCTION 

gines de l'alchimie. Elle prouve en effet que ces origines ne sont pas fon- 
dées sur des imaginations purement chimériques, comme on l'a cru quel- 
quefois ; mais elles reposaient sur des pratiques positives et des expériences 
véritables, à l'aide desquelles on fabriquait des imitations d'or et d'argent. 
Tantôt le fabricant se bornait à tromper le public, sans se faire illusion sur 
ses procédés ; c'est le cas de l'auteur des recettes du papyrus. Tantôt, au 
contraire, il ajoutait à son art l'emploi des formules magiques ou des prières, 
et il devenait dupe de sa propre industrie. 

Les définitions du mot ^^ or », dans le lexique alchimique grec qui fait 
partie des vieux manuscrits, sont très caractéristiques : elles sont au nombre 
de trois, que voici: 

« On appelle or le blanc, le sec et le jaune et les matières dorées, à l'aide 
desquelles on fabrique les teintures solides ; » 

Et ceci : « L'or, c'est la pyrite, et la cadmie et le soufre ; » 

Ou bien encore : « L'or, ce sont tous les fragments et^ lamelles jaunis et 
divisés et amenés à perfection. > 

On λ'οίΐ que le mot « or », pour les alchimistes comme pour les orfèvres des 
papyrus de Leide, et j'ajouterai même, à certains égards, pour les orfèvres et 
les peintres d'aujourd'hui, avait un sens complexe : il servait à exprimer 
l'or vrai d'abord, puis l'or à bas titre, les alliages à teinte dorée, tout objet 
doré à la surface, enfin toute matière couleur d'or, naturelle ou artificielle. 
Une certaine confusion analogue règne même de nos jours, dans le langage 
courant ; mais elle n'atteint pas le fond des idées, comme elle le fit autre- 
fois. Cette extension de la signification des mots était en effet commune chez 
les anciens; le nom de l'émeraude et celui du saphir, par exemple, étaient 
appliqués par les Egyptiens aux pierres précieuses et vitrifications les plus 
diverses (ii. De même que l'on imitait l'émeraude et le saphir naturels, on 
imitait l'or et l'argent. En raison des notions fort confuses que l'on avait 
alors sur la constitution de la matière, on crut pouvoir aller plus loin et on 
s'imagina y parvenir par des artifices mysté/ieux. Mais, pour atteindre le 
but, il fallait mettre en œuvre les actions lentes de la nature et celles d'un 
pouvoir surnaturel. 

(i) Origines de l'Alchimie, p. 218. 



PAPYRUS DE LEIDE 2 I 

α Apprends, ô ami des Muses, dit Olympiodore, auteur alchimique du 
« commencement du v" siècle de notre ère, apprends ce que signifie le mot 
« économie (i) et ne vas pas croire, comme le font"quelqu es-uns, que l'action 
« manuelle seule est suffisante: non, il faut encore celle de la nature, et une 
« action supérieure à l'homme. » 

Et ailleurs: « Pour que la composition se réalise exactement, dit Zosime; 
«demandez par vos prières à Dieu de vous enseigner, car les hommes ne 
α transmettent pas la science; ils se jalousent les uns les autres, et l'on ne 

« trouve pas la voie Le démon Ophiuchus entrave notre recherche, ram- 

« pant de tous côtés et amenant tantôt des négligences, tantôt la crainte, 
« tantôt l'imprévu, en d'autres occasions les afflictions et les châtiments, afin 
a de nous taire abandonner l'œuvre. » 

De là la nécessité de faire intervenir les prières et les formules magi- 
ques, soit pour conjurer les démons ennemis, soit pour se concilier la 
divinité. 

Tel était le milieu scientifique et moral au sein duquel les croyances à la 
transmutation des métaux se sont développées : il importait de le rappeler. 
Mais il est du plus haut intérêt, à mon avis, de constater quelles étaient 
les pratiques réelles, les manipulations positives des opérateurs. Or ces pra- 
tiques nous sont révélées par le papyrus de Leide, sous la forme la plus 
claire et en concordance avec les recettes du Pseudo-Démocrite et d'Olym- 
piodore. Nous sommes ainsi conduits à étudier avec détail les recettes du 
papyrus, qui contient la forme première de tous ces procédés et doctrines. 

Dans le Pseudo-Démocrite, et plus encore dans Zosime, elles sont déjà com- 

« 

pliquées par des imaginations mystiques ; puis sont venus les commenta- 
teurs, qui ont amplifié de plus en plus la partie mystique, en obscurcissant 
ou éliminant la partie pratique, à la connaissance exacte de laquelle ils 
étaient souvent étrangers. Les plus vieux textes, comme il arrive souvent, 
sont ici les plus clairs. 

Donnons d'abord ce que l'on sait sur l'origine de ce papyrus, ainsi que sa 
description. Le papyrus X a été trouvé à Thèbes, sans doute avec les deux 
précédents; car la recette i5 qui s'y trouve s'en réfère au procédé d'affinage 

(i) Il s'agit du traitement mis en pratique pour fabriquer l'or. 



22 INTRODUCTrON 

de l'or cité dans le papyrus V (v. plus haut, p. i3). Il est formé de dix 
grandes feuilles, hautes de o-^So, larges de ο•"34, pliées en deux dans le 
sens de la largeur. Il contient seize pages d'écriture, de vingt-huit à qua- 
rante-sept lignes, en majuscules de la fin du ni" siècle. Il renferme soixante- 
quinze formules de métallurgie, destinées à composer des alliages, en vue 
de la fabrication des coupes, vases, images et autres objets d'orfèvrerie ; à 
souder ou à colorer superficiellementles métaux; à en essayer la pureté, etc.; 
formules disposées sans ordre et avec de nombreuses répétitions. 11 y a 
en outre quinze formules pour faire des lettres d'or ou d'argent, sujet 
connexe avec le précédent. Le tout ressemble singulièrement au carnet de 
travail d'un orfèvre, opérant tantôt sur les métaux purs, tantôt sur les mé- 
taux alliés ou falsifiés. Ces textes sont remplis d'idiotismes, de fautes d'or- 
thographe et de fautes de grammaire : c'est bien là la langue pratique d'un 
artisan. Ils offrent d'ailleurs le cachet d'une grande sincérité, sans ombre 
de charlatanisme, malgré Timprobité professionnelle des recettes. Puis vien- 
nent onze recettes pour teindre les étoffes en couleur pourpre, ou en couleur 
glauque. Le papyrus se termine par dix articles tirés de la Matière médi- 
cale de Dioscoride, relatifs aux minéraux mis en œuvre dans les recettes 
précédentes. 

On voit par cette énumération que le même opérateur pratiquait l'or- 
fèvrerie et la teinture des étoffes précieuses. Mais il semble étranger à la 
fabrication des émaux, vitrifications, pierres précieuses artificielles. Du 
moins aucune mention n'en est faite dans ces recettes, quoique le sujet 
soit longuement traité dans les écrits des alchimistes. Le papyrus X ne 
s'occupe d'ailleurs que des objets d'orfèvrerie fabriqués avec les métaux 
précieux; les armes, les outils et autres gros ustensiles, ainsi que les 
alliages correspondants, ne figurent pas ici. 

Les recettes relatives aux métaux sont inscrites sans ordre, à la suite les 
unes des autres. Cherchons-en d'abord les caractères généraux. 

En les examinant de plus près, on reconnaît qu'elles ont été tirées de 
divers ouvrages ou traditions. En effet, les unités auxquelles se rappor- 
tent ces compositions métalliques sont différentes, quoique spéciales pour 
chaque recette. L'écrivain y parle tantôt de mesures précises, telles que les 
mines, statères, drachmes, etc. (le mot drachme ou le mot statère étant 



PAPYRUS DE LEIDE 23 

employé de préférence' ; tantôt il se sert du mot partie ; tantôt enfin du 
mot mesure. 

La teinture des métaux est désignée par plusieurs mots distincts : 

χρυϊίΐυ χρώΐ'.ς, teinture en or ; 

αργύρου χρύσωσις, dorure de l'argent ; 

χαλ/.ΐ3 χρυσοοανοΰς ποίησις, coloration (superficielle) du cuivre en or. 

)ζρίης, coloration par enduits ou vernis. 

χρυτίϋ καταβαΐή ; il s'agit d'une teinture en or, superficielle et opérée 

par voie humide, 
άΐήμΐυ καταόαιή ; cette fois c'est une teinture en argent, ou plutôt 

en asèm, faite à chaud, avec trempe. 

Nous avons affaire, je le répète, à plusieurs collections de recettes de 
dates et d'origines diverses, mises bout à bout. C'est ce que confirment les 
répétitions qu'on y rencontre. 

Ainsi, la même recette pour préparer l'asèm (i) fusible (amalgame de 
cuivre et d'étain) reparaît trois fois. Uasèm, dans une formule où il est 
spécialement regardé comme un amalgame d'étain, figure deux fois avec 
de légères variantes ; la coloration en asèm, deux fois ; la coloration du 
cuivre en or à l'aide du cumin, trois fois; la dorure apparente, àl'aide 
de la chélidoine et du misy, deux fois ; l'écriture en lettres d'or, à l'aide 
de feuilles d'or et de gomme, deux fois. D'autres recettes sont repro- 
duites, une fois en abrégé, une autre fois avec développement : par 
exemple, la préparation de la soudure d'or, l'écriture en lettres d'or au 
moyen d'un amalgame de ce métal, la même écriture au moyen du soufre 
et du corps appelé alun. En discutant de plus près ces répétitions, on pour- 
rait essayer de reconstituer les recueils originels, si ce travail semblait 
avoir quelque intérêt. 

Les recettes mêmes offrent une grande diversité dans le mode de rédac- 
tion : les unes sont les descriptions minutieuses de certaines opérations, 
mélanges et décapages, fontes successives, avec emploi de fondants divers. 
Dans d'autres, les proportions seules des métaux primitifs figurent, avec 

(i) Voir plus loin ces diverses recettes. 



24 INTRODUCTION 

l'énoncé sommaire des opérations, les fondants eux-mêmes étant omis. Par 
exemple (pap. X, col. i, 1. 5), on lit : le plomb et l'étain sont purifiés par 
la poix et le bitume; ils sont rendus solides par l'alun, le sel de Cappadoce 
et la pierre de Magnésie jetés à la surface. Dans certaines recettes on n'in- 
dique que les proportions des ingrédients, et sans qu'il soit fait mention des 
opérations auxquelles ils sont destinés. Ainsi: 

« Asèm fusible (col. 2, 1. 141 : cuivre de Chypre, une mine ; étain en 
baguettes, une mine ; pierre de Magnésie, seize drachmes ; mercure, huit 
drachmes ; pierre de Paros, vingt drachmes. » 

Parfois même l'auteur se borne à donner la proportion de quelques- 
uns des produits seulement: " Pour écrire en lettres d'or (col. 6, 1. i): 
litharge couleur d'or une partie, alun deux parties. » 

Ceci ressemble beaucoup à des notes de praticiens, destinées à conserver 
seulement le souvenir d'un point essentiel, le reste étant confié à la mémoire. 

Les recettes finales : asèm égyptien, d'après Phiménas le Saîte ; eau 
de soufre ; dilution de Vasèm, etc.; ont au contraire un caractère de com- 
plication spéciale qui rappelle les alchimistes ; aussi bien que les signes 
planétaires de l'or et de l'argent, inscrits dans la dernière. 

Deux questions générales se présentent encore, avant d'aborder l'étude 
détaillée de ces textes : celle des auteurs cités et celle des signes ou abré- 
viations. Un seul auteur est nommé dans le papyrus X, sous le titre : 
Procédé de Phiménas le Suite pour préparer V asèm égyptien [co\. ii,l. i5). 
Ce nom paraît le même que celui de Pamménès, prétendu précepteur 
de Démocrite, cité par Georges le Syncelle, et qui figure dans les textes 
alchimistes de nos manuscrits (i). Ce nom s'écrit aussi Paménasis et Pa- 
ménas, peut-être même Phaminis : dévoué au dieu Mendés ; dévoué au 
roi Menas (2). Le rapprochement entre Phiménas et Pamménès doit être 
regardé comme certain : attendu que la dernière des deux recettes don- 
nées sous le nom de Phiménas dans le papyrus se trouve presque sans 
changement dans le Pseudo-Démocrite, parmi des recettes attribuées 
pareillement à l'Égyptien Pamménès: j'y reviendrai. 



(1) Origines de l'AlcIiimie, p. 170. 

(2) Papyri grœci, t. II, p. 25o. On 



peut en rapprocher le nom grécisé de 
Ménodore. 



PAPYRUS DE LEIDE 



23 



Il y a quelque intérêt à comparer les signes et abréviations du papyrus 
avec les signes des alchimistes. Je note d'abord le signe de l'or (col. 12, 
1. 20), qui est le même que le signe astronomique du soleil, précisément 
comme chez les alchimistes : c'est le plus vieil exemple connu de cette 
identification. A côté figure le signe lunaire de l'argent (i). Ces notations 
symboliques ne s'étendent pas encore aux autres métaux. On trouve aussi 
dans le papyrus (col. 9, 1. 42 et 44) un signe en forme de pointe de flèche, 
à la suite des mots Oîîsu a-jp;j (soufre apyre) : ce signe est pareil à celui 
qui désigne le fer, ou, dans certains cas, répété deux fois, les pierres, dans 
les écrits alchimiques (2). Dans le papyrus il semble qu'il exprime une 
mesure de poids. Les autres signes sont surtout des abréviations techniques, 
parmi lesquelles je note celle de l'alun lamelleux z-:-j--riP'.x ""/'."ή : l'une 
d'elles enparticulier (pap. X, col. 6, 1. 19) est toute pareille à celle des alchi- 
mistes (31 . Les noms des mesures sont abrégés ou remplacés par des signes, 
conformément à un usage qui existe encore de notre temps dans les recettes 
techniques de la pharmacie. 

11 convient d'entrer maintenant dans l'e.xamen détaillé des cent onze arti- 
cles du papyrus : articles relatifs aupc métaux, au nombre de quatre-vingt-dix, 
dont un sur l'eau divine ; articles sur la teinture en pourpre, au nombre de 
onze ; enfin dix articles extraits de Dioscoride. La traduction complète des 
articles sur les métaux va être donnée et suivie d'un commentaire ; mais 
je ne m'arrêterai guère sur les procédés de teinture proprement dite, fondés 
principalement sur l'emploi de l'orcanette et de l'orseille, procédés dont 
quelques-uns sont à peine indiqués en une ligne : comme si l'écrivain avait 
copié des lambeaux d'un texte qu'il ne comprenait pas. D'autres sont plus 
complets. Le tout est du même ordre que la recette de teinture en pourpre 
du Pseudo-Démocrite, contenue dans les manuscrits alchimiques et dont 



(i) Le signe de l'or est absoluaient 
certain. Quant à celui de l'argent, 
M. Leemans a pris ce signe pour un 
Β : il est assez mal dessiné, comme le 
montre la photographie que je possède; 
mais le texte ne me paraît pas suscep- 
tible d'une autre interprétation. M.Lee- 
mansdanssesnotes^t.II,p. 25-) le traduit 



aussi par Liina ; mais il n'a pas compris 
qu'il s'agissait ici de l'or et de l'argent. 

(2) Voir les photogravures que je 
reproduis plus loin dans le présent 
volume: Planche I, 1. 21 ; PI. II, 1. 3; 
PI. IV, 1.25; PL VIII, 1. 23. 

(3) Ibid., PL II, L 5 adroite; PL IV, 
1. 21. 

4• 



20 INTRODUCTION 

j'ai publié naguère le texte et la traduction, reproduits dans le présent 
volume. 

J'ai collationné avec soin les dix articles extraits de Dioscoride, tous 
relatifs à des minéraux employés dans les recettes, et qui donnent la mesure 
des connaissances minéralogiques de l'auteur du papyrus. Ils concernent 
les corps suivants: 

Arsenic (notre orpiment) ; 

Sandaraque (notre réalgar) ; 

Misy (sulfate basique de fer, mêlé de sulfate de cuivre) ; 

Cadmie (oxyde de zinc impur, mêlé d'oxyde de cuivre, voire même d'oxyde 
de plomb, d'oxyde d'antimoine, d'acide arsénieux, etc^ ; 

Soudure d'or ou chrysocolle (signifiant à la fois un alliage d'or et d'argent 
ou de plomb, ou bien la malachite et divers corps congénères) ; 

Rubrique de Sinope (vermillon, ou minium, ou sanguine); 

Alun (notre alun et divers autres corps astringents) ; 

Natron (nitrwn des anciens, notre carbonate de soude, parfois aussi le 
sulfate de soude) ; 

Cinabre (notre minium et aussi notre sulfure de mercure) ; 

Enfin Mercure. 

Le texte du papyrus sur ces divers points est, en somme, le même que 
le texte des manuscrits connus de Dioscoride (édition Sprengel, 1829); à 
cela près que l'auteur du papyrus a supprimé les vertus thérapeutiques des 
minerais, le détail des préparations et souvent celui des provenances. Ces 
suppressions, celle des propriétés médicales en particulier, sont évidem- 
ment systématiques. 

Quant aux variantes de détail, elles sont nombreuses ; mais la plupart 
n'ont d'intérêt que pour les grammairiens ou les éditeurs de Diosco- 
ride. 

Je note seulement que, dans l'article Cinabre, l'auteur du papyrus 
distingue sous le nom de minium le cinabre d'Espagne ; tandis que 
Sprengel a adopté la variante ammion (sable ou minerai) : cette confusion 
entre le nom du cinabre et celui du minium existe aussi dans Pline et 
ailleurs. 

L'article Mercure donne lieu à des remarques plus importantes. On y 



PAPYRUS DE LEIDE 27 

trouve dans le papyrus, comme dans le texte de l'édition classique de 
Sprengel, le mot aV-î;; désignant le couvercle d'un vase, couvercle à la 
face inférieure duquel se condensent les vapeurs du mercure sublimé (αιθάλη) : 
ce même mot, joint à l'article arabe al, a produit le nom alambic. On voit 
que l'ambix est le chapiteau d'aujourd'hui. L'alambic proprement dit et 
l'aludel, instrument plus voisin encore de l'appareil précédent, sont d'ailleurs 
décrits dans les alchimistes grecs : ils étaient donc connus dès le ix" ou 
v' siècle de notre ère. 

Il manque à l'article Mercure du papyrus une phrase célèbre que Hœfer, 
dans son Histoire de la chimie (t. I, p. 149, 2^' édition) avait traduite 
dans un sens alchimique : « Quelques-uns pensent que le mercure existe 
essentiellement et comme partie constituante des métaux. » Ev.;; îà ίττ:- 
ρ:ΰ7'. y.a'i -/.αθ' εαυ-ήν έν τ:ΐς μετάλλ:•.; εύρίσκετΟα•. τήν Οδράργυρί-/, J'avais 
d'abord adopté cette interprétation de Hœfer : mais en y pensant davantage, 
je crois que cette phrase signifie seulement : « quelques-uns rapportent que 
le mercure existe à l'état natif dans les mines. » En etfet le mot \i.i-.-j.'/J.y. a le 
double sens de métaux et de mines, et ce dernier est ici plus naturel. En 
tous cas la phrase manque dans le papyrus : soit que le copiste l'ait sup- 
primée pour abréger; soit qu'elle n'existât pas alors dans les manuscrits, 
ayant été intercalée plus tard par quelque annotateur. 

Une autre variante n'est pas sans intérêt, au point de vue de la discus- 
sion des textes, dans l'article Mercure. Le texte donné par Sprengel porte : 
« on garde le mercure dans des vases de verre, ou de plomb, ou d'étain, ou 
d'argent ; car il ronge toute autre matière et s'écoule. » La mention du verre 
est exacte ; mais celle des vases de plomb, d'étain, d'argent est absurde ; 
car ce sont précisément ces métaux que le mercure attaque : elle n'a pu 
être ajoutée que par un commentateur ignorant. Or le papyrus démontre 
qu'il en est réellement ainsi : car il parle seulement des vases de verre, 
sans faire mention des vases métalliques. Zosime insiste aussi sur ce 
point. 

On sait que l'on transporte aujourd'hui le mercure dans des vases de fer, 
dont l'emploi ne paraît pas avoir été connu des anciens. 

Venons à la partie vraiment originale du papyrus. 

Je vais présenter d'abord la traduction des articles relatifs aux métaux, au 



28 



INTRODUCTION 



nombre de quatre-vingt-dix, dont un article sur l'eau de soufre ou eau 
divine; et celle des articles sur la teinture, au nombre de onze; puis j'en 
commenterai les points les plus importants (i). 



TRADUCTION DU PAPYRUS X DE LEIDE 



1. Purification et durcissement du plomb. 

« Fondez-le, répandez à la surface de l'alun lamelleux et de la couperose 
réduits en poudre fine et mélangés, et il durcira. >> 

2. Autre (purification) de l'étain. 

« Le plomb et Fétain blanc sont aussi purifiés par la poix et le bitume. 
Ils sont rendus solides par l'alun et le sel de Cappadoce, et la pierre de 
Magnésie ^2), jetée à leur surface. » 

3 . Purification de Vétain que l'on jette dans le mélange de l'asèm (3). 

« Prenez de l'étain purifié de toute autre substance, fondez-le, laissez-le 
refroidir; après l'avoir recouvert d'huile et bien mélangé, fondez-le de nou- 
veau; ensuite ayant broyé ensemble de l'huile, du bitume et du sel. frottez- 
en le métal, et fondez une troisième fois ; après fusion, mettez à 'part 
l'étain après l'avoir purifié par lavage; car il sera comme de l'argent durci. 
Lorsque vous voudrez l'employer dans la fabrication des objets d'argent, 
de telle sorte qu'on ne le reconnaisse pas et qu'il ait la dureté de l'argent, 



(il Papyri Grœci de Leide, t. II, 
p. 199 à 2 5g. — Quelques mois après 
l'impression de mon travail dans le 
Journal des Savants, M. le 0"•\ν. Pleijte 
a publié en hollandais un mémoire 
sur l'Asemos. avec étude chimique par 
le D'' W. K. J. Schoor, dans les Ver- 
slagen des koninklijke Akademie van 
Wetenschappen, Amsterdam (Juin 1886 ; 
p. 21! à 23ΰι. Il confirme en général 
mes propres résultats. 



(2) Ce n'est pas notre magnésie, mais 
l'oxyde magnétique de fer, ou quelque 
autre minerai noir, roux (pyrite) ou 
blanc, venant des villes ou provinces 
qui portaient le nom de Magnésie (Voir 
Pline, //. Λ'., XXXVII, ii.\ Chez les 
alchimistes le sens du mot s'est encore 
étendu. 

(3l Asèm désignait divers alliages 
destinés à imiter l'or et l'argent ; voir 
plus loin. 



PAPYRUS DE LEIDE 



29 



mêlez 4 parties d'argent, 3 parties d'étain, et le produit deviendra comme un 
objet d'argent. « 

C'est la fabrication d'un alliage d'argent et d'étain, destiné à simuler 
l'argent; ou plutôt un procédé pour doubler le poids du premier métal. 

4. Purification de rétain. 

« Poix liquide et bitume, une partie de chaque; Jetez sur l'étain), fon- 
dez, agitez. Poix sèche, 20 drachmes; bitume, 12 drachmes. » 

5. Fabrication de l'asèm. 

« Etain, 12 drachmes; mercure, 4 drachmes; terre de Chio (i), 2 drach- 
mes. A Fétain fondu, ajoutez la terre broyée, puis le mercure, agitez avec 
du fer, et mettez en œuvre (le produit! . » 

6. Doublement de l'asèm. 

Voici comment on opère le doublement de l'asèm. 

« On prend : cuivre affiné, 40 drachmes; asèm, 8 drachmes; étain en 
bouton, 40 drachmes; on fond d'abord le cuivre et, après deux chauffes, 
l'étain; ensuite l'asèm. Lorsque tous deux sont ramollis, refondez à plu- 
sieurs reprises et refroidissez au moyen de la composition précédente 12). 
Après avoir augmenté le métal par de tels procédés, nettoyez-le avec le 
coupholithe (3). Le triplement s'effectue par les mômes procédés, les poids 
étant répartis conformément à ce qui a été dit plus haut. >> 

C'est un bronze blanc amalgamé, analogue à certain métal de cloche. 

7. Masse inépuisable [ou perpétuelle}. 

« Elle se prépare par les procédés déiinis dans le doublement de l'asèm 
Si vous voulez prélever sur la masse 8 drachmes, séparez-les et refondez 
4 drachmes de ce môme asèm; fondez-les trois fois et répétez, puis refroi' 
dissez et mettez-les en réserve dans le coupholithe. « 

Voir aussi recette 60. 



(il Sorte d'argile. — Diosc, Mat. 
méd., V, 173. — Pline, H. N., XXXV, 
56. 



(2) Amalgame d'étain décrit dans l'ar- 
ticle 5. 
i3l Talc ou sélénite. 



3ο 



INTRODUCTION 



Il y a là l'idée d'un ferment, destiné à concourir à la multiplication de 
la matière métallique. 

8. Fabrication de Vasèm. 

« Prenez de l'étain en petits morceaux et mou, quatre fois puritié; pre- 
nez-en 4 parties et 3 parties de cuivre blanc pur et i partie d'asèm. Fondez, 
et, après la fonte, nettoyez à plusieurs reprises, et fabriquez avec ce que 
vous voudrez : ce sera de Fasèni de première qualité, qui trompera même 
les ouvriers. » 

Alliage blanc, analogue aux précédents; avec intention de fraude. 

9. Fabrication de Vae, versez-le dans un vase 
propre, et ajoutez-v de l'or en feuilles; lorsque For paraîtra dissous dans le 
mercure, agitez vivement ; ajoutez un peu de gomme, i grain, par exemple, 
et, laissant reposer, écrivez des lettres d'or. » 

35. Autre [recette]. 

« Litharge couleur d'or, 1 partie; alun, 2 parties. 

30. Fabrication de l'asèm noir comme de Γ obsidienne (i). 

«Asèm, 2parties ; plomb, 4 parties. Placez sur un vase de terre vide, jetez-y 
un poids triplede soufre apyre (3, et, l'ayant mis dans le fourneau, fondez. 
Et l'ayant tiré du fourneau, frappez, et faites ce que vous voulez. Si vous 
voulez faire un-objet figuré, en métal battu, ou coulé, alors limez et taillez : 
il ne se rouille pas. » 

C'est un alliage noirci par les sulfures métalliques. 

Pline décritune préparation analogue, usitée en Egypte H. ΛΓ. XXXI II, 46). 

3". Fabrication de l'asèm. 

« Bon étain. 1 partie; fondez; ajoutez-y: poix sèche, le tiers du poids de 
l'étain ; ayant remué, laissez écumer la poix jusqu'à ce qu'elle ait été entière- 
ment rejetée ; puis, après refroidissement de l'étain. refondez-le et ajoutez 
i3 drachmes d'étain, i drachme de mercure, agitez; laissez refroidir et 
travaillez comme l'asèm. « 

C'est de l'étain affiné, avec addition d'un peu de mercure. 

38. Pour donner aux objets de cuivre l'apparence de Vor. 
α Et que ni le contact ni le frottement contre la pierre de touche ne les décèle ; 
mais qu'ils puissent servir surtout pour [la fabrication d'j un anneau de belle 



(i) Sur l'obsidienne, Pline, H. N. 1 (2) N'ayant pas subi l'action du feu. 

XXXVI, 67. I 



38 INTRODUCTION 

apparence. En voici la préparation. On broie l'or et le plomb en une pous- 
sière tine comme de la farine, 2 parties de plomb pour i d'or, puis, ayant 
mêlé, on incorpore avec de la gomme, et Ton enduit Panneau avec cette 
mixture ; puis on chaulTe. On répète cela plusieurs fois, jusqu'à ceque l'objet 
ait pris la couleur. Il est difficile de déceler (la fraude) ; parce que le frotte- 
ment donne la marque d'un objet d'or; et la chaleur consume le plomb, 
mais non l'or. » 

39. Ecriture en lettres d'or. 

« Lettres d'or : safran ; bile de tortue fluviale. » 

40. Fabrication de l'asèm. 

« Prenez étain blanc, très divisé, puritiez-le quatre fois ; puis prenez-en 
4 parties, et le quart de cuivre blanc pur et i partie d'asèm, fondez: lorsque 
le mélange aura été fondu, aspergez-le de sel le plus possible, et fabriquez 
ce que vous voudrez, soit des coupes, soit ce qui vous plaira. Le métal sera 
pareil à l'asèm initial, de façon à tromper même les ouvriers. » 

41. Autre [procédé). 

α Argent, 2 parties; étainpurifié, 3 parties ; cuivre... drachmes; fondez; 
puis enlevez et décapez; mettez en œuvre comme pour les ouvrages d'argent 
de premier ordre. » 

42. Enduit du cuivre. 

«. Si vous voulez que le cuivre ait la couleur de l'argent ; après avoir purifié 
le cuivre avec soin, mettez-le dans le mercure et la céruse : le mercure seul 
suffit pour l'enduit. >> 

C'est du cuivre simplement blanchi à la surface par le mercure. 

43. Essai de l'Or. 

« Si vous voulez éprouver la pureté de l'or, refondez-le et chauffez-le : 
s'il est pur, il garde sa couleur après le chauffage et reste pareilà une pièce 
de monnaie. S'il devient plus blanc, il contient de l'argent ; s'il devient plus 
rude et plus dur, il renferme du cuivre et de l'étain ; s'il noircit et s'amollit, 
du plomb. » 

Ce procédé d'essai sommaire répond a des observations exactes. 



PAPYRUS DE LEIDE 3g 

44. Essai de l'argent. 

« Chauffez l'argent ou fondez-le, comme l'or ; et, s'il reste blanc, brillant, 
il est pur et non fraudé; s'il parait noir, il contient du plomb; s'il parait 
dur et jaune, il contient du cuivre. » 

Pline donne un procédé analogue (H. N. XXXIII, 44). On voit par là 
que les orfèvres égyptiens,, tout en cherchant à tromper le public, se réser- 
vaient à eux-mêmes des procédés de contrôle. 

45. Écriture en lettres d'or. 

« Ecrire des lettres d'or. Ecrivez ce que vous voulez avec de la soudure 
d'orfèvre et du vinaigre. » 

46. Décapage des objets de cuivre. 

« Ayant fait cuire des bettes, décapez soigneusement avec le jus les objets 
de cuivre et d'argent. On fait bouillir les bettes dans l'eau. » 

47. Cuivre pareil ά Vor. 

« Cuivre semblable à l'or par la couleur, soit : broyez du cumin dans 
Teau; laissez reposer avec soin pendant trois jours ; le quatrième, ayant 
arrosé abondamment, enduisez le cuivre et écrivez ce que vous voudrez. 
Car l'enduit et l'écriture ont la même apparence. » 

48. Décapage des objets d'' argent. 

« Nettoyez avec de la laine de mouton, après avoir trempé dans de la 
saumure piquante ; puis décapez avec de l'eau douce (sucrée?) et faites 
emploi. » 

49. Dorure de l'argent. 

« Pour dorer sans feuilles (d'or), un vase d'argent ou de cuivre, fondez 
du natron jaune et du sel avec de l'eau, frottez avec et il sera (doré). » 

Recette obscure. Elle se réfère au natron jaune, corps dont il est question 
dans Pline, H. N. XXXI, 46. Pline le donne comme un sel natif; mais, 
dans les lignes précédentes, il parle de la fusion du natron avec du soufre: 
ce qui formerait un sulfure, capable en effet de teindre les métaux. Zosime 
signale aussi le natron jaune. 



40 INTRODUCTION 

5o. Écriture en lettres d'or. 

« Broyez l'arsenic (i) avec de la gomme, puis avec de Teau de puits ; en 
troisième lieu, écrivez. » 

5 I . Dorure de l'argent . 

« Broyez le misy avec la sandaraque et le cinabre et frottez-en l'objet 
d'argent. » 

53. Ecriture en lettres d'or. 

« Après avoir séché des feuilles d'or, broyez avec de la gomme et écrivez. » 

54. Préparation de l'or liquide. 

Il Placez des feuilles d'or dans un mortier, broyez-les avec du mercure et 
ce sera fait. >' 

55. Coloration en or. 

« Comment on doit préparer l'argent doré. Délayez du cinabre avec de 
l'alun, versez dessus du vinaigre blanc, et ayant amené le tout en consis- 
tance de cire, exprimez à plusieurs reprises et laissez passer la nuit. » 

11 semble qu'il s'agit ici d'un enduit préliminaire. 

56. Préparation de l'or. 

>c Asèm, I statère, ou cuivre de Chypre, 3 ; 4 statères d'or ; fondez 
ensemble. » 

C'est une préparation d'or à bas titre. 

57. Autre préparation. 

Ί Dorer l'argent d'une façon durable. Prenez du mercure et des feuilles 
d'or, façonnez en consistance de cire ; prenant le vase d'argent, décapez-le 
avec l'alun, et prenant un peu de la matière cireuse, enduisez-le avec le 
polissoir et laissez la matière se fixer; faites cela cinq fois. Tenez le vase 
avec un chiffon de lin propre, afin qu'il ne s'encrasse pas ; et prenant de la 
braise, préparez des cendres, adoucissez avec le polissoir et employez- 
le comme un vase d'or. Il peut subir l'épreuve de l'or régulier. » 

(i) Sulfure d'arsenic. 



PAPYRUS DE LEIDE 4I 

Ces derniers mots montrent qu'il s'agit d'un procédé de falsification, à 
répreuve de la pierre de touche. 

58. Ecriture en lettres d'or. 

« Arsenic couleur d'or, 20 drachmes ; verre pulvérisé, 4 statères ; ou blanc 
d'œuf, 2 statères, gomme blanche, 20 statères, safran,... après avoir écrit, 
laissez sécher et polissez avec une dent(i). » 

59. Fabrication de Vasèm. 

« On prépare aussi Pasèm avec le cuivre ; (argent,! 2 mines; étain en 
bouton, I mine ; fondant d'abord le cuivre, jetez-y l'étain et du coupho- 
lithe, appelé craie (2), une demi-mine par mine ; poursuivez jusqu'à ce que 
vous voyiez fondus l'argent et la craie ; après que le reste aura été dissipé et 
que l'argent restera seul, alors laissez refroidir, et employez-le comme de 
l'asèm préférable au véritable » 

60. Autre [préparation^. 

« L'asèm perpétuel i^3) se prépare ainsi : i statère de bel asèm; ajoutez-y 
2 statères de cuivre affiné, fondez deux ou trois fois. » 

6 1 . Blanchiment de l'étain. 

« Pour blanchir l'étain. Ayant chautîé avec de l'alun et du natron, 
fondez. » 

62. Ecriture en lettres d'asèm. 

« Délayez de la couperose et du soufre avec du vinaigre ; écrivez avec la 
matière épaissie. » 

63. Ecriture en lettres d'or. 

« Fleur du cnecos (4), gomme blanche, blanc d'œuf mélangés dans une 
coquille, et incorporez avec de la bile de tortue, à l'estime, comme on fait 
pour les couleurs ; faites emploi. La bile de veau très amère sert aussi pour 
la couleur. " 



(1) FoiV Pline, ii. A''., XIII, 25. ] gileuse, jouant le rôle de fondant. 

(2) Ce n'est pas notre craie, mais, ' (3) Voir recette n" 7. 

sans aucun doute, quelque terre ar- | (4.) Plante analogue au carthame. 



42 INTRODUCTION 

Ici la couleur est à base organique. 

64. Essai de Vascm. 

<c Pour reconnaître si l'asèni est fraudé. Placez dans la saumure, chauf- 
fez ; s'il est fraudé, il noircit. » 

Cette recette est obscure. Se rapporte-t-elle à la formation d'un oxychlo- 
rure de cuivre ? 

65. Décapage de l'étain. 

« Placez du gypse dans un chiffon et nettoyez. » 

66. Décapage de l'argent. 

« Employez l'alun humide. » 

De même aujourd'hui, dans le Manuel Roret (t. II, p. igS ; i832]. 
« Dissolvez de l'alun, concentrez, écumez, ajoutez-y du savon et frottez 
l'argent avec un linge trempé dans cette composition. » 

6j. Teinture de l'asèm. 

«. Cinabre, i partie; alun lamelleux, i partie ; terre cimolienne, i partie; 
mouillez avec de l'eau de mer et mettez en œuvre. » 

68. Amollissement du cuivre. 

« Chauffez-le; placez-le dans la fiente d'oiseau et après refroidissement 
enlevez. « 

69. Teinture de For. 

« Misy grillé, 3 parties; alun lamelleux, chélidoine, environ i partie; 
broyez en consistance de miel avec l'urine d'un enfant impubère et colorez 
l'objet; chauffez et trempez dans l'eau froide. » 

jo. Ecriture en lettres d'or. 

« Prenez un quart d'or éprouvé, fondez dans un creuset d'orfèvre ; 
quand il sera fondu, ajoutez un kération (carat, tiers d'obole) de plomb ; après 
qu'il a été mélangé, ôtez et refroidissez et prenez un mortier de jaspe, jetez-y 
la matière fondue ; ajoutez i kération de natron et mêlez la poudre avec soin 
avec du vinaigre piquant, à la façon d'un collyre médicinal, pendant trois 
jours ; puis, quand le mélange est fait, incorporez i kération (mesure) d'alun 
lamelleux, écrivez et polissez avec une dent. » 



PAPYRUS DE LEIDE 43 

7 1 . Écriture en lettres d'or. 

« Feuilles d"or ductiles ; broyez avec du mercure dans un mortier ; et 
employez-le pour écrire, à la façon de Fencre noire. » 

72. Autre [préparation]. 

«Soufre apyre,..., alun lamelleux . . . ; gomme ...; arrosez la gomme 
avec de l'eau. » 

-3 . ^ litre {préparation) . 

« Soufre apyre, ..., alun lamelleux, une drachme ; ajoutez au milieu delà 
rouille sèche; broyez la rouille, le soufre et Palun finement ; mêlez pour le 
mieux, broyez avec soin, et servez-vous-en comme d'encre noire à écrire, 
en délayant dans du vin exempt d'eau de mer. Ecrivez sur papyrus et par- 
chemin. ■ 

74. Autre [préparation]. 

« Ecrire en lettres d'or, sans or. Ghélidoine, i partie; résine pure. 
I partie; arsenic couleur d'or, ι partie, de celui qui est fragile: gomme 
pure ; bile de tortue, i partie ; partie liquide des œufs, 5 parties ; prenez de 
toutes ces matières sèches le poids de 20 statères; puis jetez-y 4 statères de 
safran de Cilicie. On emploie non seulement sur papier ou parchemin ; 
mais aussi sur marbre bien poli ; ou bien si vous voulez faire un beau dessin 
sur quelque autre objet et lui donner l'apparence de l'or. » 

j5. Dorure. 

(( Dorure faisant le môme effet. Arsenic lamelleux, couperose, sandaraque 
dorée (i), mercure, gomme adraganthe, moelle d'arum, à parties égales; 
délayez ensemble avec de la bile de chèvre. On l'applique sur les objets de 
cuivre passés au feu, sur les objets d'argent, sur les figures de (métal) et sur 
les petits boucliers. L'airain ne doit pas avoir d'aspérité. » 



(i) Il s'agit probablement d'un sul- 
fure d'arsenic naturel ou artificiel, in- 
termédiaire entre l'orpiment et le réal- 
gar. La poudre même du réalgar est 



difié par un commencement de gril- 
lage, mode de traitement auquel tousles 
minéraux usités en pharmacie étaient 
alors soumis. (Voir Dioscoride, Mat. 



plus jaune que la masse compacte. ! méd., passim,' et spécialement V, 120 
Peut-être aussi était-ce du réalsar mo- I et 121). 



44 INTRODUCTION 

76. Autre [procédé). 

« Misy des mines, 3 statères ; alun des mines, 3 statères ; cliélidoine, 

I stature ; versez-y l'urine d'un enfant impubère; broyez jusqu'à ce que le 
mélange devienne visqueux et trempez (-y l'objetl. » 

77. Autre [procède']. 

« Prenez du cumin, broyez, laissez infuser trois jours dans l'eau, le 
quatrième, enlevez ; enduisez-en les objets de cuivre, ou ce que vous voulez. 

II faut maintenir le vase fermé pendant les trois jours. » 

78. Ecriture en lettres d'or. 

" Broyez des feuilles d'or avec de la gomme, séchez et employez comme 
de l'encre noire. » 

79. Ecriture en lettres d'argent. 

« Ecrire des lettres d'argent. Litharge, 4 statères; délayez avec delà fiente 
de colombe et du vinaigre ; écrivez avec un stvlet passé au feu. » 

80. Teinture de Vasèm [ou en couleur d'asèm). 

" Cinabre, terre cimolienne, alun liquide, parties égales ; mêlez avec de 
l'eau de mer, chautîez et trempez plusieurs fois. « 

8 1 . Coloration en argent. 

'( Afin qu'elle ne puisse être enlevée que par le feu. 

« Chrysocolle et céruse et terre de Chio, et mercure broyés ensemble ; 
ajoutez du miel et, ayant traité d'abord le vase par le natron, enduisez. » 

82. Durcissement de Vétain. 

<! Fondez-le, ajoutez-y un mélange homogène d'alun lamelleux et de cou- 
perose ; pulvérisez, et aspergez (le métal), et il sera dur. » 

Le durcissement (τ/,'/,-Γ^ρω::::. τά.τ,ρχτ.χ] de l'étain et du plomb [ 1 ; sont regar- 
dés ici comme corrélatifs de leur purification. 

83. Fabrication de Vasèm. 

« Bon étain, i mine; poix sèche, i3 statères: bitume, 8 statères; fondez 



(i) Voir recettes i, 24. 



PAPYRUS DE LEIDE 45 



dans un vase de terre cuite luté autour ; après avoir refroidi, mêlez lo sta- 
tères de cuivre en grains ronds et 3 statères d'asèm antérieur et 12 statères 
de pierre de Magnésie broyée. Fondez et faites ce que vous voudrez. » 



84. Fabrication de Vasèm égyptien. 

« Recette de Piiiménas le Saïte. Prenez du cuivre de Chypre doux, puri- 
fiez-le avec du vinaigre, du sel et de l'alun ; après l'avoir purifié, fondez en 
jetant sur 10 statères de cuivre 3 statères de céruse bien pure, 2 statères de 
litharge couleur d'or ou provenant de la coupellation de For:, ensuite il 
deviendra blanc ; alors ajoutez-y 2 statères d'asèm très doux et sans défaut, 
et l'on obtiendra le produit. Empêchez en fondant qu'il n'y ait liquation. 
Ce n'est pas l'œuvre d'un ignorant, mais d'un homme expérimenté, et l'union 
des deux métaux sera bonne. » 

Cette recette est fort claire, sauf l'omission des agents destinés à réduire 
la litharge et la céruse. 



'5^ 



85. Autre procédé). 

« Préparation exacte d'asèm, préférable à celle de l'asèm proprement 
dit. Prenez : orichalque (i), par exemple, i drachme ; mettez dans le creuset 
jusqu'à ce qu'il coule; jetez dessus 4 drachmes de sel ammoniac '2 , ou cap- 
padocien; refondez, ajoutez-y alun lamelleux, le poids d'une fève d'Egypte; 
refondez, ajoutez-y i drachme de sandaraque décomposée (3), non de la san- 
daraque dorée, mais de celle qui blanchit ; ensuite transportez dans un 



(i) Laiton ou analogue. j de fumée. Mais dans Geber, Stimm.i 

(2) Ilestplusquedouteuxqu'ils'agisse | perfectionis, livre I, ch. X et Libri in- 

ici de notre sel ammoniac moderne. i ves/ig'iTiÎOiHS (LVsiècle), ainsi que dans 

C'est plutôt une variété de sel gemme | Avicenne (XI" siècle), cité dansleSpe- 

ou de carbonate de soude, d'après les culum majus de Vincent de Beauvais 

textes formels de Diqscoride, Mat. [Spéculum naturale,\.YlU. 60), le mot 

méd., V, 125; et de Pline, H. N., sel ammoniac s'applique h un corps 

XXXI, 3q. De même, dans le traité sublimable, tel que notre chlorhydrate 

De Mineralibus, attribué à Albert le ' d'ammoniaque. Le sens de ce mot a 

Grand. 1. V, tr. I, ch. II, Dans le Pseu- J donc changé dans le cours des temps. 

do-Aristote, auteur de l'époque arabe, I (3) Sulfure d'arsenic, probablement 

(Manget, Bibl. chem., t. I, p. 648), | en partie désagrégé par le grillage. 



c'est aussi un sel fusible, qui n'émet pas 



46 INTRODUCTION 

autre creuset enduit à l'avance de terre de Chio ; après fusion, ajoutez un 
tiers d'asèm et employez. » 

Cette préparation donne un alliage de cuivre et de zinc arsenical. 

86. Autre [p-océdé]. 

« Prenez: étain, 12 draclimes ; mercure, 4 drachmes: terre de Chio, 
2 drachmes; fondez l'étain ; jetez-y la terre en poudre, puis le mercure ; 
remuez avec un morceau de fer; mettez en globules. » 

87. Doublement de l'or. 

« Pour augmenter le poids de l'or. Fondez avec le quart de cadmie, et il 
deviendra plus lourd et plus dur. » 

Il fallait évidemment ajouter un agent réducteur et un fondant, dont la 
recette ne fait pas mention. On obtenait ainsi un alliage de l'or avec les 
métaux dont les oxydes constituaient la cadmie, c'est-à-dire le zinc, le cuivre, 
ou le plomb spécialement ; alliage riche en or. La même recette se lit aussi 
dans le Pseudo-Démocrite, mais comme toujours plus compliquée et plus 
obscure. Ce qui suit est plus clair. 

8S. Autre [procédé). 

« On altère l'or en l'augmentant avec le misy et la terre de Sinope (i) ; 
on le jette d'abord à parties égales dans le fourneau ; quand il est devenu 
clair dans le creuset, on ajoute de chacun ce qui convient, et l'or est 
doublé. » 

8g. Autre [jirocédé]. 

'c Invention de l'eau de soufre (2). Une poignée de chaux, et autant de 
soufre en poudre fine; placez-les dans un vase contenant du vinaigre fort, ou 
de l'urine d'enfant impubère (3i; chauffez par en-dessous, jusqu'à ce que la 



(i) Minium ou sanguine. 

(2) Ou de l'eau divine; le mot grec 
est le même. 

(3) L'urine d'un enfant impubère, 
παιδόςάοΟο'ρου, était employée par les an- 
ciens dans beaucoup de recettes, 
comme on le voit dans Dioscoride, dans 
Pline, dans Celse, etc. Elle agissait 



vraisemblablement comme source de 
phosphates alcalins et d'ammoniaque, 
résultant de la décomposition de l'urée. 
Mais nous ne voyons pas pourquoi 
toute urine humaine ne ferait pas le 
même effet; à moins qu'il n'y ait là une 
idée mystique. Plus tard, le mot d'en- 
fant ayant disparu dans les recettes des 



PAPYRUS DE LEIDE 



47 



liqueur surnageante paraisse comme du sang ; décantez celle-ci proprement 
pour la séparer du dépôt, et employez. « 

On prépare ainsi un polysulfure de calcium, susceptible d'attaquer l'or, 
du moins à sec, capable aussi de teindre les métaux par voie humide. 

Ueau de soiifre ou eau divine joue un très grand rôle chez les alchimistes 
grecs. 

90. Comment on dilue l'asèm. 

« Ayant réduit l'asèm en feuilles et l'ayant enduit de mercure, et appliqué 
fortement sur la feuille, on saupoudre de pyrite la feuille ainsi disposée, et 
on la place sur des charbons, pour la dessécher et jusqu'à ce que la couleur 
de la feuille paraisse changée ; car le mercure s'évapore et la feuille s'at- 
tendrit. Puis on incorpore dans le creuset i partie d'or (i), 2 parties d'ar- 
gent (2); les ayant mêlées, jetez sur la rouille qui surnage de l'arsenic cou- 
leur d'or, de la pyrite, du sel ammoniac (3), de la chalcite (4], du bleu (5), 
et ayant broyé avec l'eau de soufre, grillez, puis répandez le mercure à la 
surface. » 

Les recettes suivantes sont des recettes de teinture en pourpre. 

9 1 . Fixation de Vorcanette. 

« Urine de brebis ; ou arbouse, ou jusquiame pareillement. « 

C'est un fragment de recette sans suite, recueilli sans doute par un copiste 

ignorant. A moins qu'il ne s'agisse d'un simple détail, destiné à compléter 

une recette connue du lecteur. 



copistes, celles-ci ont appliqué Fépi- 
thète à l'urine; et il n'est plus guère 
mention que d'urine non corrompue 
(oûpov αφΟορον) dans les ouvrages alchi- 
miques grecs. Cependant la notion 
primitive a subsisté pendant tout le 
moyen âge, dans quelques textes. Ainsi 
on lit encore dans la Bibliotheca 
Chemica de M.^nget, t. I. Préface, 
avant-dernière page (1702I : a Sal vola- 
tile et βχιαη, ut et spiritus iirince, sic 
parantur. Recipe iirinœ puerorum 



13 circiter annos natorum, etc. ». 
(i) L'or est désigné ici par le signe du 
Soleil, exactement pareil à celui des 
alchimistes : c'est le plus vieil exemple 
connu de cette notation. 

(2) L'argent est désigné par le crois- 
sant lunaire, toujours comme chez les 
alchimistes. 

(3) Voir la remarque de la page 45. 

(4) Minerai pyriteux de cuivre. 

(5) Sulfate de cuivre, ou émail bleu, 
ou azurite. 



4S 



INTRODUCTION 



92. Dilution [falsification] de Vorcanette. 

« On dilue l'orcanette avec les pommes de pins (?^ la partie intérieure des 
pêches, le pourpier, le suc des bettes, la lie de vin, l'urine de chameau et 
l'intérieur des citrons. » 

93. Fixation de l'orcanette. 

« Cotylédon (i) et alun mêlés à parties égales, broyez finement, jetez-y 
Forcanette. » 

94. Agents stj'ptiques. 

<i Melanteria (2), couperose calcinée, alun, chalcitis, cinabre, chaux, écorce 
de grenade, gousse d'arbre épineux, urine avec aloès : ces choses servent en 
teinture. >• 

g5. Préparation de la pourpre. 

« Cassez en petits morceaux la pierre de Phrygie (3) ; faites bouillir et, 
ayant immergé la laine, abandonnez jusqu'à refroidissement; ensuite jetant 
dans le vase une mine (poids) d'algue (4I, faites bouillir et jetez-y une mine 
d'algue ; faites bouillir et jetez-y la laine, et, laissant refroidir, lavez dans 
l'eau de mer [la pierre de Phrygie est grillée (5), avant d'être concassée], 
jusqu'à coloration pourpre. » 

96. Teinture de la pourpre. 

<■<■ Mouillez la chaux avec de l'eau et laissez reposer pendant une nuit ; 
ayant décanté, déposez la laine dans la liqueur pendant un jour ; enlevez-la, 
séchez ; ayant arrosé l'orcanette avec du vinaigre, faites bouillir et jetez-y la 



(i) Plante, voir Dioscoride, Mat. 
méd., IV, go et 9 1 . 

(2) Vitriol, produit par la décompo- 
sition de certains minerais à l'orifice 
des mines de cuivre (Diosc, Mat. mé- 
dicale. V, 117). 

(3) Pline, H. N. XXXVI, 36. — 
Dioscoride, Mat. médicale, V, 140. 
Cette pierre ét^it autrefois employée 
pour la teinture des étoffes. Il sem- 



ble que ce fût une sorte d'alunite. 

(4) Herbes et lichens marins fournis- 
sant l'orseille. 

(5) Ceci s'accorde avec Pline. C'est 
d'ailleurs une parenthèse, la coloration 
en pourpre s'appliquant à la laine. Il y 
a avant deux mots inintelligibles, par 
suite de quelque transposition du co- 
piste. 



PAPYRUS DE LEIDE 49 

laine et elle sortira teinte en pourpre — Torcanette bouillie avec l'eau et 
le natron produit la couleur pourpre). » 

« Ensuite séchiez la laine, et teignez-la comnie il suit : Faites bouillir 
l'algue avec de l'eau, et, lorsqu'elle aura été épuisée, jetez dans l'eau une 
quantité imperceptible de couperose, afin de développer la pourpre, et alors 
plongez-y la laine, et elle se teindra: s'il y a trop de couperose, elle devient 
plus foncée. » 

Il y a là deux procédés distincts, l'un avec Torcanette. l'autre avec 
Forseille. 

97. Autre (procédé). 

« Broyez des noix avec de Torcanette de bonne qualité ; cela fait, met- 
tez-y du vinaigré fort ; broyez de nouveau; ajoutez-y de Técorce de grena- 
dier; laissez trois jours ; et après, plongez-y la laine et elle sera teinte 
à froid. » 

« On dit qu'il y a un certain acanthe (i) qui fournit de la couleur pour- 
pre ; mouillé avec du natron de Bérénice, au lieu de noix, il produit le 
même effet. » 

g8. Autre procédé). 

« Nettoyez la laine avec Therbe à foulon, et tenez à votre disposition de 
l'alun lamelleux ; en broyant la partie intérieure de la noix de galle, jetez 
avec l'alun dans un pot, puis mettez la laine et laissez reposer quelques 
heures ; enlevez-la et laissez-la sécher. Au préalable, suivez cette marche. 
Ayant broyé de la lie (2I et l'avant mise dans un vase, versez de Teau de 
mer, agitez et laissez déposer. Puis décantez l'eau claire dans un autre vase 
et tenez-la à votre disposition. Prenant de Torcanette et la mettant dans un 
vase, mêlez avec Teau de la lie, jusqu'à ce qu'elle s'épaississe convenable- 
ment et devienne comme sablonneuse. Alors mettez le produit dans le vase 
(réservé), délayant à la main avec Teau précédente qui provient de Torca- 
nette. Ensuite, lorsqu'il sera devenu comme visqueux, mettez-le dans une 



(i) Plante non identifie'e.{yo!rDiosc., ] (2) La lie de vin agit ici par le bitar- 

Mat. méd. III, 17. — Pline, H. N. 1 trate de potasse qu'elle contient. 
XXII, 34.) I 



5ο INTRODUCTION 

petite marmite, ajoutez-y le reste de l'eau d'orcanette, et laissez jusqu'à ce 
qu'il ait tiédi ; alors plongez-y la laine, laissez quelques heures et vous trou- 
verez la pourpre solide. » 

9g. Autre [procédé). 

« Prenant de l'orcanette, de la léontice (i), ôtez l'écorce, prenez-la pour 
la broyer dans un mortier, aussi fine que de l'antimoine : ajoutez-y de l'hy- 
dromel dilué avec de l'eau, broyez de nouveau, mettez le produit broyé dans 
un vase, et faites bouillir : quand vous verrez tiédir ,1a liqueur:, plongez-y 
la laine; laissez séjourner. La laine doit être nettoyée avec l'herbe à foulon 
et épaissie (cardée et feutrée). Alors prenez-la, plongez-la dans l'eau de 
chaux (2), laissez imbiber ; enlevez-la, lavez fortement avec du sel marin, 
séchez ; plongez de nouveau dans l'orcanette et laissez séjeurner. » 

100. Autre [procédé). 

« Prenez le suc des parties supérieures de l'orcanette et une noix de galle 
compacte [omphacite (3)] grillée dans la rôtissoire ; l'ayant broyée avec addi- 
tion d'un peu de couperose, mêlez au suc, faites bouillir, et donnez la tein- 
ture de pourpre. « 

loi. Substitution de couleur glauque [^ . 

« Au lieu de couleur glauque, prenez la scorie de fer, écrasez-la avec soin 
jusqu'à réduction à l'apparence du smegma(5), et faites bouillir avec du 
vinaigre, jusqu'à ce qu'il durcisse ; plongez la laine préalablement nettoyée 
avec l'herbe à foulon épaissie (cardée et feutrée), et vous la trouverez teinte 
en pourpre ; teignez ainsi avec les couleurs que vous avez. » 

DioscoRiDE. Extraits du livre sur la Matière médicale. 

102. Arsenic. — io3. Sandaraque. — 104. Misy. — io5. Cadmie. 
— lob. Chrysocolle. — 107. Rubrique de Sinope. — 108. Alun. — 
loq. Natron. — 1 10. Cinabre. — 1 1 1. Mercure. 



(i) Plante. Voir Diosc, Mat. méd. ; (4) Bleu verdâtre. Cette recette est 

III, 100. — Pline, H. N. XXV, 85. j obscure et incomplète. 

(2) Est-ce la même chose que la disse- 1 (5) Variété d'oxyde de cuivre pro- 
lution de la chaux vive dans l'eau? j duite par le vent du soufflet sur le cui- 

(3) Diosc, M.u. méd. I, 146. 1 vre fondu. Pline H. X. XXXIV, 36. 



PAPYRUS DE LEIDE 5l 

On se borne à rappeler ces titres pour mémoire, les articles avant été 
tirés d'un Ouvrage connu et publié [voir p. 26I. 



EXPLICATION DES RECETTES DU PAPYRUS DE LEIDE 



Ces textes étant connus, il s'agit maintenant de les rapprocher et d'en 
tirer certaines conséquences. 

Les recettes relatives aux métaux sont les plus nombreuses et les plus 
intéressantes. Elles montrent tout d'abord la corrélation entre la profession 
de l'orfèvre, qui travaillait les métaux précieux, et celle de l'hiérogram- 
mate ou scribe sacré, obligé de tracer sur les monuments de marbre ou de 
pierre, aussi bien que sur les livres en papyrus ou en parchemin, des carac- 
tères d'or ou d'argent : les recettes données pour dorer les bijoux dans le 
papyrus sont en effet les mêmes que pour écrire en lettres d'or. Nous com- 
mencerons par ce dernier ordre de recettes, dont les applications sont tou- 
tes spéciales, avant d'entrer dans le détail des préparations métalliques; 
car elles forment en quelque sorte l'introduction aux procédés de teinture 
des métaux. 



I . — Recettes pour écrire en lettres d'or. 

L'art d'écrire en lettres d'or ou d'argent préoccupait beaucoup les artisans 
qui se servaient de notre papyrus; il n'y a pas moins de quinze ou seize 
formules sur ce sujet, traité aussi à plusieurs reprises dans les manuscrits 
de nos bibliothèques; Montfaucon et Fabricius ont déjà publié plusieurs 
recettes, tirées de ces derniers. 

Rappelons rapidement celles du papyrus : 

Feuilles d'or broyées avec de la gomme (53) et (78). 

Ce procédé figure encore de nos jours dans le Miinîie/ /îorei it. II, p. i36; 
i832) [Triturer une feuille d'or avecdu miel et de la gomme, jusqu'à pulvé- 
risation, etc.] 



52 INTRODUCTION 

Or amalgamé et gomme (341 et (71). 

Amalgame d'or (54 . 

Dans une autre recette (70) et (451, on prépare d'abord un alliage d'or et 
de plomb, auquel on fait subir certaines préparations. 

Dans les recettes précédentes, l'or iorrae le fond du principe colorant. 
Mais on employait aussi des succédanés pour écrire en couleur d'or, sans or : 
par exemple, un mélange intime de soufre natif, d'alun etde rouille, (72^ et 
(73,1, délayés dans du vin; 

Et encore : litharge couleur d'or (35) ; 

Safran et bile de tortue (39) ; 

Cuivre rendu semblable à l'or par un enduit de cumin ί47Ί ; voir aussi [■]■]]. 

Fleur de carthame et bile de tortue ou de veau (63' . 

Les recettes suivantes reposent sur l'emploi de l'orpiment (arsenic des 
anciens); telles sont les recettes (5o; et (58), avec addition de safran. 

Dans une autre préparation plus compliquée (74), l'orpiment, la chéli- 
doine, la bile de tortue et le safran sont associés, suivant une recette com- 
posite. 

L'orpiment apparaît ici comme matière employée pour sa couleur pro- 
pre, et non comme colorant des métaux, emploi qu'il a pris plus tard. 

Ontrouve encore une recette 1621 pour écrire en lettres d'asèm mlliage 
d'argent et d'or;, au moyen de la couperose, du soufre et du vinaigre ; c'est-à- 
dire sans or ni argent; 

Et une recette 179) pour écrire en lettres d'argent, avec de la litharge 
délayée dans la fiente de colombe et du vinaigre. 

Il existe aujourd'hui des recettes analogues dans le Manuel Roret Λ. II, p. 
140; 1 83 2) : « Étain pulvérisé et gélatine, on forme un enduit, on polit au bru- 
nissoir; on ajoute une couche de vernis à l'huile ou à la gomme laque, ce qui 
fournit une couleur blanche, ou dorée, sur bois, sur cuir, fer, etc. » 

Si j'ai donné quelques détails sur ces recettes pour écrire des lettres 
d'or ou d'argent, c'est parce qu'elles caractérisent nettement les personnes 
à qui elles étaient destinées. Ce sont, je le répète, des formules précises 
de praticiens, intéressant spécialement le scribe qui transcrivait ce papyrus, 
et toute la classe, si importante en Egypte, des hiérogrammates; car il ne 
s'agissait pas seulement d'écrire et de dessiner sur papyrus, mais aussi 



PAPYRUS DE LEIDE 53 

sur marbre ou sur tout autre support. Certaines de ces recettes, par une 
transition singulière, sont devenues, comme je le dirai bientôt, des recettes 
de transmutation véritable. 



II. — Manipulation des Métaux . 

Venons aux formules relatives à la manipulation des métaux. Elles por- 
tent la trace d'une préoccupation commune : celle d'un orfèvre préparant 
des métaux et des alliages pour les objets de son commerce, et poursuivant 
un double but. D'une part, il cherchait à leur donner l'apparence de For 
et de l'argent, soit par une teinture superficielle, soit par la fabrication 
d'alliages ne renfermant ni or, ni argent, mais susceptibles de faire illusion 
à des gens inhabiles et même à des ouvriers exercés, comme il le dit expres- 
sément. D'autre part, il visait à augmenter le poids de l'or et de l'argent 
par l'introduction de métaux étrangers, sans en modifier l'aspect. Ce sont 
là toutes opérations auxquelles se livrent encore les orfèvres de nos jours ; 
mais l'Etat leur a imposé l'emploi de marques spéciales, destinées à définir 
le titre réel des bijoux essayés dans les laboratoires officiels, et il a séparé 
avec soin le commerce du faux, c'est-à-dire les imitations, ainsi que 
celui du doublé, du commerce des métaux authentiques. Malgré toutes 
ces précautions, le public est continuellement déçu, parce qu'il ne connaît 
pas et ne peut pas connaître sutîisamment les marques et les movens de 
contrôle. 

Il y a là des tentations spéciales : les fraudes professionnelles ne sem- 
blent pas toujours, dans l'esprit des gens du métier, relever des règles de 
la probité commune. Le prix de l'or est si élevé, les bénéfices résultant 
de son remplacement par un autre métal sont si grands, que, même de nos 
jours, il s'exerce de la part des orfèvres une pression incessante dans ce 
sens, pression à laquelle les autorités publiques ont peine à résister. Elle a 
pour but, soit d'abaisser le titre des alliages d'or employés en orfèvrerie, 
tout en les vendant comme or pur; soit de vendre au prix du poids total, 
estimé comme or, les bijoux renfermant des émaux ou des morceaux de 
fer ou d'autres métaux ; même de notre temps, c'est là une tradition com- 



3^ INTRODUCTION 

merciale que l'on n'a pas réussi à interdire. Déjà l'on disait au siècle 
dernier, au temps des métiers organisés par corporations: « Il semble 
que l'art de tromper ait ses principes et ses règles; c'est une tradition que 
le maître enseigne à son apprenti, que le corps entier conserve comme un 
secret important. « Ici, comme dans bien d'autres industries, il y a ten- 
dance perpétuelle à opérer des substitutions et des altérations de matière, 
fort lucratives pour le marchand et exécutées de façon que le public ne 
s'en aperçoive pas; sans cependant se mettre en contradiction flagrante avec 
le texte des lois et règlements. Au delà commence la criminalité, et il n'est 
pas rare que la limite, soit franchie. 

Or ces lois et règlements, cette séparation rigoureuse entre l'industrie 
du faux, du doublé, du plaqué, des imitations, et l'industrie du vrai 
or et du vrai argent, ces marques légale?, ces moyens précis d'analyse 
dont nous disposons aujourd'hui, n'existaient pas au temps des anciens. 
Le papyrus de Leide est consacré à développer les procédés par lesquels 
les orfèvres d'alors imitaient les métaux précieux et donnaient le change 
au public. La fabrication du doublé et celle des bijoux fourrés ne 
figurent cependant pas dans ces recettes, quoiqu'on en trouve des traces 
chez Pline ii). Les recettes sont ici d'ordre purement chimique, c'est-à- 
dire que l'intention de fraude est moins évidente. De là pourtant à l'idée 
qu'il était possible de rendre l'imitation si parfaite qu'elle devînt identique 
à la réalité, il n'y avait qu'un pas. C'est celui qui fut franchi par les alchi- 
mistes. 

La transmutation était d'autant plus aisée à concevoir dans les idées 
du temps que les métaux purs, doués de caractères définis, n'étaient pas 
distingués alors de leurs alliages : les uns et les autres portaient des 



(i) Hist. nat., XXXIII, 6, anneau de 
fer entouré d'or; lame d'or creuse rem- 
plie avec une matière légère ; 52, lits 
plaqués d'or, etc. Les monnaies four- 
rées, c'est-à-dire formées d'une âme de 
cuivre, de fer ou de plomb, recouverte 
d'une feuille d'argent ou d'or, ont été 
usitées dans l'antiquité et même fabri- 



mèlait en certaines proportions avec la 
monnaie lovale dans ses émissions, dès 
le temps de la République romaine et 
aussi a l'époque impériale, ce que l'on 
appelait miscere monetcim : — tingere 
OM inficerenionetam, — dernière expres- 
sion applicable à l'or. [La Monnaie 
dans l'antiquité, par Fr. Lenormant, I, 



quées par le Gouvernement, qui les | 221 à 2 56|. 



PAPYRUS DE LKIDE 55 

noms spcciiiques, regardés comme équivalents. Tel est le cas de l'airain 
(cEs\ alliage complexe et variable, assimilé au cuivre pur, et qui était sou- 
vent désigné par le même nom. Notre mot bron:[e reproduit la même 
complexité; mais ce n'est plus pour nous un métal défini. Le mot de 
cuivre lui-même s'applique souvent à des alliages jaunes ou blancs, dans 
la langue commune de nos jours et dans celle des artisans. De même Torichal- 
que,qui est devenu après plusieurs variations notre laiton (i); le chrysochal- 
que, qui est devenu notre chrysocale ou similor, etc. L'electrum, alliage 
naturel d"or et d'argent, a servi à fabriquer des monnaies en Asie Mineure, 
(Lydie et villes d'Ionic;, en Campanie et à Carthage, où l'on prenait même 
soin de leur faire subir une cémentation, destinée à leur donner l'aspect de 
l'or pur (v. p. lô). L'airain de Corinthe, alliage renfermant de For, du cui- 
vre et de l'argent, n'était pas sans analogie avec le quatrième titre de l'or, usité 
aujourd'hui en bijouterie. L'alliage monétaire, employé pour les monnaies 
courantes, était aussi un métal propre; de même que notre billon d'aujour- 
d'hui; la planète Mars lui est même attribuée, au même titre que les autres 
planètes aux métaux simples, dans la vieille liste de Celse. Le claudianon et 
le molybdochalque, alliages de cuivre et de plomb mal connus, souvent 
cités par les alchimistes, ne sont pas sans analogie avec le clinquant, le po- 
tin et avec certains laitons ou bronzes artistiques, spécialement signalés 
dans divers passages de Zosime. Mais ils ont disparu, au milieu des nom- 
breux alliages que l'on sait former maintenant entre le cuivre, le zinc, le 
plomb, l'étain, l'antimoine et les autres métaux, ht pseudargyreàe. Strabon 
est un alliage qui n'a pas non plus laissé d'autre trace historique; peut-être 
contenait-il du nickel. Les Romains ajoutaient parfois au bronze monétaire, 
(cuivre et étain), du plomb, jusqu'à la dose de 29 p. 0/0 dans leurs mon- 
naies. Le stannum de Pline était un alliage analogue au claudianon, ren- 
fermant parfois de l'argent, et dont le nom a fini par être identifié avec 
celui du plomb blanc, autre alliage variant depuis les composés de plomb 
et d'argent, qui se produisent pendant le traitement des minerais de plomb, 
jusqu'à l'étain pur, qu'il a fini par signifier exclusivement. La monnaie 



(Il Le nom même du laiton vient [ pendant le moyen âge, d'après du 
aeleclrum, qui avait pris ce sens 1 Cange. 



56 INTRODUCTION' 

d'étain frappée par Denys de Syracuse, d'après Aristote, devait être un 
alliage de cet ordre ; même au temps des Sévères on a fabriqué des mon- 
naies d"étain, simulant l'argent (Lenormant. La Monnaie dans l'antiquité, 
p. 2i3 et qui sont venues jusqu'à nous. 

Au point de vue de l'imitation ou de la reproduction de l'or et 
de l'argent, le plus important alliage était l'asèm, identifié souvent avec 
l'électrum, alliage d'or et d'argent qui se trouve dans la nature : mais le 
sens du mot asèm est plus compréhensif. Le papyrus X offre à cet égard 
beaucoup d'intérêt, en raison des formules multipliées d'asèm qu'il ren- 
ferme. C'est sur la fabrication de l'asèm en effet que roule surtout l'imitation 
de l'or et de l'argent, d'après les recettes du papyrus : c'est aussi sa fabri- 
cation et celle du molybdochalque. qui sont le point de départ des procédés 
de transmutation des alchimistes. Toute cette histoire tire un singulier 
jour des textes du papyrus qui précisent nettement ce qu'il était déjà per- 
mis d'induire à cet égard (i) : je les rapprocherai des textes des vieux alchi- 
mistes que j'ai spécialement étudiés. 

Abordons donc de plus près la discussion du papyrus. Nous y trouvons 
d'abord des recettes pour la teinture superficielle des métaux (2) : telles que 
la dorure et l'argenture, destinées à donner l'illusion de l'or et de l'argent 
véritables et assimilées soit à l'écriture en lettres d'or et d'argent, soit à 
la teinture en pourpre, dont les recettes suivent. Tantôt on procédait par 
l'addition d'un Uniment ou d'un vernis : tantôt, au contraire, on enlevait 
à la surface du bijou les métaux autres que l'or, par une cémentation qui en 
laissait subsister à l'état invisible et caché le noyau composé v. p. 161. 

On V rencontre aussi des recettes destinées à accomplir une imitation 
plus profonde : par exemple, en alliant au métal véritable, or ou argent, une 
dose plus ou moins considérable de métaux moins précieux ; c'était l'opé- 
ration de la diplosis, qui se pratique encore de nos jours (3j. Mais l'orfèvre 



(1) Origines de l'Aichittue. Les aie- | testée autrefois par des raisons à priori; 
taux chez les Égyptiens, p. 2 1 1 et sui- la diplosis étant réputée inconnue avant 
vantes. lemovenâge.Maisla connaissance posi- 

(2) Ibid., p. 238. tive de cette opération chez les anciens, 
|3) Manilius, poète latin du 1" siècle ; établie par le papyrus de Leide, tend à 

de l'ère chrétienne, en parle aussi dans j rétablir la valeur du texte de Alanilius. 

un vers dont l'authenticité a été con- I — Voir Origines de l'Alchimie, p. 70. 



PAPYRUS DE LEIDE Dy 

égyptien croyait ou prétendait faire croire que le métal vrai était réelle- 
ment multiplié, par une opération comparable à la fermentation ; deux 
textes du papyrus [masse inépuisable, recettes 7 et 60), etc.] le montrent 
clairement. C'est là d'ailleurs la notion même des premiers alchimistes, 
clairement exposée dans Enée de Gaza (ij. 

Enfin la falsification est parfois complète, l'alliage ne renfermant pas 
trace d'or ou d'argent initial. C'est ainsi que les alchimistes espéraient 
réaliser une transmutation intégrale. 

Dans ces diverses opérations, le mercure joue un rôle essentiel, rôle qui 
a persisté jusqu'à nos jours, où il a été remplacé pour la dorure par des 
procédés électriques. L'arsenic, le soufre et leurs composés apparaissent 
aussi comme agents tinctoriaux: ce qui complète l'assimilation des recettes 
du papyrus avec celles des alchimistes. 

Les divers procédés employés dans le papyrus, pour reconnaître la 
pureté des me'ia2/x(docimasie, 43, 44. 64. 32 ; pour les affiner et les purifier 
(15, or), (26, argent), (2, 3, 4, étaini, -21, 22, asèm) ; pour les décaper, opéra- 
tion qui précède la soudure ou la dorure 46, 48, 65, 66, 20, 20 bis , sont 
rappelés ici seulement pour mémoire. 

En ce qui touche la soudure des métaux, il n'y a que deux recettes relatives 
à la soudure d'or ichrysocoUe;. Observons que ce nom a plusieurs sens 
très différents chez les anciens : il signifie tantôt la malachite 2 , tantôt un 
alliage de l'or avec l'argent (3;, ou avec le plomb, parfois avec le cuivre ; ces 
divers corps étant d'ailleurs mis en œuvre simultanément. Enfin on le 
trouve appliqué dans Olympiodore à l'opération même, par laquelle on 
réunissait en une masse unique les parcelles ou paillettes métalliques. C'est 
un alliage de l'or et du cuivre, associé à l'argent ou à l'asèm, qui est désigné 
sous ce nom dans notre papyrus, recettes 31 et 33 . 

'Venons aux procédés pour dorer, argenter, teindre et colorer les métaux 
superficiellement. Deux formules de décapage rappelées p*lus haut 19, 20, 
20 bis) ont déjà cette destination; dans un but de tromperie, ce semble, en 
modifiant l'apparence de la monnaie. La recette 25 tend vers le même but: 



(i) Origines de l'Alchimie, p. j5. j (3) Pline, Hist. A'at., XXXIII, 29. 

(2) OioscoRiiiE, Mat. med., y. 104. \ 



58 INTRODUCTION 

c'est à peu près celle du cément royal, au moyen duquel on séparait l'or de 
l'argent et des autres métaux (p. ni. Employée comme ci-dessus, elle a 
pour effet de faire apparaître l'or pur à la surface de l'objet d or, le centre 
demeurant allié avec les autres métaux. C'est donc un procédé de fraude 
(v. p. i6). Maison pouvait aussi s'en servir pour lustrer l'or. 

Aujourd'hui encore les orfèvres emploient diverses recettes analogues, 
pour donner à l'or une belle teinte: 

« Or mat, salpêtre, alun, sel ; 

« Or fin, avec addition d'acide arsénieux ; 

« Or rouge, par addition d'un sel de cuivre ; 

'c Or jaune, par addition de salpêtre, de sel ammoniac. 

« Pour lustrer et polir. Tartre brut, 2 onces; soufre en poudre, 2 onces; 
sel marin, 4 onces ; faites bouillir dans parties égales d'eau et d'urine ; 
trempez-y l'or, ou l'ouvrage doré.» {Manuel Roret, t. 11, p. 188; i832). 

Le soufre et l'urine se retrouvent ici, dans le manuel Roret, comme chez 
les alchimistes égyptiens. 

Voici maintenant des procédés de dorure véritable. L'un d'eux (38) est 
remarquable, parce qu'il procède sans mercure, au moyen d'un alliage de 
plomb : il représente peut-être une pratique antérieure à la connaissance 
du mercure, dont il n'est pas question jusqu'au v= siècle avant notre ère. 

En tout cas, c'est toujours un procédé pour tromper l'acheteur, comme 
le texte le dit expressément. 

Un autre procédé (571 est destiné à dorer l'argent, par application avec 
des feuilles d'or et du mercure. L'objet, dit l'auteur, peut subir l'épreuve de 
l'or régulier (la pierre de touche) : c'est donc un procédé de fraude. 

D'autres recettes donnent seulement l'apparence de l'or: on la commu- 
nique au cuivre par l'emploi du cumin par exemple 28 ; avec des variantes 
(47) et (77 . 

Rappelons ici les recettes pour écrire en couleur d'or avec l'aide du safran, 
du carthame et de la bile de veau ou de tortue (39 , (63 , \74 . Pline explique 
également que l'on colore le bronze en or avec le fiel de taureau {H. N. 
XXVIII, 146). 

Une autre recette est destinée à dorer sans or un vase d'argent ou 
de cuivre, au moyen du natron jaune, substance mal connue (49) : c'était 



PAPYRUS DE LEIDE DQ 

peut-être un sulfure, capable de teindre superficiellement les métaux 
(v. p. 39). 

Une recette pour dorer l'argent (51) repose sur l'emploi de la sandaraque 
(c'est-à-dire du réalgar), du cinabre et du misy (sulfates de cuivre et de fer 
basiques). Elle constate ainsi l'apparition des composés arsenicaux pour 
teindre en or. Mais ces composés semblent employés ici seulement par 
application, sans intervention de réactions chimiques, telles que celles qui 
font au contraire la base des méthodes de transmutation par l'arsenic che^ 
les alchimistes. 

Une apparence de dorure superficielle (69) et (76) repose sur l'emploi du 
misy grillé, de l'alun et de la chélidoine, avec addition d'urine. 

Ces procédés de teinture superficielle sont devenus un procédé de trans- 
mutation dans le Pseudo-Démocrite [Physica et Mj^stica), qui s'exprime 
ainsi : 

« Rendez le cinabre (i) blanc au moyen de l'huile, ou du vinaigre, ou du 
miel, ou de la saumure, ou de l'alun; puis jaune, au moyen du misy, ou du 
sory, ou de la couperose, ou du soufre apyre, ou comme vous voudrez. 
Jetez le mélange sur de l'argent et vous obtiendrez de l'or, si vous avez 
teint en or; si c'est du cuivre, vous aurez de l'électrum : car la nature jouit 
de la nature. « 

Cette recette est reproduite avec plus de détails un peu plus loin, dans le 
même auteur. 

Ailleurs le Pseudo-Démocrite donne un procédé fondé sur l'emploi du 
safran et de la chélidoine, pour colorer la surface de l'argent ou du cuivre 
et la teindre en or : ce qui est conforme aux recettes pour écrire en lettres 
d'or exposées plus haut. 

La chélidoine apparaît aussi associée à l'orpiment, dans l'une des recettes 
du papyrus pour écrire en lettres d'or sur papier, sur parchemin, ou sur 
marbre (74. . 

A la suite figure un procédé de dorure par vernissage, fondé sur l'emploi 
simultané des composés arsenicaux, de la bile et du mercure (75). 



(i) Ce mot semble signifier ici le minium (oxyde de plomb), sens que 1 on trouve 
dans Dioscoride. 



6ο INTRODUCTION 

Ce procédé rappelle à certains égards le vernis suivant, pour donner 
une couleur d'or à un métal quelconque {Manuel Roret, t. II, p. 192; 
i832) : 

« Sangdragon, soufre et eau, faire bouillir, filtrer: on met cette eau dans 
un matras avec le métal qu'on veut colorer. On bouche, on fait bouillir, on 
distille. Le résidu est une couleur jaune, qui teint les métaux en couleur 
d'or. On peut encore opérer avec parties égales d'aloès, de salpêtre et de sul- 
fate de cuivre. » 

Les procédés suivants sont des procédés d'argenture, tous fondés sur une 
coloration apparente, opérée sans argent. Ainsi 42 , sous le nom d'endtiit 
de cuivre, on enseigne à blanchir le cuivre en le frottant avec du mercure : 
c'est encore aujourd'hui un procédépour donnera la monnaie de cuivre l'ap- 
parence de l'argent et duper les gens inattentifs. 
De même un amalgame d'étain, destiné à blanchir le cuivre (27). 
De même le procédé pour colorer l'argent (81). 

La teinture en couleur d'asèm 80; et (67), intermédiaire entre l'or et l'ar- 
gent, est répétée deux fois. 

Citons encore une recette pour blanchir le cuivre par l'arsenic î23i. 
Au lieu de teindre la surface des métaux, pour leur donner l'apparence 
de l'or ou de l'argent, les orfèvres égyptiens apprirent de bonne heure à les 
teindre à fond, c'est-à-dire en les modifiant dans toute leur masse. Les pro- 
cédés employés par eux consistaient à préparer des alliages d'or et d'argent 
conservant l'apparence du métal: c'est ce qu'ils appelaient la ii/p/05 /ί, l'art de 
doublerIepoidsderoretderargent(V.plus haut p. 56) ; expression quiapassé 
auxalchimistes,enmême temps que la prétention d'obtenir ainsi des métaux, 
non simplement mélangés, mais transformés à fond. Le mot actuel de rfoîiii/e 
se rapporte au même ordre d'idées, mais avec un sens tout différent, puis- 
qu'il s'agit aujourd'hui de deux lames métalliques superposées. Chez les 
anciens la signification était plus extensive. En effet, le mot if;j?/osî5impliquait 
autrefois, tantôt la simple augmentation de poids du métal précieux, addi- 
tionné d'un métal de moindre valeur qui n'en changeait pas l'apparence, (16) 
et 17 , 56 . 87 et 88 : tantôt la fabrication de toutes pièces de l'or et de 
l'argent, par la transmutation de nature du métal surajouté; tous les métaux 
étant au fond identiques, conformément aux théories platoniciennes sur la 



PAPYRUS DE LEIDE 6l 

matière première. L'agent même de la transformation est une portion de 
l'alliage antérieur, jouant le rôle de ferment. 

Toutes ces préparations sont aussi claires et positives, sauf l'incertitude 
sur le sens de quelques mots, que nos recettes actuelles. Il n'en est que plus 
surprenant de voir naître, au milieu de procédés techniques si précis, la 
chimère d'une transmutation véritable ; elle est corrélative d'ailleurs avec 
l'intention de falsifier les métaux. Le faussaire, à force de tromper le public, 
finissait par croire à la réalité de son œuvre ; il y croyait, aussi bien que la 
dupe qu'il s"était d'abord proposé défaire. En effet, la parenté de ces recet- 
tes avec celles des alchimistes peut être aujourd'hui complètement établie. 

J'ai déjà signalé l'identité de quelques recettes de dorure du papyrus 
avec les recettes de transmutation du Pseudo-Démocrite ; je poursuivrai 
cette démonstration tout à Theure en parlant de l'asèm. Elle est frappante 
pour la diplosis de Moïse (i), recette aussi brève, aussi claire que celle des 
papyrus de Leide et tirée probablement des mêmes sources; du moins si 
l'on en juge par le rôle de Moïse dans ces mêmes papyrus ice volume, 
p. i6). 

Le procédé de Moïse, exposé en quelques lignes, est celui-ci : 

« Prendre du cuivre, de l'arsenic (orpiment), du soufre et du plomb 12) ; 
on broie le mélange avec de l'huile de raifort; on le grille sur des charbons 
jusqu'à désulfuration ; on retire; on prend de ce cuivre brûlé i partie et 3 
parties d'or ; on met dans un creuset; on chauffe ; et vous trouverez le tout 
changé en or, avec le secours de Dieu. ■> 

C'est un alliage d'or à bas titre, analogue à ceux signalés plus haut. 

Les soudures d'argent des orfèvres de nos jours sont encore exécutées 
au moven des composés arsenicaux. On lit par exemple dans le Manuel 
Roret, t. IL p. 186 (i832': 

« 3 parties d'argent, i partie d'airain : fondez ; jetez-y un peu d'orpiment 
en poudre. 

« Autre: argent fin, i once; airain mince, i once; arsenic, i once. On 
fond d'abord l'argent et l'airain et Ton y ajoute l'arsenic. 



(i) Manuscrit 299 de Saint-Marc | (2) Ou bien du soufre natif; d'après 

(M), f. i85, recto. I le symbole du manuscrit. 



62 INTRODUCTION 

« Autre : argent, 4 onces; airain, 3 onces; arsenic, 2 gros. 

(t Autre: argent, 2 onces ; clinquant, i once; arsenic, 4 gros; couler de 
suite ; bonne soudure. » 

On remarquera que l'énoncé même de ces formules de nos jours affecte 
une forme analogue àcelui des formules du papyrus (23 notamment) et des 
manuscrits. C'est d'ailleurs par des recettes analogues que l'on prépare 
aujourd'hui le tombac blanc ou cuivre blanc, et le faux argent desAnglais. En 
tous cas, le cuivre est teint dans le papyrus au moyen de l'arsenic, comme 
chez les alchimistes ; le tout dans une intention avouée de falsification. 

La formule d'Eugenius, qui suit dans le manuscrit de Venise, est un peu 
plus complexe que celle de Moise. 

Elle repose aussi sur l'emploi du cuivre brûlé, mêlé à l'or et fondu, 
auquel on ajoute de l'orpiment : ce composé traité par le vinaigre est exposé 
au soleil pendant deux jours, puis on le dessèche; on l'ajoute à l'argent, ce 
qui le rend pareil à Pélectrum ; le tout ajouté à l'or, par parties égales, con- 
somme l'opération. 

C'est toujours le même genre d'alliages, que l'auteur prétend identifier 
finalement avec l'or pur. 



III. — Fabrication de l'Asèin. 

Le nœud de la question est dans la fabrication de l'asèm. 

L'asèm (i) des Egyptiens désignait à l'origine l'électrum, alliage d'or et 
d'argent, qui se trouve dans la nature et qui se produit aisément dans les 
traitements des minerais. Son nom a été traduit chez les Grecs anciens par celui 
de 7.-τ,\ι.ζΊ. y.Tr,\j.z:, ou ασήίΛη, qui étaitaussi celuide l'argent sans marque, c'est- 
à-dire sans titre, lequel est devenu chez les Grecs modernes le nom même de 
l'argent. De là une confusion extrême dans les textes. Mais à l'origine Yasèm. 
égyptien avait un sens propre, comme le montrent, sans doute possible, les 
papyrus de Leide. D'après Lepsius, d'ailleurs, l'asèm était regardé comme 
un métal distinct, comparable à l'or et à l'argent ; il est figuré à côté d'eux 

(i) Origines de l'Alcliimie, p. 21 5. 



PAPYRUS DE LEIDE 63 

sur les monuments égyptiens. Il a été placé de même sous le patronage 
d'une divinité planétaire, Jupiter, qui, plus tard, fut attribuée à l'étain, vers 
le v" ou vi= siècle de notre ère, lorsque Félectrum disparut de la liste des 
métaux. 

Cependant ce métal prétendu variait notablement dans ses propriétés, 
suivant les doses relatives d'or, d'argent et des autres corps simples, alliés 
dans sa constitution : mais alors la chose ne paraissait pas plus surpre- 
nante que la variation des propriétés de l'airain, nom qui comprenait à la 
fois et notre cuivre rouge, et les bronzes et les laitons d'aujourd'hui. 

Ce n'est pas tout : l'asèm jouissait d'une faculté étrange : suivant les trai- 
tements subis, il pouvait fournir de l'or pur, ou de l'argent pur, c'est-à-dire 
être changé en apparence en ces deux autres métaux. 

Enfin, et réciproquement, on pouvait le fabriquer artificiellement, en al- 
liant l'or et l'argent entre eux, voire même sans or, et sans argent et en 
outre avec association d'autres métaux, tels que le cuivre, l'étain, le zinc, le 
plomb, l'arsenic, le mercure, qui en faisaient varier la couleur et les diverses 
propriétés : on va citer tout à l'heure de nombreux exemples de ce genre 
de fabrication (v. aussi p. 54 et 56, les formules des monnaies falsifiées). 

C'était donc à la fois un métal naturel et un métal factice. Il établissait 
la transition de l'or et de l'argent entre eux et avec les autres métaux et sem- 
blait fournir la preuve de la transmutation réciproque de toutes ces subs- 
tances, métaux simples et alliages. On savait d'ailleurs en retirer dans un 
grand nombre de cas l'or et l'argent, au moins par une analyse qualitative, et 
l'on y réussissait même dans des circonstances, telles que le traitement du 
plomb argentifère, où il ne semblait pas qu'on eût introduit l'argent à 
l'avance dans les mélanges capable de fournir ce métal. 

Tels sont les faits et les apparences qui servaient de bases aux pratiques, 
aux conceptions et aux croyances des orfèvres des papyrus de Leide, comme 
à celles des alchimistes gréco-égyptiens de nos manuscrits. On voit par là 
que, étant donné l'état des connaissances d'alors, ces conceptions et ces 
croyances n'avaient pasle caractère chimérique qu'elles ont pris pour nous; 
maintenant que les métaux simples sont définitivement distingués, les uns 
par rapport aux autres, comme par rapporta leurs alliages. La seule chose 
surprenante, c'est la question de fait : je veux dire que les praticiens aient 



64 IXTRODUCTION 

cru si longtemps à la réalité d'une transmutation complète, alors qu'ils 
fabriquaient uniquement des alliages ayant l'apparence de l'or et deTargent, 
alliat^es dont nous possédons maintenant, grâce au papyrus de Leide, les 
formules précises. Or ces formules senties mêmes que celles des manuscrits 
alchimiques. En fait, c'étaient là des instruments de fraude et d'illusion vis- 
à-vis du public ignorant. Mais comment les gens du métier ont -ils pu croire 
si longtemps qu'ils pouvaient réellement, pardes pratiques d'artisan, ou par 
des formules magiques, réussir à changer ces apparences en réalité ? Il y a 
là un état intellectuel qui nous confond. Quoi qu'il en soit, il est intéressant 
de pousser la connaissance des faits jusqu'à son dernier degré, et c'est ce que 
je vais essayer de faire. 

Le nombre des recettes relatives à l'asèm s'élève à 28 ou 3o; c'est plus du 
quart du nombre total des articles du papyrus. Elles comprennent des pro- 
cédés pour la fabrique de toutes pièces ; des procédés pour faire l'asèm 
noir, correspondant à ce que nous appelons l'argent oxydé; des procédés 
pour teindre en asèm; pour faire des lettres de cette couleur, pour essayer 
l'asèm ; enfin des procédés pour doubler et multiplier la dose de l'asèm, pour 
le diluer, etc. : ce qui répond à la diplosis de For, signalée plus haut (p. 56 
et 60). 

Entrons dans quelques détails, en commençant par les procédés de fabri- 
cation, qui mettent en pleine évidence le caractère réel de l'asèm. On trouve 
désignés sous ce nom, indépendamment de l'asèm naturel ou electrum, al- 
liage d'or et d'argent figuré sur les monuments égyptiens : 

i" Un alliage d'étain et d'argent i3). 

C'est un procédé de diplosis de l'argent. 

2° Un amalgame d'étain, (5; et 186,1. 

Ici il s'agit uniquement de simuler l'argent. 

Dans une autre recette ^37i, l'étain affiné est simplement additionné d'un 
peu de mercure : ce qui montre que la dose de ce dernier variait. 

3° L'étain affiné aété parfois identifié à l'asèm (v. p. 55), commele montre 
la recette suivante, tirée du manuscrit 299 de Saint-Marc (M, fol. 106, recto) : 

« Prenez de l'étain affiné, fondez-le et, après cinq fusions, jetez du bitume 
à sa surface dans le creuset ; et chaque fois que vous le refondrez, coulez-le 
dans du sel ordinaire, jusqu'à ce qu'il devienne un asèm parfait et abondant. » 



PAPYRUS DE LEIDE 65 

C'est la formule (3; du papyrus, dans lequel elle précède la fabrication 
d'un alliage d'étain et d'argent. En tous cas, elle montre la similitude par- 
faite des recettes du papyrus et de celles du manuscrit de Saint-Marc. 

4" Le nom de Fasèm paraît avoir été aussi appliqué à un alliage de 
plomb et d'argent, obtenu dans la fusion des minerais de plomb; ainsi 
que l'établit le texte suivant i , tiré du manuscrit de Saint-Marc ι fol. lob, 
recto) : 

« Prenez du plomb fusible, tiré des minerais lavés. Le plomb fusible est 
très compact. On le fond à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'il devienne 
asèm. Après avoir otjtenu l'asèm, si vous voulez le purifier, jetez dans le 
creuset du verre de Cléopâtre et vous aurez de l'asèm pur; car le plomb 
fusible fournit beaucoup d'asèm. Chauffez le creuset sur un feu modéré et 
pas trop fort. » 

Et un peu plus bas : 

« un tire l'asèm du plomb puritié, comme il est écrit sur la stèle d'en 
haut \2'. Il faut savoir que cent livres de plomb ordinaire fournissent dix 
livres d'asèm. d 

Dans les autres recettes, le cuivre intervient toujours; on rapprochait 
par là l'apparence et les propriétés de l'alliage de celles de For. L'asèm for- 
mait dès lors, aussi bien que l'électrum naturel, la (transition entre l'or et 
l'argent. Toutefois, dans aucune des recettes, sauf la dernière 90 , For 
n'est ajouté; ce qui montre bien l'intention d'imitation, ou plutôt de 
fraude. 

5° Un alliage d'étain et de cuivre, sorte de bronze où l'étain dominait 
(30,; ou bien il était pris à parties égales 29) et ^14. 

6° Un alliage analogue, avec addition d'asèm antérieur 8 et 40;. 

L'intention de fraude est ici très explicitement avouée. 

Dans cette formule, il n'est pas question des fondants et des tours de 
main pour atîinér l'alliage, mais ils sont décrits en détail dans une autre 
recette 19 , par laquelle on augmente la proportion de cuivre dans l'asèm 



(i) Le titre est : Sur la fabrication de 
l'asèm ; tandis que le signe employé 
dans le courant du texte est celui de 
l'argent. (Texte grec ci-après, I. xvi.) 



(2| Il s'agit évidemment de la recette 

précédente, inscrite probablement dans 
le temple sur une stèle ou colonne. 



y* 



66 INTRODUCTION 

déjà préparé : ce qui devait rapprocher le bronze obtenu de la couleur de 
l'or. De même i83;, dans une recette où l'on décrit les précautions pour éviter 
l'oxydation. 

7° Un alliage d'argent, d'étain et de cuivre (41). 

Une recette analogue, un peu plus détaillée et avec moitié moins d'étain, 
se termine par ces mots : «Employez-le comme de l'asèm, préférable au véri- 
table (59) . » 

8° Un amalgame de cuivre et d'étain (9) et (29). 

9° Un amalgame de cuivre, d'étain et d'asèm (13) et (18). 

C'est une variante de la formule précédente. 

Ces recettes paraissent se rapporter à ces prescriptions fondamentales du 
Pseudo-Démocrite : « Fixe le mercure avec le corps (ou métal) de la magné- 
sie. » La magnésie était, à proprement parler, tantôt la pierre d'aimant, avec 
addition de divers métaux et oxydes métalliques, tantôt un sulfure métallique 
contenant du fer, du cuivre, du plomb, etc. 

10" Un alliage de plomb, de cuivre, de zinc et d'étain (11); avec ces mots 
à la fin : « On s'en sert comme de l'asèm naturel. » 

On voit paraître ici l'idée d'imiter par l'art le métal naturel, par analogie 
avec la reproduction artificielle des pierres précieuses. 

Il» Un alliage de plomb, de cuivre et d'asèm (84), désigné sous le nom 
d'asèm égyptien, d'après la recette de Phiménas le Saïte, personnage qui 
est le même que le Pamménès des alchimistes. En effet, il est expressément 
cité parle Pseudo-Démocrite, comme artiste en Chrysopée, au début d'une 
série de recettes pour la fabrication de l'asèm (p. 24). 

Cet ordre d'alliages rappelle le métal anglais de nos jours, forme de 
80 parties de cuivre; 4, 3 de plomb; 10, i d'étain; 5, 6 de zinc. 

De même V alliage indien : 16 parties de cuivre; 4 parties de plomb; 
2 parties d'étain; ib parties de zinc; 

Ou bien le métal du prince Robert : 4 parties de cuivre et 2 de zinc ; 

Les alliages de cuivre et de zinc (100 cuivre, 8314 zinc) ; 

Les alliages de cuivre 1100 parties!, de zinc et d'étain (de 3 à 7 parties de 
chacun) ; 

L'argentan, le packfong, le cuivre blanc des Chinois, le maillechort ; 
alliages de cuivre (de 3 à 5 partiesi avec le zinc et le nickel iparties égales, 



PAPYRUS DE LEIDE 67 

t 

formant la moitié ou les deux tiers du poids du cuivre), additionnés d'un 
peu de plomb; 

Et un grand nombre d'alliages complexes et du même ordre, cuivres, 
bronzes et laitons blancs et jaunes encore usités dans l'industrie : la variété 
en est infinie. 

12° Un alliage d'asèm et d'orichalque (laiton) arsenical, décrit à la suite du 
précédent (85'. 

Cette recette compliquée, où l'arsenic intervient, rappelle tout à fait celle 
des alchimistes. On lit, par exemple, dans le Pseudo-Démocrite [Physica et 
Mystica, Texte grec, I, 7) : 

« Fabrication de l'or jaune. — Prenez du claudianon ( i:, rendez-le brillant 
et traitez-lesuivantl'usage, jusqu'à cequ'il devienne jaune. Jaunissonsdonc: 
je ne dis pas avec la pierre, mais avec sa portion utile. Vous jaunirez avec 
l'alun décomposé (2), avec le soufre, ou l'arsenic (sulfuré), ou la sandaraque 
(réalgar), ou le titanes (calcaire), ou à votre idée : si vous y ajoutez de l'ar- 
gent, vous aurez de l'or; si vous mettez de l'or, vous aurez du corail d'or (3) ; 
car la nature victorieuse domine la nature. » 

Le procédé semble le même; mais il est moins clair chez l'alchimiste et 
il est devenu une méthode de transmutation. Une recette analogue se 
retrouve un peu plus loin dans le même auteur. 

Voici encore un résumé de la recette d'Olympiodore, auteur alchimiste 
du V siècle, laquelle est très claire. 

« Première teinture teignant le cuivre en blanc. — L'arsenic est une 
espèce de soufre qui se volatilise au feu. Prenez de l'arsenic doré, 14 onces; 
porphyrisez, faites tremper dans du vinaigre deux ou trois jours et faites 
sécher à l'air, mêlez avec 5 onces de sel de Cappadoce ψ ; l'emploi de ce sel 



(Γ) Alliage de plomb et d'étain avec 
le zinc et le cuivre. 

(2) Dans le langage des alchimistes 
grecs, ce mot s'applique non seulement 
à notre alun plus ou moins pur, mais 
à l'acide arsénieux, provenant du gril- 
lage des sulfures: cette signification est 
donnée dans les textes d'une façon très 
explicite. 



(3) Quintessence de l'or. Ce mot est 
parfois synonyme de coquille d'or, dé- 
nomination conservée dans le langage 
des orfèvres par le mot or en coquilles, 
c'est-à-dire or en poudre, dont le sens 
actuel n'est peut-être pas le même que 
celui des anciens. 

(4) Sel gemme. 



68 INTRODUCTION 

a été proposé par Africanus. On place au-dessus du vaisseau qui contient 
le mélange une riole ou vase de verre et au-dessus une autre fiole, assujettie 
de tous côtés, pour que l'arsenic brûlé ne se dissipe pas (i '. Faites brûler à 
plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'il soit devenu blanc : on obtient ainsi de 
Talun blanc et compact (2^. Ensuite on fait fondre du cuivre avec de la cen- 
dre de chêne de Nicée (3), puis vous prenez de la fleur de natron (4, vous en 
jetezaufond du creuset 2 ou 3 parties pour ramollir. Ensuite vous projetez la 
poudre sèche (arsenic avec une cuiller de fer, i once pour 2 onces de cuivre; 
puis vous ajoutez dans le creuset un peu d'argent, pour rendre la teinture 
uniforme; vous projetez encore un peu de sel. Vous aurez ainsi un très bel 
asèm. » 

On voit que les recettes des premiers alchimistes ne sont nullement chi- 
mériques, mais pareilles à celles du papyrus et même aux recettes des 
orfèvres et métallurgistes de nos jours. 

Venons aux procédés de diplosis proprement dite, destinés à augmenter 
le poids de l'asém, envisagé comme un métal défini, procédés analogues 
aux diplosis de l'or et de l'argent décrites plus haut et donnant des alliages 
plus ou moins riches en cuivre 16 , ^101 et (90). 

î)ans le dernier procédé, il semble qu'il s'agisse d'accroître le poids de 
l'asèm et d'en modifier la couleur. On le ramollit par amalgamation, afin 
d'y pouvoir incorporer de l'or, de l'argent, du soufre, de l'arsenic et du 
cuivre. Les derniers métaux sont tirés de leurs sulfures, dissous ou désa- 
grégés par le polysulfure de calcium, qui forme l'eau de soufre : le tout, 
avec le concours des grillages et d'une nouvelle amalgamation finale. C'est 
là tout à fait un procédé d'alchimiste transmutateur. 

Une mention spéciale est due à la substance appelée ■jÎioï Οξϊ;•/ : ce qui 
veut dire eau de soufre, ou eau divine, substance qui a un rôle énorme chez 
les alchimistes, lesquels jouent continuellement sur le double sens de ce 
mot. Cette liqueur est désignée dans le lexique alchimique sous le nom de 
bile de serpent; dénomination qui est attribuée à Pétésis, seul auteur cité 



(i) Cette description répond à celle | (3l Flux blanc, 

de Taludel. 

(2) Ce nom s'appliquait donch l'acide (41 Fondant, 

arsiinieux. 



PAPYRUS DE LEIDE 69 

dans ce lexique, lequel figure aussi dans Dioscoride, ainsi que Phiménas ou 
Pamménès, désigné à la fois dans le papyrus et dans le Pseudo-Démocrite. 
Ces noms représentent deux personnages réels, deux de ces prophètes ou 
prêtres chimistes qui ont fondé notre science. 

L'eau de soufre apparaît pour la première fois dans le papyrus X 89 . 
La recette est très claire : elle désigne la préparation d'un polysulfure de 
calcium. Dans la recette consécutive 90\ qui est fort compliquée, on met 
en œuvre la liqueur ci-dessus. 

Cette liqueur préparée avec du soufre natif Uîtoc OîÎcj άθ;•/.τ:υ; se trouve 
décrite|dans divers passages des alchimistes, par exemple dans le petit 
résumé de Zosime intitulé : γνητία γρα;ή, écrit authentique. Rappelons 
ici que les descriptions de Zosime se rapportent en divers endroits à des 
liqueurs chargées d'acide sulfhydrique li). 

Une semblable eau de soufre possède une activité remarquable, surtout 
vis-à-vis des métaux, activité qui a dû frapper vivement ses inventeurs. Non 
seulement elle donne des précipites ou produits colorés en noir, en jaune, 
en rouge, etc., avec les sels et oxydes métalliques: mais les polysulfuresalca- 
lins exercent une action dissolvante sur la plupart des sulfures métalliques : 
ils colorent directement la surface des métaux de teintes spéciales ; enfin 
ils peuvent même, par voie sèche à la vérité, dissoudre l'or. 

Dans ces procédés de diplosis et dans la plupart des fabrications d'asèm. 
l'auteur ajoute toujours au mélange une certaine dose d'asèm préexistant, 
pour faciliter l'opération. 11 y a là une idée analogue à celle d'un ferment 
et qui est exposée d'une façon plus explicite dans deux articles spéciaux 
(7) et (60 . 

Quelques mots maintenant sur l'asèm noir, préparation analogue à 
notre argent oxydé 36). C'est un alliage noirci par des sulfures métalliques. 
Pline dit de même Hist. nat., XXXIII. 4OI : 

« L'Egypte colore l'argent, pour voir dans les vases son Anubis ; elle 
peint l'argent, au lieu de le ciseler. Cette matière a passé de là aux statues 
triomphales ; et. chose étrange, elle augmente de prix en voilant son éclat. 



(i) Sur la même eau divine : on y lit 1 bic, tu te boucheras le nez h cause de 
le passage suivant: découvrant l'alam- | l'odeur, etc. 



yO INTRODUCTION 

Voici comment on opère. On mcle avec un tiers d'argent deux parties de 
cuivre de Chvpre très fin, nommé coronaire, et autant de soufre vif que 
d'argent. On combine le tout par fusion, dans un vase de terre luté avec de 
l'argile... On noircit aussi avec un jaune d'œuf durci: mais cette der- 
nière teinte est enlevée par l'emploi de la craie et du vinaigre. » 

Ainsi Pline opèreavec de l'argent pur, tandis que le papyrus met enœuvre 
un alliage plombifère. 



IV. — Recettes du Pseudo-De'mocrite . 

Pour achever de caractériser ces colorations de métaux en or et en argent, 
ainsi que toute l'industrie des orfèvres et métallurgistes égyptiens qui a 
donné naissance à l'Alchimie, il semble utile de donner les recettes des pre- 
miers alchimistes eux-mêmes. J'en ai déjà reproduit quelques-unes (p. Sg, 
6i, 02, 64, 65, 67). Les plus vieilles de ces recettes sont exposées dans 
le Traité du Pseudo-Démocrite, intitulé Physica et Mystica ; je les ai étu- 
diées et j'ai réussi à en tirer un sens positif, à peu près aussi clair que pour 
les procédés décris par Pline ou Dioscoride. Or leur comparaison four- 
nit les résultats les plus dignes d'intérêt. 

Après un fragment technique sur la teinture en pourpre et un récit 
d'évocation, ce Traité poursuit jpar deux Chapitres, l'un sur la Chrysopée 
ou art de faire de l'or : l'autre sur la fabrication de l'asèm, assimilée à 
l'art de faire de l'argent. Ces deux Chapitres sont en réalité des collections 
de recettes ayant le même caractère pratique, c'est-à-dire relatives tant à la 
préparation de métaux teints superficiellement, qu'à celle d'or et d'alliages 
d'argent. Les recettes mêmes sont comparables de tous points à celles du 
papyrus deLeide, à cela près que chacune d'elles se termine par les refrains 
mystiques : La nature triomphe de la nature ; la nature jouit de la nature; la 
nature domine la nature, etc. Cependant il n'y a ni magie, ni mystère dans 
le corps même des recettes. Donnons-en le résumé en quelques lignes. 

Art de faire de l'or. — Première recette. — On éteint le mercure, en 
l'alliant avec un autre métal ; ou bien en l'unissant au soufre, ou au sulfure 



PAPYRUS DE LEIDE 7I 

d'arsenic ; ou bien en l'associant avec certaines matières terreuses. On étend 
cette pâte sur du cuivre pour le blanchir. En ajoutant de rélectrum ou 
de l'or en poudre, on obtient un métal coloré en or. Dans une variante, on 
blanchit le cuivre au moyen des composés arsenicaux, ou du cinabre décom- 
posé. Il s'agit donc, en somme, d'un procédé d'argenture apparente du 
cuivre, précédant une dorure superficielle . 

Deuxième recette. — On traite le sulfure d'argent naturel par la litharge 
de plomb, ou par l'antimoine, de façon à obtenir un alliage; et l'on colore en 
jaune par une matière non définie. 

Troisième recette. — On grille la pyrite cuivreuse, on la fait digérer avec 
des solutions de sel marin, et Fonprépare un alliage avec de l'argent ou de l'or. 

Le claudianon (alliage de cuivre, d'étain et de plomb avec le zinc; est 
jauni parle soufre, ou l'arsenic, puis allié à l'argent ou à l'or. 

Quatrième recette. — Le cinabre, décomposé par divers traitements, teint 
l'argent en or, le cuivre en électrum. 

Cinquième recette. — On prépare un vernis jaune d'or avec la cadmie, 
ou la bile de veau, ou la térébenthine, ou l'huile de ricin, ou le jaune 
d'œuf (v. p. 56, 58, 5g). 

Sixième recette. — On teint l'argent en or, par une sulfuration superfi- 
cielte, obtenue au moyen de certaines pyrites, ou de l'antimoine oxydé, joints 
à l'eau de soufre (polysulfure de calcium; et au soufre même. 

Septième recette. — On prépare d'abord un alliage de cuivre et de plomb 
(molybdochalque et on le jaunit, de façon à obtenir un métal couleur d'or. 

Huitième recette. — • On teint le cuivre et l'argent à la surface en jaune, 
au moyen de la couperose verte altérée. Puis vient une recette d'affinage de 
l'or, rappelant le cément royal. 

Neuvième recette. — Même recette appliquée à la cémentation superfi- 
cielle, qui donne aux parties extérieures du métal les caractères de l'or. 
Vient après une petite déclamation de l'auteur sur les phénomènes chi- 



^2 INTRODUCTION 

miques et sur la nature de sa science; puis trois recettes de vernis, pour 
teindre en or par digestion avec certains mélanges de substances végétales, 
safran, chélidoine, carthame, etc., recettes qui rappellent le procédé tiré du 
Manuel Roret, que j'ai exposé plus haut p. όο . L'auteur dit finalement : 
«iCette matière de la Chrysopée accomplie par des opérations naturelles est 
celle de Pamménès, qu'il enseignait aux prêtres en Egypte. » 

Art de faire de l'asf;m. — Il expose ensuite la fabrication de Fasèm, ou 
Argyropée :c'est-à-dire l'art de faire de l'argent;. 

Première recette — On blanchit le cuivre par les composés volatils de 
l'arsenic; cette action opérée par sublimation étant assimilée à celle du 
mercure i). 

Deuxième recette. — Le mercure sublimé est éteint avec de l'étain, du 
soufre et divers autres ingrédients ; et l'on s'en sert pour blanchir les métaux. 

Troisième recette. — Analogue à la précédente et appliquée à un alliage 
de cuivre, d'orichalque et d'étain. 

Quatrième recette. — Sulfure d'arsenic et soufre employés pour blanchir 
et modifier les métaux. 

Cinquième recette. — Préparation d'un oUiage blanc à base de plomb. 

Si.xicmc recette. — C'est un simple vernis superficiel pour donner au cui-, 
vre, au plomb, au fer, l'apparence de l'argent; ce vernis étant fixé par décoc- 
tion et enduits sans l'action du feu v. p. 521. 

Septième recette. — Elle représente une teinture par amalgamation, et la 
8« recette un simple vernis. 

On voit que toutes ces recettes du Pseudo-Démocrite et d'Olympiodore, 
aussi bien que celles du papyrus de Leide, sont réelles, positives, sans mé- 
lange de chimère. Plus tard sont venus les philosophes et les commenta- 



(i) De là, l'idée des deux mercurcs, j nie, qui se trouve souvent chez les al- 
l'un tiré du cinabre, l'autre de Tarse chimistes. 



MÉTAUX ET PLANÈTES yS 

teurs, étrangers à la pratique et animés d'espérances mystiques, qui ont jeté 
une grande confusion dans la question. Mais le point de départ est beau- 
coup plus clair, comme le montrent les textes que je viens analyser. 

J'ai cru utile de développer cette étude de l'asèm, parce qu'elle est nou- 
velle et parce qu'elle jette beaucoup de lumière sur les idées des Egyptiens 
du llli^ siècle de notre ère, relativement à la constitution des métaux. On 
voit en effet qu'il n'existe pas moins de douze ou treize alliages distincts, dési- 
gnés sous ce même nom d'asèm, alliages renfermant de l'or, de l'argent, du cui- 
vre, de l'étain, du plomb, du zinc, de l'arsenic. Leur caractéristique com- 
mune était de former la transition entre l'or et l'argent, dans la fabrication 
des objets d'orfèvrerie. Rien n'était plus propice qu'une semblable confu- 
sion pour donner des facilités à la fraude : aussi a-t-elle dû être entretenue 
soigneusement par les opérateurs. Mais, par un retour facile à concevoir, 
elle a passé des produits traités dans les opérations jusqu'à l'esprit des opé- 
rateurs eux-mêmes. Les théories des écoles philosophiques sur la matière 
première, identique dans tous les corps, mais recevant sa forme actuelle de 
l'adjonction des qualités fondamentales exprimées par les quatre éléments, 
ont encouragé et excité cette confusion. C'est ainsi que les ouvriers habi- 
tués à composer des alliages simulant l'or et l'argent, parfois avec une per- 
fection telle qu'eux-mêmes s'y trompaient, ont fini par croire à la possibilité 
de fabriquer effectivement ces métaux de toutes pièces, à l'aide de certaines 
combinaisons d'alliages, et de certains tours de main, complétés par l'aide 
des puissances surnaturelles, maîtresses souveraines de toutes les transfor- 
mations. 



II.- RELATIONS ENTRE LES METAUX ET LES PLANETES 

LE NOMBRE SEPT (1). 

α Le monde est un animal unique, dont toutes les parties, quelle 
qu'en soit la distance, sont liées entre elles d'une manière nécessaire. « 



(i) Cet article a été publié dans 
mon ouviai'e intitulé : Science et 



Pliilosophie. Toutefois j'ai cru de- 
voir le reproduire ici avec certains 

10• 



74 INTRODUCTION 

Cette phrase de Jamblique le Néoplatonicien ne serait pas désavouée par 
les astronomes et par les physiciens modernes; car elle exprime Tunité 
des lois de la nature et la connexion générale de l'Univers. La première 
perception de cette unité remonte au jour où les hommes reconnurent 
la régularité fatale des révolutions des astres : ils cherchèrent aussitôt 
à en étendre les conséquences à tous les phénomènes matériels et même 
moraux, par une généralisation mystique, qui surprend le philosophe, 
mais qu'il importe pourtant de connaître, si l'on veut comprendre le 
développement historique de l'esprit humain. C'est la chaîne d'or qui 
reliait tous les êtres, dans le langage des auteurs du moyen âge. Ainsi 
l'influence des astres parut s'étendre à toute chose, à la génération des 
métaux, des minéraux et des êtres vivants, aussi bien qu'à l'évolution 
des peuples et des individus. Il est certain que le soleil règle, par le flux 
de sa lumière et de sa chaleur, les saisons de l'année et le développement 
de la vie végétale; il est la source principale des énergies actuelles ou 
latentes à la surface de la terre. On attribuait autrefois le même rôle, 
quoique dans des ordres plus limités, aux divers astres, moins puis- 
sants que le soleil, mais dont la marche est assujettie à des lois aussi 
régulières. Tous les documents historiques prouvent que c'est à Babylone 
et en Chaldée que ces imaginations prirent naissance; elles ont joué un 
rôle important dans le développement de l'astronomie, étroitement liée 
avec l'astrologie dont elle semble sortie. L'alchimie s'y rattache également, 
au moins par l'assimilation établie entre les métaux et les planètes, 
assimilation tirée de leur éclat, de leur couleur et de leur nombre même. 
Attachons-nous d'abord à ce dernier : c'est le nombre sept, chitfre sacré 
que l'on retrouve partout, dans les jours de la semaine, dans l'cnumération 
des planètes et des zones célestes, dans celle des métaux, des couleurs, 
des cordes de la lyre et des tons musicaux, des voyelles de l'alphabet 
grec, aussi bien que dans le chiffre des étoiles de la grande ourse, des 
sages de la Grèce, des portes de Thèbes et des chefs qui l'assiègent, d'après 
Eschyle. 



développements nouveaux, parce qu'il [ des textes et des notations alchimi- 
est indispensable pour l'intelligence | ques. 



METAUX ET PLANETES 



75 



L'origine de ce nombre parait être astronomique et répondre aux pliases 
de la lune, c'est-à-dire au nombre des jours qui représentent le quart de la 
révolution de cet astre. Ce n'est pas là une opinion a priori. On la trouve 
en effet signalée dans Aulu-Gelle, qui l'a attribuée à Aristide de Samos (i). 
Dans le papyrus W de Leide, il est aussi question (p. 17) des 28 lumières 
de la lune. 

L'usage de la semaine était ancien en Egypte et en Chaldée, comme en 
témoignent divers monuments et le récit de la créationdans la Genèse. Mais 
il n'existait pas dans la Grèce classique et il ne devint courant à Rome qu'au 
temps des Antonins (2). C'est seulement àl'époquede Constantin et après 
le triomphe du Christianisme qu'il fut reconnu comme mesure légale de 
la vie civile: depuis il est devenu universel chez les peuples européens. 

Le hasard fit que le nombre des astres errants (planètes), visibles à 
l'œil nu, qui circulent ou semblent circuler dans le ciel autour de la terre 
s'élève précisément à sept : ce sont le Soleil, la Lune, Mars, Mercure, 
Jupiter, Vénus et Saturne. A chaque jour de la semaine, un astre fut attribué 
en Orient: les noms même des jours, tels que nous les prononçons mainte- 
nant, continuent à traduire, à notre insu, cette consécration babylonienne. 

A côté des sept Dieux des sphères ignées, les Chaldéens invoquaient 
les sept Dieux du ciel, les sept Dieux de la terre, les sept Dieux malfai- 
sants, etc. 

D'après François Lenprmant les inscriptions cunéiformes mentionnent 
les sept pierres noires, adorées dans le principal temple d'Ouroukh en 
Chaldée, bêtyles personnifiant les sept planètes. C'est au même rapproche- 
ment que se rapporte, sans doute, un passage du roman de Philostrate sur 
la vie d'Apollonius de Tyane (III, 41), dans lequel il est question de sept 
anneaux, donnés à ce philosophe par le brahmane larchas. 

La connaissance des divinités planétaires de la semaine ne se répandit 
dans le monde gréco-romain qu'à partir du 1=' siècle de notre ère '3i. On a 
trouvé à Pompéi une peinture représentant les sept divinités planétaires. 



(i) Koctes Atticœ, III, 10. Luniecur- 
riculum confici integris quatuor septe- 
nis diebus.. . auctorem que hujus opi- 
nionis Aristidemesse Samium. 



2i Dion Cassius, Histoire Romaine, 
XXXVII, 18. 

|3) Luiue cursum stellarumque sep- 
tem imagines. Pétrone, Satj^ricon, 3o. 



y6 INTRODUCTION 

De même divers autels sur les bords du Rhin. Une médaille à Teffigie d"An- 
tonin le Pieux, frappe'e la S"" année de son règne, représente les bustes des 
sept Dieux planétaires avec les signes du zodiaque, et au centre le buste de 
Sérapis (i). 

Une autre coïncidence, aussi fortuite que celle du nombre des planètes 
avec le quart de la révolution lunaire, celle du nombre des voyelles de l'al- 
phabet grec, nombre égal à sept, a multiplié ces rapprochements mystiques, 
surtout au temps des gnostiques : les pierres gravées de la Bibliothèque 
nationale de Paris et les papvrus de Leide en fournissent une multitude 
d'exemples. Ce n'est pas tout : les Grecs, avec leur esprit ingénieux, ne tar- 
dèrent pas à imaginer entre les planètes et les phénomènes physiques des 
relations pseudo-scientitiques, dont quelques-unes, telles que le nombre 
des tons musicaux et des couleurs se sont conservées. C'est ainsi que l'école 
de Pythagore établit un rapport géométrique des tons et diapasons musi- 
caux avec le nombre et les distances mêmes des planètes 12 . 

Le nombre des couleurs fut pareillement fixé à sept. Cette classification 
arbitraire a été consacrée par Newton et elle est venue jusqu'aux physiciens 
de notre temps. Elle remonte à une haute antiquité. Hérodote rapporte 
[Clio, f)S"• que la ville d'h^lcbatane avait sept enceintes, peintes chacune d'une 
couleur dirférentc : la dernière était dorée; celle qui la précédait, argentée. 
C'est, je crois, la plus vieille mention qui établisse la relation du nombre 
sept avec les couleurs et les métaux. La ville fabuleuse des Atlantes, dans 
le roman de Platon, est pareillement entourée par des murs concentriques, 
dont les derniers sont revêtus d'or et d'argent; mais on n'y retrouve pas le 
mystique nombre sept. 

Entre les métaux et les planètes, le rapprochement résulte, non seulement 
de leur nombre, mais surtout de leur couleur. Les astres se manifestent 
à la vue avec des colorations sensiblement distinctes : siiiis ciiique coloi- est, 
dit Pline [H. N. II, 16). La nature diverse de ces couleurs a fortifié le rappro- 
chement des planètes et des métaux. C'est ainsi que l'on conçoit aisément 
l'assimilation de l'or, le plus éclatant et le roi des métaux, avec la lumière 



(i) De WiTTE, Galette archéologi- | (2) Pline. H. .Y.. II. 20. — Th. H. 

que, 1877 et 1879. I Martin, Timéc de Plalou, t. II, p. 38. 



METAUX ET PLANETES 77 

jaune du soleil, le dominateur du Ciel. La plus ancienne indication que 
l'on possède à cet égard se trouve dans Pindare. La cinquième ode des 
Isthméennes débute par ces mots: « Mère du Soleil, Thia, connue sous 
beaucoup de noms, c'est à toi que les hommes doivent la puissance pré- 
pondérante do l'or » . 

MiTsp 'AXio'j, -o).uti)vu;ji£ Ηει'α, 
σε'ογ'έ'κατι και αεγασΟενη νο';ϋσαν, 
■/ρυσόν άνθρωποι πϊρκόσ'.ον όίλλων. 

Dans Hésiode, Thia est une divinité, mère du soleil et de la lune, c'est-à- 
dire génératrice des principes de la lumière [Théogonie, 371, JÎ74;. Lin vieux 
scoliaste commente ces vers en disant : « de Thiaetd'Hvpérion vient le soleil, 
et du soleil, l'or. A chaque astre une matière est assignée. Au Soleil, Lor; 
à la Lune, l'argent: à Mars, le fer: à Saturne, le plomb; à Jupiter, 1 electrum; 
à Hermès, l'étain; à Vénus, le cuivre [n ». Cette scolie remonte à l'époque 
Alexandrine. Elle reposait à l'origine sur des assimilations toutes naturelles. 

En etl'et, si la couleur jaune et brillante du soleil rappelle celle de l'or 

orbem 

Per duodena régit mundi sol aureus astra (2); 

la blanche et douce lumière de la lune a été de tout temps assimilée à la 
teinte de l'argent. La lumière rougeàtre de la planète Mars [igneiis, d'après 
Pline; r.j^iv.i d'après les alchimistes) a rappelé de bonne heure l'éclat du 
sang et celui du fer, consacrés à la divinité du même nom. C'est ainsi que 
Didyme, dans son commentaire sur l'Iliade il. Vi, commentaire un peu an- 
térieur à l'ère chrétienne, parle de Mars, appelé l'astre du fer. L'éclat bleu- 
âtre de Vénus, l'étoile du soir et du matin, rappelle pareillement la teinte 
des sels de cuivre, métal dont le nom est tiré de celui de l'ile de Chypre, 
consacrée à la déesse Cypris. l'un des noms grecs de Vénus. De là le rapproche- 
ment fait par la plupart des auteurs. Entre la teinte blanche et sombre du plomb 
et celle de la planète Saturne, la parenté est plus étroite encore et elle est 
constamment invoquée depuis l'époque Alexandrine. Les couleurs et les 



(Il PiN'D.^RE, édition de Bœckh, t. II, 1 (2) Virgile, Géorgiques, I, 482. 

p. 340, 1819. 



yS INTRODUCTION 

métaux assignés à Mercure l'étincelant (ιτΓ/.βων .; radians, d'après Pline; ap- 
parence due à son voisinage du soleil), et à Jupiter le resplendissant (Φαέθων), 
ont varié davantage, comme je le dirai tout à l'heure. 

Toutes ces attributions sont liées étroitement à l'histoire de l'astrologie 
et de l'alchimie. En effet, dans l'esprit des auteurs de l'époque Alexandrine 
ce ne sont pas là de simples rapprochements; mais il s'agit de la généra- 
tion même des métaux, supposés produits sous l'influence des astres dans 
le sein de la terre. 

Proclus, philosophe néoplatonicien de V' siècle de notre ère, dans son com- 
mentaire sur le Timée de Platon, expose que « l'or naturel et l'argent et 
chacun des métaux, comme des autres substances, sont engendrés dans la 
terre sous l'influence des divinités célestes et de leurs etHuves. Le Soleil pro- 
duit l'or; la Lune, l'argent; Saturne, le plomb, et Mars, le fer » (p. 14 C). 

L'expression définitive de ces doctrines astrologico-chimiques et médi- 
cales se trouve dans Tauteur arabe Dimeschqî, cité par Chwolson {sur les 
Sabéens. t. II. p. 38o, Sgô, 41 1, 544). D'après cet écrivain, les sept métaux 
sont en relation avec les sept astres brillants, par leur couleur, leur nature et 
leur propriétés : ils concourent à en former la substance. Notre auteur ex- 
pose que chez les Sabéens, héritiers des anciens Chaldéens, les sept planètes 
étaient adorées comme divinités; chacune avait son temple, et, dans le tem- 
ple, sa statue faite avec le métal qui lui était dédié. Ainsi le Soleil avait une 
statue d'or; la Lune, une statue d'argent; Mars, une statue de fer; Vénus, 
une statue de cuivre; Jupiter, une statue d'étain; Saturne, une statue de 
plomb. Quant à la planète Mercure, sa statue était faite avec un assemblage 
de tous les métaux, et dans le creux on versait une grande quantité de mer- 
cure. Ce sont là des contes arabes, qui rappellent les théories alchimiques 
sur les métauxet sur le mercure, regardé comme leur matière première. Mais 
ces contes reposent sur de vieilles traditions défigurées, relatives à l'adora- 
tion des planètes, à Babylone et en Chaldée, et à leurs relations avec les 
métaux. 

Il existe, en effet, une liste analogue dès le second siècle de notre ère. C'est 
un passage de Celse, cité par Origène [Opéra, t. I, p. 646: Contra Celsum, 
livre "VI, 22; édition de Paris, 1/33] . Celse expose la doctrine des Perses et 
les mystères mithriaques,et il nous apprend que ces mystères étaient expri- 



METAUX ET PLANETES yg 

méspar un certain symbole, représentant les révolutions célestes et le passage 
des âmes à travers les astres. C'était un escalier, muni de 7 portes élevées, 
avec une 8= au sommet. 

La première porte est de plomb: elle est assignée à Saturne, la lenteur 
de cet astre étant exprimée par la pesanteur du métal (i). 

La seconde porte est d'étain; elle est assignée à Vénus, dont la lumière 
rappelle l'éclat et la mollesse de ce corps. 

La troisième porte est d'airain, assignée à Jupiter, à cause de la résistance 
du métal. 

La quatrième porte est de fer, assignée à Hermès, parce que ce métal est 
utile au commerce, et se prête à toute espèce de travail. 

La cinquième porte, assignée à Mars, est formée par un alliage de cuivre 
monétaire, inégal et mélangé. 

La sixième porte est d'argent, consacrée à la Lune; 

La septième porte est d'or, consacrée au soleil ; ces deux métaux répon- 
dent aux couleurs des deux astres. 

Les attributions des métaux aux planètes ne sont pas ici tout à fait les 
mêmes que chezlesNéoplatonicienset les alchimistes. Elles semblent répon- 
dre à une tradition un peu différente et dont on trouve ailleurs d'autres 
indices. En effet, d'après Lobscki A glaophamus, p. 936, 1829), dans certaines 
listes astrologiques, Jupiter est de même assigné à l'airain, et Mars au 
cuivre. 

On rencontre la irace d'une diversité plus profonde et plus ancienne 
encore, dans une vieille liste alchimique, reproduite dans plusieurs manus- 
crits alchimiques ou astrologiques et où le signe de chaque planète est 
suivi du nom du métal et des corps dérivés ou congénères, mis sous le 
patronage de la planète. Cette liste existe également dans le Ms. 2419 
de notre Bibliothèque Nationale fol. 46 verso , où elle fait partie d'un 
traité astrologique d'Albumazar, auteur du IX" siècle, avec des variantes 
et des surcharges qui ne sont pas sans importance : une partie des mots 
grecs y sont d'ailleurs écrits en caractères hébreux, comme s'ils avaient un 
sens mystérieux voir dans ce volume, texte grec. p. .24 . Dans cette liste, 

(i) Salurni siJiis gcUdj; ac rigentis esse natiirœ. Pline, H. N., II, 6. 



8ο 



INTRODLXTION 



la plupart des planètes répondent aux mêmes métaux que dans les énuméra- 
tions ordinaires, à l'exception de la planète Hermès, à la suite du signe de 
laquelle setrouve non le nom d'un métal, mais celui d"une pierre précieuse: 
l'émeraude. Le mercure est cependant inscrit vers la fin de l'énumération 
des substances consacrées à Hermès, mais comme s'il avait été ajouté après 
coup. Or, chez les Egyptiens, d'après Lepsius, la liste des métaux compre- 
nait, à côté de l'or, de l'argent, du cuivre et du plomb, les noms des pierres 
précieuses, telles que le mafek ou émeraude, et le chesbet ou saphir, corps 
assimilés aux métaux à cause de leur éclat et de leur valeur (i). 

Dans le roman égyptien de Satni-Khàm-Ouas. le livre magique de Tahout 
est renfermé dans sept cotfres concentriques, de fer, de bronze, de bois de 
palmier, d'ivoire, d'ébène, d'argent et d'or (2). La rédaction primitive de 
ce roman remonterait aux dernières dynasties; sa transcription connue, 
au temps des Ptolémées. Tout ceci concourt à établir que la liste des sept 
métaux n'a été arrêtée que fort tard, probablement vers l'époque des 
Antonins. 

C'est ici le lieu de parler des tablettes métalliques trouvées à Khorsa- 
bad. Dans le cours des fouilles, en 1854, M. Place découvrit, sous l'une 
des pierres angulaires du palais assyrien de Sargon, un coffret contenant 
sept tablettes. C'étaient des tablettes votives, destinées à rappeler la fondation 
de l'édifice (70U ans avant J.-C), et à lui servir en quelque sorte de Palla- 
dium. Quatre de ces tablettes se trouvent aujourd'hui au Musée du Lou- 
vre. J'en ai fait l'analyse, et les résultats de mon étude sont consignés 
plus loin dans le présent volume. Je me borne à dire ici que les quatre 
tablettes sont constituées en fait par de For, de l'argent, du bronze et du 
carbonate de magnésie pur, minéral rare que Ton ne supposait pas connu 
des anciens, et dont l'emploi reposait sans doute sur quelque idée reli- 
gieuse. Les noms des matières des tablettes, tels qu'ils sont indiqués dans 
les inscriptions qui les recouvrent, sont d'après M. Oppert, l'or Jiiirasi , 
l'argent [kaspi., le cuivre \iiriidi ou er [bronze' 1, puis, deux mots [anaki 



(Il Voir les métaux égyptiens, dans 
mon ouvrage sur les Origines de l'Al- 
chimie, p. 221 et 233, Steinheil, i88i. 



12I Histoire ancienne de l'Orient, par 
Fr. Lenormant, q" édition, t. III, 

p. i58(i883|. 



MÉTAUX ET PLANÈTES 8l 

et kasa^atiri ou abar] que les interprètes ont traduit par plomb et ctain, 
bien que l'un d'eux semble en réalité désigner la 4" tablette signalée plus 
haut (carbonate de magnésie), et enhn deux noms de corps portant le dé- 
terminatif des pierres, et traduits par marbre sipri ou -{akour) et albâtre 
[gis-sin-gal]. Rien d'ailleurs n'indique des attributions planétaires, si ce 
n'est le nombre sept. Ajoutons toutefois que, d'après un renseignement 
que m'a fourni M. Oppert, deux métaux étaient désignés par les Assyriens 
et les Babyloniens sous des dénominations divines : le fer sous le nom de 
Ninip, Dieu de la guerre : ce qui rappelle l'attribution ultérieure du métal 
à Mars; et le plomb, sous le nom du Dieu Anu, Dieu du ciel que l'on 
pourrait rapprocher de Saturne : toutefois ce ne seraient pas là des Dieux 
planétaires. 

Voilà ce que j'ai pu savoir relativement à l'interprétation des noms 
métalliques contenus dans ces tablettes. Un des points les plus essentiels 
qui résultent de leur étude, c'est l'assimilation de certaines pierres ou 
minerais aux métaux, précisément comme chez les Egyptiens. 

Il y a là le souvenir de rapprochements très différents des nôtres, mais 
que rhumanitéa regardé autrefois comme naturels, et dont la connaissance 
est nécessaire pour bien concevoir les idées des anciens. Toutefois l'assi- 
milation des pierres précieuses aux métaux a disparu de bonne heure ; 
tandis que l'on a pendant longtemps continué à ranger dans une même 
classe les métaux purs, tels que l'or, l'argent, le cuivre, et certains de 
leurs alliages, par exemple l'électrum et l'airain. De là des variations 
importantes dans les signes des métaux et des planètes. 

Retraçons l'histoire de ces variations ; il est intéressant de les décrire pour 
comprendre les écrits alchimiques. 

Olympiodore, néoplatonicien du vi= siècle, attribue le plomb à Saturne; 
Télectrum, alliage d'or et d'argent regardé comme un métal distinct, à 
Jupiter; le fer à Mars; l'or au Soleil; l'airain ou cuivre à Vénus; l'étain à 
Hermès (planète Mercure' ; l'argent à la Lune. Ces attributions sont les 
mêmes que celle du scoliaste de Pindare cité plus haut; elles répondent 
exactement et point pour point, à une liste du manuscrit alchimique de 
Saint-Marc, écrit au xi"^ siècle, et qui renferme des documents très 
anciens. 

ir 



82 INTRODUCTION 

Les symboles alchimiques qui figurent dans les manuscrits comprennent 
les métaux suivants, dont l'ordre et les attributions sont constants pour 
la plupart : 

jo L'or correspondait au Soleil, relation que j'ai exposée plus haut 
(p. -j-j•^ — voir aussi fig. 3, PI. 1, 1. i, à gauchej. 

Le signe de l'or est presque toujours celui du Soleil, à l'exception d'une 
notation isolée où il semble répondre à une abréviation (ms. 2327, fol. 17 
verso, 1. 19; ce volume, fig. 8, PI. VI, I. 19I. 

2° L'argent correspondait à la Lune et est toujours exprimé par le signe 
planétaire (ce volume, fig. 3, PI. I, 1. 2). 

3° L'éleclrum, alliage d'or et d'argent: cet alliage était réputé un métal 
particulier chez les Egyptiens qui le désignaient sous le nom d'iiièm ; nom 
qui s'est confondu plus tard avec le mot grec asemon (a'jr,;i.îv), argent non 
marqué. Cet alliage fournit à volonté, suivant les traitements, de l'or ou 
de l'argent. 11 est décrit par Pline, et il fut regardé jusqu'au temps des 
Romains comme un jmétal distinct. Son signe était celui de Jupiter 
(ce volume, fig. 3, PI. I, 1. 4I, attribution que nous trouvons déjà dans 
Zosime, auteur alchimique du ui"' ou iv' siècle de notre ère. 

Quand l'électrum disparut de la liste des métaux, son signe fut affecté à 
l'étain, qui jusque-là répondait à la planète Mercure (Hermès). Nos listes 
de signes portent la trace de ce changement. En effet la liste du manuscrit 
de Saint-Marc porte [ce volume, fig. 3, PI. 1, 1. 4^ : « Jupiter resplendissant, 
électrum », et ces mots se retrouvent, toujours à côté du signe planétaire, 
dans le manuscrit 2327 de la Bibliothèque nationale de Paris, fol. 17 recto, 
1. 16 (ce volume, fig. 7, PI. V, 1. 16) ; la première lettre du mot Zeus, figu- 
rant sous deux formes différentes majuscule et minuscule). Au contraire 
un peu plus loin, dans une autre liste du dernier manuscrit (fol. 18, verso 
1. 5 ; ce volume, fig. 10, PI. VIII, 1. 5i, le signe de Jupiter est assigné 
à l'étain. Les mêmes changements sont attestés par la liste planétaire citée 
plus loin. 

4° Le plomb correspondait à Saturne : cette attribution n'a éprouvé aucun 
changement; quoique le plomb ait plusieurs signes distincts dans les listes 
(ms. de Saint-Marc, fol. 6, dernière ligne à gauche et ce volume, fig. 3, 
PI. I, 1. 3 ; ms. 2327, fol. 17 recto, 1. 11 et 12 et ce volume, fig. 9, 



MÉTAUX ET PLANÈTES 83 

PI. VII, 1. II et 12). Le plomb était regardé par les alchimistes égyptiens 
comme le générateur des autres métaux et la matière première de la trans- 
mutation ; ce qui s'explique par ses apparences, communes à divers autres 
corps simples et alliages métalliques. 

En effet, ce nom s'appliquait à l'origine à tout métal ou alliage métal- 
lique blanc et fusible; il embrassait Tétain iplomb blanc et argentin, 
opposé au plomb noir ou plomb proprement dit, dans Pline), et les nom- 
breux alliages qui dérivent de ces deux métaux, associés entre eux et avec 
l'antimoine, le zinc, le bismuth, etc. Les idées que nous avons aujourd'hui 
sur les métaux simples ou élémentaires, opposés aux métaux composés ou 
alliages, ne se sont dégagées que peu à peu dans le cours des siècles. On 
conçoit d'ailleurs qu'il en ait été ainsi, car rien n'établit à première vue 
une distinction absolue entre ces deux groupes de corps; 

5° Le fer correspondait à Mars. Cette attribution est la plus ordinaire. 
Cependant, dans la liste de Celse, le fer répond à la planète Hermès. 

Le signe même de la planète Mars se trouve parfois donné à l'étain dans 
quelques-unes des listes (ms. 2827, fol. 16 verso, 1. 12, 3= signe [ce 
volume, tig. 6. PL IV. 1. 12]; fol. 17 recto, 1. 12, 3^ signe [ce volume, 
fig. 7, PI. V, 1. 12]). Ceci rappelle encore la liste de Celse, qui assigne à 
Mars l'alliage monétaire. Mars et le fer ont d'ailleurs deux signes distincts, 
quoique communs au métal et à la planète, savoir : une flèche avec sa 
pointe, et un Θ, abréviation du mot Οΐυρά;, nom ancien de la planète Mars 
(ce volume, fig. 3, PI. I. 1. 5 ; parfois même avec adjonction d'un π. 
abréviation de tzjîîîi;, l'enflammé, autre nom ou épithète de Mars (ce 
volume, tig. 7, PI. V, 1. 17) ; 

6° Le cuivre correspondait à Aphrodite (Vénus;, ou Cypris, déesse de l'île 
de Chypre, où l'on trouvait des mines de ce métal ; déesse assimilée 
elle-même à Hathor. la divinité égyptienne multicolore, dont les dérivés 
bleus, verts, jaunes et rouges du cuivre rappellent les colorations diverses. 
Le signe du cuivre est en effet celui de la planète Vénus (ce volume, fig. 3, 
PI. I, I. 6, et fig. 8, PI. VI, 1. 3); sauf un double signe qui est une abré- 
viation ^ce volume, fig. 8, PI. VI, 1. 41. 

Toutefois la liste de Celse attribue le cuivre à Jupiter et l'alliage 
monétaire à Mars, etc. La confusion entre le fer et le cuivre, ou plutôt 



84 INTRODUCTION 

l'airain, aussi attribué à la planète Mars, a existé autrefois ; elle est 
attestée par celle de leurs noms : le mot ers qui exprime l'airain en latin 
dérive du sanscrit aj^as qui signifie le fer (i). C'était sans doute, dans 
une haute antiquité, le nom du métal des armes et des outils, celui du 
métal dur par excellence. 

y" L'étain correspondait d'abord à la planète Hermès ou Mercure. 
Quand Jupiter eut changé de métal et fut affecté à l'étain, le signe de la 
planète primitive de ce métal passa au mercure (ce vol. fig. 10, PI. VIII, 1. 6). 

La liste de Celse attribue l'étain à Vénus ; ce qui rappelle aussi l'an- 
tique confusion du cuivre et du bronze iairain). 

8" Mercure. Le mercure, ignoré, ce semble, des anciens Egyptiens, mais 
connu à partir du temps de la guerre du Péloponèse et par conséquent à 
l'époque alexandrine, fut d'abord regardé comme une sorte de contre-argent 
et représenté par le signe de la lune retourné (ce volume, fig. 3, PI. I, 1. 19). 
Il n'en est pas question dans la liste de Celse (n= siècle). Entre le vi' siècle 
(liste dOlympiodore le Philosophe, citée plus hauti et le vu" siècle de notre 
ère (liste de Stéphanus d'Alexandrie, qui sera donnée plus loin), le mercure 
prit (fig. 10, PI. VIII, 1. 6) le signe de la planète Hermès, devenu libre 
par suite des changements d'affectation relatifs à l'étain. Dans la liste 
planétaire, il a été également ajouté après coup, à la suite des dérivés 
de cette planète, spécialement affectée à l'émeraude (voir p. 79). 

Ces attributions nouvelles et ces relations astrologico-chimiques sont 
exprimées dans le passage suivant de Stéphanus : « Le démiurge plaça 
d'abord Saturne, et vis-à-vis le plomb, dans la région la plus élevée et la 
première; en second lieu, il plaça Jupiter vis-à-vis de l'étain, dans la seconde 
région; il plaça Mars le troisième, vis-à-vis le fer, dans la troisième région; 
il plaça le Soleil le quatrième, et vis-à-vis l'or, dans la quatrième région ; il 
plaça Vénus la cinquième, et vis-à-vis le cuivre, dans la cinquième région; 
il plaça Mercure, le sixième, et vis-à-vis le vif-argent, dans la sixième 
région; il plaça la lune la septième, et vis-à-vis l'argent, dans la septième 
et dernière région 12'. » Dans le manuscrit, au-dessus de chaque planète, ou 
de chaque métal, se trouve son svmbole. Mais, circonstance caractéristique, 

(Il Origines de Γ Alchimie, p. 223. | (2) Manuscrit 2327, folio 73 verso. 



MÉTAUX ET PLANÈTES 85 

le symbole de la planète Mercure et celui du métal ne sont pas encore les 
mêmes, malgré le rapprochement établi entre eux ; le métal étant toujours 
exprimé par un croissant retourné. Le mercure et l'étain ont donc chacun 
deux signes difterenis dans nos listes, suivant les époques. 

La copie de la liste planétaire donnée par Alhumasar (ix= siècle) et 
traduite en hébreu et en grec dans le manuscrit 2419 (fol. 46 verso) porte 
aussi la trace de ces changements itexte grec, I, viii, p. 24, notes). Non 
seulement le signe de la planète Hermès répond à l'émeraude, le nom de 
Mercure étant ajouté après coup et tout à fait à la fin, comme il a été dit 
plus haut ; mais Fauteur indique que les Persans affectent réuiin à la 
planète Hermès. De même, la planète Jupiter étant suivie de l'étain, 
Tauteur ajoute également que les Persans ne font pas la même affectation, 
mais assignent cette planète au métal argenté [ii ; ce qui se rapporte 
évidemment à l'asèm ou éfcctrum, dont Fexistence était déjà méconnue 
au ix' siècle. Ce sont là des souvenirs des attributions primitives. 

Voilà les signes planétaires des métaux fondamentaux, signes qui se 
retrouvent dans ceux des corps qui en dérivent; chacun des dérivés étant 
représenté par un double signe, dont l'un est celui du métal, et l'autre 
répond au procédé par lequel il a été modifié division mécanique, calci- 
nation, alliage, oxydation, etc. . 

Les principes généraux de ces nomenclatures ont donc moins changé 
qu'on ne serait porté à le croire, l'esprit humain procédant suivant des 
règles et des systèmes de signes qui demeurent à peu près les mêmes dans 
la suite des temps. Mais il convient d'observer que les analogies fon- 
dées sur la nature des choses, c'est-à-dire sur la composition chimique, 
telle qu'elle est démontrée par la génération réelle des corps et par leurs 
métamorphoses réalisées dans la nature ou dans les laboratoires ; ces ana- 
logies, dis-je, subsistent et demeurent le fondement de nos notations scien- 
tifiques ; tandis que les analogies chimiques d'autrefois entre les planètes et les 
métaux, fondées sur des idées mvstiques sans base expérimentale, sont tom- 
bées dans un juste discrédit. Cependant leur connaissance conserve encore 
de l'intérêt pour l'intelligence des vieux textes et pour l'histoire de la science. 

(0 ()'. 0; Ιίερσι•. o>/ oO-to;, αλλά οιάογυρο; : Texte grec I, viii, p. 24 (notes). 



86 



INTRODUCTION 



ΠΙ. _ LA SPHERE DE DEMOCRITE 

ET LES MÉDECINS ASTROLOGUES 

La sphère de Démocrite, inscrite dans le papyrus V de Leide, représente 
l'œuvre de l'un de ces Ίατρίμαθηματικίί, ou médecins astrologues dont 
parlent les anciens. Ils prédisaient l'issue des maladies. Horapollon ;I, 38) 
cite ce genre de calculs, et il existe un traité attribué à Hermès sur ce sujet, 
dans les Physici et medici grœci minores d'Ideler (i). La prédiction se faisait 
d'ordinaire à l'aide d'un cercle ou d'une table numérique; elle reposait sur 
un calcul, dans lequel l'âge du malade, la somme des valeurs numériques 
répondant aux lettres de son nom, la durée de sa maladie, etc., se combi- 
naient avec le jour du mois et les phases de la révolution lunaire. J'ai 
retrouvé six figures de ce genre dans les manuscrits alchimiques et astro- 
logiques de la Bibliothèque nationale. 

Donnons d'abord le texte du papyrus V. 

« Sphère de Démocrite, pronostic de vie et de mort. Sache sous quelle 
lune ^dans quel mois) le malade s'est alité et le nom de sa nativité (2 . 
Ajoute le calcul de la lune (3), et vois combien il y a de fois trente 
jours, prends le reste et cherche dans la sphère : si le nombre tombe 
dans la partie supérieure, il vivra; si c'est dans la partie inférieure, il 
mourra. » 

La sphère est représentée ici par un tableau qui contient les trente 
premiers nombres inombre des jours du moisi, rangés sur trois colonnes 
et d'après un certain ordre. La partie supérieure contient trois fois six 



(i) T. I, p. 387 et 43o. Le traité a 
été imprimé deux fois sous des titres un 
peu différents, par une singulière né- 
gligence. 

(2) Le nom donné le jour de la nais- 



sance, afin de calculer le nombre repré- 
senté par les lettres de ce nom. 

(3) C'est-à-dire, ajoute le nombre du 
jour du mois où il s'est alité au nombre 
représenté par le nom du malade. 



-MÉDECINS ASTROLOGUES 87 

nombres ou dix-huit; la partie inférieure en renferme trois fois quatre ou 
douze. 

Le mot sphère répond à la forme circulaire qui devait être donnée au 
tableau, comme on le voit dans certains manuscrits (voir les figures ci- 
dessous). 

Il existait en Egypte un grand nombre de tableaux analogues. Ainsi dans 
le manuscrit 2327 de la Bibliothèque nationale, consacré à la collection des 
alchimistes, on trouve au folio 293 (rectO; ; 

L'instrument d'Hermès trismégiste, renfermant 35 nombres, partagés en 
trois lignes : « on compte depuis le lever de l'étoile du Chien (Sothi ou 
Sirius', c'est-à-dire depuis Épiphi, 25 juillet, jusqu'au jour de Falitement ; 
on divise le nombre ainsi obtenu par trente-six ii et on cherche le reste 
dans la table ». 

Certains des nombres représentent la vie, d'autres la mort, d'autres le 
danger du malade. C'est un principe de calcul différent. 

Dans le manuscrit grec 241g de la Bibliothèque nationale, collection 
astrologico-magique et alchimique, il y a deux grands tableaux de ce genre, 
plus voisins de la sphère de Démocrite, et deux petits tableaux. Les deux 
grands sont circulaires et attribués au vieil astrologue Pétosiris, qui avait 
déjà autorité du temps d'Aristophane. 

L'un d'eux, dédié ifol. 32) par Pétosiris au roi Necepso î2;, se compose 
d'un cercle représenté entre deux tableaux verticaux. Les tableaux renferment 
le comput des jours de la lune ; le cercle principal renferme un autre cercle 
plus petit, partagé en quatre quadrants. Entre les deux cercles concentriques 
se trouvent les mots : grande vie, petite vie, grande mort, petite mort. En 
haut et en bas : vie moyenne, mort moyenne. Ces mots s'appliquent à la 
probabilité de la vie ou de la mort du malade. Les nombres de i à 2g sont 
distribués dans les quatre quadrants et sur une colonne verticale moyenne 
formant diamètre. 

Voici la photogravure de ce tableau : 



(i) Ce chiffre rappelle les 36 décans I (21 Ces deux noms sont associés pa- 

qui comprennent les 300 jours de Tan- reillement dans Pline l'Ancien, Hist. 

ne'e. | ?iai.,\. II, 21 et 1. VII, 5o. 



88 



INTRODUCTION 








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MÉDECINS ASTROLOGUES 8g 

L'autre cercle de Pétosiris fol. i56!, dédié aussi au très honoré roi 
Necepso. porte extérieurement et en haut : LevaMi, au-dessus de la terre, 
entre les deux mots grande vie, petite vie ; en bas : Couchant, au-dessous de 
la terre, entre les deux mots grande mort, petite mort ; mots précisés par 
les inscriptions contenues entre les deux cercles concentriques : 

En haut : « ceux-ci guérissent de suite — ceux-ci guérissent en 7 jours î. 

En bas : « ceux-ci meurent de suite — ceux-ci meurent en 7 jours ». 

Les diagonales sont terminées par les mots : air, terre, feu, eau. 

Entre les deux régions, sur le diamètre horizontal : « limites de la vie et 
de la mort ». 

A l'une des extrémités de ce diamètre : « Nord — milieu de la terre ». 

A l'autre extrémité : « Midi — milieu de la terre ». 

Sur les octans : « Nord, au-dessus de la terre, (région) de Borée. — Midi, 
au dessus de la terre, (région) de Borée. — Nord, au-dessus de la terre, 
(région) du Notus. — Midi, au-dessus de la terre, (région) du Notus. » 

Les nombres de i à 3o sont distribués suivant les huitièmes de circonfé- 
rence et dans la colonne verticale moyenne. 

Voici la photogravure de ce tableau : 



12- 



90 



INTRODUCTION 



Kx>KAOc 







JxJT-^^oiXoc.: . ^^^^^^:::^^ jMi^ oc-0-à/JGu 

Figure 2. — Autre Cercle de Pétosiris. 



MEDECINS ASTROLOGUES gi 

Quant aux bases et procédés de calcul, il est inutile de nous y arrêter. 

_ Les personnes qui s'y intéresseraient trouveront sur ce point des rensei- 
gnements très intéressants dans une notice publiée par M. Paul Tannery : 
Sur des fragments d'Onomatomancie arithmétique (Notices et Extraits des 
manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. XXXI, 2•= partie, i885). Il y 
montre l'origine de la preuve par neuf, d'après un passage fort curieux des 
Pliilosophiimena, où l'on enseigne à prendre le résidu par 9 ou par 7 de la 
valeur numérique des lettres du nom propre, en diversifiant le procédé 
de calcul suivant des conventions arbitraires. On calculait ainsi, d'après les 
nombres des noms propres : soit la vie d'un malade ; soit le succès d'un 
combat entre deux guerriers; soit le résultat de diverses autres alternatives 
relatives au vol, au mariage, aux voyages, à la survivance, etc. Ce mode de 
divination était attribué à Pythagore. 

M. P. Tannery donne, d'après les manuscrits 2009, 2256, 241g et 2426 de 
la Bibliothèque nationale, une prétendue lettre de Pythagore à Telaugès(ou 
à Laïs, ou à Hélias, suivant les manuscrits), avec table divinatoire annexée, 
table fondée sur de pures combinaisons numériques(i), sans données astro- 
logiques proprement dites. Plus loin, il présente le texte et la traduction 
des deux petits tableaux dont je vais parler. 

En effet, au folio 33 du manuscrit 2419 se trouvent deux tableaux qui 
ressemblent beaucoup plus que les précédents à la sphère de Dém'ocrite et 
à l'instrument d'Hermès. Le premier, sous la rubrique ψη?3ς δόκιμος... (cal- 
cul éprouvé...), consiste en trois lignes, renfermant chacune douze nombres 
horizontaux de i à 36, par tranches verticales. Vis-à-vis la première ligne : 
ζωή (vie); vis-à-vis la seconde : état moyen (μΐ(7α); vis-à-vis la troisième 
ligne : θάνατος (mort) . 

Voici le résumé du texte : 

«Calcule le jour où le malade s'est alité, où l'enfant est né, où le fugitif a 
disparu, où l'on s'est embarqué, enfin opère pour tout ce que tu désires ; 
comptes aussi depuis le 18 mai (2) Jusqu'au jour donné, et du nombre obtenu 



(i) « Calcule le nom du malade et le 
jour de son alitement. Si le nom du 
malade l'emporte, il vivra; si c'est le 



jour de l'alitement qui l'emporte, il 
mourra, etc.». 

(2) Epoque de l'entrée du soleil dans 



02 INTRODUCTION 

retranche 36 autant de fois que possible. Prends le reste. Si le nombre se 
trouve dans la première ligne, le malade vivra, l'événement sera heureux 
(αγαθά I, etc.; dans la troisième ligne, c'est la mort ou le malheur(èvavTÎa); surla 
seconde ligne, la maladie sera longue, etc. (ε!ς ;j.3cy.p:v)». — Ce tableau est une 
variante de Finstrument d'Hermès contenu dans le manuscrit alchimique. 

Le second tableau est sous la rubrique : ψηφ:; έβδο^ΑΛτική ήΐΑερών Ο'.αγνωιτ'./,ή 
ζωής ν.Λ'- Οανάτ:υ: calcul d'après les jours de la semaine pour diagnostiquer 
la vie ou la mort. Ce sont deu.x colonnes verticales, chacune de i5 chiffres, 
de I à 3o, Tune ayant pour titre•: vie ; l'autre : mort. Le calcul est à peu 
près le même, sauf variantes (i), que celui de la sphère de Démocrite du 
Papyrus de Leide, traduite plus haut. De plus, il n'y a que deux colonnes 
dans le manuscrit 2419, tandis qu'il en existe trois dans le Papyrus. 

Il m'a paru de quelque intérêt de rapprocher ces divers tableaux et cer- 
cles de la sphère de Démocrite, contenues dans le Papyrus V, ainsi que 
l'instrument d'Hermès, transcrit au manuscrit 2327. En effet les noms 
d'Hermès et de Démocrite, ainsi que l'existence du tableau du Papyrus, 
établissent l'antiquité de ces pratiques, contemporaines des premiers alchi- 
mistes : elles en montrent l'origine orientale et spécialement égyptienne. 

On voit en même temps, par une nouvelle preuve, comment le nom de 
Démocrite, dans l'Egypte hellénisante était devenu celui du chef d'une école 
d'astrologues et de magiciens; le tout conformément aux traditions que j'ai 
exposées et discutées ailleurs (2). 



IV. _ SIGNES ET NOTATIONS ALCHIMIQUES 

Les alchimistes avaient, comme les chimistes de nos jours, des notations 
et des nomenclatures particulières : ces notations étaient construites, en 
partie du moins, d'après des méthodes précises et qui rappellent même, à 
certains égards, nos conventions actuelles. La difficulté que présente la lecture 



les Gémeaux et commencement de 
l'été, au temps de l'Empire romain, 
(i) Telles que l'addition du nombre 



10 et l'omission du \<''' jourde la maladie. 
(2) Origines de l'Alchimie, p. i56 
et suivantes. 



NOTATIONS ALCHIMIQUES q3 

des vieux textes alchimiques, qui remontent jusqu'au temps de rÉgvpte 
romaine et des Antonins, résulte souvent du peu d'intelligence que nous 
avons de ces notations. 

Elles sont cependant nécessaires à connaître, pour ceux qui veulent faire 
des recherches sur les doctrines et les pratiques de la Chimie, de la Méde- 
cine, de la Pharmacie, de la Métallurgie et de la Minéralogie, dans l'anti- 
quité et au moyen âge. C'est ce qui m'a engagé à les reproduire ici. 

Un seul auteur jusqu'à présent a essayé de les figurer : c'est le savant Du 
Cange, au xvii« siècle, dans son Glossaire du grec au moyen âge. Mais cette 
publication est très incomplète, très négligée et très incorrecte. 11 n'était 
pas facile d'ailleurs de transcrire ces signes avec une précision parfaite, à 
une époque où les procédés fondés sur la photographie n'étaient pas connus. 
En outre, le plus vieux et le plus beau manuscrit qui existe, celui de 
Saint-Marc, à Venise fin du x= ou commencement du xi= siècle'i, ne parait 
pas avoir été connu de Du Cange. 

Ayanteu occasion depuis quelques années d'étudier d'une manière appro- 
fondie les textes manuscrits des alchimistes grecs, pour la composition de 
mon ouvrage sur « les Origines de l'Alchimie », j'ai fait reproduire en photo- 
gravure les symboles des manuscrits, en prenant comme types ceux du 
manuscrit de Saint-Marc 'xi^ siècle) et ceux du manuscrit n» 2327, le plus 
complet qui existe à la Bibliothèque nationale de Paris, lequel a été copié 
en 1478. 

Ces symboles, de même que ceux de la Chimie actuelle, sont placés en 
tète des manuscrits. Ils ont été construits suivant deux règles différentes : 
l'une applicable aux métaux et à leurs dérivés, l'autre aux substances miné- 
rales et aux produits de matière médicale, ainsi qu'à certains mots d'usage • 
courant. 

Les symboles des métaux sont purement figuratifs : ce sont les mêmes que 
ceux des planètes, auxquelles les métaux étaient respectivement dédiés par 
les Babyloniens; c'est-à-dire des astres sous l'influence desquels les métaux 
étaient supposés produits dans le sein de la Terre ^voir p. 78). Parmi 
ces symboles, ceux du Soleil et delà Lune or et argent' figurent déjà dans les 
papyrus de Leide. qui remontent au m'' siècle de notre ère .voir p. 25 et 47). 
J'ai reproduit sur ce point les opinions de Proclus, du Scoliaste de Pin- 



94 INTRODUCTION 

dare \p. 81;, ainsi que la vieille liste de Celse p. 77 et 78), et les attributions 
d'Olympiodore le Philosophe (p. 81), correspondant à la liste du inanuscrit 
de Saint-Marc, figurée dans la colonne droite de notre planche I. 

Rappelons brièvement les notations et symboles suivants : 

I» Or, correspondant au Soleil et représenté par le même signe ; 

2° Argent, correspondant à la Lune et représenté par le même signe 

S'Electrum ou asèm, dont le signe était celui de Jupiter. 

Cependant, dans les vieux textes, où Tasèm est confondu avec l'argent, 
il en atfecte Î;[uelquefois le signe, à savoir un croissant dont l'ouverture 
est tournée vers la droite. " 

L'asèni ou électrum ayant cessé d'être regardé comme un métal particu- 
lier, vers le vi'- siècle de notre ère (p. 84), le signe de Jupiter fut affecté à l'étain 
qui, jusque-là, répondait à la planète Mercure (Hermès). Nos listes portent 
la trace de ce changement (ce vol. fig. 3, PI. I, 1. 4, à droite ; fig. 7, PI. V, 
1. 16, signes de l'électrum ; fig. 10, PI. VIII, 1. 5, signe de l'étain). 

On trouve, notamment dans la fig. 7, PI. V, 1. 1 2 et 1 3 : deux signes pour 
la planète Jupiter et son métal (p. 82) ; trois autres signes pour l'étain, et 
trois autres signes, semblables aux derniers, pour la planète Hermès. 

4° Plomb, correspondant à Saturne; il a plusieurs signes dans les listes, 
(fig. 7, PI. V,l. 1 1 et 121. Le nom même du plomb comprenait à l'origine la 
plupart des métaux ou alliages, blancs et fusibles (p. 83). 

5° Fer, correspondant à Mars. 

Cependant le fer et Fétain sont représentés par des signes pareils dans 
notre fig. 6, PI. IV, 1. 12 (troisième signe de l'étain), comparée à la fig. 7, 
PI. V, 1. I, 12 et i3 ,Cf. p. 83!. 

6° Cuivre, correspondant à Vénus et représenté par le même signe (p. 83). 

Ce nom s'étendait à diverses variétés de bronze, confondues sous le nom 
d'airain. 

7° Étain, correspondant d'abord à la planète Hermès ou Mercure, plus 
tard à Jupiter (p. 84;. 

Le signe de Jupiter semble avoir eu à un certain moment un caractère 
générique : du moins on le trouve en outre associé à celui de Mercure dans 
l'une des listes (fig. 7, PL V, 1. 5). 

8" Mercure, d'abord représenté parle signe de la Lune (argent) retourné. 



NOTATIONS ALCHIMIQUES g5 

c'est-à-dire par un croissant dont la convexité est tournée vers la droite 
(fig. 3, PI. I, col. de droite, 1. 19; ftg. 6, PI. IV, 1. 5). Nous avons dit (p. 84) 
comment, entre le v= siècle (liste d'Olympiodore le Philosophe) et le vu= siècle 
de notre ère (liste de Stéphanus d'Alexandrie), le mercure prit le signe de la 
planète Hermès, auparavant atfecté à Tétain (ftg. 10, PI. VIII, 1. 6j. 

Cette ati'ectation nouvelle figure aussi dans la liste planétaire du Traité 
d'Albumazar (ix^ siècle), transcrite par le manuscrit 2419 (fol. 46 versoi. 

Le mercure et Tétain ont donc chacun deux signes différents dans nos 
listes, suivant leur époque. 

L'étain a encore d'autres signes (fig. 7, PI. V, 1. i31, et ceux du plomb 
sont multiples, comme il a été dit. 

Le fer, métal plus moderne que les autres, a également plusieurs signes 
(fig. 3, PL I, 1. 21 ; fig. 7, PL V, 1. i) dans les listes. 

Mais les signes fondamentaux de For, de l'argent, du cuivre, ne semblent 
pas avoir varié, du moins depuis l'époque où nos tableaux ont été établis. 

Tels sont les signes des corps simples ou radicaux, comme nous dirions 
aujourd'hui. 

Ces signes sont le point de départ de ceux d'un certain nombre de corps, 
dérivés de chaque métal et répondant aux divers traitements physiques ou 
chimiques qui peuvent en changer l'état ou l'apparence. 

Par exemple, la limaille, la feuille, le corps calciné ou fondu, d'une part ; 
et, d'autre part, la soudure, le mélange, les alliages, le minerai, la rouille 
ou oxyde (PL Y, col. de gauchei. 

Chacun de ces dérivés possède un signe propre, qui se combine avec le 
symbole du métal : exactement comme on le fait dans la nomenclature chi- 
mique de nos jours. Quand le nom du métal reparaît dans celui d'un alliage, 
d?une dissolution, d"une évaporation, d'un précipite, d'un minéral, ou d'une 
plante, il est remplacé par son symbole. 

Le symbole de la litharge (mot à mot, pierre d'argenti, renferme, par 
exemple, celui de l'argent (argyrion'i ; la sélénite, celui de ce même argent, 
c'est-à-dire de la Lune (sélénè) ; quoique le nom du métal n'aitété introduit 
dans ces dénominations et ne leur ait été appliqué que par analogie. La con- 
crétion blanche renferme aussi le signe de l'argent : la concrétion jaune, 
celui de l'or fig. 3, PL I, I.21 et 22. ;\droite\ Le signe du molybdochalque, 



g6 INTRODUCTION 

alliage de plomb et de cuivre, renferme celui du cuivre ifig.6, PI. IV, 1. i3). 
Le signe du plomb se trouve dans celui de Pantimoine (sulfuré), par 
suite d'une certaine confusion entre les deux métaux (fig. 7, PI. V, 1. 10). 
Lesymboled'unmétal figure également dans les noms de certains minéraux, 
dont ce métal peut être extrait : par exemple, le signe du vermillon du Pont 
renferme celui du mercure (fig. 6, PI. IV, 1. 24, 2' signej. Tous ces rappro- 
chements, les derniers surtout, rappellent nos nomenclatures. 

Les listes alchimiques ne contiennent pas seulement les noms des métaux, 
mais aussi ceux des substances minérales et des produits employés, soit 
dans l'industrie, soit dans la matière médicale. Les signes correspondants 
ont été formés toujours suivant une règle pareille à celle qui préside aujour- 
d'hui à la formation des symboles de nos corps simples et de nos radicaux 
composés ; je veux dire en prenant les premières lettres ou les lettres prin- 
cipales du nom que l'on voulait exprimer : c'est ce qu'on peut voir dans les 
planches qui suivent. 

Les listes inscrites dans ces planches se rapportent à des époques très 
diverses; les plus anciennes remontent au commencement du moyen âge. 
Mais elles ont été remaniées à plusieurs reprises : chaque copiste ajoutant 
à la suite tous les signes qu'il connaissait, ou qu'il trouvait dans d'autres 
ouvrages, sans craindre de donner trois ou quatre signes distincts pour le 
même nom plusieurs fois répété. Il est facile de reconnaître ces additions 
ou intercalations, soit d'après le changement de sujet, soit d'après le mot 
ά'λλίιΐς (autrement , parfois écrit dans les manuscrits avec une initiale rouge. 

L'analyse des signes du manuscrit 2327, comparés avec ceux du manus- 
crit de Saint-Marc, du manuscrit 2325, du manuscrit 2419 et de quelques 
autres, permet d'y reconnaître dans la liste fondamentale au moins neuf 
listes partielles de ce genre, successivement ajoutées. 

Développons cette discussion. 

1°. On distingue d'abord une première liste, très courte et très ancienne, 
laquelle renferme seulement les signes des sept planètes, suivies des noms 
des sept métaux correspondants, donnés en sept lignes dans le manuscrit de 
Saint-Marc (PI. I, col. de droite, 1. i à 7). Dans le manuscrit 2527, on 
retrouve les cinq derniers métaux : plomb, électrum, fer, cuivre, étain, sui- 
vant le même ordre et avec les mêmes èpithètes (PI. "V, delà 1. i5, dernier mot, 



NOTATIONS ALCHIMIQUES gy 

à la 1. i8), l'or et l'argent ayant été inscrits auparavant et séparément. 
Seulement les signes des métaux sont à la suite des noms, au lieu de les 
précédercomme dans le reste des planches. Les cinq mêmes métaux, désignés 
pareillement, sans For, ni l'argent, existent aussi, à la suite d'une liste diffé- 
rente, dans le manuscrit 2325. Cette première liste ne comprend ici que les 
métaux et les planètes et elle répond à une autre liste beaucoup plus déve- 
loppée, dans laquelle se trouvent, à la suite de chaque signe planétaire, les 
diverses substances dérivées du métal correspondant ou corfiacrées à sa pla- 
nète. Nous y reviendrons tout à l'heure. Observons encore que dans la liste 
présente de Saint-Marc l'électrum figure avec le signe de Jupiter et l'étain 
avec le signe d'Hermès. Dans le fragment de liste correspondant du manu- 
scrit 2327 (PI. V, 1. i5 à 18), Jupiter et l'électrum sont représentés par deux 
signes distincts; mais celui de l'électrum dérive en réalité de celui de Zeus, 
déformé par le copiste, comme le montre sa comparaison avec le manuscrit 
de Saint-Marc (voir la planche 1, 1. 14); d'autre part, l'étain a perdu son signe : 
le copiste transcrivait machinalement des symboles qu'il ne comprenait plus. 

2° Une seconde liste, plus longue et plus méthodique, comprend les 
noms des métaux et de leurs dérivés : or, argent, cuivre, fer, plomb, étain, 
mercure. Elle est très claire et très nette dans le manuscrit de Saint-Marc 
(PI. 1, col. de gauche, 1. i à 26, et col. de droite, 1. 10 à 19). Cette liste est plus 
moderne que la précédente ; car l'électrum n'y figure plus comme un 
métal spécial, mais comme un dérivé de l'or (chrysélectron, 1. 5* avec 
un symbole complexe, dérivé de ceux de l'or et de l'argent : la nature chi- 
mique véritable de la variété d'électrum à base d'or était donc reconnue. Le 
mercure est inscrit à la suite de l'étain, mais à part et sans dérivés particu- 
liers ;son signe est celui de l'argent retourné, et non celui de la planète Her- 
mès: ce qui répond aussi à une époque intermédiaire, quoique antérieure à 
celle où Hermès est affecté définitivement au mercure. 

Cette liste manque dans le manuscrit 2325, le plus ancien après celui de 
Saint-Marc; tandis qu'elle forme le début de celle du manuscrit 2327 (PL IV., 
1. 4 à 17 . Seulement l'argent a été intercalé ici au milieu des dérivés de 
l'or, ainsi que le mercure, placé à côté de l'argent. Le chrysélectron a dis- 
paru ; deux des dérivés de l'argent feuille et limaille sont omis à la fin des 

dérivés du cuivre. Après (opiyz/.•/.:; PI. IV, 1. 11 vient le mot ya/.y.î;, puis 

1 *>• 



g8 INTRODUCTION 

κατίίττ,ρίς (1. 1 2) ; à la place du fer et de ses dérivés, inscrits dans la liste 
du manuscrit de Saint-Marc. Ceux-ci sont rejetés plus loin dans le manuscrit 
2327 (PI. V, 1. I et 2', avec des noms identiques, et des signes différents. 
Mais le manuscrit 2327 reprend par le plomb PI. V, 1. i ij, dont le nom 
est ΒηΐΛ'Ι par les mots intercalés : -/.pivi; φαίνων ; puis viennent les dérivés du 
plomb, les mêmes dans les deux manuscrits (sauf une inversion). L'article 
étain, coupé en deux par le plomb intercalé, reprend, dans le manuscrit 2327 
^Pl. V, 1. 1 5), par le second des signes de ce métal, donné dans le manuscrit 
de Saint-Marc PI. I, col. de droite, 1. 141 et précédé de même du mot άλλως 
(autrement). Bref, toute cette liste est évidemment la même dans les deux 
manuscrits; mais elle est régulière dans le manuscrit de Saint-Marc; elle est 
transcrite, au contraire, avec une certaine confusion dans le manuscrit 2327. 

3° Les noms et les signes des métaux sont suivis dans le manuscrit de Saint- 
Marc iPl. I, col. de droite, 1. 20-27, et PI. II, col. droite d'abord; puis 
col. de gauche, 1. i à 3 , par des mots tels que νειέλη, etc., se rapportant 
aux dérivés du mercure (PI. I, 1. 20 à 22), à la litharge, au soufre, à la 
sélénite, à la couperose, etc., jusqu'aux mots : un jour et une nuit, puis 
ττέταλα (PI. II, col. de gauche, 1. 11). 

Tout ceci manque dans le manuscrit 2325, aussi bien que la seconde liste. 

Dans le manuscrit 2327, au contraire, la même suite de mots formela fin de 
la planche IV, lignes 17 à 27, jusqu'à -πί-χ'/,χ exclusivement, et sauf des 
variantes de dialecte et autres, peu importantes. 

Cette troisième liste peut être regardée comme la suite de la seconde, 
puisqu''elle coexiste dans les mêmes manuscrits. Mais elle n'a pas subi les 
inversions et les confusions qui distinguent la seconde dans le manuscrit 
2327. Le manuscrit 2275, dans ces premières parties, est exactement con- 
forme au manuscrit 2327 ii ; identité d'autant plus remarquable, qu'il n"en 
reproduit pas les figures, mais celles du manuscrit 2325. Il y a donc eu une 
source commune, antérieure aux trois manuscrits. 

4° Le manuscrit 2325 débute par une liste toute différente des trois 
précédentes; laquelle manque dans le manuscrit de Saint-Marc, mais se 



(1 1 Le manuscrit 2275 est antérieur de I toujours une copie directe de 2325, 
i3 ans au manuscrit 2327; c'est presque I faite avant la mutilation de ce dernier. 



NOTATIONS ALCHIMIQUES 99 

retrouve dans le manuscrit 2327. Dans ce dernier iPl. V, 1. 3), le fer et ses 
dérivés, transposés comme il a été dit plus haut, sont suivis du mot χαλν.ίΐν. 
qui manque ailleurs. Puis vient le mot θάλασσα, début de ce qui nous reste 
de la liste mutilée du manuscrit 2325, jusqu'à λΕυζ,ή αιθάλη ή υδράργυρος 
λέγετα'. (PI. V, 1. ι5). Tout ceci est communaux manuscrits 2325, 2275 et 
2327, mais manque dans le manuscrit de Saint-Marc. 

Ensuite on trouve dans les trois premiers les noms des cinq métaux, autres 
que Ter et l'argent aplomb, électrum, fer, cuivre, étain), conformes par les 
épithètes à la première liste de Saint-Marc; on a déjà signalé ce rapproche- 
ment. La similitude des manuscrits 2325 et 2327 à cet égard atteste une 
certaine communauté d'origine. 

5» Les quatre manuscrits de Saint-Marc, 2325, 2275 et 2827, contiennent 
ensuite une même liste, faisant suite à la troisième dans le premier manus- 
crit. Elle débute par /.λαυί'.ανίν PI. Il, col. gauche, 1. 12'; (PI. V, 1. r8) 
et se poursuit sans variante importante, jusqu'à χυλίς :P1. III, 1. ιό, et PI. 
VI, 1. 3). Cette liste renferme à la fois des mots de Chimie et de Minéra- 
logie, des mots de Botanique et de matière médicale, et certaines abrévia- 
tions d'usage plus commun. Les listes du manuscrit de Saint-Marc sont 
ainsi épuisées. On voit qu'elles se retrouvent entièrement dans le manuscrit 
2327 ; mais non dans le manuscrit 2325 . 

6» A la suite de la précédente, on lit dans les manuscrits 2325, 2275 et 
2327 une petite liste, en cinq lignes PL VI, 1. 3 à 7), contenant les 
noms des métaux et divers autres, depuis χρυσά; jusqu'à σ'.ΐήρεως. Le cuivre 
y figure deux fois, l'une avec son signe ordinaire, l'autre avec deux signes, 
dont l'un n'est autre que la première lettre du mot yx'/.y.i:. Ceci accuserait 
une origine plus moderne. Mais, par contre, le mot μζίσ'.ρ'.; semble répondre 
à une source égyptienne. On y voit encore ici le mystérieux mercure d'arsenic 
(1. 4) lequel était probablement notre arsenic métallique, corps sublimable, 
susceptible d'être extrait par l'action de divers agents réducteurs du sulfure 
d'arsenic, et aussi capable d"être fixé par sublimation sur le cuivre qu'il 
blanchit : le tout à la façon du mercure ordinaire, extrait de son sulfure. 

7" Cette liste est suivie par une autre, existant dans les manuscrits 2325, 
2275 et 2327, et qui débute par le mot caractéristique άλλο (PL VI, 1. 8 à 20) 
C'est une série d'abréviations très diverses, et plus modernes, comme en 



lOO INTRODUCTION 

témoigne le mot v£,::v. c^ui signitie eau d;ins le grec actuel. Les symboles 
de l'ange et du démon semblent indiquer que cette liste a été tirée de quelque 
livre magique. L'or y est désigné par un signe nouveau 1. 19). 

Là s'arrêtent les listes des manuscrits 2?25 et 2275. 

8" Le manuscrit 2^27 renferme ensuite une huitième liste, comprenant 
des matières médicales et débutant par le mot άλλως (PI. VI, 1. 20 à 25). 

Elle se termine au mot άλίη. — Ce qui définit cette liste comme distincte 
c'est son existence séparée dans le manuscrit 2419 de la Bibliothèque 
nationale (fol. 274, verso 6). Là les signes seuls y sont dessinés, sans 
interprétation, à l'exception des mots καριία icceurl et η-χρ (foie). 

Cependant la suite du manuscrit 2327 (PI. VI, 1. 26 ; PI. VII, PI. VIII, 
I. I à 41 n'accuse aucune transition brusque ; sauf peut-être au mot pom- 
pholyx (PI. VIII, l.i. 

Cette liste parait d'ailleurs formée par diverses juxtapositions, comme le 
montre la répétition de certains mots (camphre, aloès). 

II existait en effet bien des listes de ce genre au moyen âge : je citerai, par 
exemple, une liste de signes et abréviations, transcrite dans le manuscrit 2419, 
[fol. 1 54, tout à fait distincte par l'ordre des mots qu'elle renferme ; quoique 
ceux-ci soient en sonime les mêmes et répondent pour la plupart aux mêmes 
symboles ou abréviations: par exemple lOr, l'argent, le fer, le cuivre. Téta in, 
le plomb, le ciel, etc. Il y a cependant quelques signes différents, tels que 
ceux de l'ange, du démon, de la couperose. La céruse notamment est expi;i- 
mée au moyen d'un ;j. barré par une ligne verticale, etc. Mais revenons au 
manuscrit 2327. 

q» Le mot αλλ (o: iPl. VIII, 1• 4 marque dans ce manuscrit le début 
d'une dernière liste, probablement composite comme la précédente. Elle 
débute par les noms des métaux. Elle est plus moderne, car l'électrum a dis- 
paru etl'étain s'y trouve avec le signe de la planète Jupiter, au lieu du signe 
de la planète Hermès, qu'il possédait dans les premières listes. Au contraire 
le mercure a pris le symbole de la planète Hermès. 

En résumé, ces listes multiples semblent avoir été tirées de manuscrits dis- 
tincts par l'époque et la composition, dans lesquels elles figuraient d'abord; 
elles ont été mises bout à bout en tête de la collection du manuscrit 2327. 

Celle du manuscrit de Saint-Marc est la plus ancienne et a passé entière- 



NOTATIONS ALCHIMIQUES ΙΟΙ 

ment dans le manuscrit 232- : ce qui est fort important pour les questions de 
tiliation ; mais elle a subi des intercalations et transpositions, qui témoi- 
gnent de remaniements considérables. 

Je donnerai maintenant le résumé des comparaisons entre les signes mul- 
tiples d'un même corps, et spécialement d'un métal, telles qu'elles résuit en 
de Texamen de ces tableaux. 

Les métaux sont représentés surtout par les signes des planètes corres- 
pondantes. Cependant, à côté des signes planétaires des métaux, on en 
trouve d'autres, qui sont de simples abréviations, réduites parfois à l'ini- 
tiale du nom de la planète ou du métal ; tels que : 

Or PI. VI, 1. i9j; 

Cuivre, PI. VI, 1. 3 et 6]; 

Fer (PI. V, 1. i et 17]; 

Mercure PI. VI, 1. i5 ; 

Étain (PI. V, 1. 12 et 16). 

De même le nom de Teau est tantôt figuré par son hiéroglyphe iPl. II, 1. 5 ; 
PI. IV, 1. 26 ; PI. V, 1. 3 ; tantôt par l'abréviation du mot grec correspondant 
[PI. VI, 1. 5). De même le mot fleuve PI. III. 1. 1 ; PI. V, I. 25 : comparées 
avec PI. VII, 1. 7). 

Le nom de la litharge a aussi deux signes : l'un, dérivé de l'argent, l'autre, 
simple abréviation (PI. IV, 1. 19 et PI. VIII, 1. 20 . 

Le signe générique des rouilles (oxydes) métalliques offre deux variantes 
fPl. 1,1. 19 et 25; PI. VI. 1. 11), etc. 

Signalons maintenant les répétitions. 

Tous les noms des métaux existent dans les listes de Saint-Marc, deux 
fois; une fois séparément, une fois dans la liste planétaire. En outre, le 
nom de l'or se retrouve cinq fois dans la seconde liste, celle du manuscrit 
2327 (PI. IV. 1.4; PL VI, 1.3 et 19: PI. Vil. 1. 9: PI. VIII, I. 5). Son signe 
est toujours celui du Soleil, à l'exception d'un signe figuré dans lu plan- 
che VI, 1. 19, qui est double et semble une abréviation. 

Le nom de l'argent se lit trois fois dans la seconde liste iPl. IV, 1. 4 : 
PI. \'l 1 1. 1. 6 et 22). Son signe n'a pas de variante, si ce n'est que le crois- 
sant est placé horizontalement à la dernière place. 

Le nom du cuivre est écrit six fois dans la deuxième liste (PI. IV, 1. g; 



I02 INTRODUCTION' 

PI. VI, 1. 3, 6, I I : PI. VII, 1. 6; PL VIII. 1. 6). Sonsigne o.i're six variantes, 
dont l'une répond à l'un des signes du fer (PL V, 1. 12). 

Le nom du fer esttranscrit quatre fois dans la deuxième liste (PL V, 1. i et 
17 ; PL VI, I. 20 ; PL VIII, 1. 5 et 22). Son signe offre quatre variantes princi- 
pales. En elîet, le nom du fer est représente' par quatre signes principaux.' 
L'un d'eux une flèche avec sa pointe, semble une abréviation du signe pla- 
nétaire. Un autre signe, un Θ, est nous l'avons vu l'initiale du mot θ:υρά;. 
nom ancien de la planète Mars; parfois avec adjonction d'un -. abréviation 
du zjpci'.ç. l'enflammé, autre nom ou épithète de Mars (PI. V, 1. 17). 

Le nom du plomb ligure six fois dans la deuxième liste (PI. IV, 1. 1 1 ; 
PI. V, 1. 1 1 et 16; PI. VI, 1.4; PI. VII, 1.6; PI, VIII, 1. 5); son signe offre six 
variantes. Aucun métal n'a plus de signes que le plomb, matière première de 
la transmutation chez les Egyptiens. Dans l'une des planches ^Pl. VII, 1. 6 , 
le signe ordinaire est doublé par l'adjonction du signe du cuivre. Un autre 
signe du plomb (PL VI, 1. 4) se retrouve à peine modifié, comme signe de 
cuivre (PL VI, 1. 6), et même comme signe adjoint au mercure (PI. VI, 1. i5). 
Cesigne rappelle encore l'un de ceux du soufre (PL IV, 1. 18 , désigné comme 
le plomb par le nom d'Osiris, chez les Egyptiens. 

Le nom de l'étain se voit quatre fois dans la deuxième liste (PL IV, 1. 12; 
PL V,l. i3eti8; PL VIII, 1. 5). Son signe offre cinq variantes. Dans l'une 
d'elles, on retrouve l'un des signes du cuivre (PI. V, 1. i3); dans une autre, 
l'un des signes du fer (PI. V, 1. i3). 

Le nom du métal mercure est signalé cinq fois dans la deuxième liste 
(Pl.IV, 1. 5: PL V, 1.5; PL VI, 1. i5; PL VIII, 1. 6 et 8 . Son signe offre trois 
variantes, savoir : le signe de l'argent retourné; le signe delà planète Her- 
mès, plusmoderne PL VIII, 1. 6) ; enfin le double signe de l'eau-argent, avec 
le croissant ordinaire. (PL VI, 1. i5). On trouve encore le nom du mercure 
associé à celui de l'arsenic (PI. VI, 1. 4), et représenté par un double signe, 
dont la première partie est le signe du mélange ou alliage d'or; la seconde, 
le signe de l'arsenic retourné. Il y là une idée se rattachant à la transmuta- 
tion des métaux et à la fabrication de l'or par l'intermédiaire du mercure, 
réputé former l'essence des métaux, et de l'arsenic, regardé comme l'un de 
leurs principes colorants [Origines de l'Alchimie, p. 238 et 27g). 

Le nom de l'arsenic (sulfures arsenicaux) est tracé quatre fois dans la 



NOTATIONS ALCHIMIQUES I o3 

deuxième liste (PI. V,l. ig; PL VI, 1. 17 et 20; PI. VIII, 1. 21), avec trois ou 
quatre signes différents. Le signe de la planche VI, ligne 26, est le plus mo- 
derne; car ilestemployé couramment dans le manuscrit 241g. Le nom même 
de l'arsenic est associé deux fois (PI. V, 1. 7 et g', à celui de la sandaraque sul- 
fure analogue), laquelle est confondue parfois sous le même signe (PI. V, I.7). 
Ailleurs la sandaraque est.exprimée par le signe du soufre (PI. VIII, 1. 22) : 
ce qui montre que les alchimistes en avaient bien saisi les analogies complexes. 

Le signe de l'antimoine sulfure d'antimoine) existe deux fois dans la 
deuxième liste (PI. V, 1. 10 et 25 ; la première fois, il est associé à celui du 
plomb, probablement parce que Ton avait aperçu l'analogie des deux métaux. 

Les mots : inatras, sel, vapeurs sublimées, etc., donnent lieu à des remarques 
analogues, mais sur lesquelles il parait superflu de s''étendre. 

Nous allons reproduire maintenant ces listes, d'après des photogravures 
prises sur les manuscrits. L'échelle exacte a été conservée pour le manus- 
crit 2327 : mais elle a été un peu réduite pour le manuscrit de Saint-Marc. 

.l'ai donne la traduction, aussi exacte que j'ai pu dans une matière si obs- 
cure, de tous les mots qui figurent dans ces listes. 

Je me suis aidé à cet effet des œuvres de Dioscoride édition Sprengel'; de 
celles deVitruve, de Pline ;édition Sillig, et des Commentaires de Saumaise 
[Plinianœ Exercitationes, i68g). Je laisse à d'autres le soin des remarques 
grammaticales sur ces textes, me bornant à faire observer que l'iotacisme 
est bien plus marqué dans le second manuscrit que dans le plus ancien. 

Pour le manuscrit de Saint-Marc, dont l'écriture est très différente de 
celle du grec moderne, j'ai cru utile de fournir en même temps le texte grec 
en lettres actuelles : ce qui m'a paru superflu pour le manuscrit 2127. 

Voici ces textes : 

Les planches I, Il et 111 reproduisent les folios 6 et 7 du manuscrit de 
St-Marc, à Venise. Les signes sont tracés à l'encre rouge dans le manuscrit. 

Plusieurs signes ont été ajoutés à des époques postérieures à la première 
transcription du manuscrit; les uns au xiv= siècle, les autres au xv». Ils se 
distinguent par la forme des caractères et la couleur de l'encre. Je les 
noterai en passant. 

Les planches IV, V, VI, λ'ΙΙ et N'III sont la reproduction identique des 
fol. 16, 17 et iS du manuscrit 2327 de la Bibliothèque nationale de Paris. 

La traduction repond. lic;ne pour ligne, au texte placé vis-à-vis. 



104 INTRODUCTION 

Figure 3. — Planche I 
ν1ΜΧυΐ1.-Γί-7τΐΕ-ΓΜ*ϋυΗΐτυυΜ {ΓΚΕΙ JJUNUUN eM-TîUTtxwmt'ic 

-nxj'lrsr'mit ?\f fT-A^NHC φι7νο(θφιΐ C "• - 
(y yn v- c ο c tç^ U •>ν i ο c -χ-ρ ύ- r β t 

// ->^τ•νΓ Ο-Τ-ϊτ/τλΑλ <'y κ Κρ ο MO οφλ^ΝΟΝΛ^-ϋΛΐ&ίΟ 

j^ v-p-rc c t KEKJ^-iJUsi pgo 2^e-rcc|>a.t-KiJhj ΝλΡκ-ττ c 

5 <j^XT"^CH^vtK-rj>ow C^ ofT IrHC-rrv.POtic c l.2ïwH ρ C 5 

^V?*^ f1><^°''*^^ 9 ΛφΜ3ϊ>.ΐ'νΗφυυςφ€^"'χλ>κΐ)ί 

d>^ ja.i-A<Lrx.A.'Xl"!rCov X ETXJ-Htc-riAeiAJKfiAxc rYHPoc 

^ il rv-pop 

(Γ, ifn. f oir ΓΉ 

si'• Κ JJLJ >Çi 6 2>-i ir ΓΜ 10 

10 ^ijr-î-f o-v-mhhj-lA, 

^ l l l Ja jjU)7\i BS^cx-a-^VKOt 

Ta ι 1 ^r Γ) jlUiTm ôJZu^-Y- M MHJ_Ul 

l 1 I 1^ JL•Li>xlβ>i.ocκeκ<L:^n-£ NOt 

15 g XiNKe -ν-ΓΗ V KaJCi-^HfO-v-MMHOi-JL 

20 Γ 

J&^ f iîij-l Ρβ'ί-ΤΓίΤΐ^^Ο M uib -^tow -ô- 9 ^«ί*». 25 



15 



20 



NOTATIONS ALCHIMIQUES Io5 

SIGNES ALCHIiMIQUES 

Planche I, première colonne, à iiauche 

Photogravure d'après le utanuscrit de Saint-Marc, fol. 0. 

Στ,,λν.χ -7,; i-:"r,[j:r,; των έγ•/.£;•/έν(,)ν h τ:ϊί -.v/y:/.zX- rj7-;:i;j.;j.ai•. τών ç,;"/,:- 
c;ç.(uv. j.T. \}.ί'κ:ζ-.Λ -f^z \i:jz-.:/.f^z -xp 7.Jt;Tç '/.z-'C\j.irr,z c'./.;j:s'!ac. 

« Signes de la Science, qui se trouvent dans les écrits techniques des 
philosophes : ce sont surtout les signes de ce que ceux-ci appellent la 
Philosophie mystique. 

Xp'j7îç Or. 

Xp'j7Cj ρίνη;λα Limaille d"or. 

Xfjjoj -i-x'hx Feuilles d"or — avec second signe ύ droite, 

d'une e'criture plus récente. 

Xp'jTÎç v.t/.xjj.viz; Or calciné (fondu). 

5 Xpjzr'/.iv.-zz-i Electrum — avec 2° signe plus récent. 

Xpjzzv.z'/.V.x Soudure d'or. 

Μά/.Λ-'χ.α yp-jzzj Mélange d'or. 

"Αργορος Argent. 

'Ap-rjpz-j γη Terre d'argent. 

10 'Ap'-ùpz-j 'pÎTr,\j.x Limaille d'argent. 

'Apyups-j -jzî-xax Feuilles d'argent. 

'Ap'ppz-/pjzzY.z'/'/.x Soudure d'or et d'argent — avec second signe 

récent. 

"Αργυρίς -/.zv.xrj.vizz Argent calciné fondu . 

Xa/.y.îç ■/.j-p'.:; Cuivre de Chypre — avecsecond signed'une 

ancienne écriture, 

lô Xx'/~v.zj γη Terre de cuivre ^minerai . 

Xx'/.v.z'j 'p\'ir,\j.x Limaille de cuivre. 

Xa/,y.;j -έτα/,α Feuilles de cuivre. 

Xa/,y.:ç 7.t/.xj\>.i-izz Cuivre calciné oxydé). 

'lir ^xb.y.z~j Rouille de cuivre. 

20 Όρείχαλκ:; Orichalque. 

Σ'ΐηρι; Fer. — Aa'ai.jç. autre signe. 

ll'.îr,p:j γί; Terre de fer minerai). 

— '.ΐήρ;υ ρίνηυ.χ Limaille de fer. 

Σ'.ίήρςυ T.i -.χΊ.ΖΊ Feuille de fer. 

20 Σ'.ΐήρίυ \zz Rouille de fer. 

Md/.;î;ç isici Plomb. 

14* 



I06 INTRODUCTION 



Planche I, deuxième colonne, à droite. 



"Ηλιος χρ^τίς Soleil, or. 

Σελήνη άργυρος Lune, argent. 

Κρόνος φαίνων μόλιβος Saturne brillant, plomb. 

Ζευς φαέθων ήλεκτρος Jupiter resplendissant, électrum. 

δ "Αρης πορόε'.ς σίδηρος Mars enflammé, fer. 

Άφροοίτη φωσφόρος -/αλκος. . . Vénus lumineuse, cuivre. 

'Ep[j.Y)ç στίλβων -/.χσσίτηρος . . Mercure brillant, étain. 

La suite forme le commencement du verso de la feuille 6 dans le manu- 
scrit ; elle a été ajoutée par le graveur sur la planche I, après les noms des 
planètes, lesquels sont effectivement à droite du recto de la feuille 6 dans le 
manuscrit. 

10 ϋολίβοου γη Terre de plomb (minerai). 

Μολ'.βδόχαλκος Molibdochalque. 

Μολίβδου ρίνημα Limaille de plomb. 

Μόλ'.βδος ν.ε•/.αυΐΑένος Plomb calciné. 

Κασσίτηρος (sic) Etain. — Άλλο, autre signe 

15 Κασσιτήρου γη Terre d'étain iminerai). 

Κασσ'.τήρο^ ρίνη;λα Limaille d'étain. 

Ka-o'.TTjpoj τ.ί-χλχ Feuilles d'étain. 

Κιζσ-ιτηρος •/.ε/.χυμ.Ενος Etain calciné. 

Υδράργυρος Mercure. 

20 Νεφέλη Brouillard (^vapeur condensée). 

Λευκήν ■^αγεϊσχν Concrétion 'coagulum) blanche. 

Ξανθήν παγεΐσαν Concrétion jaune. 

Λιθάργυρος Litharge. 

Θείον ά'-υρον Soufre apyre, n'ayant pas subi Factiondu feu. 

25 Θείον, θεία Soufre. — Matières sulfureuses. 

Θείον άθ'.•/.τον Soufre natif. 

Άοοοσέληνον Sélénite. 



NOTATIONS ALCHIMIQUES IO7 



Le verso de la feuille 6 du manuscrit n'étant pas inséré en entier dans 
ce qui précède, on a ajouté et intercalé les signes qui suivent avec leur inter- 
prétation, dans la colonne de droite, sur la planche II. 



J08 INTRODUCTION 

Figure 4. — Planche II 

X ->rO\Ki-N-S-«C OL ftiSl 1 J_L1.MM t t 

X ViLXKtTHC I ri^JLMIMOKl £/Vd-SONJ 

^iS o'jLj.e?ii- M c-T^-TTrHriâ-r^tTH 

- ' xl. , - • ' ' Ι 

Q « 1 Ν M ϋ 4| ι C Γ)!^ JUiLcr w H C ι ■*- 

icK κ f κ c 

(j/ C} Pt KO J^ i5^^ '^'^ J-UL^ M t-<l_l< M 

V?^ i-rxÎ-rca. t;*T^ A,?iy 'yf*' ?s JL2u κ. « ν m c^— 



T^ iO.<Lt = 



15 



Λ 



211 m ta_i c-v- 



>" 



tLupi — ^- -V £^* 



-Il 



-frl» 



•25 ^^ φ -f^UN juj C ^ -rl-rJLMi^t /^ ίίΒΚττίΕ c^^ 

© ® <ju iL ]Tf " *^ uJ-rH t ^^^ r-i 'τ4 κ h 'i TW 

< CTPiKOSJ OU OU Ν -iXl>i .4^ β Tf-^ « 00 V • 

Kv Κ Ύ-Α-Κΐ or-i 

X -y-t>.oc '^-'^ΛΤ 

31 1 φ cju β ρ Ύ- ζ eu f 1 t a^ (X 

Cr CJ-HXLH 



•2Γ, 



NOTATIONS ALCHIMIQUES 

Première colonne, à gauche. 



log 



La colonne gauche de la planche II 
manuscrit, et la colonne d 



Xi/,y.2vO:ç . 
Xx'/.v.i-.r,:. . . 



■ ■ Couperose. 
• . Minerai pyriteux 
de cuivre. 

-y^''- Pierres. 

L/.jspiîv Chélidoine. 

5 Όχ /Jiz''.x jzx-.x. . . . Eaux marines. 

u;j.cp'.a Eaux pluviales. 

'^'2ω,ΐ Eau. 

Η;Λ£ρ2•. Jours — 2'' s. anc. 

^j'-.i; Nuits. — 'il-.yi:. 

heures. 
10 Η;Λί,ΐ:νυ-/θή;λΕ;7 . . i jour et i nuit 

^i-^'i^ji Feuilles. 

K/.ajî'.zv:-/ Claudianon (al- 
liage)— 2= signe 
plus moderne. 

ly.vvicjtp;; Cinabre. 

Kp:/,:ç Safran. 

1•"' 'p-7.?^ Ochre. 

.\^".•ι\7.ζΊ Arsenic — autre 

signe ancien. 
—:ζ'./.ΖΊ [stc] Couleur rouge 

particulière — 
2° signe plus 
moderne. 
• • Orcanette. — 2= 
signe plus mod. 
— autre signe 
ancien: λίΐ'.7.{ντ,. 
de Laodicée. 



renferme 1 
roite la fin d 

Mir. 



signes 
u folio 



V- , ■ ■ 

— ωρ•. [sicj . 



\Λ•/ί;. ... 

M';;j.jf)•.:•/.. 
Λευκά. . . . 



du folio 7 recto du 
Cl verso. 



Sandaraque (au- 
tre signe anc). 

Misy (couperose 20 
jaune). 

Sori corps ana- 
logue — Ïx/Oiv. 
jaune; signe 
d'écriture plus 
moderne. 

Laccha, sorte 
dorcanette. 

Ce'ruse. 

Les blancs. — 



0'J)X\'1.ZZ 

'ili. 

'Oz-.zxy.z-, 



IV/.:--., 



"Avv:.7 



ϋορυ,ω-'.ί 



Λχβών . . . . 
—τ ή;;.•/; (sic) ■ 



îune ; 
signe ancien. 

Œil. 

.Les œufs. 

Coquilledesceufs 
— répété avec 
autre signe plus 
moderne. 

Bleu. 

\'erre — autre 
signe plus mod. 

Epreuve des mé- 
taux coupella- 
tion) — autre 
signe plus mod. 

Avant pris. 

Antimoine. 



2ô 



Deuxième colonne, à droite. 



' y-.lZZ ΧΊ.Γ,ΊΙΖΖ . 

l'aiiv.v:•/ ίλα 
Κί/,;•/:•/ ϊΊ.χ'.ΖΊ . 

y,i-pz; 

5 Σ-■J--■r,z\z ζγ•.ζ- 

—-.\>~-.τ,ζ:χ : 

10 ILp.W-- . . 



. λ'Ιη doux. 

. Huile de raifort. 

. Huile de ricin. 

. Natron. 
Alunen lamelles 
,:;γγύ/.γ; Allun arrondi. 
Pvrite. 



Kaî;j.Î2 Cadmie. 

Ma-;vr,7;:z Magnésie. 



Λλα-Γ 


Sel. 


.V>.ar Ί.Ζ'.ΊΖΊ 


Sel commun. 


— zy.ov'.ay.dv \si& 

Ύ--.χ'ηζ 

■'A.C3.t:; 


Sel ammoniac. 
Chaux, plâtre. 
Chaux vive — 




2'' signe ancien. 


'l.'viM-•.: ζ:ντ'.•/.ή. . . . 


Rubrique du 




Pont — 2= signe 




ancien. 



15 



Ι ΙΟ INTRODUCTION 

Figure 5. — Planche III 



® β ?.o t . t 

ΪΗγοΝ 

β 

ï< TNoj-Traaicr-ê-fJL 



15 



•' — 

<v« β VI e'axjual" φ 1 •>νθ f <p uj M -t-h e-*-£ \ AJ f -nH t -t-h j-i-h t te «LlTt y^HC ; 

••• .1 I Ll.) C H r : ijULf t Λ_ : 

■t -y- h4 f C 1 ί C : f T JUL-H t ■ ■• 

-rrx^r-CHMr' -fl -ΐ ο r f Β f »jl . 

Λ_φτΠ•0•ί Wf •• H f I . 7s . f . D f » c ■• 

:^>_ι rr SI H I « M ρ iJCJN f ι -TB c .• 

ί TTrraLt et•• 2: <-u C 1 JJ-o c î 

y^ .1 I H c : j ΟΎΤΤνΙ i-Ki H : 



χ^lt^^-u^^oc •. ffpn 



C 



NOTATIONS ALCHIMIQUES 



I I I 



Folio 7, verso. — Planche 111. 

Τ1:-χ\χίΐ Fleuve. — ςχνθίν, jaune — signe plus mod. 

"Οξΐς Vinaigre. 

Σ^ψ:ν Faites fermenter. 

BcTaptsv Botarion ^vase de digestion ?) 

ô Βΐ7νβ•.τα Fumier, liente — signe plus moderne. 

Βίτάνη Plante. 

Αιθάλη îjpavîj Vapeur céleste. 

Χώνη Creuset. 

Λω-ζί y.jOpa Matras de terre cuite. 

Kvf/.avBîv [sic) Fleur de cnécos ou carthame. 

10 Κώμαρ'.ς •. Sélénite ou talc. 

Γη Terre. 

Αίθάλαι Vapeurs sublimées, fumées. 

Άριθμές Nombre — répété avec signe plus moderne. 

λίτρα, livre (poids) 1 
xcètz-zg, chaux vive • signes plus mod. 
τρίβε, broyez. ) 

15 Χωλή Bile. 

Χυλ:ς Suc. 

Σύνθεμα ϊλΐν Formule complète. 

Ονέματα των çChoiiçon της <)z'.x: 1-;ίτή;;.η; y.x: -.iy/r,;. 
Noms des Philosophes de la Science et de Γ Art divins. 



Μο)5η; Moïse. 

20 Αημίκρ'.τ:; uémocrite. 

^■jv£-'.;; Synésius. 

Παύτηρ'.ς Pauséris. 

Πηβ;•/'.:; Pébichius. 



Mxpix. 



— fKV.:x-r,:. 
25 Άίρ•;/.αν:ς. 
Α;υ7.άς. . . . 
Αΐίγένη;. . . 
"Ir-T-x^zç... 

Χίμης. .". . . 
Xî'.jT'.avdr . 



Xénocrate. 

Africanus 

Lucas. 

Diogène. 

Hippasus. 

Stephanus. 

Chimès. 

Le Chrétien. 



'F'-if- 
Θε:-έ6£•α. . . 

Αγχθίΐαίμων 
θείί.λ:.:.... 

ΙΤ-ίΐωρ;;. . . 
Θαλή; {sic . . 
Ήρά/,λε-.τ:;. 

Ζ(07•μ:-: 

Φ'.λάρετ:;.. . 

Ι:υλ'.α•/ή . . . 



Marie. 

Pétasius. 

Hermès. 

Théosébie. 

Agathodémon. 

Théophile. 

Isidore. 

Thaïes. 

Heraclite. 

Zosime. 

Philarète. 

Juliana. 

Sergius. 



■ Cette dernière liste a un intérêt historique, plutôt que technique. Son 
commentaire se trouve dans l'ouvrage sur les Origines de rAlchimie, cite 
plus haut, ρ . I 28 et suivantes. 



1 12 INTRODUCTION 

FiGURK 6. — Planche IV 



'^^ ' 



15 



20 



25 



• » 'Λ '^-5** s. 






cpûVi 






NOTATIONS ALCHIMIQUES Il3 

SIGNES DU MANUSCRIT iZi-j. 
Planche IV, feuille 16 du manuscrit, verso. 
Vois ces signes et comprend-Ies bien : 
Interprétation des signes de l'art sacré et du livre sur la matière 

de l'or. 
Au commencement : or — limaille d'or — argent. 
Mercure — feuilles d'or — or calciné ou fondu. 
δ Soudure d'or — mélange ou alliage d'or. 
Terre ou minerai d'argent — soudure d'or et d'argent — argent 

calciné ou fondu — cuivre de Chypre — terre de cuivre. 
Limaille de cuivre — feuille de cuivre. 

Cuivre calciné — rouille de cuivre — orichalque bronze et al- 
10 liages analogues). 

Cuivre" — étain quatre signes) — plomb. 

Saturne brillant — molibdochalque (alliage de cuivre et de plomb) 

— terre ou minerai de plomb. 
Limaille de plomb — plomb calciné. 

Autre signe de l'étain — terre ou minerai d'étain — limaille 
d'étain — feuille d'étain — étain 
15 calciné — brouillard ou vapeur condensée — litharge 
concrétion blanche — vapeur concrétée jaune. 
Litharge — soufre apyre, n'ayant pas subi l'action du feu. 
matières sulfureuses — soufre 
natif — sélénite — vin d'Amina. 
Huile de raifort — huile de ricin — natron ^deux signes;. 
.,Q Alun en lamelles — (alun) arrondi — pyrite. 
Cadmie — magnésie — sel — sel 

commun — sel ammoniac enabrégéi — chaux deux signes), 
chaux vive. 
Vermillon du Pont — autre signe — couperose. 
Chalcite minerai pyriteux de cuivre) — pierres en abrégé — 
.,r Chélidoine. 

Eaux marines — eaux de pluie — eau 

Jours — nuits — heures — un jour et une nuit. 



114 



1(1 



2 ι 



INTRODUCTION 
Figure 7. — Planche V 



στΗ/ίγ^^ a7fli>i>ifff^ciQ^iff«o'Y^AASS" 



NOTATIONS ALCHIMIQUES 113 

Planche V, feuille 17 du manuscrit, recto. 

Fer — minerai de fer — limaille de fer. 

Feuille de fer — rouille de fer. 

Chalque (poids et monnaie — mer — fleuve — noir. 

Air et astérite (pierre précieuse) — feuille de nover. 
5 Drachme — poignée (mesure — mercure (deux signes qui pré- 
cèdent le mot;. 

Terre de Cimole et suc de tiguier sans signe) — feuilles — ar- 
bouse. 

Sandaraque et arsenic — sandaraque (au-dessus de la ligne) — 
chaux — litharge. 

Mine (poids) — safran — œuf — coucher du soleil — urine. 

Soufre — vinaigre — scrupule (fraction de l'once) — levain. 

Sélénite — stimmi (antimoine) de Coptos mélangé. 
10 Soufre apyre commun — le plomb a quatre signes. 

Puis vient une ligne de signes se rapportant au plomb, à Jupiter, 
deux signes (électrum\ à Tétain, trois signes. 

Hermès en a trois autres (trois signes) — l'or est tel — le 
cuivre. 

Le soufre natif et le soufre brûlé parle feu (fondu ;) et Saturne, 
c'est-à-dire le plomb, s'écoulant de lui-même (cette ligne n'a 
pas de signe spécial). 
15 L'eau de plomb et la vapeur condensée blanche qui se dit mercure. 

Saturne brillant — Jupiter resplendissant — électrum. 

Mars enflammé (deux signes) — Vénus lumineuse. 

Mercure étincelant; étain (pas de signe) — claudianon — cinabre. 
20 Safran — ochre — arsenic ((autre signe double). 

Sandaraque — séricon (soie r ou couleur rouge?) — orcanette. 

Sandaraque de Laodicée. — autre signe — misy — sory. 

Laccha — céruse — molibdochalque. 

Les blancs — œil — les œufs — coquille d'œuf. 

Bleu — verre — coupellation — ayant pris. 

Antimoine — fleuve — vinaigre — ferment ou septique (?). 
•25 Botarion (vase à digestion) — fumier — plante — vapeur cé- 
leste — le signe est à la page suivante). 



Il6 INTRODUCTION 

Figure 8. — Planche VI 



10 



15 



20 



OMPV<r^' KIK^a/uvi^di ©'^»^ • αΟ^^μζ/Οϋ^' 



NOTATIONS ALCHIMIQUES I I y 

Planche VI, feuille 17 du manuscrit, verso. 

Ciel — creuset — matras de lerre cuite — fleur jaune du cnécos 
(plante assimilée parfois au carthame) — cnécos (sans signe). 

Sélénite ou talc — terre • — vapeurs sublimées. 

Nombre — bile — suc ■ — or — cuivre (deux signes). 

Plomb — mercure d'arsenic. 
5 Vinaigre (deux signes) — (vinaigre) piquant — eau de pluie — 
eau de mer. 

Séricon (pigment rouge) — cuivre (répété deux fois — 
deux signes). 

Mposiris(i) : c'est le signe de l'eau précédent, avec un :; ou peut- 
être le même signe que l'or à la ligne 19 — le noir de mvrrhe 
— ferrugineux. 

Autre liste — stylet — écris — mer sacrée. 

Ensemble — encensoir ou parfum — papier —sacré — mvstère. 
10 Signe caractéristique — ange — démon — rouille 
de l'or — rouille de l'argent — rouille de cuivre. 

Electrum — corail — discours [Ou rapport; — vinaigre — litharge. 

Cinabre — herbes — fabrication. 

Livre poids) — mines (poids — eau — un peu — commun. 
15 Ou bien — demi — coquille — mercure. 

Mines (poids) — setier — commun — ensemble (deux signes). 

Arsenic (deux signes) — feuille — sacré — apyre. 

Composition — sec — pulvérisez — divisez en lamelles. 

Vapeurs, fumées — or — plante — limaille. 
20 Autre liste — raclure — fer — camphre — arèn (mâle, ou ar- 
senic ?. ou Mars ? ?) . 

Ensemble — cvclamen — porc (ou utérus"- — semences. 

Argenté — sel — encens — pulvérisez. 

Zizi nazé (gingembre?) deux fois répété avec signes — mastic — 
partie supérieure de la tête? ou rassemblement? 

Cœur — foie — estomac — signe 
25 Larynx — aloès — lunule ou sélénite — safran. 

Poivre — arsenic — pvrèthre — Aromate? 

Pulvérisez. 

(1) Mp est ici pour B. 



Il8 INTRODUCTION 

Figure q. — Planche VII 



20 



25 













X'PiVfe'iJ<^ •ΛΛΐ>ΑΕΓονΑΛο•Η^|9Μϊ/χ^Λ•σίΐρί')«»ν<?π^' 

tÎjrr υσΐ<4<^<^ςΓν^ς -MiKoy/ttf •σîA'*V<>«rpA' 
•• C / Λ ' • κ /Ol/ 

■fj/' -σ^ο^σ^• cutH/^ Kix^iVoy KK/**ayV 



NOTATIONS ALCHIMIQUES lU) 

Planche VII, folio 18 du manuscrit, recto 

Roquette (eruca) — t'ortemcnt — antiJote — plante. 

Natron — ■ homme — tils — comme — si — il est deux signes). 

De ou de la part — sur — triturez — couperose. 

Cathmie ou cadmie — grand — magnésie — oiseau — ortie. 
5 Eau — encens — fleur — plomb signe double . 

Cuivre — écailles ou écorces — pétasite (plante) — blanc. 

Amas de terre — frisson ou arcane fleuve — bain. 

Pomme — sec — il dit — nard — racine. 

Yeux — arrondi — long — or 
1ύ Asemos — soufre — terre — ciel — temps. 

Terrestre — natron — dans le — et — car — et car. 

Séricon — fruit de myrte — lune — polvpe (ou fougèrel . 

Scammonée — marrubium ir'i — agaric. 

Coloquinte — fleur de thym — amome — galbanum. 
lô Myrrhe — Ladanum igomme aromatique) — amidon (^farine i. 

Clou de girofle- — musc — noix muscade. 

Ambre — safran — acacia — galanga. 

Momion (bitume) — cardame — huile — axonge. 

Vin — décoction — opoponax. 
20 Lis — rue des bois — corne? — soie ou pigment rouge. 

Arcos, plante? (i) — valériane — stachys — véronique. 

Meum (ombellifère) — coagulum, lait caillé — une fois — pèche (?). 

Jusquiame — pavot — semence de lune. 

Camphre — concombre — feuille. 
25 Air — fruit — tapis, couche — chaux. 

Sucre — farine — ricin — manne de signe est à la page suivante). 



(i) Voir S.'iLMASics, de Homonj'mis 1 hiue, .V/..i/R'i-e );ieiic.T/t', livre IV, ch;ip. 
Hyles latrica', p. 32, a, C. — Diosco- | Cl\' et CW 



1 20 INTRODUCTION 



Figure ι ο. — Planche VIII 



10 



1δ 



20 



Ι 



^i//^l oty >5*f^ ^ctJu) V^ ^ ^Xl ÔOL y^'^Mcij 
Tfr*08^YrVfi>cD• M/ifcrOQ• vί^p^S:■^'Ί'ό^• 
cnS^foq'?\- crcivÎT»'**^ -^'A^T^*^/^ •• .«y»ru^oςr(sί• 



NOTATIONS ALCHIMIQUES 121 

Planche VIII, folio du manuscrit, verso. 

(En haut et hors ligne) pulvérisez — vapeurs condensées — océan 
^ou le bleu ? . — le pompholix ? ^signe seul) — santal — rhu- 
barbe — aloès. 

Miel rosat — sumac — avoine. 

Grande centaurée — serpentaire — pierre — hématite (deux fois, 
sans signe). 

Myrte — autre liste (les signes précèdent ici les mots) — le plomb, 
5 de Saturne — l'étain — le fer. 

L'or — le cuivre — le mercure — l'argent. 

(Puis les mots précèdent de nouveau les signes) — soufre — natron 
— partiel — vert — vers. 

Mercure — demi — eau — soufre. 

Suc (des plantes) — divisez (ou parties) — faites^ fondre — livre 
10 — pyrite. 

Couperose — livre — quatrième ou quart (d'once?) — le cyathe 
(mesure de poids). 

Scrupules (poids) — cuillerée (mesure) — obole — chSme (mesure 
de capacité). 

Demi-obole — triblios ou cotyle (mesure de capacité) — deux 
oboles — chénice (mesure) — trois oboles — le carat (tiers d'o- 
bole) — quart d'obole — l'holque (poids) — la drachme, 
ly Cuillerée (mesure) — le setier — le chalque(monnaie) — la cotyle. 

Le statère — le denier — les chalques (mesure). 

La fève [mesure) — chalcite ou calamine — le chaud — cathmie 
(pour cadmie). 

Le premier jour du mois (?) — ensemble — la bile — le sel. 

Le suc (des viandes) — couperose (misy) — partie — calciné. 
20 Céruse — semence — litharge — antimoine. 

Ronde — pyrite — arsenicaux. 

Fer — sandaraque — écorce ou écaille — argent. 

Couperose — cœur — des longues (?) — complet. 

Emeri — gingembre? selon d'autres myrrhe — vénérable — autour. 
25 Brasier — vie heureuse — polype ou fougère. 

Volatil — oiseaux (œufs d') — oison — champignon. 

Porcin — désirable — sec. 

16• 



Ι 22 



INTRODUCTION 



Quelques mots, en finissant, sur la date à laquelle remontent les signes 
que nous venons de reproduire. Les signes des planètes figurent déjà dans 
les papyrus astronomiques du Louvre, qui remontent au temps des Anto- 
nins ; ainsi que daris ceux de Leide, un peu plus récents. Dans ces derniers, 
ils sont en outre appliqués à l'or (i), à l'argent et à des noms de plantes 
et de minéraux, comme dans nos manuscrits. Certains autres signes, celui de 
l'eau par exemple, sont des hiéroglyphes. Le nomd'Osiris (PI. VI, 1. 7) était 
employé, d'après Stéphanus [Origines de l'Alchimie, p. 32), pour désigner le 
plomb et le soufre (même signe pour ces deux corps, PI. V, 1. 11) chez 
les Egyptiens; dans notre planche VI, ce signe rappelle aussi un signe 
spécial de l'or, situé plus bas (PI. VI, 1. ig). 

Les signes de matière médicale sont plus modernes que ceux des métaux 
et des planètes. Je ne les ai pas trouvés, par exemple, dans les pages 
reproduites par Lambecius [Comm. de Biblioth. Cœs., Liv. II, p. i35 et 
suivantes) et par Montfaucon [Paléographie grecque, p. 202), d'après un 
manuscrit célèbre de Dioscoride, écrit vers la fin du v« siècle pour Julian9, enfin danslesdeux manuscrits alchimiques grecs de 
Leide et dans le manuscrit grec principal du Vatican. J'ai fait exécuter des 
photogravures de ceux de Paris et de celui de Venise, afin d'éviter toute 
incertitude d'interprétation. Ce sont ces figures qui vont être transcrites 
ici : on y renverra dans l'occasion, lors de l'impression des textes cor- 
respondants. 



Figures du manuscrit de Saint-Marc. 

Je donnerai d'abord les figures les plus anciennes, celles du manuscrit 
de Saint-Marc, savoir : 

La Chrysopée de Cléopâtre, formée de plusieurs parties corrélatives 
les unes des autres, les unes d'ordre pratique et les autres d'ordre mys- 
tique ou magiques : c'est la figure 1 1. 

La figure 12 en est l'imitation grossière (partielle), tirée du manuscrit 
2325, et la figure i3, tirée du manuscrit 2827, dérive du même type, 
avec des variantes considérables et caractéristiques. 

Les figures 14 et 14 bis reproduisent l'alambic à deux récipients {dibicos), 
déjà dessiné dans les précédentes, mais avec diverses variantes. 

La figure i5 est celle de l'alambic à trois récipients (tribicos). 

La figure 16 représente un appareil distillatoire, sans dôme ou condensa- 
teur supérieur, et muni d'un seul récipient. 

La figure 17 est celle du tribicos, d'après le manuscrit 2325. 

La figure 18 a l'apparence d'une chaudière distillatoire. 

La figure 19, à peine ébauchée, semble le chapiteau d'un appareil ana- 
logue. 

Les figures 20 et 21 sont des appareils à digestion, en forme de 
cylindres. 

La figure 22 est un bain-marie à kérotakis (palette pour amollir les 
métaux). 

La figure 23 en est la reproduction, d'après le manuscrit 2325. 

La figure 24 est un autre bain-marie à kérotakis. 



FIGURES D APPAREILS I 2g 

Les figures 25, 26, 27 reproduisent des variantes et détails des appa- 
reils précédents. 

Le manuscrit de Saint-Marc ne renferme pas seulement des figures 
d'appareils, mais aussi divers dessins mystiques ou magiques, comme la 
Chrysopée de Cléopâtre en a déjà fourni l'exemple : je les ai fait également 
reproduire. 

Ce sont : 

Fig. 28 : la formule de l'écrevisse (ou du scorpion^ qui semble résumer 
une transmutation. 

Fig. 29 : deux alphabets magiques ou cryptographiques. 

Fig. 3o : le Labyrinthe de Salomon, d'une écriture plus moderne. 

Fig. 3 I : un symbole en forme de cœur renversé, contenant le signe de 
l'or, du mercure, etc. 

La plupart de ces figures du manuscrit de Saint-Marc ont été recopiées 
dans le manuscrit 2249 '^^ ^^ Bibliothèque Nationale de Paris ; dans le Voss, 
de Leide, dans le principal manuscrit du Vatican et dans divers autres ; 
quelques-unes ont été imitées d'après les manuscrits 2249 et autres, dans 
l'histoire de la Chimie de Hcefer et dans les Beitrage de H. Kopp. 11 
m'a paru intéressant d'en donner les types originaux et complets, tels qu'ils 
ont été dessinés à la fin du x= ou au commencement du xi' siècle, sans nul 
doute d'après une tradition beaucoup plus vieille; car ils répondent exac- 
tement aux descriptions de Zosime, de Synésius et d'Olympiodore l'alchi- 
miste. Je les rassemblerai donc tous ici. bien que certains d'entre eux 
s'appliquent à des traités qui paraîtront seulement dans les livraisons sui- 
vantes : remarque appliquable aussi aux figures tirées des manuscrits 2325 
et 2327, dont il va être question. 

Le manuscrit 2327, en effet, a été écrit en 1478, quatre ou cinq siècles 
après le manuscrit de Saint-Marc ; les figures des mêmes appareils y repa- 
raissent, mais profondément modifiées; elles ne répondent plus exactement 
au texte, mais sans doute à des pratiques postérieures. 

Le manuscrit 2325 (xiii"= siècle) reproduit au contraire les forroâs des 
appareils du manuscrit de Saint-Marc, quoique avec des variantes, impor- 
tantes. 



17- 



1 3ο INTRODUCTION 



Figures du manuscrit 2327. 

Dans le manuscrit 2327, on trouve, outre la figure i3 déjà présentée, 
deux grandes figures du serpent Ouroboros, variantes développées de 
celle de la Chrysopée de Cléopâtre. Il suffira d'en donner une seule : 
c'est la figure 34. 

La figure 35 reproduit le signe d'Hermès, grossièrement dessiné, d''après 
le même manuscrit. 

La figure 36 est celle de quatre images géométriques, d'après les manu- 
scrits 2325 et 2327. 

La figure 32 est un dessin mystique, tiré du manuscrit 2327. 

La figure 33, tirée du manuscrit 2325, reproduit le même dessin. Ce 
dessin singulier semble une variante du symbole cordiforme de la 
figure 3 I . 

Les figures qui suivent représentent des appareils; elles sont tirées des 
manuscrits 2325 et 2327, mais dessinées d'une façon bien plus grossière que 
dans le manuscrit de Saint-Marc. 

Ainsi la figure 37 comprend l'alambic à trois récipients (tribicos de la 
fig. 17) ; plus un alambic à un seul récipient, et des vases à digestion. 

La figure 3S reproduit quelques variantes de la précédente. 

La figure 39 est tirée du manuscrit Ru. 6 de Leide : c'est un vase à 
digestion et à sublimation, correspondant à l'un de ceux des figures 37 et 38. 

La figure 40, tirée de la Bibliotheca Chemica de Manget, est l'aludel décrit 
dans Geber; instrument qui répond de très près aux figures 38 et 3g et en 
donne rintérprétation. 

Lafigure4i représente un petit alambic, tiré du manuscrit 2327. 

La figure 42, l'alambic de Synésius, d'après le même manuscrit. 

La figure 43, le même alambic de Synésius, d'après le manuscrit 232i. 

La figure 44 est une simple fiole (2327). 

La figure 45, un alambic avec appendice à 6 pointes (2327). 



FIGURES D APPAREILS 



i3i 



Figures du manuscrit 2325 

Enumérons spécialement les figures du manuscrit 2325, figures dont 
plusieurs viennent d'être transcrites. On y trouve : 

L'alambic de Synésius, qui forme la figure 43. 

Le dessin mystique de la 3* leçon de Stéphanus ^fol. 46, verso ; repré- 
senté figure 33; 

On y voit aussi les quatre dessins géométriques (fol. 3)' de la figure 36; 

Ainsi que (fol. 83) la formule de TEcrevisse de la figure 28. 

Puis vient un alambic à une pointe, avec deux petits appareils à fixa- 
tion (1), dessinés dans la figure 12, qui répond à la figure 1 1 de Saint-Marc. 

Citons aussi le tribicos, dont nous avons reproduit les variantes (figi", 3- 
et 38) : le tout répond à la figure i3 ; 

Quant à l'appareil distillatoire de la figure 16, qui se trouve aussi dans 
le manuscrit 2325, il nous a paru inutile de le reproduire. 

Nous avons donné, toujours d'après le manuscrit 2325, un appareil à 
digestion, sphérique et à kérotakis (fig. 23) ; qui répond à la figure 22, 
tirée de Saint-Marc. 



Telle est l'énumération des figures différentes qui sont dessinées dans les 
manuscrits fondamentaux. J"ai cru devoir les reproduire toutes, afin de 
fournir un fondement solide à la double étude technique et historique 
des appareils et des opérations décrits dans les textes. 

Je vais transcrire maintenant ces figures, en accompagnant chacune 
d'elles de commentaires et de renseignements spéciaux. 

Figure 11. — EUeest reproduite en photogravure, d'après le manuscrit de 
Saint-Marc (fol. 188, verso), avec une réduction d'un cinquième environ. 
Elle porte le titre de Chrysopée de Cléopâtre, Κλει-άτρη; Χ;υ7:-:'.;α. 



(ι) Opération qui avait pour but de 
durcir les métaux mous, de solidifier 
les métaux liquides, de rendre fixes les 



métaux volatils ; enfin de communiquer 
aux métaux imparfaits une teinture 
stable [fixé] d'or ou d'argent. 



l32 



INTRODUCTION 



KT^t 



τηΤΓΤΉ C ΧΤ V~ f TTD lï JL 




Figure i ι . — Chrysopée de Cléopâtre. 



FIGURES d'appareils i33 

Commentons les diverses portions de cette grande tigure : 

1° Au-dessous du titre se trouve un premier dessin, formé de trois cercles 
concentriques. Au centre des cercles, les signes de l'or, de l'argent (avec 
un petit appendice) et du mercure. 

Dans l'anneau intérieur : Εις i—'.v i ςΐ'.ς ; ΐ'χω•' "-"' ':•' \j.î-x îj: τυνΟέματχ : 
η le serpent est un, celui qui a le venin, après les deux emblèmes. » 

Dans l'anneau extérieur : 'Έν -ïî ζδν -/.χ: oC jîjtiîj to -àv y.a'; ε'; xj-i τ: τ.χί 
7.x'•. εΐ μή Ιχβ'. τϊ παν ουδέν έιτ'.ν τ: τ.χί (ι). 

« Un est le tout et par lui le tout et vers lui le tout ; et si le tout ne contient 
pas le tout, le tout n'est rien. » 

A droite, le cercle extérieur se prolonge par une sorte de queue, qui 
montre que ce système est la figuration du serpent mystique. 

2° Puis viennent divers appendices et signes d'apparence magique, 
situés à droite, dont la signification est inconnue. Cependant je serais porté 
à rapprocher le double cercle incomplet, muni de huit appendices supé- 
rieurs, du signe de TEcrevisse à huit pattes antérieures, dessiné figure 28 ; 
lequel est traduit par les mots : molybdochalque (alliage de plomb et de 
cuivre) brûlé, et argyrochalque (alliage de cuivre et d'argent) brûlé. Ces 
signes seraient alors les symboles chimiques d'une opération de trans- 
mutation du plomb en argent, de même que ceux de la figure 28. 

Au-dessous des grands cercles sont des signes répondant à des opérations 
chimiques, exécutées dans certains appareils que je vais énumérer. 

3° Tel est le petit dessin central, représentant un appareil pour fixer 
les métaux. Il est posé sur un bain-marie, muni de deux pieds recourbés 
et placé lui-même au-dessus d'un fourneau. Cet appareil est pourvu d'un 
tube central qui le surmonte, tube destiné sans doute au départ des gaz ou 
des vapeurs. Ce dessin est reproduit d'une façon plus précise, avec le mot 
T?;;'.r, sur le folio 220 du manuscrit 2827 (v. fig. i3, à droite). 

4° Le petit dessin, situé à gauche du précédent, représente un appareil 
analogue, avec un ballon supérieur, destiné à recevoir les vapeurs dégagées 
par la pointe du tube. Le tout répond à l'alambic de gauche de la figure i3. 

5° Les deux petits cercles, situés à droite et munis de trois appendices 

(i) Cf. Olympiodore, texte grec, p. 84, lig. i3. 



1 34 INTRODL'CTION 

rectiligncs, semblent représenter des appareils avec leurs trépieds posés sur 
le feu; tels que celui de gauche des figures i3 et 38. On pourrait en rappro- 
cher aussi le symbole du βοτάριον (fig. 5, 1. 4 et fig. 7, 1. 27), représentant un 
vase à digestion sur son fourneau, analogue au dessin situé à gauche et en 
bas de la figure 37 et au dessin situé à droite de la fig. 38. 

6° Le cercle inférieur, muni d'un point central, symbolise l'œuf philoso- 
phique (?), ou le cinabre (Voir fig. 4, PI. II, lig. i3,et la note de la page 122). 

7° Vers le bas à gauche, est figuré le serpent Ouroboros, avec l'axiome 
central : Έν -.i τ.χί ; le tout est un. 

8° Sur le côté droit du serpent, un grand alambic à deux pointes (dibicos), 
posé sur son fourneau, lequel porte le mot : φώτα, feux. Le récipient inférieur, 
ou chaudière, s'appelle λω-άς, matras. Le récipient supérieur, dôme ou chapi- 
teau, est la φιάλη, mot qui signifiait autrefois tasse ou coupe, mais qui a 
ici le sens plus moderne de fiole ou ballon renversé. 

Voici l'usage de cet alambic. La vapeur monte du matras, par un large 
tube, dans l'ouverture plus étroite du chapiteau ou ballon renversé ; elle s'y 
condense et s'échappe goutte à goutte, par deux tubes coniques et inclinés. 
A côté du tube gsuche, se trouvent les mots άντίχεφος σολήν [sic) : tube 
du pouce, ou plutôt contre-tube ; attendu que le rôle de ce lube descendant 
est inverse du rôle du tube ascendant, qui joint le matras au chapiteau. 

La figure de la Ghrysopée de Ciéopâtre existe, sous le môme titre et avec 
ses diverses portions essentielles, dans les manuscrits copiés directement 
sur celui de Saint-Marc ; elle en caractérise la filiation. 

Dans les manuscrits 2325, 2327 et dans leurs dérivés, le titre a disparu; 
mais la figure subsiste encore, moins belle et moins nette, avec les 
axiomes mystiques qui la caractérisent. Les annexes : alambic à une ou 
deux pointes, vases k fixation et trépied, y ont été aussi modifiés dans leur 
forme. Cependant le tout existe à la même place du texte, c'est-à-dire en 
tête des ouvrages de Zosime sur les instruments (2327, fol. 220 ; 2 325, fol. 82). 

Figure 12.-— Je donne ici le décalque des appareils représentés dans le 
manuscrit 2325 (fin du xin« siècle) : ces dessins sont bien plus grossiers. 

Je n'ai pas cru utile de reproduire la figure même des trois cercles concen- 
triques, qui sont à peu près pareils à ceux de la figure 1 1 ; mais je vais en 
indiquer les inscriptions, à cause des variantes. 



FIGURES D APPAREILS 



l35 



L'anneau extérieur porte la même inscription, à demi-effacée et avec 
des suppressions : εν -h τΛι ci ' cZ -zh τΛί (καΙ s! ' αϋτΐΰ τι) πάν γ.τ. έν αύτω τ: τ.ΐ•ι 

Dans l'anneau intérieur, on lit : είς èsTiv 5 csiç ό ϊχων τα ojo a\)vbi\j.x-x y.x: 
Tjv '.:v. 

Au centre, de droite à gauche, on voit les signes de l'or, de l'argent, du 
mercure, du plomb. Au-dessus, le cinabre (ou l'œuf philosophique}, qui se 
trouvait en dehors des cercles dans la figure du manuscrit de St-Marc (6»). 
Venons maintenant à la portion du dessin du manuscrit 2325 que j'ai repro- 
duite dans la figure 12 : 




Figure 12. — Alambic et Vases à fixation 

(Décalque du Ms. 2325.} 

A gauche des cercles, on voit l'image grossière d'un alambic à une pointe, 
avec condensateur supérieur et matras inférieur, le tout de la même forme 
générale que la portion 8° de la figure du manuscrit de St-Marc. A côté, 
deux appareils a fixation, k pointe tournée vers le haut, lesquels sont évi- 
demment imités des portions 3° e t4'' de la fig. 1 1. 11 en est de même d'un 
dernier reste du petit cercle à 3 appendices ou trépied, coupé dans le manu- 
scrit 2325 par le relieur, mais qui se retrouve intact dans le manuscrit 
2275, lequel a toute cette figure. 

En effet, le manuscrit 22-5 (daté de 1465) reproduit les cercles concentri- 
ques, l'alambic à une pointe, les deux vases, et le petit trépied, pris avec 
des formes qui semblent fidèlement copiées sur le 2325, lequel est d'ailleurs 
beaucoup plusancien. 



i36 



INTRODUCTION 



Figure i3. — Elle reproduit les dessins analogues du manuscrit 2127, 
fol. 220 (xV siècle). Les inscriptions des cercles concentriques sont iden- 
tiques à celles du manuscrit 2325, sauf l'absence des symboles centraux. 

Par contre, au folio 80 du 2327, au début d'une autre copie du même ouvrage 
de Zosime, les cercles concentriques ont été supprimés, probablement faute 
de place, par le copiste ; mais il a transcrit à l'encre rouge les axiomes 
mystiques, suivis des signes du plomb, de l'argent, du mercure et de l'or, 
surmontés par celui du cinabre (ou de l'œuf), exactement comme dans le 
manuscrit 2325. 

Au verso du fol. 80 (2327,) existent les dessins de Talambic à une pointe, 
avec condensateur supérieur, ο'.άλη, et matras, λω^άς, conformes à la 
figure 1 1 et à la figure i3 mais mutilés par le relieur. Sur la même page, on 
voit encore un appareil àyîjcaifon métallique, semblable à celui de la figure i3. 

Il y a des inscriptions sur les divers appareils du folio 80, telles que "η;;; 




Figure ι3 — Cercle concentriqne, Alambic et Vase à fixation (Ms. 2327). 

sur l'appareil à fixation; (•/.ï;j.) ήνι:ν, sur son fourneau et sur celui de Falam- 
bic; λω-ά:, sur le matras de ce dernier; (it) άλτ,, deux fois répétés, sur son 
chapiteau. 

La forme même des appareils dans les manuscrits 232 5 et 2327 offre des 
variantes intéressantes pour l'histoire de la Science et sur lesquelles je 
reviendrai bientôt ; mais ici je veux seulement montrer la filiation des 



FIGURES d'appareils iSj 

tî^ures. En tout cas, la copie 2325 répond à une tradition postérieure à 
celle du prototype de Saint-Marc, puisque le nom de la Chrysopée de 
Cléopâtre a disparu. 

On remarque que presque toutes les portions de la Chrysopée de 
Cléopâtre : cercles mystiques, serpent Ourohoros, alambics, appareils à 
tîxation, trépieds, cinabre, se retrouvent, parfois même agrandis, dans les 
ligures des manuscrits postérieurs. Une seule partie manque, ce sont les 
signes magiques. Peut-être doit-on en voir la transformation dans la for- 
mule de l'Écrevisse, qui se trouve à la fin du même traité de Zosime et qui 
présente avec les signes magiques certaines analogies singulières. J'y revien- 
drai tout à l'heure. 

En tout cas, la Chrysopée peut être regardée comme le prototype, sans 
doute fort ancien, des dessins des appareils alchimiques. C'était un type 
antérieur à Zosime, dessiné sans doute dans les ouvrages perdus de Cléopâtre, 
cette femme savante (i), à laquelle nous devons aussi un traité des poids et me- 
sures gréco-égyptiens venu jusqu'à nous. Ces ouvrages auraient été ensuite 
fondus dans ceux de ses continuateurs, tels que Zosime. Peut-être même la 
Chrysopée avait-elle constitué, à une époque plus ancienne encore, un 
tableausymbolique, complet ensoi, et que l'on développait par des explica- 
tions purement orales; à peu près comme une page d'aujourd'hui remplie 
par les symboles des réactions chimiques et des appareils correspondants. 
Si. cette conjecture est fondée, nous aurions ici la trace de divers états suc- 
cessifs de la science. 

Figures 14 et 14 bis. — Ce sont celles d'un alambic à deux pointes. Elles 
sont tirées du manuscrit de Saint-Marc, folio 191, verso. La forme générale 
est pareille à celle du même instrument dans la figure 11, sauf les 
variantes suivantes. Le tube qui joint le matras ou chapiteau est élargi en 
entonnoir à la partie supérieure; l'ajustement même des deux tubes coniques, 
par rapport à cet entonnoir, n'est pas clairement indiqué. Sous la pointe de 
chacun d'eux se trouve un petit ballon, pour recevoir les liquides distillés. 

Le matras inférieur s'appelle toujours λω-ά;, avec addition des mots 0£Î;j 
à-jp:j, matras du soufre apyre. Ces deux mots manquent dans la figure 1 1 ; 



(1) Origines de l'Alchimie, p. 173. 

18* 



1 38 



INTRODUCTION 



14JU ι Ο υΐί rfiu jf ο y 





cs-ajro ρ ΰτ-ο ν Λ-οο ρ 



UJ jciouccfj-l-i J/cU• 





ULAJ^l ou t< C^fJU&yOL•/* 



K• 



r« τ η η û q TTï V 



'SW, 



f 



Figures 14 et 14 b's. — Alambic à deux récipients (dibicos). 
Réduction aux 2,3. 



FIGURES D APPAREILS 



i3g 



à moins qu'ils n'y soient représentés par deux signes inconnus, situés au-des- 
sous de λω-άς. En tout cas, ils concordent avec la description du texte, dans 
lequel il est dit que l'on mettait du soufre dans le matras. 

Le tube ascendant porte les mots -ωλήν Ιζ-.^,ί•/.•.ΊΖζ : tube de terre cuite. 
Le chapiteau ne s'appelle pas ί'.άλη, mais β•^•/.;ς, pour βί•/.ος : amphore. 

Les deux petits ballons destinés à recevoir les liquides distillés s'appellent 
également 3'./.(:vet tous deux portent la légende : 7.£Î;j.îviv έζάνω ■;:A;vfJcj εΙς ο 
χ-ορριΧ το ίίΐωρ -zj Oî{:j : c'est-à-dire « ballon placé au-dessus de la tablette 
rectangulaire, dans lequel s'écoule l'eau du soufre ». 

Ceci, joint à l'inscription de la λωττά;, montre que cet alambic est destiné à 
la préparation de 1' « eau de soufre ». 

Cette figure est répétée deux fois dans le manuscrit de Saint-Marc, sauf 
que les mots β•.•/.'!:ν ν.ν.^λνιζΊ sont remplacés par le pluriel βν/.ία 7.v.\j.tvx, et le 
mot zùtix par le mot ν.χύτ-ρχ : fourneau à combustion ; les mots toj Oeîsu 
manquent la seconde fois. 

Figure 1 5 (manuscrit de Saint-Marc, fol. 194, verso). — Cette figure est 
•χ ι γ^χ^ ^ ^ (η»Λ 1\Λυ 




Figure i5. — Alambic à trois récipients liriiicoi). 
Réduction aux 2/3. 



140 



INTRODUCTION 



un alambic à trois récipients (|3'./.ia),ou tribicos. Le fourneau porte ici les deux 
mots superposés: -/.a jjTpa (lieu de la combustion) et οώτα (lieu de la flamme). 
Le matras s'appelle de même : λωπάς θείου άπύρου. 

Enfin on distingue le tube ascendant, ou tube index, λιχ^νος σωί.ήν, 
c'est-à-dire tube direct du tube, descendant ou tube du pouce, άντίχειροςσωλήν, 
c'est-à-dire tube inverse (par sa direction). 

Cette figure se retrouve dans les manuscrits 2325 et 2327; dans le dernier 
avec modifications considérables : je les signalerai tout à l'heure. 

Figure 16. — Cette figure (manuscrit de Saint-Marc, fol. 194 verso, au- 
dessousde la précédente), est unalambic àcol de cuivre, χαλκίον, avec un seul 



ο~οο y\ Ιλλα/ 





ïfCLU trf "*-' 



Figure i5. — Appareil distillatoire. Réduction aux 2/3. 



tube, r(ij/,r,v, gros et fort, coudé à angle droit à sa partie supérieure et condui- 
sant la vapeur, de la /.oiri; au petit ballon. 

Figure ij- — Les deux figures précédentes sont reproduites dans la même 
forme générale par le manuscrit 2325 (fol. 84), sauf quelques variantes; 
je donne seulement le tribicos. Il existe aussi dans le manuscrit 2275 



FIGURES D APPAREILS I4I 

(fol. 57 verso). Les mêmes figures sont dessinées dans le manuscrit 2327; 




Figure 17. — Tribicos. 
(Ms. 2325) Décalque. 

mais la forme en a été profondément modifiée et s'est rapprochée de celle 
des alambics de verre du siècle dernier, que l'on emploie encore quel- 
quefois aujourd'hui. Je transcrirai ces reproductions un peu plus loin 
ifig- 37 et 38;. 

Figure 18. — Elle se trouve au folio 10 du manuscrit de Saint-Marc, entre 
la première et la deuxième leçon de Stephanus ; elle est dessinée à l'encre 





Figure 18. — Chandière distillatoirc. 

rouge et contemporaine du texte. La signification en est difficile à préciser 



142 INTRODUCTION 

avec certitude. Cependant il semble qu'il s'agisse d'une chaudière à tête 
élargie en forme de chapiteau, et destinée à distiller des liquides qui 
tombent dans un bassin hémisphérique appelé r.i'mz : la mer. Ce bassin 
est porté sur une sorte de fourneau, bain de sable, ou bain-marie. A côté 
se trouve un instrument inconnu; à moins qu'il ne s'agisse d'une forme un 
peu différente de bain de sable. Le texte même de Stephanus, soit à la fin 
de la première leçon, laquelle est purement déclamatoire et enthousiaste, 
soit au début de la deuxième leçon, lequel est relatif aux propriétés mys- 
tiques de l'Unité numérique; ce texte, dis-je, ne m'a paru fournir aucune 
lumière pour l'intelligence de cette figure. 

Figure kj . — Cette figure (manuscrit de Saint-Marc, fol. 106 verso), est 




Figure 19. — Ebauche d'alambic. 

Décalque. 

une ébauche à l'encre rouge, d'une écriture plus moderne; elle est en marge 
d'un article sur l'œuf philosophique, à côté des mots : tî Sa (ici un mot gratté, 
ώ:ϋ?)-::ύ-:5 w;j.îvAÉYS'jj'.v. Il semble que ce soit le chapiteau d'un alambic. On 
donne cette figure pour ne rien omettre. 

Les alambics etappareils distillatoires, que nous venons d'étudier, se rat- 
tachent à la tradition de la Chrysopée de Cléopâtre, laquelle en contient les 
plus vieilles figures. Mais il est un autre ordre d'appareils, destinés ceux-ci 
au traitement des métaux par le mercure, le soufre, les sulfures d''arsenic ; 
appareils qui avaient été décrits spécialement par une autre femme, Marie 
l'Alchimiste, de préférence aux appareils distillatoires (manuscrit de Saint- 
Marc, fol. 186, avant -dernière lignel. Ce sont les appareils à kérotakis, 
c'est-à-dire à palette, avec leurs fourneaux. Ces appareils n'existent pas dans 
la Chrysopée et semblent plus modernes ; ils ont joué un rôle fort impor- 
tant dans le développement historique des pratiques alchimiques. Le 
passage rappelé plus haut montre que le traité de Zosime sur les instru- 
ments et fourneaux, dont nous possédons des débris, embrassait, ainsi qu'il 



FIGURES d'appareils 143 

arrive d'ordinaire dans les matières techniques, les traités antérieurs sur la 
même question, tels que ceux de Cléopâtre sur les alambics (v. p. 137) et 
ceux de Marie sur les appareils à kérotakis et leurs fourneaux. 

Voici les figures de ces derniers : 

Figures 20 et 21. — Ces figures (manuscrit de Saint-Marc, folio 1 96 verso), 
représentent des vases à digestion cylindrique, en terre cuite (ά'γγ:ς cîTîay.'.vjv. 
vase de terre), placés sur le feu (çû-ra). 




(•vtrjTr^ (J^C 



α/γΌ iT Ο q-p QUt I pe 




Figures 20 et 21. — Vases à digestion cylindriques. — Réduction aux 2/3. 

Au-dessusduvaseétaitposéeunelameou feuille métallique, -/.τ,ρζ-χ-Δς, sur 



144 



INTRODUCTION 



laquelle on faisait fondre les matières fusibles. La forme en était tantôt en 
parallélogramme et aplatie (fig. 22I, avec les extrémités arrondies; tantôt 
trianiiLilaire (fig. 24 bis). La ν.τ,ρζττ/.ίς parait n'être autre que la palette des 
peintres anciens (i), qui y faisaient le mélange des couleurs, entr'elles et 
avec la cire ; ils maintenaient la palette à une douce chaleur, afin d'opérerle 
mélange, et aussi au moment de s'en servir. 

J'ai déjà insisté sur les analogies que l'on établissait alors ^2) entre la 
teinture des métaux et celle des étoffes. Les quatre couleurs des peintres 
grecs, d'après Pline \H. N. XXXV, 3i), étaient le blanc, le noir, le jaune, 
le rouge. Ce sont précisément les quatre couleurs des premiers alchimistes, 
de Zosime par exemple (3). Ils cherchaient à en imprégner les métaux, en 
ramollissant ceux-ci. 

Le mot ceratio (έγκήρωτ'.ς), employé par les traducteurs latins de Geber 
et qui a eu cours pendant tout le moyen âge, exprime cette dernière opé- 
ration, imitée à la fois des pratiques des peintres anciens et de la fabrica- 
tion de certains médicaments [cérats). Elle s'effectuait à l'aide du mercure, 
du soufre et de l'arsenic (sulfuré), par une digestion lente et une chaleur 

modérée (4]. 

Aux débuts, on opérait sur la palette des peintres [kérolakis] ; mais il 
fallut bientôt la pourvoir de deux appareils accessoires: l'un destiné à réchauf- 
feries mixtures (bains-marie, bains de sable, de cendre ou analogues) ; l'autre, 
à condenser les vapeurs que Ton voulait retenir. C'était d'abord une coupe 
ou tasse (φιάλη) renversée, servant de couvercle (irAr.iùiJ.c:), et dont la forme, 
modifiée graduellement est devenue le ballon ou fiole actuelle : le mot grec 
lui-même a pris peu à peuce sens nouveau, dans les textes alchimiques. D'a- 
près certaines descriptions, il semble que la lame métallique n'ait pas seule- 
ment servi de support aux produits que l'on faisait réagir entre eux et sur les 
vapeurs sublimées d'en bas; mais cette lame éprouvait dans sa propre 
matière, la transformation produite parles fondants et par les vapeurs. 

Pendant l'emploi d'un appareil disposé comme il vient d'être dit, une 



(1) Du Cange. Glossarium mediœ et 
infima' gra'citatis. 

(2) Origines de l'A Ichimie, p. 242 à 246. 



(3) Même ouvrage, p. 35, 182, 242. 

(4) Bibliotheca chemica de Manget, 
t. I, p. 540, dans le traité de Geber. 



FIGURES D APPAREILS I4D 

nouvelle circonstance se présenta nécessairement, La kérotakis n'obturait 
pas l'orifice du récipient inférieur. Elle avait même parfois une forme 
triangulaire, à en juger d'après le dessin reproduit parla figure 24 bis. Dans 
ces conditions^ les matières fusibles déposées sur la kérotakis coulaient 
à côté et tombaient au-dessous : on fut amené ainsi à placer un récipient 
(ά'γ-;':ς :-τ,:ά-/.'.ν;ν~, pour les recevoir et les empêcher d'arriver jusqu'au 
foyer. 

Il semble même que l'on ait cherché à ce moment à opérer une certaine 
séparation entre les matières solides, telles que métaux non ramollis, frag- 
ments divers, etc., et les matières liquéfiées; on y parvenait, soit à l'aide 
d'un ballon percé de trous (fig. 21), soit à l'aide d'un crible (fig. 20). 

Les produits liquéfiés qui tombaient ainsi au fond se rapprochaient sans 
cesse du foyer (φώτα). La même chose pouvait arriver au mercure liquide, 
condensé à la partie supérieure et retombant ensuite par son poids, voire 
même au soufre et aux sulfures d'arsenic fondus et coulant sur les parois, si 
la chaleur était suffisante. Mais ces dernières substances, aussi bien que 
les corps qui déterminaient la liquéfaction des métaux (mercure, soufre, 
sulfures d"arsenic et autres), en atteignant le fond, éprouvaient un nouveau 
changement. En effet, les matières sublimables contenues parmi ces corps 
et substances, lorsqu'elles arrivaient vers le fond de l'appareil, se trouvaient 
portées à une température élevée; elles se vaporisaient alors et remontaient 
vers les parties supérieures. 

Le caractère rétrograde de cette opération, qui permettait aux vapeurs 
d'attaquer de nouveau le métalou la substanceplacée sur la kérotakis, paraît 
avoir frappé les opérateurs : de là sans doute le nom de y.apy.iv:; (écre visse), 
c'est-à-dire appareil fonctionnant en sens rétrograde, donné à certains de ces 
appareils. De là aussi, ce semble, le signe de l'Ecrevisse dans la formule de 
la figure 27, signe surmonté des mots : alliage de plomb et de cuivre brûlé; 
alliage d'argent et de cuivre brûlé. L'emploi de ces sublimations réitérées, 
pour blanchir le cuivre et pour amollir les métaux, c'est-à-dire pe?• rem 
cerandam, est indiqué par les alchimistes du moyen-âge. 

Supprimons la kérotakis dans de semblables appareils et nous aurons 
Yaliidtl, instrument de digestion et de sublimation décrit dans les œuvres 
de Geber et figuré dans la Bibliothcca Chemica de Manget (t. I, planche 

19* 



14*3 



INTRODUCTION 



répondant àla page 540;. Les figures qui se trouvent dans ce dernier ouvrage 
tome I, au bas de la planclie 5, p. 988, en haut de la planche 6 à gauche, ainsi 
qu'au milieu de la planche 14, paraissent avoir une destination analogue. Je 
citerai encore les dessins qui se trouvent aux folios 179 verso, 180, 181, du 
vieux et beau manuscrit latin 71 56, sur parchemin, de la Bibliothèque 
nationale de Paris. Dans le manuscrit latin de la même Bibliothèque 7162, 
folio 64, on voit la figure d'un bain de sable iarena). Dans le manuscrit latin 
7161 (fol. 58 et fol. 1 13 verso] existe la figure d'un appareil à digestion, sur 
son fourneau. Tous ces appareils correspondent à la suite d'une même tra- 
dition technique. 

Observons ici que les appareils cylindriques pourvus de la kérotakis n'ont 
été employés que par les plus anciens alchimistes. Ils sont figurés seulement 
dans le manuscrit de Saint-Marc et dans les copies qui en dérivent; mais 
ils n'existent ni dans le manuscrit 2325, ni dans le manuscrit 2275, ni dans 
le manuscrit 2327. 

Figure 22. — Cette figure (manuscrit de Saint-Marc, fol. igS verso) est 





φ a^xjjaacay κ '-''-t' ° 'Τ-κιΛ< Uxr- 




FiouRE 22.— Bain-marie à kérotakis. — Rcduit.iux 2/3. 



aussi un appareil à digestion, appareil sphérique et porté sur trois pieds. 
Au-dessous de la kérotakis et des vases à condensation supérieurs, il y existe 



FIGURES D APPAREILS 



147 



un digesteur, distinct du foyer, et intermédiaire ; le tout fut désigné soui 
le nom de fourneau de Marie ralchimisie (i), prototype de notre bain- 
marie. 

Le digesteur dessiné sur cette même figure 22 est long d"une palme, comme 
rindiquent les mots -αλχ'.—'.αΤιν -/.ay.iv.iv. Il semble criblé de trous ; à moins 
qu'il ne s'agisse d'une ornementation superficielle. C'était là d'abord un 
bain de cendres, ou un bain de sable. Dans l'une des formules de dorure 
du Papyrus X de Leide, il est question aussi de l'emploi des cendres 
(formule 57, ce volume, p. 40). 

La palette des préparations, ο3.^\ι.τ/.ζ') γ.τ,ζζΊτ/.τ,ς [sic], offre ici de grandes 
dimensions. Elle est chauffée seulement au milieu. 

Deux coupes inférieures, placées immédiatement sous la kérotakis, l'une 
grande et surmontant une coupe plus petite, reçoivent les matières fusi- 
bles. 

Les produits sublimés sont récoltés dans deux condensateurs supérieurs, 
concentriques et successifs. L'un est appelé ΐ'.άλη (coupe) ; l'autre /.^υ.ςάνη 
(tasse). 

Figure 23. — Cette figure, imitation de la précédente avec de légères 








Figure 2,^. — Bain-marie à kérotakis uMs. 2525). 
D'aprcs décalque. 



(i) Origines de l'Alchimie, p. 171 



148 INTRODUCTION 

variantes, est reproduite d'après le manuscrit 2325, folio 84 recto. Elle 
existe aussi dans le manuscrit 2275, folio 5; verso. 

Figure 2 jf. — Cette figure ^manuscrit de Saint-Marc, fol. 196), est encore 
un appareil analogue aux précédents, sauf quelques variantes plus impor- 
tantes. 

La palette porte deux coupes inférieures vers ses extrémités. Dans la 
coupe supérieure (^ιάλη), on lit le mot βάθι; (cavité). 




Figure 24. — Autre bain-marie. — Ridiiction aux2/3. 

Figure 24 bis. — Au-dessous, se trouve la kérotakis, ou palette triangulaire. 




Figure 24 ' 



■ Kérotakis. — Réduction aux 2/3. 



C'est une seconde forme de cet instrument, distincte de celles qui sont 
représentées figures 22 et 25. 

Figure 25. —Cette* figure (manuscrit de Saint-Marc, fol. 112 en marge) 
représente une disposition différente de l'appareil à digestion sphérique. 



FIGURES D APPAREILS 



149 



Ce dessin et les deux suivants se trouvent à la fin de l'article : T;j yp'.-- 
■:•.αν:ϋ -ερ\ ij -ταΟεία; του y_p'j-z\t, en marge ; ils sont d'une écriture posté- 
rieure au texte courant et presque effacée. Ils paraissent répondre a une 
description d'appareils, qui forme le dernier paragraphe de cet article. 

A côté de la figure 2 5 se trouve le mot κάμ-'ν:; ; au-dessous on lit, en 
caractères du xvi^ siècle, une inscription devenue presque illisible, mais 
dont les lettres restées distinctes répondent sans nulle incertitude au texte 






Ycy 




Figure 2 5. — Vase à kérotakls. — Décalque. 

Les inscriptions sont reproduites ici en caractères actuels, 

mais avec l'orthograplie du manuscrit. — Réduction aux 2/3, 

suivant : y.xpvJ.tsç δ'έπΐ λ^υκώσεως ' ν.εϊτχ'. δ'ό λόγίς έ'μ,πρίσθεν ; c'est-à-dire 
« écrevisse pour le blanchiment ; l'explication se trouve au-dessus du texte 
précédent » (i). 



(il Voir plus loin la formule de 
l'Écrevisse. — Sur le sens de ce mot 



appliqué à un appareil chimique, voir 
p. 145. 



I30 INTRODLXTION 

Ce texte précis est tiré du manuscrit 1 174 du Vatican, où il accompagne 
deux dessins à peu près identiques aux ligures 25 et 27 ; sa comparaison 
avec les lettres non effacées du manuscrit de Saint-Marc ne laisse aucun 
doute sur le sens des mots formés par ces dernières. 

Le même appareil est grossièrement dessiné dans le manuscrit 2275, 
folio 57 verso, avec une inscription similaire. Il existe également dans le 
manuscrit 2325 (fol. 841, avec la même inscription, laquelle se reconnaît 
encore, quoique effacée aux trois quarts. Enfin il existe dans un manuscrit 
grec de Leide. (Voss. in-4°, n° 47, fol. 55 verso). 

Le texte que je viens de transcrire semble indiquer un appareil destiné à 
une opération rétrograde, c'est-à-dire telle que les produits tombés au fond 
par fusion remontent par volatilisation à la partie supérieure. Il est pro- 
bable qu'il s'agit de la sublimation du mercure, ou de l'arsenic, destinés à 
blanchir le cuivre, en s'alliant à lui ip. 145). 

La légende intérieure de la figure 25 est plus lisible que l'inscription 
placée à côté ; l'écriture semble également répondre au xvi'= siècle, avec un 
iotacisme poussé à l'extrême : ιιάλί remplaçant o'Shr,, y.jpG-ay.iç remplaçant 
κηροτα/.ίς, etc. 

Remarquons que ce dessin ressemble aux figures 22, 23 et 24, sauf quelques 
variantes plus compliquées. Le système repose de même sur un vase à diges- 
tion. L'une des coupes supérieures est en terre : (ά'γγος; ΐ^τράκινιν ; c'est une 
grande coupe, désignée à l'intérieur sous le nom de άς'.βάψ'.ον (saucière). 

Figure 26. — Les deux condensateurs supérieurs des figures 25 et 27 




Figure 26. — Récipients supérieurs des figures 25 et 27. 

Décalque. — Réduction aux 2/-'• — Caractères actuels. 

sont dessinés à côté séparément, avec le mot λω::άς pour le plus grand, et 
un nom abrégé pour le plus petit, situé au-dessous. Ce mot semble être 



FIGURES D APPAREILS 



i5i 



ιθμ" abréviation avec iotacisme, remplaçant ηθμέ;, couvercle percé de 
trous. 

Figure 27. — Dans ce dessin il n'y a pas de vase à digestion et l'action 
du foyer s'exerce directement. Le moty.jp:T^-/.i; est inscrit sur la portion ver- 
ticale du dessin, au-dessus du feu; mais il est probable que c'est faute de 
place pour l'inscrire sur la partie horizontale et supérieure. Cet appareil 
doit être rapproché des rigures 20 et 21, c'est-à-dire des aludels. plutôt que 
des bains-marie des figures 22, 23, 24 et 25. 




Figure 27. — Autre vase à kérotakis. 

Décalque — Rcdiiction aii\ 2/3. 
Les inscriptions sont reproduites en caractères actuels. 

Les appareils 25, 26 et 27 n'existaient pas sur le manuscrit initial de 
Saint-Marc; ils ont été ajoutés plus tard, vers le xvi" siècle, sans doute, 
d'après un autre manuscrit comparable au 232 5 (xui'^ siècle , mais qui 
n'existe plus. 

Les dessins multipliés de ces appareils à /.τ,^ζ-χν.'.:. dans les divers manus- 
crits, montrent que ces appareils ont été d'un usage étendu et prolongé. Ils 
représentent les premiers essais de bains-marie, bains de sable, et surtout 
bains de cendre, employés même aujourd'hui dans nos laboratoires pour 
les digestions. Mais c'étaient à l'origine des appareils beaucoup plus com- 
pliqués et où s'opéraient à la fois certaines séparations de substances, par 
fusion et sublimation, et certaines réactions lentes des produits fondus ou 
sublimés, entre eux, ou sur d'autres matières placées dans les appareils. — Il 
est probable qu'il serait possible de retrouver d'autres traces de ces appareils 



l52 



INTRODUCTION 



dans les pharmacopées du moyen âge; peut-être même existent-ils encore 
quelque part en Orient. Cependant il est digne de remarque qu'ils ont dis- 
paru dans le manuscrit 2327, pour faire place à des digesteurs d'une toute 
autre forme, sans doute inventés postérieurement, et que nous examinerons 
tout à rheure. 

Nous avons donné toutes les figures relatives aux appareils du ma- 
nuscrit de Saint-Marc ; joignons-en quelques autres, d'un caractère 
diiîérent. 

Figure 28. — Il s'agit d'abord de la formule de l'Ecrevisse, ou du Scor- 



(0 {--) (3) {.|) 



(5) (6) (7) !S) (η) (10) (it)(i:>)(i3) 



G-f 9 0^^^^(I[=G<.1\-^ 



tp ο j/o h 



^1 η 1 1 Γ>Λ 



Figure 2S. — Formule de l'Ecrevisse- — Réduction aux 2/3. 



pion, formule mystérieuse, qui était réputée contenir le secret de la trans- 
mutation. Elle se trouve (i) à la fin des Mémoires de Zosime {manuscrit 
de Saint-Marc, fol. ig3). Son interprétation est donnée, en même temps 
que sa répétition, sur la première page de garde du manuscrit de Saint-Marc, 
dans un texte d'une autre écriture, plus moderne (xiv siècle) que le reste. 
Le tout se trouve aussi dans le manuscrit de Leide, Voss., in-4°, n° 47, 
fol. 70. 

La première page de Saint-Marc débute parla description du traitement 
des scories, lequel paraît se rapporter au changement d'une scorie noire 
et métallique, telle que celle du plomb, en un composé blanc (carbonate 
ou sulfate\ sous l'influence prolongée de l'eau et de l'air. La description, 
écrite dans un grec barbare, se termine par ces mots : « Ainsi a été accom- 
plie avec le secours de Dieu, la pratique de .Tustinien. » [Texte grec, 
II, IV bis, appendice I). Puis viennent le nom de la tutie, ou oxyde de 
zinc impur, suivi par des mots magiques, analogues à ceux qui figurent 
dans les Papyrus de Leide, dans Jamblique et dans le manuscrit 241g. 



(i) Voir aussi manuscrits 2249, folio 
100 — 2325, folio 83 — 2327, folio 80 



et répétition au verso ; folio 220 verso. 
— Leide, Voss., n»47, fol. 70. 



FIGURES d'appareils i53 

Les voici : 

Τουτία. μαραζή. ατεν/,ήρ. αζή. -/χ^ρχ-ι-:. ;Λϊ;ρηχζν:ΐ;τ. -/ν-τΛ-.. ;j.:jyavxp. 
πΐυμάν. ίχ'.ί.χ^.-/. τεχμηριζο^ζρά. ρΐΐιυ-/. ταρήτ. yrj,-':. y;r,-y.. τ'Γ'.άλ-τ,ΐ'.ν. -χρά. 
•/.ΐλ-αχτρΊ. 

II semble que ce soient là des formules que Ton récitait au moment du 
traitement de la tutie, minerai de zinc 'mêlé de plomb et de cuivre employé 
dans l'opération de ladiplosis, c'est-à-dire de la transmutation. En effet, à la 
suite, se trouve la formule de l'Ecrevisse, surmontée de mots qui en inter- 
prètent chacun des signes (i). J'ai numéroté les signes dans la figure, pour 
donner plus de clarté aux explications. 

Le premier signe in° i) se traduit (fig. 8, PI. VI, 1. 24) par zr,\i.v.z-i ou 
σημείωτα; = notez : c'est un signe employé fréquemment à la marge des 
manuscrits, pour désigner un passage important. Au-dessus, ce signe est 
ici répété, avec le mot -αϊ; c'est-à-dire : Attention! initié. 

Le second signe n° 2) est traduit au-dessus par τ: -αν; ce qui veut dire la 
composition ou le mélange complet. Ce mot signifie aussi le molybdo- 
chalque (plomb et cuivre, sans doute associés au zinc), d'après un passage 
de Zosime. Cet alliage métallique résultait en effet de la réduction de la 
cadmie ou de la tutie impure, substance dérivée du grillage de certains 
sulfures métalliques et qui semble avoir été désignée parfois, en extension 
d'une dénomination appliquée à ces sulfures eux-mêmes, par le nom de 
magnésie. On peut le conclure avec probabilité, d'après un passage de 
Geber sur les esprits ou matières volatiles, et d'après quelques textes 
des alchimistes grecs. 

Le troisième signe in" 3' est celui du cuivre. Il est traduit au-dessus 
par yx\v.z\) !î; : la rouille du cuivre. On introduisait sans doute cette 
rouille dans le mélange contenant de la tutie, avec l'intention d'y aug- 
menter la dose du cuivre : ce qui rapprochait la teinte de l'alliage de la 
couleur de l'or. 



(i| J'ai déjà donné cette interpré- I — Mais la lecture actuelle est plus 
talion : Origines de l'Alchimie, γ. 348. I correcte. 

20* 



1 54 INTRODUCTION 

Le quatrième signe (n» 4) répond à celui du cuivre, deux fois répété 
et assemblé par le signe du plomb ; ainsi que le montre la traduc- 
tion superposée : ;Λ:Λ'.6ί-/αλ•/.:ς ■/.ε•/.αυι;.έ-/:ς, molybdochalque (cuivre-plomb) 
brûlé. 

Le cinquième signe (n" 5 est celui de l'Ecrevisse, ou du Scorpion, pourvu 
de huit pattes antérieures. Dans certains manuscrits (Saint-Marc), la queue 
se termine par un dard, à la façon du Scorpion; dans d'autres (2325 et 2327 
par exemple!, par un demi-cercle, formant une sorte de pince. Ce signe 
porte au-dessus les mots : άργυρ:χαλ-/.;ς ν.εκχυμένίς /.α; τΕττηγμΕνΐ;. Mais le 
dernier mot correspond au sixième signe. Le tout veut dire argyrochalque 
(cuivre-argent) brûlé et fixé. 

Le signe de l'Ecrevisse se rapporte probablement à l'opération par laquelle 
on préparait un semblable alliage, formé avec le cuivre uni au plomb que 
Ton prétendait changer en argent, sans doute en le blanchissant de façon à 
lui donner la couleur de l'argent. Si cette interprétation était acceptée, il s'a- 
girait d'un blanchiment par le mercure ou par l'arsenic, blanchiment opéré 
par sublimationet opération rétrograde dans l'appareil appelé καρκίνος, lequel 
est représenté par la figure 25. On justifierait ainsi le signe de l'Ecrevisse, 
appliqué à la fabrication de l'alliage actuel. 

Le septième signe (n° 7) est traduit par έ;Αέρ'.τος (divisé en parties ?), 
mot dont le sens est incertain. 

Le huitième signe (n" 8) par opayiAz"; : dragme (poids). 

Le neuvième signe (n° 9) signifie 14, et s'applique probablement air poids 
dont l'unité vient d'être indiquée : soit 14 dragmes. 

Le dixième signe in° 10) est une abréviation, traduite par τίταν:; -/αλκος το 
χδν ΐίτρακιν : chaux-cuivre (peut-être en un seul mot), toute la coquille ide 
l'œuf philosophique). 

Le onzième signe (n° 1 1) est traduit par ts -3v ϊττρ^κιν, qui répète les der- 
niers mots du signe précédent. 

Le douzième signe (n° 12) est traduit par τίτανος et est suivi par 

Le treizième (n" i3) χαλκοϋ : de cuivre : mot à mot, chaux de cuivre. 

Puis viennent en caractères ordinaires, les mots : νιήια; [Αακάρ'.ος : celui 
qui aura compris sera heureux. 

Dans cette formule, il s'agit de divers alliages et oxydes métalliques, ainsi 



FIGURES d'appareils i55 

que de l'œuf philosophique. Mais elle ne présente pas par elle-même un sens 
défini. C'était sans doute un mémento hiéroglyphique, destiné à être complété 
par des explications orales. Elle figure dans un traité de Zosime, et semble 
le dernier débris d'un ancien symbolisme, antérieur aux écrits alchimiques 
explicites que nous possédons, et qui représenterait le mode le plus ancien 
de la transmission traditionnelle de la science :v. p. iSj). Le sens a dû s'en 
conserver longtemps par tradition orale, comme le prouve le fait même de 
sa transcription sur la première feuille de garde du manuscrit, avec des 
formules magiques, que l'on prononçait sans doute pendant certaines des 
opérations. Une partie de ces dernières est même indiquée par le texte qui 
précède, lequel semble relatif au traitement des scories de plomb ; puis 
viennent les mots magiques et la formule. 

Au-dessous, toujours sur la même page de garde, se trouve reproduit un 
passage correspondant d'Olympiodore sur les scories : « Sachez que les 
scories dont on parle ci-dessus sont tout le mystère, etc. ». Ce passage est 
imprimé dans le Traité d'Olympiodore [Texte grec, II, ivl et on a donné en 
appendice Texte grec, II, iv bis] le texte même qui le précède. 

Voici le moment de rappeler les signes magiques de la Chrysopée de Cléo- 
pâtre [figure II), placée précisément en tête du traité de Zosime, à la fin du- 
quel figure la formule de l'Ecrevisse. Ces signes, en effet, comparés à la for- 
mule, donnent lieu à quelques rapprochements utiles à noter. On y remarque, 
par exemple, un grand croissant pourvu de huit appendices linéaires, qui 
rappellent étrangement le signe de l'Ecrevisse. La signification de ce dou- 
ble croissant semblerait dès lors la même ; c'est-à-dire qu'il représenterait 
la transformation (fixation) du cuivre amalgamé ou arsénié en argent, au sein 
d'un appareil à marche rétrograde. Le signe même de l'argent, ou plutôt 
celui du mercure, serait alors exprimé par le croissant régulier et sans appen- 
dice, situé à côté. Doit-on voir aussi dans les signes de la Chrysopée placés 
à côté du serpent, les symboles (3) et (4) du cuivre et du molybdochalque de 
le formule de FEcrevisse ? Quoi qu'il en soit, il y a là un rapprochement 
singulier et digne d'intérêt, au point de vue de la filiation historique des 
symboles alchimiques. 

Figure 29. — Cette figure (manuscrit de Saint-Marc, fol. ig3) reproduit 
deux alphabets magiques ou cryptographiques, à demi effacés, avec leur tra- 



1 56 INTRODUCTION 

duction [telle qu'elle est donnée dans le manuscrit). Au-dessus du premier 
se trouve le mot : ελ'.νηκα, c'est-à-dire (lettres) helléniques, écrit avec l'al- 
phabet correspondant. Au-dessus du second : ΐεριγλυ^'.ν.ά, c'est-à-dire (lettres) 
hie'roglj'fiques, écrit de même. A côté, 'en marge, le mot άλιάβητ:;, écrit 
avec les lettres du premier alphabet. 






Figure 20. — Alphabets magiques. — RiiJuction à 1/2. — D'après décalque. 



En réalité, aucun de ces alphabets n'a rien de commun avec les hiéro- 
glyphes. Ce sont simplement deux alphabets cryptographiques, formés 
avec des lettres grecques plus ou moins défigurées, mais sans modification 
dans leur nombre ou leur valeur. 

11 existait un grand nombre d'alphabets analogues au moyen âge. On 
trouve notamment une page entière d'alphabets de ce genre dans le 
manuscrit 2419, folio 279. Le premier alphabet de ce folio ressemble 
beaucoup au premier du manuscrit de Saint-Marc, donné plus haut; le 
sixième du manuscrit 2419 ressemble aussi, quoique d'un peu plus loin, 
au second du manuscrit de Saint-Marc. Les alphabets du manuscrit 2419 
semblent, d'après leur traduction superposée en lettres rouges presque 
efiacées, répondre à l'alphabet latin de préférence à l'alphabet grec. 

C'étaient là en réalité des jeux d'esprit individuels, plutôt que des 
alphabets usuels. En tout cas, il m'a paru intéressant de reproduire les 
spécimens ci-dessus, surtout le premier, qui se retrouve à peu près pareil 
dans deux manuscrits dissemblables de composition et d'origine. 

Figure 3o. — Cette figure (manuscrit de Saint-Marc, fol. 102 verso) 
représente le Labyrinthe de Salomon, avec un commentaire en vers ; 



FIGURES D APPAREILS 



07 



le tout d'une encre et d'une écriture plus modernes, probablement du 
χιγβ siècle. 




Figure 3o. — Labyrinthe de Salomon. — Réduction à 1/2. 

On donnera ailleurs [Texte grec, I, xxj ce commentaire. 

Figure 3 1. — Cette figure (manuscrit de Saint-Marc. fol. 51 estTun symbole 




Figure 3i. — Symbole cordiforme. — Dccalque. 

cordiforme, avec les signes de l'or, de l'argent, et peut-être d'autres métaux ( i ); 



|i) Le cercle droit d'en bas renferme j la figure actuelle,par suite d'un accident 
dans le manuscrit quatre signes mal de gravure, 

définis, dont un 7 , lequel a disparu dans I 



1 58 INTRODUCTION 

il se trouve à côté de la première ligne de Stéphanus, écrit à l'encre 
rouge ; il est contemporain du texte. Il semble que ce soit là un symbole 
de Part de fabriquer Tor et l'argent. On croit utile d'en rapprocher la 
figure suivante. 

Figures 32 et 33. — C'est un dessin mystique, formé par l'assemblage de 
divers signes destinés à représenter une opération chimique; on dirait une 





Figure 32.— Dessin mystiqne (2327). Figure 33. — Deesin mystique (2325). 

Décalque. Décalque. 

sorte d'équation chimique, analogue aux équations atomiques et renfer- 
mant comme les nôtres les symboles des corps intervenants. Elle se trouve 
au folio 47, verso, du manuscrit 2327, vers la fin de la troisième leçon de 
Stéphanus, vis-à-vis des mots : :!<-::; iz-Vi s έτήσ'.ις c ■;:apcpiji.:ç i ::ΐλύχρωμΐς. 
« C"est la pierre étésienne, le support polychrome (des teintures?). » Puis 
vient tout un développement mystique sur la pierre philosophale. 

Le relieur du manuscrit, au xvi« siècle, a coupé une partie de la branche 
gauche du dessin. Mais il n'y avait là rien de particulier, comme le montre 
le manuscrit 2325 qui contient la même figure (fol. 46, verso). On a re- 
produit cette dernière à côté (fig. 33). 

Telles sont les figures fournies par le manuscrit de Saint-Marc et les 
dessins congénères de ces figures, reconnus dans les autres manuscrits. 



Figures du manuscrit 2327. 

Etudions maintenant les figures propres du manuscrit 2327, en commen- 
çant par les figures mystiques. 
Figure 34. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 196) est celle du serpent 



FIGURES D APPAREILS 



09 



Ouroboros (i), en tête d'un article reproduit dans le Texte grec Ί, v). Il est 
formé de trois cercles concentriques, comme la figure supérieure de la Chry- 
sopée de Cléopâtre ; mais de plus il a ici trois oreilles et quatre pattes. La 
tête, les oreilles et l'anneau extérieur sont peints en rouge vif [rrr] ; le blanc 




Figure 34. — Serpent Ouroboros. — D'après décalque. 

de l'œil est blanc, la pupille noire ; le premier anneau est écailleux. Le second 
anneau (moyen) est écailleux et jaune [jjj]. L'anneau intérieur est d'un vert 
continu (vv), ainsi que les pattes. Ces couleurs d'ailleurs ne répondent pas 
exactement à une description de Stéphanus (Lettre à Théodore), d'après 
laquelle l'origine de la queue est blanche comme du lait ; le ventre et 
le dos, couleur de safran, la tête noir verdâtre. Il devait y avoir bien des 
variantes. 

Au folio 279 du même manuscrit se trouve une seconde figure du serpent, 
avec un teste un peu différent : celui-ci n'a que deu.x anneaux ou cercles ; 
ses écailles sont mieux marquées. 



(i) Origines de l'Alchimie, p. Sg et 256. 



1 6ο INTRODUCTION 

Figure 35. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 297 verso) représente le 
signe d'Hermès, assez informe; le folio a été remonté sur une bande 
blanche. 




Fir.LRE 35. Figure 36. 

Signe d'Hermès. Images géométriques. 

Décalque. . Décalque. 

Figure 36. — Cette figure renferme quatre images géométriques, desti- 
nées à commenter le texte du folio io6 recto (manuscrit 2327}. Elles 
existent aussi au manuscrit 2325 (fol. 1 1 1), au manuscrit 2275 (fo). 78 
verso), etc. 

Les figures qui suivent concernent des appareils nouveaux, dont il con- 
vient de comparer soigneusement les formes avec celles des figures corres- 
pondantes du manuscrit de Saint-Marc. 

Figure 3γ. — Cette figure (manuscrit 2327, folio 81 verso) contient deux 
alambics et deux vases à digestion. 

1° A gauche, on voit l'alambic à trois pointes [tribicos), dont la forme 
générale (sauf le nombre de becs) s'est rapprochée de celle des alambics 
modernes en verre, usités au siècle dernier, et dont on fabrique encore 
aujourd'hui quelques échantillons. 

Le matras ou chaudière porte d'ailleurs la même inscription que la 
figure i5 (λω-άς θείου olt.ùçiz-j : matras contenant le soufre apyre) ; il est posé 
de même sur le feu (φώτα). 

Le chapiteau est surmonté du mot yxK/J.z-i (vase de cuivre), et les trois 
tubulures sont figurées cylindriques : l'un des trois récipients a été coupé 
par le relieur. 

2° A côté se trouve un alambic à un seul bec, posé sur un fourneau 
(•/.α(;.ήνιον, sic) ; la forme générale en est la même. On doit le regarder comme 



FIGURES D APPAREILS 



l6l 



équivalent à celui de la figure i6; à cela près que le tube de ce dernier 
(σωλήν) est remplacé par un chapiteau (χαλκιιν). 

On donnera tout à l'heure une iigure similaire (fig. 38), d'après le manus- 
crit 2.127 fol. 221] ; laquelle n'est pas identique à la précédente et se rap- 
proche de celle de Saint-Marc, plutôt que de nos alambics actuels. 




'Sn 













Figure 37. — Alambics et Vases à digestion. 



Par contre, la forme de l'alambic est devenue à peu près identique à celle 
de nos vieux instruments (en verre), dans la figure, unique d'ailleurs et mal 
faite, du manuscrit 2252, copié au xvn« siècle. Dans ce manuscrit, au-des- 
sous des trois cercles concentriques et au début des Mémoires authentiques 
(γνή-•.χ ΰ-:;Λνή;ΛΛτα) de Zosime, on aperçoit un alambic (3'J"''•:; Ji/.iv:;), sur 
un foyer (-/.αύ-τρ), et un récipient condensateur à col étroit, /.c-i; ή ά'γγος 
c-îVî5-:o;j.:v [sic]. On voit qu'il y a de légères variantes dans les inscriptions. 

3° A gauche et en bas, dans la figure 37 du manuscrit 2327, se trouve un 

21- 



102 INTRODUCTION 

appareil à digestion ou à cuisson, formé d'une fiole sur un bain de sable, 
chauffé par un fourneau v~^?)• 

La fiole est désignée par un mot coupé en deux par le relieur, et terminé 
par les syllabes τητ'.ς, tel que. ϊτ.-τ,^ι: (cuisson . L'inscription qui désigne le 
fourneau est également coupée en deux; mais on lit sur les trois lignes 
superposées les syllabes finales λχ•. — χΧζί — μίν.ιν. Il est facile de recon- 
naître ici l'inscription de la figure 22 : ijzx) λαι (j-i) αΐΐν (y.rz)' μίν.ςν. 

Il paraît donc que c'est là l'équivalent du bain de cendres, destiné à 
chauffer la palette ou ν.τ,ρζτχν.ίς. Mais la palette est tombée en désuétude et les 
opérations effectuées à l'Origine avec son concours ont été simplifiées dans 
le cours des temps, et réduites à de simples digestions ; celles-ci sont 
opérées également sur un bain de sable ou de cendres. La matière même, 
au lieu d'être placée sur une palette métallique, est déposée soit sur une 
pièce plate (fig. 38) ou conique (fig. 37), au-dessous du bouchon, soit même 
au fond de la fiole. Dans ces conditions, l'emploi de la palette constituait 
une complication inutile. 

4° C'est ce que confirment le dessin et l'inscription placés à droite de la 
figure 37. Nous avons ici une fiole, le mot ΐυάλη [sic] ayant passé du sens 
ancien coupe au sens moderne _;îo/e. 

Cette fiole est surmontée d'un bouchon ou tête, assez ^compliqué, au- 
dessous duquel il semble qu'il reste quelque indice de la kérotakis, sous 
l'apparence d'une pièce conique peu distincte. Le tout est enfermé dans une 
enceinte, formée d'un cylindre inférieur, posé sur le fourneau, καμήν.ιν [sic), 
et d'une coupe hémisphérique renversée, qui constitue le haut du cylindre. 

Il serait difficile de reconnaître à première vue que cet appareil a rem- 
placé celui de la figure 25, ou plutôt ceux des figures 20 et 21 ; car la kéro- 
takis a disparu. Mais la filiation des appareils résulte des inscriptions qui 
les accompagnent. En effet, on lit au-dessus du dessin (4°) de la figure 37, 
les mots : •/.αρν.ινοειδές vM-a'. oï ï λόγος εμ-ρισΟεν ; c'est-à-dire la même inscrip- 
tion que sur la figure 25. Ce serait donc là encore un appareil à digestion 
et distillation rétrograde, dans lequel les produits sublimés retombent sur 
la matière inférieure qui les a fournis : ainsi qu'il arrÎA'erait dans un appa- 
reil disposé pour blanchir le cuivre par la sublimation réitérée du mercure 
ou de l'arsenic (p. 145]. 



FIGURES D APPAREILS 



l63 



Ajoutons qu'on lit au-dessous de l'ensemble de ces appareils la formule 
mystiques des opérationsqui s'y accomplissaient : « en haut les choses céles- 
tes, en bas les terrestres ; par le mâle et la femelle TiEuvre est accomplie » 
(manuscrit 2827, fol. 81 verso) : ά'νω τα ουράνια, -/.άτω τα έ-ιγηία, ο: 'άρενος ν.Άΐ 
Οήλϊΐ; -ληρούμενίν τΐ έ'ργίν. 

Figure 38. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 221 verso) reproduit le 
dessin de la tigure 3j, sauf variantes. 



^ 2 







^«^«^u. 



Figure 3S. — Alambics et Vases à digestion. 



1° Le dessin à gauche et en haut \tribicos) est à peu près le même. 

2° Le dessin de l'alambic à un seul bec offre une variante, qui le rapproche 
de la figure 16. Cette forme existe aussi, grossièrement dessinée, dans le 
manuscrit 2275 (fol. 57 verso). 

3° Le dessin de la fiole à digestion, reporté ici tout-à-fait à gauche, est 
à peu près le même que dans la figure 37. 

4° Mais le dessin voisin est un peu différent. Le bouchon de la fiole 
offre des traits dissemblables, et peut-être un dernier reste de lame hori- 
zontale, répondant à la kérotakis. Il porte d'ailleurs la même inscription, 
caractéristique d'un appareil à opération rétrograde, que la figure 37 ; sauf 
la substitution du mot y.u-xyzj (ailleurs) au mot ϊ\ι.τ.ρζ7<ΐνκ 



164 



INTRODUCTION 



50 A gauche, en bas, un vase à digestion {aludel mal fait ?) sur un 
grand trépied, avec l'inscription : v,'îjv tî r.xpl•) y.ay.iv.:•/ ίζ-\•ι ναρ.'.'ίζν.Ιϊζ ζ 
λ:ν;ί y.ErTz;. « Le présent fourneau est rétrograde; la description est ici. » 

iV.p. 134.: 

Figure 39. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 289 versol, répétée deux 
fois, est un alambic à tubulure unique. 




Figure 3o. 

Petit alambic. 

Décalque. 




FlGlRE 40. 

Alambic deSynésins 

Décalque. 



FlGlRE 41. 

Alambic de SynésitiB 

(Ms. 2325.) Décalque. 



Figure 40. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 33 verso), fait partie de 
l'ouvrage de Synésius et répond exactement au texte de l'auteur : c'est l'une 
des plus intéressantes, en raison de la date de cet ouvrage (iv" siècle). Elle 
représente un alambic, sur une marmite servant de bain-marie (λεβ-ί;;), portée 
elle-même sur un trépied. Elle rappelle tout à fait la disposition de nos appa- 
reils modernes. 

A côté se trouvent les mots caractéristiques : ':rixp\j.i'lt-:x: τω βί-αρίω 'Λ'κ'.ίζί 
:ργαν:ν r/(ov ;^.α7τά:'.:ν. « On ajuste au matras inférieur (βιτάρ'.ιν) un instru- 
ment de verre, en forme de mamelle [[j.xs-ip'.s'i). » Cet instrument est muni 
d'une gorge, ou rainure circulaire, destinée à récolter les liquides con- 
densés dans le chapiteau et à les conduire dans la tubulure qui aboutit au 
récipient. C'est un appareil qui est encore en usage aujourd'hui. Le sens 
jusqu'ici obscur des mots βιτά,ΐ'.ΐν et \).xz-.ip:z'i se trouve précisé par ce texte 
et cette figure. 

La figure manque d'ailleurs dans le manuscrit de Saint-Marc, quoique 
le texte soit le même ; mais elle existe dans le manuscrit 2325 \\\\\^ siècle). 
Le manuscrit 2275 la reproduit ifol. 16). 



FIGURES d'appareils I 65 

Figure 41. — Elle reproduit le dessin fort élémentaire du même alambic, 
d'après le manuscrit 2325. 

Tout ceci est fort important pour l'histoire de la distillation. A l'origine, 
on distilla le mercure, en le condensant simplement dansun chapite au posé 
sur un pot Dioscoride, Pline). Ce n'est que plus tard que l'on adapta une 
gorge à la partie inférieure, pour empêcher les liquides condensés de 
retomber dans le pot; puis cette gorge fut pourvue d'une tubulure, destinée 
à conduire au dehors le liquide condensé. On voit par le texte et par la ligure 
conforme de Synésius que ces progrès étaient réalisés dès la fin du iv« siècle 
de notre ère. Rappelons que Synésius, dans une lettre à Hypatie, publiée 
parmi ses œuvres connues, a décrit aussi Taréomètre, œuvre d'une science 
déjà avancée. 

Figure ^2. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 112 verso), répétée deux 
fois, est une simple fiole. 




Figure 42. — Fiole. Figure 43. 

Décalque. Alambic 

avec six appendices 
Décalque. 



Figiirej[3. — Cette figure (manuscrit 2327, fol. 184 verso;, malheureu- 
sement coupée par le relieur, se trouve vers la fin du poème de Théophraste. 
On y discerne un alambic, mais avec un appendice supérieur, fort singulier 
dont la position rappelle la -/.^.îCTa•/.•!;. Il est muni de six lignes verticales, 
répondant au texte suivant : ιέ::ντζ; τίι; ïz -,<-•>•ιχ~ ώς τίγ^,α [sic) ;άγ:ζ'.. « Por- 
tant six ceintures [enveloppes) pour absorber la matière fondue.» 



1 66 INTRODUCTION 



Figures du manuscrit 2325 

Les figures du manuscrit 2325 sont très intéressantes parce qu'elles 
répondent à une époque intermédiaire (xni= siècle) entre celui de Saint-Marc 
et le n" 2327 de Paris. Elles sont en général conformes à celles du manuscrit 
de Saint-Marc, bien que le manuscrit 2325 n'en dérive certainement pas 
directement, comme je le montrerai. Il résulte de cette double circonstance 
que la date des dessins du 2325 est antérieure à la copie actuelle du manu- 
scrit de Saint-Marc, et même à la date de ses prototypes immédiats ; cepen- 
dant ils doivent dériver tous les deux de quelque source commune et plus 
ancienne. Quant au détail, le nombre, la forme et la dimension des parties 
des appareils sont assez différents, pour quelques-uns du moins. Le manu- 
scrit 2325 contient en plus l'alambic de Synésius, figure 41, et le dessin 
(fig. 33) mystique de la 3" leçon de Siéphanus. Par contre, les appareils à 
digestion y sont moins multipliés. 

Nous avons donné les figures essentielles de ce manuscrit, telles que : la 
figure 41 (fol. 23 verso) représentant l'alambic de Synésius, avec la chau- 
dière (λέ6ϊ;ς), et le feu (τ^Ορ). 

La figure 17 (tribicoç), est analogue à celle du manuscrit de Saint-Marc 
(fig. i5). Toutefois les dimensions relatives du matras à soufre (λωττάς 6£Î:j 
άττύρου), du tube vertical, du condensateur supérieur et des ballons qui 
recueillent le produit distillé sont différentes; le dessin de l'un de ces bal- 
lons a même disparu. — En outre, le mot τ.Χιρ (feu) a remplacé καύσ-ρα 
(foyer). La figure du tribicos, de même que toutes celles du manuscrit 2325, 
est beaucoup plus grossière que celles du manuscrit de Saint-Marc. 

A côté se trouve également, très grossièrement dessiné, l'appareil distil- 
latoire à large tube de cuivre (χαλ•/.ί:ν), de la figure 16; mais j'ai jugé inu- 
tile de reproduire ce dessin du manuscrit 2325. 

Au-dessous du tribicos, on voit la figure 23 donnée plus haut : c'est celle 
d'un appareil à kérotakis, analogue à celui de la figure 22. Mais le fourneau 
(παλα'.-τ'.αΤον καμ.{νΐίν) est plus petit et les condensateurs supérieurs (φιάλη), 
sur l'extérieur, sont plus gros. Les ponctuations, indicatrices de trous sur 



FIGURES d'appareils I 67 

le bain-marie, couvrent un espace bien moindre. Le mot de kérotaivis n'y 
figure pas. 

Enfin, au-dessous du τωλήν et du ■/xKyL••!, on voit un autre appareil à 
k,érotakis, reproduisant le χαΐκίνις de la figure 25, avec des variantes trop 
légères pour que j'aie cru utile de le donner. 

On remarquera que les figures sont moins nombreuses dans le manus- 
crit 2325 que dans le manuscrit de Saint-Marc ; elles sont d'ailleurs concen- 
trées en tête du mémoire de Zosime, dans le manuscrit 2325 aussi bien que 
dans le manuscrit 2327. Ce mode de distribution est évidemment plus 
moderne que celui du manuscrit de Saint-Marc. 

Figures des manuscrits de Leide. 

L'histoire des appareils alchimiques tire une nouvelle lumière de l'exa- 
men des manuscrits alchimiques grecs de Leide. L'un d'eux (Codex Vossia- 
nus, in-40, n" 47, fort mal écrit d'ailleurs, reproduit presque toutes les 
figures du manuscrit de Saint-Marc, entre autres : 

Nos trois planches I, II, III (fig. 3, 4, 5), sauf quelques inversions; 

La Chrysopée de Cléopâtre de la figure 1 1 ι fol. 49 verso) ; 

La double figure 14 et 14 bis du dibicos (fol. 5o verso) ; 

La figure i5 du tribicos ifol. 5i verso) ; 

La figure 16 de l'appareil distillatoire ι fol. 5i verso); 

La figure 18 de la chaudière distillatoire (loi. 58 recto); 

Les deux appareils cylindriques de nos figures 20 et 21 (fol. 53 verso); 

Les kérotakis de nos figures 22 et 24 (fol. 52 verso); 

La palette de la figure 24 bis (fol. 53 recto) ; 

La figure 25 du vase à kérotakis, portant à côté le mot /apy.'.vîe'.îàç (fol. 
55 verso); 

Les récipients de la figure 26 (fol. 55 verso); 

Le vase à kérotakis cylindrique de la figure 27 (fol. 55 verso) ; 

La figure 3i corditorme (fol. 5i recto); 

La formule magique de l'Ecrevisse (fig. 28), avec son explication (fol. 70 
recto), fidèlement copiée. 



1 68 INTRODUCTION 

Il est clair qu'il s'agit dans tout ceci d'une simple copie, directe ou indi- 
recte, des figures du manuscrit de Saint-Marc. 

L'autre manuscrit de Leide est noté xxui. Ru. G (ayant appartenu à 
Ruhnkenius); il a été écrit au xvu« siècle et est fort analogue par sa table, 
laquelle forme une grande partie de son contenu, à notre manuscrit 2327. 
Il en reproduit textuellement tout le tableau des signes, c'est-à-dire les cinq 
pages qui forment nos figures 6 à 10, planches IV à VIII. 

Aux folios 21 et 22, il renferme diverses figures pareilles, avec des 
variantes dans les inscriptions et dans les dessins, dont quelques-unes fort 
importantes. Je vais les signaler : 

Folio 2 1 : alambic de Synésius, conforme à la figure 40 ci-dessus; mais 
il porte quatre mots, au lieu du seul mot λέβης inscrit au manuscrit 2327, 
mot qui se retrouve d'ailleurs aussi sur la marmite, dans le manuscrit Ru. 
On y lit en outre : '/mt.x; sur le matras, ΐ'.άλη sur le chapiteau, ΐ;-/εΐ;ν sur le 
récipient. 

Au-dessous on voit 5 dessins intéressants, savoir, degauche à droite : 

1° Un alambi; à une pointe, correspondant à celui des figures i3 et 
3-. Il porte les mots ■/.7.\ι.[ψ.ν> sur le fourneau, λω-ά; sur le matras. La forme 
du chapiteau indique très nettement que c'est une fiole renversée, dont le col 
entoure celui du matras, les lignes des deux cols n'étant pas confondues. — 
Cette différence ne m'a pas paru assez grande pour exiger la reproduction 
du dessin. 

2° Un alambic, sans chapiteau, mais à large tube, répondant à celui des 
figures 16 et 38. On y lit les mots 7.a;j.Îv'.:v sur le fourneau, ΐ'.άλη sur le matras, 
-/αλκείΐν [sic] sur le gros tube; le récipient n'a pas de nom. Ces mots ne" 
coïncident pas exactement avec ceux des figures 16 et 38; ce qui montre 
que le manuscrit Ru. n'a pas été copié directement sur les nôtres. 

3° Au-dessous de ce dessin, un matras à digestion (ΐ'.άλη), sur un bain de 
sable, chauffé surun fourneau (πΛλχυτιαΐιν/.αι^.ίνιον), avec l'indication ;--r,7iç, 
comme dans la figure 37. 

4° Une fiole à digestion, recouverte d'une sorte de cloche, reproduisant à 
peu près identiquement la fiole de la figure 38, avec les mêmes appendices à 
la partie supérieure ; appendices dérivés, comme je Fai établi, de la kérotakis 
(fig. 22 et 25). La seule inscription qui existe dans ce dessin est placée sur le 



FIGURES d'appareils I 69 

fourneau : v.x[j.l•/::•/ 7:χλα•.-τ'.αΤ;ν. Ces mots confirment l'opinion qu'il s'agit 
d'une transformation de l'appareil des figures 22 à 25. 

50 Enfin, à la droite on voit le petit trépied de la Chrysopée de Cléopâtre 
(fig. II). Au-dessoussont les mots έν β:λ!ίτ:•.ς 'dans le fumier . Ces mots sont 
caractéristiques. En effet, ils montrent qu'il s'agit d'un appareil destiné 
à être maintenu en digestion à une douce chaleur, au milieu du fumier en 
fermentation. Cet appareil est posé sur un trépied et parait identique à celui 
qui est dessiné à gauche, au-dessous du tribicos, dans la figure 38. 

En somme, ces cinq dessins sont les mêmes que ceux des figures Sj et 38; 
ils répondent à ceux des figures 1 2 et 1 3, lesquels sont eux-mêmes des dérivés 
faciles à reconnaître des dessins de la figure 1 1 ;Chrysopée de Cléopâtre. 

Toute la filiation des figures apparaît ainsi, de plus en plus clairement, 
grâce au détail des dessins et des inscriptions. 

L'étude des dessins de la feuille 22 du manuscrit XXIII Ru. 6 de Leide 
permet de pousser plus loin et d'établir d'une façon directe la relation entre 
les appareils des alchimistes grecs et ceux des Arabes, tels qu'ils figurent 
dans les ouvrages de Geber. Ces dessins sont une sorte de doublets de ceux 
de la feuille 2 i ; précisément comme dans le manuscrit 2327, les dessins de 
la figure 38 (fol. 221 verso) sont les doublets de ceux de la figure 37 (fol. 81 
verso). Cette répétition du même système d'appareils, qui semblerait à 
première vue due à une inadvertance du copiste spécial du manuscrit 2327, 
doit en réalité résulter d'une répétition plus ancienne, puisqu'elle se 
retrouve dans un manuscrit en somme assez différent, quoique de même 
famille. Décrivons ces dessins du manuscrit Ru. de Leide. 

On y voit: 

1° Un tribicos, avec son matras (λω-ά; θείιυ x-jpz'j), son chapiteau {'/x'/<- 
■/.sisv), ses trois tubulures et récipients, et son fourneau (καμ.ίν.ΐν). La Jonction 
du chapiteau au matras indique très clairement, comme plus haut, l'emboi- 
tement de deux vases tout à fait distincts. 

2° A droite, le dessin d'un alambic à une seule tubulure, reproduction du 
numéro i" de la série précédente, c'est-à-dire des figures i3, 37, 38, portant 
notamment les trois inscriptions du dessin central de la figure 37. 

3" Au-dessous, à gauche, le matras (λωττάς) à digestion (Η-τηΐ'.ς), posé 
sur le -αλα'.ΐτ'.α';•/ y.xjj.iv.cv. 

22* 



INTRODUCTION 



170 

4" Les deux dernières figures sont si caractéristiques, que je vais les 
reproduire. 
Figure. 44. — Vase à digestion. 





Figure 44. — Vase à digestion, — D'après un dessin. 

La figure de droite reproduit l'appareil à digestion des figures 3- et 38, 
placé de même sous une enveloppe générale en forme de cloche. Pour plus de 
précision, je remarquerai que mon dessinateur a raccourci les petites oreilles, 
situées à droite et à gauche de la lettre β. Dans le manuscrit, ces oreilles 
s'étendent jusqu'à l'enveloppe et la touchent, de façon à marquer la divi- 
sion de cette enveloppe en deux portions superposées, telles qu'elles sont 
dessinées en effet dans les figures 37 et 38. Cette enveloppe générale 
semble avoir été symbolisée par la dénomination de l'œuf philosophique. 
D'autre part, les trois portions intérieures de cet appareil à digestion sont 
dessinées à côté, séparées^et superposées, de façon à en montrer nettement 
tout l'ajustement. 



FIGURES D APPAREILS lyi 

Avant d'en discuter la signification, donnons les inscriptions corres- 
pondantes. Elles sont d'une grécité de très basse époque. Sur le dessin de 
droite, la panse du matras y porte les mots : gjj.i'.cv ενε τ;ΰ-3 μ.ετά τρία -/.iiJ.a- 
τ•.α [sic], c'est-à-dire : « ceci reproduit les trois segments séparés du dessin 
qui est à côté. » 

Sur le fourneau, on lit : έν βιλβίτ:'.; ■/.ay.iviGv, c'est-à-dire :« fourneau en- 
touré de fumier. " 

Au-dessous de l'ensemble de ce dessin : ν.χρ-λνιον.οϊς y.st-ai oà ό λίγις à'jj.- 
zpuOcV :« appareil rétrograde; la description est au-dessus. » — Rappelons 
que ces mots caractéristiques se trouvent à côté du matras analogue des 
figures 3j et 38 et de l'appareil à kérotakis de la figure 25. 

Sur le côté, on lit, inscrits verticalement, les mots : έναταλωνάτι οιλίαζη 
Y.xix -χ τρία 7.ΐ|;.άτ'.α, c'est-à-dire : « dans les trois segments, on ramollit et on 
combine 'les matières) ». 

Venons au dessin de gauche, qui représente les trois segments séparés, 
avec lettres correspondantes. On lit à côté, inscrits verticalement, les mots : 
-οι)- ' έ[Α-νέϊ;ς το ά'λ:ν y.al τ: ά'λ:ν ένατάλω ή -ρώ-:ς, οεύτεριν, -ρίτον [sic] ; 
c'est-à-dire: «voici l'un des vases où l'on évapore, et l'autre où Ton ramollit; 
c'est-à-dire le i^'', le 2=, le 3= (segment). » 

Ces inscriptions confirment exactement les opinions émises plus haut, 
relativement à l'usage de cet appareil. D'après lesdites inscriptions en effet 
il répond aux figures 22, 24, 25, c'est-à-dire aux appareils à kérotakis. Il 
suffit d'imaginer que les appareils placés au sommet des figures 22 .et 25 
ont été enveloppés par la sphère de la partie inférieure, pour comprendre 
les figures 38 et 3j : c'est toujours là l'appareil rétrograde, destiné au blan- 
chiment du cuivre par le mercure ou par l'arsenic sublimé. Ajoutons que, 
les trois segments intérieurs ne sont autre chose que les trois parties des 
figures 20 et 21 du manuscrit de Venise, représentant des vases à digestion 
cylindriques. — De même la figure 27, qui en exprime une forme un peu 
différente, donnant en quelque sorte la transition entre la figure 20 et les 
figures 22, 24 et 25. 

Mais la figure 44 nous permet d'aller plus loin et d'établir que ces appa- 
reils correspondent à l'aludel de Geber et des alchimistes arabes. Il suflSt, 
pour s'en assurer, de jeter un coupd'œil sur les dessins des aludels, figure45. 



\η2 INTRODUCTION 

Nous avons ici les trois segments à digestion des alchimistes grecs; avec 
cette différence pourtant que les deux segments inférieurs sont réunis en 
un seul morceau dans les dessins des aludels. Le couvercle s'ajustait à 
frottement doux sur.la paroi delà région moyenne : et cela dans une por- 
tion considérable de sa hauteur. Les deux morceaux extrêmes sont terminés 




Figure 45. — AlucicI des Arabes. 



chacun par une couronne ou bague extérieure, l'une se superposant à l'autre, 
de façon à compléter la jonction. Tout ceci est décrit endétaildans l'ouvrage 
de Geber. 

Le couvercle offre deux formes différentes: l'une hémisphérique, l'autre 
conique. Ces aludels étaient en verre. 

Cette figure est tirée de la Bibliotheca Chemica de Manget (t. I, p. 540, 
iig. 2 — Genève, 1702I. 

Dans la même planche de l'ouvrage précédent, sont représentés (fig.i) le 
fourneau, au centre duquel l'on plaçait l'aludel (fig. 3), ainsi qu'un autre type 
d'aludel, changé en alambic par l'adaptation d'un tube à son chapiteau, le 
tout chauffé à la partie inférieure à l'aide d'un fourneau, etc. 

La description de ces appareils existe, en traduction latine, dans le 
second livre de l'ouvrage de Geber, intitulé : De priiicipiis magisterii 
et perfectione. Ce livre peut servir sur quelques points de commentaire 
aux traités de Zosime sur les fourneaux et instruments ; il continue et 
développe la tradition des alchimistes grecs; non sans y ajouter d'ailleurs 
bien des choses nouvelles. Mais cette comparaison nous mènerait trop loin. 

Quoi qu'il en soit, on voit que ces diverses figures jettent un grand jour 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS IjS 

sur les pratiques et appareils des anciens alchimistes, sur les changements 
que ces appareils ont éprouve' dans le cours des temps, ainsi que sur la 
filiation des manuscrits. 



VI. — REXSEIGNEMEMS ET NOTICES 

SUR QUELQUES MANUSCRITS ALCHIMIQUES 

Il existe dans les catalogues imprimés des bibliothèques publiques d'Europe 
des notices sur le contenu des manuscrits alchimiques de ces bibliothèques. 
M. H. K(ipp a réuni et rapproché ces notices dans ses Beitrage :{ur Ges- 
chichte der Chemie (iSôg), p. 256 à 3i5 ; mais sans prendre une connais- 
sance directe des textes eux-mêmes. J'ai donné moi-même dans mes Origines 
de VAlchimie, p. 335 à 385, une analyse plus détaillée du manuscrit 2327 
de la bibliothèque de Paris et du vieux manuscrit de la bibliothèque de 
Saint-Marc, à Venise. 

Je les avais comparés entre eux, et avec les manuscrits 2325, 2275 et 2249, 
que j'ai eus aussi entre les mains, ainsi qu'avec les manuscrits de la Lau- 
rentienne à Florence et quelques autres; ces derniers, d'après les catalogues 
imprimés. La publication présente rendra inutile ces analyses pour les cinq 
premiers manuscrits; mais j'ai cru utile de préciser davantage la connais- 
sance de certains autres, tels que les manuscrits du Vatican, que j'ai fait 
examiner sur place par mon fils, M. André Berthelot; les deux manuscrits 
de Leide, celui de Gotha et divers manuscrits des Bibliothèques d'Allema- 
gne, examinés également par mon fils; ceux de l'Escurial, que M. de Loynes, 
secrétaire d'Ambassade à Madrid, a bien voulu collationner pour certains 
passages importants ; le manuscrit 24 1 9 de la Bibliothèque nationale de Paris, 
que j'ai étudié moi-même; enfin un manuscrit arabe d'Ostanès, appartenant 
à la même Bibliothèque et dont j'ai tait traduire quelques pages. — Ce sont 
ces renseignements que je vais communiquer. Je les ferai précéder par quel- 
ques données précises, tirées des manuscrits eux-mêmes et spécialement du 
manuscrit de Saint-Marc, lesquelles fournissent des indications nouvelles 
sur le mode suivi dans leur composition, sur l'ordre relatif et la filiation 



174 INTRODUCTION 

de leurs copies, et sur les accidents survenus pendant leurs transcriptions 
successives. Le tout forme une douzaine de petites notices sur les manu- 
scrits alchimiques. 

I. — Ancienne liste du manuscrit de Saint-Marc. 

En tête du manuscrit de Saint-Marc se trouve une liste de traités alchi- 
miques, qui ne coïncide avec le contenu même du manuscrit, ni par les titres 
des traités, ni parleur disposition; quoique la majeure partie des traités s'y 
retrouve. L'examen et la discussion de cette liste sont essentiels pour établir 
la filiation des manuscrits actuels. 

Donnons d'abord la liste elle-même. Elle a été imprimée en 1745 par 
Bernard dans son édition du Traité de Palladius de Febribus, p. 114 a i ιό. 
Il suffira d'en fournir ici la traduction : 

(1) Voici la table du livre des sages, avec l'aide de Dieu. 

(2) Stéphanus d'Alexandrie, philosophe œcuménique et maître, sur l'art 
sacré de la fabrication de l'or [i" leçon). 

(3) 2" leçon, du même. 

(4} Lettre du même à Théodore. 

(5) Sur le monde matériel, 3<= leçon. 

(6) Sur ce qui concerne l'acte (ενέργεια), 4= leçon. 

(7) 5' leçon, (8) 6= leçon, (9) 7= leçon. 

(10) Sur la division de l'art sacré, 8" leçon. 

(11) Enseignement du même à l'Empereur Héraclius, 9" leçon. 

(12) Héraclius Empereur, sur la chimie, à Modestus, préfet de la ville 
sainte (ConstantÎnoplei. 

(13) Du même Héraclius, onze chapitres sur la fabrication de l'or. 

(14) Colloque du même Héraclius sur la question des philosophes, rela- 
tive à cet art sacré. 

(15) Lettre de l'Empereur Justinion. 

(16) Du même Justinien, cinq chapitres sur l'art sacré et entretien avec les 
philosophes. 

(17) Entretien de Gomérius le philosophe avec Gléopâtre. 

(18) Dialogue des philosophes et de Cléopàtre. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS lyS 

(19) Héliodorelc philosophe à l'Empereur Théodose, sur l'art divin: vers 
iambiques. 

(20 Théophraste le philosophe, sur cet art : vers iambiques. 

(21) Hiérothée le philosophe, sur cet art divin: vers. 

(22) Archelatis le philosophe, sur cet art divin et sacre : vers. 

(23) Pelage le philosophe ; Chrysopée. 

(24) Ostanès le philosophe à Pétasius sur Part sacré. 

(25) Démocrite sur la pourpre et la fabrication de VoT,Plirsica etmystica. 

(26) Du même, sur la fabrication de l'asèm. 

(27) Synésius le philosophe à Dioscorus (commentaire sur le livre de 
Démocrite) : dialogue relatif au livre du divin Démocrite. 

(28) Le philosophe Anonyme, sur l'eau divine du blanchiment. 

(29) Du même, surla Chrysopée, exposant l'enchaînement delà Chr\"sopée, 
conformément à la pratique, avec le secours de Dieu. 

'30) Zosime le divin, de Panopolis, sur la vertu. 

(31) Chapitre d'Agathodémon (principalement sur la fabrication du tout). 

(32) Chapitres d'Hermès, Zosime, Nilus, Africanus. 

(33) Du Chrétien, sur l'eau divine. 

(34) Zosime le philosophe à Eusébie, sur l'art sacré et divin, 34 chapitres. 

(35) Olympiodore le philosophe, sur la Chrysopée. 

(36) Pappus le philosophe, sur l'art divin. 

(37) Moïse, sur la diplosis de l'or. 

(38) Chapitres d'Eugénius et de Hiérothée. 

(39) Zosime, sur les instruments et fourneaux. 
(40j Du même, sur l'eau divine. 

(411 Du même, sur les instruments et fourneaux. Mémoires authentiques. 
(421 Trempe ou changement du pyrochalque, en vue derastrochalque. 
(43 Trempe et fabrication du fer indien. 

(44) Trempe pour les épées et instruments pour tailler la pierre. 

(45) Fabrication de l'asèm, du mercure et du cinabre. 

(46) Extrait de l'ouvrage de Cléopâtre sur les poids et mesures. 

(47) Du Chrétien, sur la bonne constitution (εύιτάθεια) de l'or. 

(48) Du môme, sur la Chrysopée, 3o chapitres. 

(49) Περ'; φύρμων χ,αΐ τόλων. 



ι yô INTRODUCTION 

(50j Sur la diversité du plomb et sur les feuilles d'or. 

(51) Lexique de la Chrysopée, par ordre alphabétique. 

(52) Autres chapitres de divers opérateurs sur la Chrysopée. 

Cette liste représente une rédaction plus ancienne que le manuscrit de 
Saint-Marc qu'elle précède, du moins tel que nous le possédons. Elle en dif- 
fère par la composition et par l'ordre relatif. 

Au point de vue de la composition, les dix premiers numéros sont com- 
muns à la liste etau manuscrit ; mais les quatre traités (1Γι,(12), (13), (Ί4\ attri- 
bués à Héraclius,et les deux traités (15), (16), attribués à Justinien, ont dis- 
paru. Rappelons ici que l'Empereur Héraclius était un grand fauteur d'as- 
trologie et de sciences occultes. Son nom se retrouve dans les ouvrages 
arabes et dans la Tiirba philosophorum (sous la forme erronée de Hercules). 
Stéphanus,son contemporain, lui a dédié l'une de ses leçons authentiques. 
Les traités attribués à l'Empereur Justinien sont évidemment pseudonymes 
et, à ce qu'ilsemble d'après quelques fragments, d'une date peu reculée: peut- 
être s'agit-il de Justinien II, l'un des successeurs d'Héraclius, à la fin du 
vii° siècle. Il existe encore une mention qui se rattache à ces traités (pra- 
tique de Justinien) dans l'article d'une écriture plus moderne, ajouté sur 
une page de garde du manuscrit de Saint-Marc (Origines de l'Alchimie, 
p. 348. — Texte grec, II, iv bis, Appendice Γ). Une page du môme auteur 
nous a été conservée à la fin de l'un des manuscrits alchimiques de Leide 
(Voss. n° 47, fol. 70 verso). Je la donnerai plus loin. 

Ces six traités perdus avaient été probablement rattachés à ceux de Slé- 
phanus. Je montrerai tout à l'heure la trace laissée par cette perte. 

Quant aux traités de Comérius, ou Comarius, et de Cléopâtre [Π et (18), 
il en subsiste un débris dans le manuscrit de Saint-Marc et des portions 
beaucoup plus étendues, sinon la totalité, dans le manuscrit 2327. 

Les numéros (19) à (52) de la vieille liste existent encore aujourd'hui, 
en substance du moins, dans le manuscrit de Saint-Marc ; quoique cer- 
tains, par exemple le numéro (32), chapitres d'Hermès, Zosime, Nilus, 
Africanus, et le numéro (38, chapitres d'Eugénius et de Hiérothée, 
aient peut-être subi des mutilations, qu'il n'est pas possible de pré- 
ciser. 

Le numéro (42), trempe du pyrochalque, n'existe plus sous ce titre; mais 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS I77 

il est probable qu'une partie en a été conservée dans un article relatif à la 
trempe du bronze [fol. 1 18). 

Le traité de Zosime, indiqué sous le numéro (34), comme adressé à Eusé- 
bie (au lieu de Théosébie), se retrouve aussi (fol. 141 à 161), à l'exception 
du titre et des premières lignes, qui ont disparu: sans doute par suite de la 
perte d'un feuillet. 

Signalons par contre des traités contenus dans le manuscrit de Saint-Marc, 
dont la liste ancienne ne fait pas mention : tels que les traités sur la fabri- 
cation des verres (fol. 1 15 verso); sur les vapeurs (fol. 1 16 verso); sur la bière 
et l'huile aromatique (fol. 162); les chapitres de Zosime à Théodore 
(fol. 179, à 181); deux articles tirés d'Agatharchide (fol. i38à 140), etc. 

Citons aussi le Labyrinthe de Salomon (fol. 102), figure très caractéris- 
tique, mais ajoutée à une époque postérieure et vers le xiv« ou xv^ siècle. 

La liste initiale et le contenu actuel du manuscrit de Saint-Marc ne se 
superposent donc pas exactement, quoique la plupart des traités soient 
communs. 11 y a aussi des modifications dans l'ordre relatif, modifica- 
tions dont je vais signaler les principales, en répartissant par groupes les 
numéros de la liste. 

/" Groupe. — Les numéros [1] à (11) sont communs et disposés dans le 
même ordre (fol. 8 à 43 du manuscrit actuel ; puis vient une lacune, numé- 
ros (12) à (18;, comme si un ou^plusieurs cahiers du manuscrit antérieur, qui 
a servi de type à la vieille liste, avaient disparu. Les poètes, numéros (19) à 
(22), et les traités de Pelage, d'Ostanès, de Démocrite, de Synésius, ceux de 
l'Anonyme, de Zosime, d'Agathodémon, d'Hermès, du Chrétien, numéros 
(23) à ^33, etc., suivent dans le même ordre (fol. 43 à 101). Quant au traité 
(34), il est probable qu'il est représenté, au moins en substance, ou plutôt 
à l'état fragmentaire, dans les folios i ig à 128 et dans les folios 141 à 09. 

Jusqu'ici le même ordre se maintient donc dans la vieille liste et dans le 
manuscrit actuel. 

2" Groupe. — Mais le traité (351 d'Olympiodore se retrouve seulement 
aux folios 103-179, 35 feuillets plus loin. Le numéro (36), serment de Pappus, 
les numéros (37), (38!, diplosis de Moïse et chapitres d'Eugénius, enfin les 
numéros (39), (40), i41), traité de Zosime sur les fourneaux, etc., forment 
presque à la suite les folios 184 à 195. Cependant il y a intercalation des 

23* 



lyS INTRODUCTION 

chapitres deZosime à Théodore (fol. 179 à 181) et du traité de l'Anonvine 
sur l'œuf (fol. 181). 

3^ Groupe. — Un autre groupe de traités, consécutifs aux précédents dans 
la vieille liste, en sont au contraire séparés dans le manuscrit actuel. Ils 
occupent les folios 104-1 iS, transposés par le relieur Origines de V Alchi- 
mie, p. 35o-35i), et renfermant les articles (44) à (48). Peut-être aussi une 
partie se retrouve-t-elle dans les folios 141 à iSq, déjà attribués pour une 
fraction au numéro (34'. 

4<'Groupe. — Lesnuméros (42) et (43) delà vieille liste répondent à peu près 
au folio 118. 

5= Groupe. — Les numéros (49), (50), (51, lexique), répondent aux folios 
129 à i38, placés à la suite. 

En somme, la place du troisième groupe a été changée par le relieur, 
comme il est facile de l'établir par la lecture des testes, et il n'y a qu'un autre 
renversement important, celui des traités du second groupe, lesquels for- 
ment en quelque sorte un cahier à part, déjà interverti avant la constitution 
de la copie actuelle. 

Si l'on cherchait à décomposer ces traités en séries distinctes, d'après 
leur contenu, on pourrait trouver ainsi les séries suivantes : 

i'^ Série. — Stéphanus, en connexion avec les traités perdus d'Héraclius 
et de Justinien, et probablement avec les Dialogues de Comarius et de 
Cléopâtre : le tout a formé peut-être à l'origine une collection partielle et 
indépendante. 

2« Série. — Les poèmes, collection également distincte, dont la place 
varie et qui manque même dans certains manuscrits, tel que le 2325. 

3^ Série. — Les vieux auteurs Pelage, Ostanès, Démocrite, Synésius, 
l'Anonyme, Zosime, les extraits d'Agathodémon, de Moïse, d'Eugénius, etc. 
Le tout formait sans doute unç collection spéciale. A la vérité, les œuvres 
de Zosime sont coupées en trois dans le manuscrit actuel de Saint-Marc; 
mais c'est là évidemment le fait des copistes d'une certaine époque. 

4' Série. — Olympiodore semble avoir été à part ; il est cependant con- 
nexe avec les auteurs précédents. Mais la place de son traité varie dans les 
divers manuscrits. 

5" Série. — Le Chrétien étaïtaussi à part. Ilest coupé en deux (n"s 33, 47) 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS lyg 

dans la vieille liste ; ce qui semble accuser quelque transposition, faite par 
le copiste d'un manuscrit antérieur. 

6' Série. — Une ou plusieurs autres collections renfermaient des traités 
techniques, lesquels nous sont venus en grande partie par d'autres manu- 
scrits, par le 232" principalement. Dans la vieille liste, aussi bien que dans 
le manuscrit de Saint-Marc actuel, on rencontre cependant la trempe du 
bronze et du fer, et la fabrication de l'asèm, du mercure, ainsi que du cinabre. 
Onya joint dansle manuscrit actuel de Saint-Marc les fabrications du verre, 
de la bière et de l'huile aromatique, non mentionnées dans la vieille liste. 

L'extrait d'Agatharchide est une annexe d'un autre genre, qui ne figurait 
non plus pas dans la vieille liste et qui a été abrégée dans le 2327. 

7» Série. — A la fin de l'un des manuscrits qui ont précédé celui de Saint- 
Marc, on avait sans doute transcrit l'ouvrage de Cléopâtre sur les poids et 
mesures et le lexique. Ce lexique devait former la fin du manuscrit originel, 
d'après un usage assez fréquent chez les anciens copistes. On est autorisé 
par là à penser que ce qui suit dans la vieille liste représente l'état d'un 
manuscrit déjà modifié, par des additions faites à un prototype plus antique 
encore. 

II. — Sur les copies actuelles de la (j'• Leçon de Stephanus. 

L'étude comparative des divers manuscrits qui renferment les leçons de 
Stephanus fournit des renseignements très précis et spécifiques pour établir 
la filiation de ces manuscrits. J'ai déjà signalé quelques-uns de ces rensei- 
gnements; mais il me paraît utile d"y revenir et de les compléter. C'est dans 
la 9= leçon de Stephanus que se trouvent les principales ditie'rences. 

I" Dans le manuscrit 2325 de la Bibliothèque Nationale de Paris, cette 
leçon finit beaucoup plus tôt que dans le manuscrit 2327 et dans le ma- 
nuscrit de Saint-Marc. Elle s'arrête en effet (fol. 81 verso) par une phrase 
qui répond au folio 73 recto ligne 6, du manuscrit 2327, et à la page 247, 
1.'23, du t. II d'Ideler : νιηρίς ' -/.al ;η;';ν bi -z\: 'IhyizXz ;Λΐτά τ: ïz κάτω y.a'i 
γενήΐΐτα;. Le dernier mot est ainsi répété pour la seconde fois dans le 
manuscrit 2325, et cela conformément à la ligne 21, située au-dessus dans 



1 8ο INTRODUCTION 

Ideler, laquelle ligne contient précisément les mots : s'a κάτω -/.α• ';i-n,zi-.v.. 
Tandis que dans Ideler (ligne 23) e^ dans le manuscrit de Saint-Marc, on 
lit après la répétition des mots: la κάτω καΙ... le mot γέλεσαν, au lieu de γενή- 
ιετα•., le texte poursuivant. Dans le manuscrit 2325 la 9° leçon s'arrête là ; 
puis vient un tiers de page blanche, suivi des mémoires authentiques de 
Zosime, avec les figures mystiques des cercles concentriques; sans qu'il 
soit aucunement question de Comarius, ni de Cléopâtre. 

Telle est la finale la plus courte de la g" Leçon de Stéphanus. Cette finale, 
suivie d'un signe qui caractérise la fin du traité, est aussi celle de la 9"^ leçon 
dans le manuscrit 2275 de la Bibliothèque de Paris, lequel reproduit fidèle- 
ment les figures du manuscrit 2325 ; voire même (fol. 56) celles qui ont été 
coupées en partie par le relieur de ce dernier manuscrit, au temps de Henri II: 
aussi semble-t-il en être une copie directe, faite avant cette reliure. La finale 
de la 9" leçon dans le manuscrit de Leide, Voss. n" 47, a lieu au même endroit, 
mais avec une variante dans le dernier mot, qui est: γέλε^αν, au lieu devîvr,- 
CTî-a'.. On y lit en etîet : fol. 1 1 : μετά ts έ'α κάτω και γέλεc7αv. Le dernier mot 
est celui du manuscrit de Saint-Marc et d'Ideler. Mais dans ces deux der- 
niers, le texte poursuit par : κα• άλήΟειαν. etc. pendant plusieurs pages; tan- 
dis que la 9= leçon de Stéphanus s'arrête là, dans le manuscrit de Leide 
comme dans le manuscrit 2325; Cependant un copiste, ou un lecteur, a pris 
soin d'ajouter en grec dans le manuscrit de Leide : « la fin manque ». Il 
avait sans doute eu connaissance des autres manuscrits. En tous cas, cette 
remarque prouve que le manuscrit de Leide n'a pas été copié directement 
sur le manuscrit de Saint-Marc; quoiqu'il appartienne à la même famille. 
Telle est la seconde finale de la q*^ leçon de Stéphanus. 

2° Le manuscrit 2327, au contraire (fol. 73 recto, ligne 6), après le pre- 
mier : εα κάτω καΐ γενήιεται, poursuit de la façon suivante : άρα τι γενή^εται " 
οϋκάρα ίις νιηρίς καΐ οηιΐν ό ίΛεγας λυ•,;.-'.5ΐωρ:ς {sic] bi τοις όγριΐς έπ'.ιτε^θη τ: 
μυστήρ'.ιν τ•?;; 7ρυ7:7::'.;α;. et la suite jusqu'au folio 73 verso, ligne 5. Le tout 
constitue une page additionnelle; après laquelle le manuscrit 2327 conti- 
nue comme dans le manuscrit de Saint-Marc et dans Ideler, où cette page 
manque. La jonction du texte du manuscrit 2327 avec celui de Saint-Marc 
et d'Ideler) se fait par les mots : μετά το εα κάτω καΐ γενήϊετα'. (répétés pour 
la seconde fois), έκάλε^εν κα'; άλήΟε-.αν ειπών (2327, fol. 7^ verso). — Dans le 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS l8l 

manuscrit de Saint-Marc (et dans Ideleri, on lit : [>.ί-'-χ '.l ïx ν.άιω ■/.r.-;i\i-y.-i -/.y!: 
à\rfiî-x-i y.x: αλήΟΐ'.χν ιΙτ.ζί. C'est donc entre les deux répétitions des mots 
μ.=τά Ts l'a ν.χ-Μ que se trouve le passage intercalaire du manuscrit 2327. 
Cette répétition même, comme il arrive souvent dans les copies mal colla- 
tionnées, a pu être l'origine de l'omission de ce passage par le copiste du 
manuscrit de Saint-Marc qui, sautant une page de son original, au moment 
où il commençait un nouveau feuillet, aurait formé ainsi le mot γίλϊταν, 
en réunissant la syllabe initiale γε de -'ενή^ϊτα•. avec les syllabes finales 
du mot (έκα) λεσεν. Cette hypothèse ingénieuse est de M. Em. Ruelle. Elle 
s'accorderait avec le texte du manuscrit de Saint-Marc, dont le folio 3ο verso 
se termine en effet par γε; tandis que le folio 40 commence par λε^αν et 
continue comme il a été dit. Mais l'existence du mot γελε^αν comme finale 
définitive dans le manuscrit de Leide semble moins favorable à cette hypo- 
thèse, à moins de supposer quelque intermédiaire. 

3° C'est alors que se trouve le passage relatif aux relations entre les mé- 
taux et les planètes, passage plus complet et plus clair dans le manuscrit 
2327 que dans Ideler, et dans le manuscrit de Saint-Marc (fol. 40^ dont le 
texte d'Ideler dérive par voie indirecte; carily est mutilé et incompréhensible 
(Ideler, t. II, p. 247, lignes 3 1 à 36). En effet, dans ces deux derniers textes, 
Saturne et le plomb sont seuls opposés d'une façon régulière ; tandis que le 
mercure figure vis-à-vis de .Jupiter, par suite de quelque confusion; puis 
viennent le Soleil et la Lune, sans métaux correspondants. Au contraire, il 
existe un parallélisme régulier et complet entre les 7 planètes etles 7 métaux, 
dans le texte donné par le manuscrit 2327 : ce texte est donc le seul logique 
et complet. Le manuscrit 2329 (fol. i58) reproduit le même passage. 

40 Au delà, les textes de Saint-Marc, d'Ideler, du manuscrit 2327 et du 
manuscrit 232g sont sensiblement conformes entre eux, jusqu'au folio 74 du 
2327, répondant à la page 248 d'Ideler, ligne i3, et jusqu'à ces mots : v.x: 
ίν.χζ-ΖΊ αυτών έν τη γ?; y.iy.pj--x: iv τη ΐΐία îîçï;. Après ces mots, le manuscrit 
232g termine en cinqjlignes : . . . iv τη W.x οίςη γχίρο -j^•. y.x: εύτρε-ίζιντα'.. ώ: 
\xi'K'j 6ε:3 τ:5 έν τρ'.άδ'. υμ.νου[;.ενου, τ: ΐώΐΐν x\j-:s\ç — ροττάςαντι; εϊνα•.; puis vient 
la finale banale « attendu qu'il convient d'attribuer en tout gloire, honneur 
et vénération au Père, au Fils, au Saint-Esprit, maintenant et toujours, dans 
les siècles des siècles. Amen ». C'est une troisième finale de la g'' leçon. 



lg2 INTRODUCTION 

50 Au contraire, après le mot odïr;, le manuscrit 2827 poursuit pendant 
trois pages, lesquelles manquent dans le manuscrit de Saint-Marc, dans 
Ideler et dans le manuscrit 2329; il poursuit, dis-je, jusqu'à la fin de la 
qe leçon de Stéphanus, fin explicitement signalée. C'est la quatrième finale, 
qui paraît la plus exacte. 

6° Puis le manuscrit 2327 transcrit un traité de Comarius, grand prêtre, 
maître de Cléopâtre, renfermant le dialogue des Philosophes et de Cléo- 
pâtre (fol. 74 à 79 verso), et précédé de son titre. Le manuscrit 2252 con- 
tient aussi le traité de Comarius. Ce traité et ce dialogue répondent aux 
numéros (17) et (18) de la vieille liste de Saint-Marc. 

70 Mais le manuscrit de Saint-Marc ne reproduit ni le titre ni les débuts 
de ce traité. Au lieu de cela, après les mots : y.a• ïy.xi-c•) αυτών iv τ^ γη v.Îy.pjr.- 
-.Ά\ bi Tfj '.sta δίςγ;, ce manuscrit poursuit en plein texte, et sans apparence de 
lacune ou d'alinéa (fol. 40, 1. 4 en remontant), par les mots : v.y.\ ΰμεΐ;, ώ 
φίλΐΐ ίτ ' Sv τήν τέ-/νην ταύτγ;-; -γ,ί r.ip-.v.xkf, βούλεσθε. (Ideler, t. Π, ρ. 248, 1. ι 3), 
et ainsi de suite pendant 7 pages jusqu'à la fin du traité : ce qui constitue 
la cinquième finale de la 9" leçon. Or ces pages, tirées du traité de Coma- 
rius, ne sont pas la vraie fin de la leçon de Stéphanus ; laquelle fin manque 
en réalité dans le manuscrit de Saint-Marc, ainsi que dans Ideler, dont la 
publication a été faite d'après une copie de Dietz, exécutée, paraît-il, sur le 
manuscrit de Munich, qui est un dérivé indirect de celui de Saint-Marc. Elle 
manque aussi dans la traduction latine de Pizimenti, faite sur quelque 
manuscrit de la même famille, dérivé également de celui de Saint-Marc, 
mais non identique, puisque cette traduction contient la lettre de Psellus. Il 
y a là dans la g' leçon de Stéphanus une solution de continuité brusque et 
dont le copiste de Saint-Marc ne s'est pas aperçu. 

8° Les mots mêmes : ϊταν τήν τέχνην... se retrouvent dans le traité de 
Comarius (2327, fol. 75, 1.3 en remontant), ainsi que les 7 pages consécutives 
du manuscrit de Saint-Marc et d'Ideler. Elles sont conformes en général à 
la fin de ce traité dans le manuscrit 2327 (jusqu'au fol. 79 versol. Letraitése 
termine pareillement dans les deux manuscrits parles mots : ένταϋθα γαρ -ης 
ç.i/-:7:5''aç ή τέχνη τ.ι-'κτ,ρω-χ:. Ces derniers mots manquent dans Ideler 
(ce qui fait une sixième finale) ; mais la phrase précédente est identique. 

J'ai cru nécessaire d'entrer dans ces détails minutieux, parce qu'ils carac- 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS l83 

térisent les familles de manuscrits et peuvent servir à reconnaître sûrement 
ceux qui ont été copiés les uns sur les autres. Je montrerai ailleurs comment 
ils établissent que le manuscrit de l'Escurial ne représente pas une source 
propre, mais un dérivé, vraisemblablement direct, de Saint-Marc. 

Il est probable que dans un manuscrit antérieur à celui de Saint-Marc, 
et dont celui-ci même dérive, le verso d'une des pages se terminait par le 
mot ΐ-Ξη. Quelques folios déchirés ont fait disparaître la fin de Stéphanus 
et le début de Comarius, et le copiste qui travaillait d'après ce manuscrit 
a poursuivi en pleine page, au milieu d'une ligne, sans voir la lacune. 

Le manuscrit 2327 dérive d'un manuscrit antérieur à la destruction de 
ces feuillets et, par conséquent, à celui de Saint-Marc, tel que nous le pos- 
sédons aujourd'hui. Il renferme en outre une autre page de plus, ainsi qu'il 
a été dit (2°); page répondant peut-être à l'omission d'une page existant 
dans un manuscrit antérieure celui de Saint-Marc. 

Mais cette explication ne suffit pas pour rendre un compte complet de 
l'état présent des textes; attendu qu'il a disparu, en outre, les traités d'Hé- 
raclius et de Justinien, signalés par la vieille liste, et dont le manuscrit 2827, 
pas plus que le manuscrit de Saint-Marc, n'offre aucune trace. Le prototype 
du manuscrit 2327 devait donc appartenir, soit à une souche distincte de 
celle qui répondrait à la vieille liste de Saint-Marc, et ne contenant pas le 
cahier qui renfermait les traités d'Héraclius et de Justinien ; soit à un dérivé 
intermédiaire, tiré de la même souche que cette vieille liste, quoique déjà privé 
de ce cahier, mais renfermant en plus, par rapport au manuscrit de Saint- 
Marc actuel, la fin de Stéphanus et les traités de Comarius et de Cléopâtre. 

Ce n'est pas tout : la finale du manuscrit 2325, le passage intercalaire 
signalé dans le manuscrit 2327, la confusion dans le texte du manuscrit 
de Saint-Marc concernant les relations des métaux et des planètes, texte 
resté intact dans le manuscrit 2327, la finale du manuscrit de Saint-Marc, 
ainsi que la finale du manuscrit 2329 et celle du manuscrit de Leide, Voss. 
n° 47, semblent indiquer que les manuscrits de Stéphanus ont éprouvé autre- 
fois dans leurs derniers feuillets de grandes perturbations. 

Enfin, il a subsisté, en dehors de ces divers manuscrits, des fragments des 
traités de Justinien, tel que celui contenu dans le manuscrit de Leide, „ 
Voss. n° 47, qui sera reproduit tout à l'heure. Il ne me paraît pas opportun 



j84 introduction 

de développer en ce moment les hypothèses subsidiaires qui rendraient 

compte de tous ces détails. 

III. — Diverses lacunes et transpositions du manuscrit de Saint-Marc. 

Voici diverses autres comparaisons que j'ai eu occasion de faire et qui 
peuvent également être utiles, pour rapprocher les textes et en établir la filia- 
tion : 

1° Jerappellerai qu'un ancien relieur du manuscrit de Saint-Marc a inter- 
posé après le folio io3 (traité de Chrétien sur l'eau divine) les folios 104 à 
118; le texte du folio 119 faisant en effet suite au folio loS.Geci peut servir 
à distinguer les copies faites sur ce manuscrit, après la reliure en question. 

2" Dans les folios 104 à 118 règne une grande confusion. Les articles 
(42), (43), (44) de l'ancienne liste, sur la trempe du fer, sont coupés en deux, 
au début et à la fin du cahier, et les articles sur l'asèm, le mercure et le 
cinabre, qui les suivaient dans Tancienne liste (45), se trouvent interposés. 

3° Les traités de Cléopâtre et du Chrétien (46) et (47) sont intervertis, et le 
dernier auteur est coupé en deux ; enfin les traités sur la fabrication du verre, 
de la bière, etc., ont été ajoutés. Il semble que ces modifications résultent 
d"un certain trouble, survenu à un moment donné dans les feuillets du 
manuscrit type, qui répondait à la vieille liste de Saint-Marc. 

4° Le texte d'Agatharchide est brusquement interrompu à la fin du folio 
140, comme si un ou plusieurs feuillets avaient disparu. — Cette lacune est 
corrélative de la suivante. 

5° Les mémoires de Zosime, annoncés dans la vieille liste de Saint-Marc 
(n° 34), ne figurent plus parmi les titres du manuscrit actuel. Cependant ils 
y existent réellement. En eiiet, le titre et les premières lignes seules, les- 
quels sont transcrits dans le manuscrit 2327 (fol. 112), ont disparu dans 
celui de Saint-Marc. Mais le texte transcrit au folio 141 est resté. Car le 
manuscrit de Saint-Marc débute à la 3° ligne du folio 1 12 verso du manus- 
crit 2327 et poursuit de même jusqu'au folio iSç), répondant au folio 1 33 verso 
du manuscrit 2327. — Il manque donc à cette place, je le répète, dans le 
manuscrit de Saint-Marc un ou plusieurs folios entiers, disparus avant 
l'époque où la pagination actuelle a été numérotée. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS l85 

6° Les articles d'Agatharchide ne débutent pas au commencement d'une 
page, mais àlà^." ligne du folio i38 recto. Or les trois premières lignes appar- 
tiennent à la suite d'un article « sur le jaunissement » Saint-Marc, fol. 
i37 verso), article qui ne comprend que 14 lignes, dont 1 1 sur le folio 1IÏ7 
verso ; les 3 dernières forment le commencement du folio i 38 verso. 

Ce dernier article occupe deux feuillets de plus dans le manuscrit 2327 
(fol. I loài 12): il se trouve donc mutilé par un arrêt brusque dans le manus- 
crit de Saint-Marc, et sans que le copiste s'en soit aperçu, puisque le copiste a 
entamé un autre article, ayant son titre spécial. Il semble que cette solution 
de continuité répondait, dans un manuscrit antérieur à celui de Saint-Marc, 
à une tin de cahier ou de folio, dont la suite aurait disparu ; tandis que 
cette suite s'est conservée dans un manuscrit prototype du manuscrit 2327. 

7° Les articles d'Agatharchide d'ailleurs semblent réellement une inter- 
calation faite dans le manuscrit primitif ; car l'article du jaunissement dans 
le manuscrit 2327 est suivi précisément par les Mémoires authentiques 
de Zosime, comme dans le manuscrit de Saint-Marc ; à cela près que le 
titre et les cinq premières lignes manquent dans le manuscrit de Saint- 
Marc. 

8° Au folio ii5 (recto- du manuscrit de Saint-Marc se trouve un titre : 
ΐΙζρ\ ιώτων ; sur les feux), suivi d'une seule ligne : Ελαφρά οώτα-3ί-αν τήν -iyrr,» 
αναφέρε;. « Tout l'art consiste dans un feu léger ». C'est tour ce qui reste à 
cette place d'un traité qui existe in extenso dans le manuscrit 2327, folio 264 
recto : la ligne précédente s'y retrouve, dans les g= et 10'= lignes qui suivent 
le titre. Il y a encore là l'indice d'un ancien résumé, ou d'une mutilation, 
faite sur un prototype qui s"est conservé dans le manuscrit 2327, et dont le 
manuscrit de Saint-Marc n"a gardé qu'une trace. 

Toutes ces lacunes et ces défauts de soudure sont, je le répète, utiles 
pour constater Γ histoire des manuscrits. 

Signalons encore quelques additions faites, à diverses époques, sur des 
pages ou demi-pages blanches du manuscrit de Saint-Marc ; additions dont 
la reproduction dans les autres manuscrits peut servir à attester qu'ils déri- 
vent, directement ou indirectement, de ce manuscrit type. Tels sont : 

90 Le Labyrinthe de Salomon, avec ses 24 vers (v. Texte grecl,x\], (i]outc, 
vers le xiv^ ou xv" siècle, sur une page blanche, dont le recto porte divers 

24* 



s 



1 86 INTRODUCTION 

petitsarticles de l'ancienne écriture: le tout intercalé au milieu d'un traité du 
Chrétien. On ne comprend pas bien pourquoi ce verso avait été laissé en 
blanc à l'origine. 

10° L'article sur la tutie,au folio i88 recto : écriture du xv°ou xvi' siècle. 

I χο La fabrication de l'argent, texte ajouté au bas du folio 194 verso : écri- 
ture du XV* siècle. 

12° Diverses additions initiales : traité de Nicéphore sur les songes, par 
ordre alphabétique ; cercles astrologiques, etc., sur les feuilles de garde (i) 
et les marges. 

i3° Je signalerai encore les additions sur les scories et la formule de ΓΕ- 
crevisse, en écriture du xV^ siècle, sur la première feuille de garde (v. p. i52). 

14» Une addition du xv" siècle, ayant pour titre : Δ•.άγραμ.μα της μεγάλης 
r,X'.;jpYÎai, au folio 62 recto. 

i5° L'étude comparative des figures tracées dans les divers manuscrits 
fournit aussi des renseignements très intéressants pour l'histoire des scien- 
ces, comme pour la filiation des manuscrits. A ce. dernier point de vue, je 
signalerai, par exemple, un petit alambic, figuré en marge du traité de 
Synésius, dans le manuscrit 2335 (fol. 23 verso), et dans le manuscrit 2327 
(fol. 33 verso); tandis qu'il manque dans le manuscrit de Saint-Marc, à la 
même place (fol. 74 recto). 

Les figures de la Chrysopée de Cléopâtre, celles des appareils à distilla- 
tion et des appareils à digestion dans les divers manuscrits donnent aussi 
lieu à une discussion très importante : je l'ai développée plus haut dans un 
article spécial. 

IV. — Manuscrits de l'Esciirial. 

II existe à TEscurial deux manuscrits alchimiques qui soulèvent des 
questions intéressantes. Ces manuscrits, les seuls sur cette matière qui 
aient survécu à un incendie de la Bibliothèque survenu en 1671, provien- 
nent de la Bibliothèque de Hurtado de Mendoza; ils ont été copiés au 
ΧΛΊ= siècle. Ils ont été visités en 1843 par Emm. Miller, qui a publié un 
catalogue de leur contenu. 

(i) Une partie de celles-ci sont palimpsestes, la vieille écriture ayant été grattée. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 1 87 

L'un d'eux, Φ-1 -H (Miller, p. 146), reproduit les titres et l'ordre du manu- 
scrit 2327 de la Bibliothèque de Paris, même dans les additions intercalaires 
faites après coup (i); il les reproduit avec une telle fidélité que je ne doute pas 
qu''il n'ait été copié directement sur ce manuscrit. 

L'autre mérite un examen plus approfondi ; car on a supposé qu'il conte- 
nait les traités perdus de Justinien et d'Héraclius. Miller, dans son ouvrage 
sur les manuscrits grecs de l'Escurial, page 416, le désigne, d'après le cata- 
logue officiel, par les signes Ψ-1-13. Il s'exprime ainsi. 

« Voici le détail de tous les ouvrages contenus dans le manuscrit : 

1. Traité d'Etienne d'Alexandrie sur l'art de faire de l'or. 

2. De la chimie, adressé par l'empereur Héraclius à Modeste d'Hagio- 
polis. 

3. De la fabrication de l'or, par l'empereur Héraclius. 

4. Σύλλιγί; surceux qui cherchent la pierre philosophale, par l'empereur 
Héraclius. 

5. Lettre de l'empereur Justinien sur l'alchimie. 

6. De l'art divin, par Justinien. 

7. Δ'.άλεξ'.ς, adressée aux philosophes par l'empereur Justinien. 

8. Sur la fabrication de l'or, par Comarius. 

9. Dialogue des philosophes et de Cléopâtre. 

10. Poème d'Héliodore sur l'art sacré. 

1 1 . "Vers iambiques de Théophraste sur l'art sacré. 

12. d" Hiérothee d° 
i3. d" Archélatis d» 
14. Pélagius surla Chrysopée. 

i5. Ostanès à Pétasius sur l'art sacré. 

16. Démocrite de porphyrâ, etc. 

17. Démocrite, ττερ"; ά-ή;Αυ r.z:r,ztwz. 

18. Scholies de Synésius sur la physique de Démocrite, à Dioscorus. 

19. De l'eau sacrée, par un anonyme. 



(i) Par exemple, l'article de Zosime 
sur l'asbestos, intercalé entre la lettre 
de Psellus et le traité de Cléopâtre sur 



les poids et mesures, dans des feuilles 
originairement blanches du manu- 
scrit 2327. 



l88 INTRODUCTION 

20. Delà Chrysopée, par un anonyme. 

21. Zosime, ττερί άρετ^ί, •/.. τ. λ. 

22. Chapitre d'Agathode'mon. 

23. Chapitres d'Hermès, Zosime, Nilus, Africanus. 

24. Zosime à Eusebia, sur l'art sacré. 

25. Olympiodore sur Zosime. 

26. Zosime à Théodore, vingt-cinq chapitres. 

27. De la Chrysopée, par un anonyme. 

28. Pappus, sur l'art sacré. 

29. Moïse, ■::-p; ΐ'.πλώσεως •/p'jiij. 

30. Chapitres d'Eugénius et d'Hiérothée. 
3 I . Zosime, 'κερΙ cpyavojv y.at -/.αμίνο^ν. 

32. Zosime, sur l'eau sacrée. 

33. Zosime, περ; οργάνων v.x\ y.xijhor) γνήσια ϋττοι^νήματα. 

« Les articles suivants ne se trouvent pas dans le manuscrit ; mais ils sont 
indiqués dans une table placée en tête du volume, comme existant primiti- 
vement. 

34. Βαφή ήτ:'. μεταβιλή TjpsyaXy.iy προς à-T.pz-/ihY.oj. 

35. Βαφή -/.α': ττοίησ'.ς TOÎi ίνοικοϋ σιδήρου. 

36. Βαφή τρος ξίφη και εργαλεία λαξεϋτικά. 

S/• Περί ασήΐΛου καΙ υδραργύρου y.al κινναδάρεως ττοίησις. 

38. Extrait de Cléopâtre sur les mesures. 

39. ΠερΊ ευσ-αθείας ΤΓοϋ χρυσού, par un philosophe chrétien. 

40. De la Chrysopée, par le même. 

41. Περί φουρμών v.x\ τίλων ζΐ'.ήσεως. 

42. ΠερΊ ο'.αφορας μολίβδου ν.α; ::ερΙ χρυσοπετάλοιν. 

43. Lexique pour la Chrysopée. 

44. Autres chapitres de différents poètes sur la Chrysopée. 
(Puis deux articles indiqués comme existant dans le manuscrit.) 

45. Vers de Nicéphore sur les songes. 

46. Synésius sur les songes. » 

Cette liste est fort étrange, dans la forme même donnée par Miller. C'est 
un mélange de mots grecs, de mots latins et de mots français traduits du 
grec ; mélange dont on ne comprend pas bien l'utilité, si les titres ont été 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 189 

relevés hdèlement par Miller. Les mots traduits contiennent eux-mêmes 
de singuliers contresens. Par exemple, à l'article (2), au lieu de Modeste 
d'Hagiopolis, il y a dans la vieille liste grecque de Saint-Marc : MîOcJtsv 
lipxpyz'i της άγίχς ττίλεω; : Modestus, préfet de la ville sacrée, c'est-à-dire 
de Constantinople. 

L'article (18! porte : scholies de Synésius sur la physique de Démocrite ; ces 
derniers mots traduisent τά iji'.y.à, dont le sens est tout différent. 

De même à l'article 44 il ne s'agit pas de « poètes », mais de chimistes 
opérateurs (πιιητών). Il semble que Miller ait copié un vieux catalogue, dû à 
un auteur qui ne savait pas bien le grec, sans se donner la peine de le refaire 
lui-même. 

Si nous examinons la liste en elle-même, nous la trouvons, comme titres et 
ordre relatif (sauf légères variantes), parfaitement conforme à la vieille liste 
qui se trouve en tête du manuscrit de Saint-Marc l'fol. 2 à 5), liste que j'ai 
transcrite dans l'un des articles précédents (p. 1 74I . Or le contenu actuel du 
manuscrit de Saint-Marc ne concorde pas avec cette liste, ni comme matière, 
ni comme ordre relatif. 

Ces détails étant donnés, une question capitale se présente : le manuscrit 
de l'Escurial renferme-t-il réellement, comme le catalogue de Miller 
semblerait l'indiquer, six à huit traités qui manquent dans tous les 
autres? La question avait beaucoup d'importance pour la présente publi- 
cation. 

J'aurais désiré la vider en examinant moi-même le manuscrit de l'Escurial. 
Mais le prêt à l'étranger, d'après ce qui m'a été répondu, est absolument 
interdit aux bibliothèques espagnoles. Heureusement j'ai pu y suppléer et 
résoudre complètement la question, griàce à l'obligeance de notre ambas- 
sadeur, de M. de Laboulaye, et de l'un des secrétaires de l'ambassade, M. de 
Loynes. Je lui ai adressé les titres exacts, en grec et en latin, des 18 premiers 
articles de la vieille liste de Saint-Marc, avec prière de vérifier s'ils existaient 
dans le manuscrit de l'Escurial; et, dans ce cas, de relever la première et la 
dernière ligne de chacun d'eux ; enfin de rechercher dans la 9" leçon un 
passage caractéristique, celui où la leçon de Stéphanus est interrompue 
brusquement dans le manuscrit de Saint-Marc, sans aucun indice apparent 
de solution de continuité ; le manuscrit donnant à la suite la fin du dialogue 



Ι go INTRODUCTION 

des philosophes et de Cléopâtre. Cette lacune et cette juxtaposition font suite, 
comme je l'ai dit plus haut p. 182) aux mots : y.a't ε•/.αστ:ν αυτών έν τη γί) 
■/.iv.yjT.-x'. έν τη ίΐία οίΞη. et la suite débute aussitôt par : κα; 'j[i.v.z. ώ çiXet, 
'i-y.'i τήν -.iyrçt ταύτην τήν -ερ'.ν.αλη βούλεσθΐ... 

M. de Loynes a eu l'obligeance de passer deux jours α l'Escurial pour 
faire cette \'éritication et cette recherche. 

Il a transcrit exactement les 17 premiers articles du catalogue grec placé 
en tête du manuscrit Ψ-Ι-ι3, catalogue qui se trouve exactement conforme 
à la vieille liste de Saint-Marc, tel que je l'ai reproduit ci-dessus ip. 174) : 
la traduction donnée par Miller est donc incorrecte. Puis il a relevé les neuf 
leçons et la lettre de Stéphanus, en en transcrivant le titre, la première 
ligne, la dernière ligne et en indiquant le nombre des folios de chacune 
d'elles : le tout concorde très exactement avec le texte du manuscrit de 
Saint-Marc, sauf quelques variantes d'orthographe sans importance. Les 
10 premiers numéros étant ainsi reconnus identiques, M. de Loynes a 
vérifié que les huit numéros suivants de la vieille liste (n"* 12 à 18 de la p. 174) 
manquent absolument dans le manuscrit de l'Escurial. La dernière ligne de 
la dernière leçon de Stéphanus s'y trouve suivie immédiatement par le 
poème d'Héliodore, lequel forme notre numéro 19 : le titre, le premier et 
le dernier vers ont été relevés. 

Les traités disparus dans le manuscrit de Saint-Marc n'existent donc pas 
davantage dans le manuscrit de l'Escurial. 

Ce n'est pas tout :1a lacune et la juxtaposition finales delà 9° leçon de Stépha- 
nus se retrouvent exactement, avec les mêmes mots, dans le manuscrit de 
l'Escurial ; ce dernier poursuit de même, sur une étendue comparable, et la 
9^ leçon se termine, par les mêmes mots : ενταύθα --ic της ΐ'.λίτιιίας ή τέχνη 
-ϊ-λήιωτα; (ι). 

Ily a plus: en marge, après les mots W.z ςίςη du manuscrit de l'Escurial, 
il existe un renvoi d'une autre écriture, postérieure au manuscrit, lequel con- 
tient les mots suivants, que M . de Loynes a eu l'obligeance de décalquer sur un 
papier transparent : εντεύθεν iipytix'. -.'x /.:;j.api;j τ:ϋ ç'Xczizi-j y.al άρχιέρεως 
ο•.ΐάτ/.ΐντ:ς /.λει-άτρα; ; c'est-à-dire « ici commence l'écrit de Comarius,philo- 

(i) Voir page 182. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS igi 

sophe et grand prêtre, maître de Cléopàire ». Quelqu'un des lecteurs du 
manuscrit s'était donc aperçu de la lacune et de la juxtaposition ; probable- 
ment d'après l'autre manuscrit, copié, ainsi que je l'ai dit, d'après le 2327, 
où cette lacune n'existe pas. 

La question de savoir si les manuscrits de l'Escurial ont une valeur ori- 
ginale et renferment quelque traité perdu, qui n'aurait pas subsisté ailleurs, 
est donc ainsi vidée. En fait, Tun de ces manuscrits est une copie du 2327 
et l'autre, une copie du manuscrit de Saint-Marc. 

V. — Manuscrits alchimiques forces du Vatican et des Bibliothèques 

de Rome. 

Ces manuscrits ont été en i885 l'objet d'un examen détaillé par mon tils 
André Berthelot, membre de l'Ecole française de Rome, examen consigné 
dans un rapport publié cette année dans les Archives des Missions scien- 
tifiques {3" série, t. XIII, p. 8 19 à 854). J'en extrais les indications suivantes. 
Le principal manuscrit est à la bibliothèque du Vatican. Il porte le numéro 
1174. Il est écrit sur papier et parait être du xv'= siècle. Il comprend i55 
folios, de 21 à 22 lignes à la page. 100 folios seulement appartiennent au 
texte original ; 1 8 ont été recopiés à une époque tout a fait récente. Il a beau- 
coup souiîert et renferme de graves lacunes, dont certaines ont été comblées 
par Angelo Maî, au xix= siècle. Plusieurs folios ont été ajoutés. 

Ce manuscrit a été connu par Léo Allatius, dans son état originel et il 
formait probablement l'une des bases du projet (non exécuté) que ce savant 
avait formé, relativement à la publication des manuscrits alchimiques grecs. 
Les traités qu'il renferme sont les mêmes que ceux des autres manuscrits, 
mais avec des différences très notables dans Tordre relatif. En outre, il a été 
mutilé. Il y manque une partie de Zosime, de Stéphanus, des poètes, ainsi 
que les traités de Comarius, Pelage, Sophé, Ostanès, etc. 

Il comprend: 

I et III. — Les Physica et niystica de Démocrite, en deux fragments dis- 
tincts; la teinture en pourpre (fol. 33 à 35) étant séparée du reste (fol. i à 10). 

II et X. — Deux fragments d'Olympiodore (fol. 1 1 à 33 et fol. 71 à 731. Le 
second fragment forme le début du traité, tel qu'il existe dans le manuscrit 



jq2 INTRODUCTION 

de Saint-Marc. Entre deux, il manque trois paragraphes (-/pj3i-/.î/./vX, -ίνος ζρώ- 

IV_ Un traité de l'Anonyme dédié à l'empereur Théodose, sur l'œuf 

(fol. 35 à 42>. Le nom de de Théodose ne figure pas dans le manuscrit de 
^aint-Marc. 

V. — Un traité de Zosime sur les fourneaux (fol. 42 et suiv.). La fin a dis- 
paru. 11 est interrompu après ces mots : α Marie a décrit beaucoup d'appa- 
reils, non destinés à la distillation des eaux; mais elle a donné beaucoup de 
figures de kérotakis et d'appareils de fourneaux (i). » 

VI. — Un fragment intercalaire (fol. 45 à 49), transcrit plus récemment. 
VII et IX. — La neuvième leçon de Stephanus (fol. 54 à 68j, avec la même 

lacune que dans le manuscrit de Saint-Marci. Le texte est à peu près confor- 
me à celui d'Ideler, avec addition finale des mots ένταϋθα γαρ τΐ;ς αιΧααοοίχς 
ή τΕχνη τ.ζ-'/.τ,ρω-χ'.. La finale et la lacune 17°, p. i82j sont caractéristiques. 
La fin de la lettre de Stephanus à Théodose (fol. 70), complétée de la main 
d'Angelo Mai, forme le IX. 

VIII. — Le poème d'Héliodore: 49 vers seulement (fol. 69). 

XL — Le traité de l'Anonyme : sur l'eau du blanchiment (fol γ3 à j5). 

XII. — Autre traité de l'Anonyme (fol. j5 et suiv.), incomplet. 

XIII. — Synésius i^fol. 79 à 91 .) 

XIV. — Le lexique (fol. 91 à 93), jusqu'à la lettre K. 

— Puis vient une lacune (fol. 94 à loi). 

XV. — Petits traités techniques (fol. 102 à 112). 

— Les folios 120 à 126 sont en blanc. — Le texte reprend aux folios 127 
jusqu'à i3o. — Aux folios i3i à i32, lacune. — Puis le texte recommence 
(fol. 1 33- 134). 

Ces petits traités techniques existent dans les autres manuscrits connus, 
.l'en reproduis ici la liste, à cause de la dédicace de certains de ces traités 
à Théodose, dédicace qui manque dans le manuscrit de Saint-Marc : ce qui 
indique que le manuscrit r 174 du Vatican dérive directement, ou indirecte- 
ment, d'une source un peu différente : 

Economie du corps de la magnésie — Calcination des corps — L'ochre 

(I) Manuscrit de Saint-Marc, folio i8tj, avant-dernière ligne. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS Ig3 

— Eau de soufre — Sur les mesures, adressé au grand Empereur Théo- 
dose — Sur le soufre, adressé au même empereur — Ce qui est substance 
et non substance — L'art parle d'une seule teinture, adressé à Théodose 

— Les quatre éléments nourrissent les teintures (les sept dernières lignes de 
ce traité manquent) — Ensuite il existe une lacune — Puis vient la fin d'un 
fragment : Diversité du cuivre brûlé — Eau divine tirée de tous les liquides 
(avec figures, connues d'ailleurs) — Recettes diverses. 

XVI. — Traité de Cléopâtre sur les poids et mesures; incomplet [fol. 134 
à i36. — Lacune (fol. 187 à 144). 

XVIL — Liste des signes (fol. 145 à 146). 
XVin. — Fin du Lexique (fol. 146 à 147). 

XIX. — Chapitres de Zosime à Théodore (fol. 147). 

XX. — Traités techniques (fol. 148 à i5o). — Chrysopée de Cléopâtre et 
serpent Ouroboros, muni de pattes — Lacune (fol. i5i à iSa). 

— Fragments (fol. i53-i55). 

Ces textes sont en général conformes au manuscrit de Saint-Marc, à la 
familleduquelilsserattachent, quoique avec de notables différences, lesquelles 
indiquent une dérivation non identique, quoique parallèle. On trouvera à 
cet égard des détails circonstanciés dans la publication de M. André Ber- 
thelot, à laquelle je me borne à renvoyer. 

VI. — Manuscrits de Gotha ou d'Altenbourg et de Munich. 

Le manuscrit de Gotha se trouvait à l'origine à Altenbourg: de là deux 
noms distincts d'origine pour un même manuscrit, lesquels ont amené 
quelques erreurs. La liste des opuscules qu'il renferme a été publiée dans 
ItsBeitràge ^ur altern Litteratur. . . . (Bibliothèque de Gotha von Fi: 
Jacobs und F. A. Ukert, Leipzig, i835, p. 216. J'ai collationné cette liste 
avec soin. Le manuscrit lui-même a été examiné par mon fils André Ber- 
thelot, ainsi que celui de Munich. Il résulte de cet examen que le manus- 
crit de Gotha est copié purement et simplement sur celui de Munich, ainsi 
que les manuscrits de Weiniar et de Leipzig, examinés pareillement. Celui 
de Munich lui-même a été copié en majeure partie sur le manuscrit de 
Saint-Marc. 

25* 



104 INTRODUCTION 

Les deux copies de Gotha et de Munich répondent aux folios S-igS du 
manuscrit de Saint-Marc. Mais le copiste a ajouté à la suite et comme com- 
pléments ifol. 204 a 21 5 du manuscrit de Gotha) sept morceaux qui man- 
quentdansle manuscrit de Saint-Marc, notamment la lettre de Psellus,une 
partie des signes, une 2« copie d'Ostanès, la lettrede Démocrite à Leucippe 
le discours d'Isis à son fils, suivi par le mélange du remède blanc, et 
les noms des faiseurs d'or. Les morceaux nouveaux existent d'ailleurs dans 
le manuscrit 2327 et ils ont dû être empruntés soit à ce manuscrit, soit 
à un manuscrit pareil. 

Griiner, vers la fin du xvin= siècle et au commencement du \\y.<^ siècle, a 
tiré de ce manuscrit quelques petits articles : sur la bière et l'huile aroma- 
tique (attribués à tort à Zosime); la première leçon de Stéphanus ; les ser- 
ments herméiiqiies; sur la trempe du bronze; sur la trempe du fer; ces der- 
niers ont été reproduits dans les Eclogœ physicœ de Schneider, p. 95, 96); 
sur la cadmie (Καθμ(αςπ7^ύσίς); sur la fabrication du verre. Enfin l'éditeur a 
copié à la suite un morceau tout différent, ayant pour titre: ό cTy.oç c χερΈ 
συνάζωνπάντα (ν. manuscrit 2327, fol. 90 verso). Ces petits articles, publiés 
dans des dissertations inaugurales et dans des programmes universitaires, 
sont très difficiles à trouver. Plusieurs renferment, comme il vient d'être 
dit, des confusions singulières. 

Les manuscritsde Vienne et deBreslau,exécutésparCornéliusdeNauplie, 
à la fin du xvi" siècle, appartiennent à la famille du manuscrit de Venise, 
avec quelques différences dans l'ordre relatif des traités. Le manuscrit de 
la Laurentienne (Florence) est au contraire fort analogue au 2327. 

VII. — Comparaison du contenu du manuscrit de Saint-Marc, avec ceux 
dun° 23-25 et du n" 2327 de la Bibliothèque nationale de Paris. 

Attachons-nous à comparer les trois manuscrits fondamentaux que nous 
avons surtout employés dans notre publication, savoir celui de Saint-Marc 
(xi« siècle), le numéro 232 5 (xin<= siècle) et le numéro 2 3 27 (xv^ siècle), de Paris. 
J'ai déjà donné une analyse développée du premier et du dernier de ces 
manuscrits, dans mes.Originesde Γ Alchimie; mais je me propose de serrer de 
plus près les comparaisons. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS Ig5 

11 est facilede voir que ces manuscrits appartiennent à deux types très diffé- 
rents. Voici quelques-uns de leurs caractères différentiels: 

1° Le manuscrit de Saint-Marc contient des traités qui manquent dans 
les deux autres, tels que le traité d'Ostanès (fol. 66), et les chapitres de 
Zosime à Théodore (fol. 179 et suiv.). 

2° La liste des signes y est plus ancienne et moins étendue ; question sur 
laquelle je renverrai à la discussion qui a été développée dans ce volume, 
p. 96 et suivantes. 

3° Les figures des alambics ont une forme plus ancienne, ainsi que les 
figures 'des digesteurs avec kérotakis ; ce dernier instrument ayant disparu 
dans les figures du manuscrit 2327 (voir la discussion que j'en ai faite 
p. i5o et 160). 

4° La liste des opérateurs manque dans le manuscrit 2?25. Dans le 
manuscrit de Saint-Marc, elle offre des différences très sensibles par rapport 
au manuscrit 2327 : parmi ces différences, je rappellerai le nom de Juliana. 
Il s'agit probablement de cette Juliana Anicia, pour laquelle fut faite à la 
fin du V• siècle de notre ère une copie de Dioscoride, copie célèbre et 
magnihque, conservée autrefois à Constantinople avec un soin reli- 
gieux et qui existe aujourd'hui à Vienne. Il semble donc que les pre- 
miers auteurs de la liste des opérateurs, inscrite dans le manuscrit de 
Saint-Marc, aient eu connaissance du manuscrit de Dioscoride. 

5° Les articles relatifs à la trempe des métaux /ol. 104 et 118) sont plus 
développés dans le manuscrit de Saint-Marc que dans les manuscrits 2325 
et 2327. Mais ils ne contiennent pas la mention caractéristique du bronze 
des portes de Sainte-Sophie (i), laquelle existe dans ces deux manuscrits. 

6» Le passage d'Agatharchide sur les mines d'or existe (sauf la fin) dans le 
manuscrit de Saint-Marc, et il est conforme au fragment plus considérable 
du même auteur, conservé par Photius. Il a probablement été transcrit sur 
le texte même de Photius, car il n'offre que des variantes insignifiantes. 

Dans le manuscrit 2325, ce passage manque. 

Dans le manuscrit 2127, il a été remplacé par un résumé, qui en modifie 
profondément la signification. 



(i) Origines de l'Alchimie, page io3. 



ig6 INTRODUCTION 

7° La Chrysopée de Cléopâtre, avec ses figures multiples, forme une 
page entière du manuscrit de Saint-Marc, page que nous avons reproduite 
(p. i32 du présent volume). Dans les manuscrits 2325 et 2327, ce titre a 
disparu. Mais la figure principale, formée de trois cercles concentriques, 
avec ses axiomes mystiques, est à la même place ; c'est-à-dire en tête du 
mémoire de Zosime sur les instruments et fourneaux, avec lequel elle 
s'est confondue. C'est là l'indice d'une rédaction plus moderne, pour cette 
partie du moins, dans les 2325 et 2327. Toute cette comparaison a été dé- 
veloppée, p. 134 à 137. 

8° Au contraire, le labyrinthe de Salomon, figure cabalistique, offre une 
physionomie très postérieure. Il a été transcrit vers le xiv^ siècle et 
après coup dans le manuscrit de Saint-Marc (v. p. ; 57). Mais il manque dans 
les manuscrits 2325 et 2327. L'existence simultanée dans un même manus- 
crit de la Chrysopée de Cléopâtre et du labyrinthe de Salomon peut être 
regardée comme une preuve sans réplique, propre à établir que ce manuscrit 
a été copié (par voie directe ou indirecte) sur celui de Saint-Marc. 

9° Dans la Chrysopée de Cléopâtre, on aperçoit le serpent Ouroboros, 
figuré simplement, avec l'axiome central evxôirav, au-dessous des cer- 
cles concentriques. Mais ce serpent n'accompagne pas les trois cercles 
concentriques dans les manuscrits 2325 et 2327. En outre, dans Saint- 
Marc, il n'a pas de pattes. Dans le manuscrit 1 174 du Vatican, on trouve 
aussi une figure simple du serpent, mais avec quatre pattes. Dans le 
manuscrit 2327, il y a deux grandes figures du serpent, avec quatre pattes, 
l'une avec deux anneaux, l'autre avec trois anneaux coloriés (figure 
34, p. 157), sans légende intérieure, mais avec une page entière de com- 
mtntaires [Texte grec, I, v, et I, vi), tirés en partie de Zosime et d'Olym- 
piodore. 

10° Plusieurs traités de l'Anonyme, sans dédicace dans le manuscrit 
de Saint-Marc, sont adressés à l'empereur Théodose dans d'autres manu- 
scrits, tel que celui du Vatican (v. p. 192). Il y a là l'indice d'une filiation 
spéciale. 

Le nom de Scrgius, auquel sont adressés quelques traités du Philosophe 
Chrétien, donne lieu à des remarques analogues; car il n'existe pas dans 
tous les manuscrits. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 1 97 

II" Le manuscrit 2325 ne renferme pas les poètes ; ceux-ci devaient donc 
former à l'origine une collection à part. 

12° Le manuscrit 2325 ne renferme aucun traité de vieil auteur impor- 
tant, qui ne soit dans le manuscrit de Saint-Marc. 

Il contient en moins le traité d'Ostanès, les chapitres de Zosime àThéo- 
dore, le serment de Pappus, le traité de Cléopâtre (poids et mesures) et quel- 
ques autres articles ; articles qui manquent également dans le manuscrit 2327. 

La liste des signes offre certaines confusions et diversités (v. pages 97 et 
98 du présent volume). 

Le manuscrit 2325 ne contient aucune trace des traités de Comarius. 

Il contient en plus, par rapport à Saint-Marc, certains traités techniques, 
tel que celui de l'arabe Salmanas sur les perles, et la fabrication des éme- 
raudes et autres pierres colorées, d'après le livre du Sanctuaire. La Chry- 
sopée de Cosmas est ajoutée à la suite, d'une écriture plus moderne et 
presque effacée. 

Dans le manuscrit 2325, l'ordre relatif est absolument, et du commen- 
icment àla tin, le môme que celui du manuscrit 2327. Ce dernier dérive évi- 
demment d'un type commun, mais complété par des intercalations et ad- 
ditions considérables. 

Au contraire, l'ordre relatif est trèsdifférent entre ces deux manuscrits et 
le manuscrit de Saint-Marc : on y reviendra. 

1 3° Examinons les traités qui manquent dans le manuscrit de Saint-Marc 
et qui existent dans le manuscrit 2327. Parlons d'abord de ceux qui portent 
des noms d'auteurs. 

Le manuscrit 2327 débute par la lettre de Psellus adressée à Xiphilin. 
Dans certains manuscrits, cette lettre est adressée à Michel Cérularius ; 
l'identité complète des deux lettres aurait besoin d'être vérifiée. 

Le traité de Comarius se trouve dans le manuscrit 2327, sous sa forme 
la plus complète. 

Je signalerai encore : 

Le traité de Jean l'archiprêtre, qui manque dans le 2325 ; 

Le traité de Salmanas et celui des émeraudes, qui s'y trouvent au con- 
traire, ainsi que laChrysopée de Cosmas, transcrite à la suite et à une époque 
postérieure dans le 2325 : 



igS INTRODUCTION 

Les livres de Sophé (Chéops); 

La lettre d'Isis à Horus ; 

Le livre de Démocrite à Leocippe ; 

Le traité d'Agathodémon sur l'oracle d'Orphée ; 

La coction excellente de l'or, avec les procédés de Jamblique ; 

La chimie domestique de Moïse ; 

14° Enfin, parmi les articles anonymes manquant dans le manuscrit de 
Saint-Marc, et existant dans le manuscrit 2327, on peut citer : 

La liste des faiseurs d'or (manquant dans le 2325). 

Ainsi que tous les articles et traités consécutifs, tels que : 

Le serpent figuré, avec commentaires ; 

Le travail des quatre éléments ; 

L'assemblée des philosophes ; 

L'énigme alchimique, dont les vers existent cependant à Fétat séparé 
dans une addition postérieure du manuscrit 2325 ; 

La liste planétaire des métaux ; 

La liste des mois ; 

Le traité de la' fusion de For. 

Et diverses additions finales (voir Origines de l'Alchimie, p. 346). 

i5° La lettre d'Isis à Horus mérite d'être signalée, comme élément de 
classification des manuscrits, autres que celui de Saint-Marc. En effet, 
elle existe sous deux rédactions très différentes dans le manuscrit 2327 
et dans le manuscrit 225o (Texte grec, L xiii et I, xiii bis). Il y a aussi de 
grandes différences entre les divers textes d'Olympiodore. 

16° Au point de vue de l'ordre relatif, les parties communes de la plupart 
des manuscrits offrent souvent de très grandes différences. Le manuscrit 
2327, en particulier, présente un essai de coordination systématique, qui fait- 
défaut dans les parties semblables de celui de Saint-Marc. En effet, on y voit, 
à la suite de la lettre de Psellus, sorte de préface, des indications géné- 
rales, telles que : le traité de Cléopâtre sur les poids et mesures, lequel 
figure au contraire au milieu du manuscrit de Saint-Marc, et qui était 
même placé vers la fin dans l'ancienne liste de ce dernier. 

Puis viennent dans le manuscrit 2327 : les signes, lesquels sont au début 
du manuscrit de Saint-Marc ; 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 1 99 

Et le lexique, qui ne se trouve que vers les deux tiers de ce dernier 
manuscrit (presqu'à la fin dans l'ancienne liste). 

Dans le manuscrit 2327, on lit ensuite les traités de Démocrite, de Synésius 
et de Stéphanus, le premier étant le plus ancien, et les autres représentant 
des commentaires successifs de ce traité. 

Tandis que dans le manuscrit de Saint-Marc, on débute par Stéphanus ; 
les poètes; Pelage, qui est rejeté vers la fin du manuscrit 2327 ; Ostanès, 
qui y manque ; puis viennent Démocrite et Synésius : c'est-à-dire qu'il 
n'existe aucun ordre systématique dans ce manuscrit. 

170 Les poètes, qui suivent Stéphanus dans le manuscrit de Saint-Marc, 
sont placés beaucoup plus loin, et avant la liste des faiseurs d'or, dans le 
manuscrit 2327. Leur texte offre des différences considérables, suivant les 
manuscrits. 

18° Le serpent et Olympiodore manquent dans le manuscrit 2325. 

Le dernier texte est à part dans les manuscrits qui le contiennent et il 
offre des variantes très notables. 

190 Les traités de Zosime sur les fourneaux et appareils viennent pareil- 
lement après. Seulement, dans le manuscrit 2327, c'est une répétition de 
traités déjà transcrits une première fois à la suite de Stéphanus : ce qui 
indique que le copiste puisait à deux sources différentes (v. p. 109 sur le ma- 
nuscrit Ru. 6 de Leide). Le texte de ces traités offre de grandes variantes, 
qui vont parfois jusqu'à des rédactions distinctes, quoique parallèles. 

20^ Les additions initiales et finales, faites sur les pages de garde, marges 
et parties blanches des manuscrits, sont très importantes pour en marquer la 
filiation. Je citerai : dans le manuscrit de Saint-Marc l'addition de la première 
feuille sur la scorie, avec paroles et signes magiques [v. p. i5i), et le traité 
sur les songes de Nicéphore ; 

Dans le manuscrit 2327, la lettre de Psellus au début, les fragments sur la 
colle, sur l'asbestos [i\ etc., et vers la fin, le dire de Rinaldi Telanobebila 
(Arnaud de Villeneuve], etc.. (voir Origines de l'Alchimie, p. 336 et 3461. 

Il y a encore bien d'autres différences de détail dans la distribution des 



(i) C'est l'article : Zosime dit sur la | entre la préface de Psellus et le traité 
Chaux, ajouté sur des pages blanches, I de Cléopâtre. 



200 



INTRODUCTION 



traités du Chrétien et de l'Anonyme, mais moins importantes. Les remarques 
précédentes sont d'ailleurs assez nombreuses et minutieuses pour permettre 
de caractériser les filiations des manuscrits. 

VIII. — Hypothèses générales sur l'origine et la filiation des manuscrits 

alchimiques grecs. 

• 

D'après l'ensemble des observations que j'ai recueillies, l'origine des ma- 
nuscrits alchimiques grecs pourrait être établie avec quelque probabilité 
de la manière suivante : 

1° Il existait en Egypte, avant l'ère chrétienne, des groupes de recettes 
techniques, relatives à l'orfèvrerie, à la fabrication des alliages et des métaux 
pour les armes et les outils, à la fabrication du verre et des émaux, à la tein- 
ture des étoffes, à la matière médicale. 

L'emploi de ces recettes était accompagné par certaines formules ma- 
giques. 

Le tout était transmis traditionnellement, comme secret de métier, depuis 
une époque fort reculée, avec le concours de signes hiéroglyphiques, des- 
tinés à servir de mémentos, plutôt qu'à exposer le détail des opérations (i). 

Ces signes étaient inscrits sur des stèles; ils étaient anonymes, comme 
toute la science égyptienne d'alors. Il semble qu'il y avait aussi des textes 
écrits en démotique sur papyrus ; tels étaient le Livre du Sanctuaire, cité à 
plusieurs reprises, et le texte transcrit dans le papyrus V de Leide (p. 8 du 
présent ouvragej. 

2° Vers l'ère chrétienne, on commença à écrire en grec {sur papyrus;, les 
recettes et les formules magiques, d'une façon précise et détaillée. Une partie 
de ces recettes nous ont été transmisesdansles écrits de Dioscoride, de Pline 
et de Vitruve. 

Les papyrus de Leide, écritsau m" siècle, mais dontletexte est plus ancien, 
fournissent le détail précis et authentique de quelques-unes d'entre elles ,ce 
volume, article I). La plupart de ces recettes sont claires, positives ; elles con- 



(i) Voir ce que j'ai dit sur la Chry- 
sopée de Cléopâtre et sur la formule 



de l'Ecrevisse, pages 137 et 1 53 à 
i55. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 201 

cernent l'imitation, parfois frauduleuse, de Tor et de l'argent, ainsi que la 
fabrication de l'asèm, alliage doué de propriétés interme'diaires. Dioscoride 
et le papyrus V ont conservé le nom de certains des auteurs d'alors, tels que 
Phiménas (Pammenès) et Pétésis. Il existait un grand nombre de papvrus 
analogues ; mais la plupart ont été détruits systématiquement par les 
Romains, vers le temps de Dioclétien. Cependant il est incontestable qu'un 
certain nombre de recettes relatives à l'asèm et à d'autres sujets, conservées 
dans nos manuscrits actuels, offrent un caractère semblable à celui du papy- 
rus et remontent probablement à la même époque. Le traité des émeraudes et 
pierres vitrifiées, « d'après le Livre du Sanctuaire », a été reproduit sans 
doute de vieux textes analogues, et il en est probablement de même du traité 
des perles, qui nous est venu sous le nom de l'arabe Salmanas : c'est vrai- 
semblablement l'auteur des derniers remaniements de ce traité technique. 

3" A la même époque, c'est-à-dire vers la fin du règne des Ptolémées, il exis- 
tait des écoles gréco-égyptiennes, participant dans une certaine mesure de la 
science hellénique : j'ai signalé spécialementuneécoledémocritaine, àlaquelle 
appartenait Bolus de Mendès : cette école mit ses écrits sous le patronage 
du nom vénéré de Démocrite (Or/g'fnei rfe/'^/c/ziw/e, p. i56etsuiv.l. Il nous 
en est parvenu un traité Phjsica et mj^stica,, formé de trois fragments, l'un 
magique, l'autre relatif à la teinture en pourpre, le dernier à la fabrication, 
ou plutôt à l'imitation de l'or et de l'argent. Les recettes du dernier fragment 
sont analogues à celles du papyrus de Leide ; quelques-unes même iden- 
tiques. Mais, dans les écrits de cette école, les recettes positives sont associées 
à des interprétations mystiques, association que l'on ne trouve pas dans les 
papyrus de Leide; quoique la magie abonde dans ces derniers. 

40 L'Ecole Démocritaine d'Egypte a créé une tradition scientifique, spé- 
cialement en alchimie; tradition qui s'est prolongée jusqu'au vii'^ siècle de 
notre ère, par toute une suite d'écrits originaux et de commentaires, lesquels 
forment la partie principale de nos collections actuelles. 

Les auteurs qui l'ont continuée au début étaient des gnostiques, des païens 
et des juifs, qui ont développé de plus en plus le symbolisme mvstique. 

Le principal auteur venu jusqu'à nous, Zosime, semble avoir constitué 
vers la fin du m' siècle, une sorte d'encyclopédie chimique, reproduisant 
spécialement les traités de Cléopâtre, sur la distillation, ceux de M arie la Juive, 

20* 



202 



INTRODUCTION 



sur lesappareilsà digestioa, ceuxde Pamménès et de Pétésis, surles alliages 
métalliques, etc. Nous possédons près de i5o pages tirées des ouvrages de 
Zosime, sous la forme d'extraits faits plus tard par des Byzantins, non sans 
quelques additions ou interpolations, dues aux commentateurs. 

Les écrits d'Africanus, auteur aujourd'hui perdu, seraient du même temps 
que Zosime. Nous en avons quelques fragments dans nos textes alchimiques. 

5" Vers la même époque que Zosime et Africanus remontent les écrits 
pseudonymes attribués à Sophé (Chéops), qui rappellent un texte d'Africa- 
nus, compilé par Eusèbe ( i). 

Avant Zosime également, ou vers le même temps, ont été écrits les frag- 
ments attribués à Hermès, à Agathodémon, les écrits du Pseudo-Moïse, les 
recettes de Jamblique, ainsi que la lettre d'Isis à Horus. 

6" Entre le faux Démocrite et Zosime, semblent aussi se placer les écrits 
d'Ostanès, de Pelage, de Comarius, de Jean l'Archiprêtre. Mais, sous la 
forme où nous les possédons, ces écrits manquent d'authenticité. Il est diffi- 
cile d'y distinguer la trame originale des interpolations successives faites 
par les moines chrétiens d'Alexandrie et de Byzance. 

7° C'est au même temps que remonterait la première rédaction des textes 
actuels des traités techniques sur le verre, les perles artificielles, la trempe 
des métaux, etc.; textes qui se rattachent à une tradition beaucoup plus 
ancienne, mais qui ont été remaniés à diverses reprises, pendant le cours 
des siècles. 

8° Vers le temps des deux empereurs Théodose, on trouve le commentaire 
de Synésius sur Démocrite, qui est l'ouvrage le plus philosophique de toute 
la série, et le groupe des poètes, complété plus tard. 

9° Olympiodore, auteur un peu postérieur, se rattache aussi aux commen- 
tateurs Démocritains. 

10° La tradition se continue par le Philosophe Chrétien, par l'Anonyme, 
et par Stéphanus, jusqu'au vii= siècle de notre ère. Les traités pseudonymes 
d'Héraclius et de Justinien, aujourd'hui perdus, seraient aussi de cette dernière 
époque; car lisent précédé les Arabes, qui citent fréquemment Héraclius. 



(i) Origines de l'Alchimie, p. 58. Les 
traités astrologiques et autres de Zoroas- 



tre, Manéthon, Pythagore, seraient 
aussi du même temps. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 203 

1 1° Vers le vn° ou le viii= siècle de notre ère s'est constituée une première 
collection, qui semble avoir été formée autour du commentaire de Sté- 
phanus, avec adjonction des auteurs de l'École Démocritaine et des premiers 
commentateurs. Cette collection, grossie parcelle des poètes et par plusieurs 
autres dont j'ai donné la liste (p. 178), et reprise parmi les 53 séries de 
Constantin Porphyrogénète, au x» siècle, aurait servi à constituer le pro- 
totvpe, duquel dérivent la vieille liste de Saint-Marc et le manuscrit de 
Saint-Marc. 

Cependant un certain nombre de mémoires d"auteurs renommés, de recettes 
partielles et plusieurs traités techniques n'étaient pas compris dans cette 
collection. Ils sont entrés plus tard dans d'autres collections, fondues 
avec la principale dans le manuscrit 2325, et depuis, avec des additions plus 
étendues, dans le manuscrit 2327. 

Les traites de Cosmas et de Blemmydès sont postérieurs. 

12° Je pourrais essayer d'expliquer maintenant plus en détail, comment 
la collection primitive, modihée par des additions successives, a constitué 
plusieurs prototypes, dont le principal O) répondait au manuscrit qui a 
précédé la liste initiale du manuscrit de Saint-Marc. 

De ce prototype a dérivé un manuscrit iP), répondant à cette liste. 

Mais il a perdu plus tard les cahiers qui renfermaient les traités attribués 
à Héraclius et à Justinien et il a formé alors un autre type (Q). 

C'est à cet autre type que se rattache le manuscrit 2327, quoique non direc- 
tement. En effet, il a été grossi par l'adjonction de traités tirés d'un autre 
prototype, contenant par exemple Jean l'Archiprêtre, la lettre d'Isis, etc. ; 

A un certain moment, le type (Qj a éprouvé une mutilation, vers la fin 
des leçons de Stéphanus, et il a perdu plusieurs feuillets, comprenant cette tin 
et le commencement du traité de Comarius. Cette mutilation n'a pas coïn- 
cidé avec la première, attendu que le manuscrit 2327 contient la hn de 
Stéphanus et le traité de Comarius ; tandis que les traités d'Héraclius et de 
Justinien y manquent. 

C'est plus tard qu'un copiste ignorant, ayant transcrit à la suite le manus- 
crit mutilé, sans s'apercevoir de la lacune, a constitué le type R , qui est 
celui du manuscrit actuel de Saint-Marc ; une lacune analogue y a mutilé 
le traité du jaunissement, etc. ; 



Î04 



INTRODUCTION 



Le manuscrit de Saint-Marc a perdu dans le cours des siècles un ou 
plusieurs folios, à la tin des fragments d'Agatharchide; 

Il a eu plusieurs cahiers transposés par le relieur, cahiers qu'il a conservés 
d'ailleurs; 

Enfin il a éprouvé diverses additions, telles que le Labyrinthe de Salo- 
mon et quelques autres, aux xV et xvi= siècles. C'est ainsi qu'il nous est 
parvenu. 

La filiation des manuscrits 2325 et iT>i-j est plus complexe. Rappe- 
lons d'abord que le contenu et l'ordre relatif du manuscrit 2325, le plus 
ancien des deux (xiii= siècle), se retrouve exactement dans le manuscrit 2327 
(xv'^siècle). Mais ce dernier est plus étendu et renferme un grand nombre de 
traités techniques ou mystiques, qui manquent dans le manuscrit de Saint- 
Marc et qui ont été tirés de prototypes tout différents. Aussi, quoiqu'il 
représente sur certains points une rédaction plus moderne que celui de 
Saint-Marc, il en est d'autres où il répond à des souches antérieures. Le 
manuscrit 2275 paraît la copie directe du 2325 ; le manuscrit 2329, le 
second manuscrit de l'Escurial, le manuscrit de la Laurentienne et celui 
de Turin, dérivent du manuscrit 2327, ou d'une souche commune. 

Les manuscrits 225o, 225i, 2252, qui appartiennent à une même copie 
faite au xvii" siècle (i), accusent une souche distincte à certains égards des 
précédentes : par exemple, pour la rédaction de la lettre d'Isis à Horus. Le 
manuscrit du Vatican et celui de Leide, Voss. n" 47, otïrent aussi d'assez 
grandes diversités, quoique dérivés en somme de la môme souche que le 
manuscrit de Saint-Marc. 

Sur le manuscrit de Saint-Marc, ont été copiés directement ou indirecte- 
ment 12) presque tous ceux qui existent en Allemagne, d'après ce que j'ai 
pu savoir : tels celui de Munich, qui a servi à la publication d'ideler, celui 
de Gotha, probablement ceux de Vienne et de Breslau ; de même le numéro 
2249 delà Bibliothèque de Paris, celui sur lequel Pizimenti a fait sa traduc- 
tion latine, l'un de ceux de l'Ambroisienne, l'un de ceux de l'Escurial, etc. 



(i)Mise au net du 2329 corrigé, pour 
la majeure partie. 

(2) Avec certaines additions finales, ti- 



rées des autres souches, telles que la let- 
tre de Psellus, le traité de Démocrite à 
Leucippe, la lettre d'Isis à Horus, etc. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 2o5 

Pour pousser plus loin la discussion détaillée de toute cette filiation, 
userait nécessaire de faire une comparaison minutieuse de tous les manus- 
crits, comparaison dont je ne possède pas encore les éléments complets ; 
je ne crois donc pas utile d'en dire davantage. 

IX. — Sur le ttianuscrit grec 241η de la Bibliothèque nationale de Paris. 

Ce manuscrit in-folio, transcrit vers 1460 par Georges Midiates (fol. 288), 
est des plus précieux pour l'histoire de l'Astronomie, de l'Astrologie, de 
l'Alchimie et delaMagie aumoyenàge; c'est uneréunion indigestededocu- 
ments de dates diverses et parfois fort anciens, depuis l'Almageste de Ptolé- 
mée et les auteurs arabes jusqu'aux écrivains de la fin du moyen âge. L'écri- 
ture en est souvent difficile à déchiffrer. La table des matières de ce manu- 
scrit a été imprimée dans le Catalogue de ceux de la Bibliothèque nationale 
de Paris. Aussi je me bornerai à relever les morceaux et traités qui offrent 
quelque intérêt pour les études auxquelles le présent volume est consacré. 

Au folio I se trouve une grande figure astrologique du corps humain, des- 
• sinée avec soin, placée au milieu de deux cercles concentriques, avec indica- 
tion de la relation entre ses parties et les signes du Zodiaque. Cette figure 
répondant à des textes dOlympiodore (i) et de Stéphanus, je crois utile 
d'en donner la description. 

En haut : le Bélier. Puis se trouvent deux séries parallèles, l'une à droite, 
l'autre à gauche. 



Adroite : 
Le Taureau commande le cou . 

L'Ecrevisse la poitrine. 

La Vierge l'estomac et 

le ventre. 
Le Scorpion les parties 

génitales. 



A gauche: 
LesGémeauxcommandentlesépaules. 

Le Lion le cœur. 

La Balance les deux fes- 
ses. 

Le Sagittaire lesdeuxcuis• 

ses. 



LeCapricorne les genoux. Le Verseau les jambes. 

Au bas, les Poissons commandent les pieds. 

(i) Texte grec. p. 10 1 et loG. 



20b INTRODUCTION 

On peut voir un texte analogue dans la Bibl. Client, de Manget, I, 917. 

Au folio 32, on rencontre le cercle de Pétosiris, pour prévoir l'issue des 
maladies; cercle dont j'ai donné (p. 88) la photogravure et la description. 

Au folio 33, on lit deux tableaux horizontaux analogues, que j'ai également 
décrits, à cause de leur similitude avec le tableau d'Hermès du manuscrit 
2327 (p. 87) et avec la sphère de Démocrite du papyrus de Leide (p. 86). 

Ils accompagnent des traités de l'astrologue Pythagoras et divers calculs 
pour connaître le vainqueur d'un combat singulier. 

Au folio 4O verso, on rencontrela liste desrelations entre lesplanètes et les 
métaux et autres corps subordonnés à ces astres. Celte liste est la même qui 
figure dans plusieurs manuscrits alchimiques ; les noms en sont également 
grecs ; quelques-uns sont transcrits en caractères hébraïques. La liste faitjpar- 
tie d'un traité d'Albumazar, astronome arabe du ix« siècle (800 à 885) de 
notre ère iv. p. 79 du présent volume et Texte grec, p. 24, notes;. J'y relève 
deux indications caractéristiques. 

Le signe de la planète Hermès comprend parmi les corps dérivés, vers 
la fin de son paragraphe, le nom du mercure, ΰοράργυρ:;, et à la suite les 
mots: oloï T.ip-x: 7.χ7α•-ερζΊ ; « les Persans rangent sous ce signe l'étain ». 

Le signe de Jupiter comprend l'étain et à la suite les mots : οι Sa πέρσαι 
ουχ ούτως, άλλα ο•.άργυρ;ς. «Les Persans ne l'entendent pas ainsi, mais rangent 
sous ce signe le métal argentin» c'est-à-dire l'asèm ou électrum. Ceci est 
conforme à ce qui a été dit ailleurs sur les changements successifs des nota- 
tions métalliques et planétaires (pages 81 à 85). 

.\la suite vient une liste des animaux répondant à chaque planète. 

Au folio 86 verso : sur les sorts royaux, traité attribué à Nécepso. 

Au folio 99- 100 : figures de comètes. 

.\u folio 1 19 : traité divinatoire de Zoroastre. 

.\u folio i53 ; tableau des mesures antiques. 

Au folio 154: tableau des signes et abréviations. Ils sont semblables en 
général à ceux de la fin de la liste du manuscrit 2327, sauf un petit nombre 
de différences : par exemple, pour les mots ange et démon^voir p. 100); mais 
l'ordre n'est pas le même. 

Puis vient un ouvrage de Bothrus, qui s'intitule roi de Perse; c'est un 
astrologue, inconnu d'ailleurs. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS ΊΟη 

Au folio ι5ό : autre cercle médical de Pétosiris, dont j'ai donné la pho- 
togravure et la description (p. 90). 

Au folio 205 verso : liste des plantes qui répondent aux 12 signes du 
Zodiaque, d'après Hermès Trismégiste. 

Au folio 271 verso et au folio 272 : préparations chimiques. 

Au folio 273 : motsmagiques,analoguesà ceux qui figurent dans.iamblique. 
dans les papyrus de Leide, au-dessus de la formule de l'Ecrevisse dans le 
manuscrit de Saint-Marc (p. i53), etc.; sans qu'aucun m'ait paru identique, 
à première vue du moins. 

Au folio 274: une page renfermant un grand nombre d'alphabets magiques, 
lesquels ne sont autres que des alphabets grecs altérés (v. p. 1 56), analogues 
à ceux du manuscrit de Saint-Marc. Dix-sept de ces alphabets 'figurent au 
recto, cinq au verso. La traduction existe à l'encre rouge, presque effacée, 
dans les intervalles des lignes. 

Au folio 274 verso : listedes signes, en4 lignes, sans traduction, sauf pour 
quelques mots tels que ceux-ci : cœur et foie. Cette liste se retrouve exacte- 
ment transcrite, vers la fin de celles du manuscrit 2327, PI. VI, 1. 20 à 25, 
jusqu'à άλέη (ν. p. 100). 

Au folio 279 commence un ouvrage considérable intitulé : « la voie droite 
vers l'art de l'Alchimie, par le grand maître Pierre Théoctonicos. 

Cet ouvrage se poursuit jusqu'au folio 287 verso, où la fin est indiquée à 
l'encre rouge. « Voici la fin de la route pure du frère Ampertos Théoctonicos, 
le grand philosophe de l'Alchimie, transcrite par Georges Midiates. » 

Ce traité va être décrit tout à l'heure plus en détail. 

Au folio 288 : suite de préparations chimiques. Figure d'un entonnoir à 
filtra tion et d'une fiole à fond rond. 

Aux folios 319 a 341 : lexique étendu, donnant l'interprétation des noms 
des opérations, substances, plantes, maladies. Ce lexique renferme un certain 
nombre de mots arabes. Il y a beaucoup de noms chimiques. 

Revenons maintenant à l'ouvrage manuscrit de Théoctonicos, person- 
nage qui a donné lieu à diverses discussions de la part d'Hoefer, lequel lui 
attribue le prénom de Jacob, et de la part de H. Kopp. L'examen dirett de 
son traité m'a paru utile pouréclaircir la question. Elle n'est pas sans intérêt; 
car c'est un des rares auteurs de quelque importance, cités dans les histoires 



2o8 INTRODUCTION 

de la chimie et sur lesquels nous ne possédions pas encore de lumière 
suffisante. 

Le titre exact de l'ouvrage est le suivant : 

'Αρχή -fjz ευθείας îoîj tcï μεγάλου διδασκάλου Πέτρου του Θεοχτονίκου προς τήν 
τέ-/ντ,ντΐ5ς άρχημίας, titre déjà traduit plus haut; et au bas de la page : έγώ ό 
ΙΙέτρος Θεοκτόνικος των ο'.λοϊόφων è ελάχιστος. ; c'est-à-dire: 

« Moi Pierre Théoctonicos, le moindre des philosophes. » 

A la fin du traité, il est désigné sous le nom de του άοελφοϋ Άμ-έρτου τοϋ 
θεοκτονίκου. 

La dernière forme rappelle le latin Albertiis Teutoniciis, personnage iden- 
tifié en général par les vieux auteurs avec Albert le Grand et sous le nom du- 
quel il existe un ouvrage latin d'Alchimie, désigné parfois par les mots -.Semita 
recta. 

Cet ouvrage latin se trouve au tome XXI des œuvres d'Albert le Grand, 
qui est regardé ici comme un pseudonyme, et il est imprimé dans le tome 1 1 
du Theatriim Chemicitm. Les deux textes latins concordent très exactement, 
comme je l'ai vérifié. L'ouvrage est écrit avec assez de sincérité; il date du 
XIII' ou XIV* siècle. Les articles techniques qui le terminent sont complétés 
par des additions faites par quelques copistes plus modernes, d'après Geber, 
Razès, Roger Bacon, maître Joi [sic, pour Jean ?) de Meun, expressément 
nommés. Il semble même en certains endroits qu'il y ait deux étages d'ad- 
ditions. 

Or le traité de Théoctonicos est une traduction grecque du traité attribué 
à Albert le Grand, traduction antérieure aux textes latins imprimés que je 
viens de citer, et qui renferme certaines indications spéciales et différentes ; 
mais qui, par contre, ne contient pas les additions. C'est ce qui résulte de 
l'examen détaillé auquel je me suis livré. 

En effet, j'ai d'abord constaté la conformité générale du texte latin et du 
texte grec, en lescompara-nt ligne par ligne jusqu'à la fin. 

Je me bornerai à la citation suivante, qui est caractéristique. Dans le grec : 

Εΰρον -άλ'.ν ύ-ερέχοντας μονάχους κα'ι πρεσβυτέρους •/.χ: κχνον.κους, κληρ'.κοΰς, 
ί'.λοσόοους κζ: γραμ;Αατεΐς. Dans le latin : 

Iiivcni autem prœdivites litteratos, abbates, prœpositos, canonicos, phy• 
sicos et illiteratos, etc. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 209 

C'est-à-dire [d'après le grec : 

« J"ai trouvé des moines éminents, des prêtres, des chanoines, des clercs, 
des philosophes et des grammairiens. » 

Le texte grec est plus ferme que le texte latin ; cependant il est difficile de 
refuser d'admettre que la phrase précédente ait été traduite du latin. 

A la page suivante, folio 279 verso, on retrouve pareillement dans les 
deux langues la phraséologie ordinaire des alchimistes: 

« Voulant écrire pour mes amis, de façon que ceux qui voient ne voient 
pas, et que ceux qui entendent ne comprennent pas, je vous conjure, au nom 
de Dieu, de tenir ce livre caché aux ignorants. » 

Le texte grec est plus développé que le latin dans le passage suivant 
(même page) : 

α J'ai écrit moi-même ce livre, tiré des livres de tous les philosophes delà 
science présente, tels que Hermès, Avicenne, Rhazès, Platon et les autres 
philosophes, Dorothée, Origène, Geber (?), beaucoup d'autres, et chacun a 
montré sa science; ainsi que Aristote, Hermès (i) et Avicenne. » Cette suite 
de noms propres et d'autorités manquent dans le latin. 

Le traité poursuit pareillement, en expliquant dans les deux langues qu'il 
faut réduire les métaux à leur matière première. 

Puis commence un autre chapitre, qui débute par ces mots singuliers 
(fol. 280), en grec : Άργτ,^.ίχ ϊζ-λί -ρίγι^α r.xfy. των άρχχίων i'jp:T/.z[j.irr;i, 
χ•.μ(α δέ λεγετα'. ρω;λχ'.7τή, ίραγγ'./.ά Ιϊ μάζα [sic]. 

« L'Alchimie est une chose découverte par les anciens : on l'appelle Chimie 
en romaïque, Maza en langue franque. » 

Dans le texte latin on lit, dans les deux publications citées : «Alchimia est 
ars ab Alchimo inventa et dicitur ab archymo grcecè, quod est massa latine. » 

« L'Alchimie est un art découvert par Alchimus ; c'est d'après le mot grec 
archymus qu'elle a été nommée, mot qui signifie massa en latin. » 

Cette phrase étrange se trouve aussi dans le Liber triiim verborum Kalid 
{Bibliotheca Chemica de Manget, t. II, p. 189) : « Alchimia ab Alchimo 
inventa. Chimia autem grœcè, massa dicitur latine. » 

Pic de la Mirandole, au xvi« siècle, cite aussi cet Alchimus, en répudiant 

(I) Figuré par le symbole de la planète Mercure. 

27• 



2 ΙΟ INTRODUCTION 

l'étymologie précédente. Il y a là sans doute quelque réminiscence de l'ancien 
Chymès(i). Quant au mot μ5ζα ou massa, il existe comme synonyme de la 
Chimie dans le Lexicôn Alchemiœ Rulandi (au mot Kymiis]. 

Le latin explique ensuite que les métaux diièrent seulement par une 
forme accidentelle et non essentielle, dont on peut les dépouiller : 

Forma accidentali tantum, nec essentiali : ergo possibilis est spoliatio 
accidentiim in metallis. Mais le grec est ici plus vague. 

Au contraire, le grec développe davantage la génération des métaux et 
parle de la terre vierge (2), comme l'ancien Hermès : o'.à γης παρθένου -/.α; 
(;οί^ρτ,ς ; ce que le latin traduit simplement par terr-a miinda, la terre pure. 

Les deux textes se suivent ainsi parallèlement, avec des variantes consi- 
dérables et des développements inégaux. Puis viennent la description des 
fourneaux (fol. 282), celle des quatre esprits volatils : le mercure (signe delà 
planète Hermès), le soufre, l'arsenic (même signe que celui de la PI. VL 
1. 26), le sel ammoniac. Le nom ancien de l'orpiment, apjsv.y.sv, est changé 
ici en άίριπήγμ-α-ιν : ce qui est une transcription littérale du latin aiiri pig- 
mentiim, transcription montrant par une nouvelle preuve que le texte ori- 
ginal a été écrit en latin. Divers sels, le tartre, le vert-de-gris, le cinabre, la 
céruse, le minium figurent ici. 

Puis viennent les opérations, dont la description fournit des équivalences 
intéressantes entre les mots grecs du xiv<= siècle et les mots latins ; équiva- 
lences dont plusieurs sont distinctes des anciennes expressions contenues 
dans les premiers alchimistes. 
Par exemple (fol. 285). 

ρίνισμα, qui voulait dire à l'origine limaille, est traduit par sublimatio. — Il 
y a ici l'idée de l'atténuation extrême de la matière, exprimée plus tard par 
le mot alcoolisation, qui voulait dire réduction à l'état de poudre impalpable. 
Άσβέϊ-ωμα. — Calcinatio. — Ce mot nouveau a remplacé l'ancien ϊωσ•.;: 
et le mot άσβεστος, ou calx (chaux métallique), s'est substituéà!ός. 
Πήγμα. — Coagulatio. — Solidification d'un corps liquide. 
Πηξ'.ς. — Fixio. — Fixation d'un corps volatil. 
'Λνάλυμα. — Solutio. — Dissolution. 



(i) Origines de l'Alchimie, p. 167. | (2) Origines de l'Alchimie, p. 63. 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 211 

Στάλαγμα. — Subliniatio. — C'est la distillation, opérée par vaporisation, 
ou par filtration. 

Κήρωμα. — Ceratio. — Ramollissement. 

"Εψηϊ'.;. — Decoctio. — Cuisson, emploi de fondants. 

Les deux textes se suive 
che ; la céruse. 

L'eau jaune qui teint en bleu, c'est l'eau du soufre apyre, l'eau d'arsenic, 
Feau citrine, le coquillage, l'aristoloche, l'eau de la pyrite dorée, Teau de lie, 
et les autres choses. 

Il a appelé Teau blanche : eau divine obtenue par écoulement, vinaigre, 
eau d'alun, eau de chaux, eau de cendresde choux, urine, lait nouveau pro- 
duit par une femelle (?),lait de chèvre, lait de la cendre des bois blancs, lait 
de palmier, liqueur argentine, eau de nitre blanc, et le reste. » 

XI. — Manuscrits divers. 
Je relaterai, pour ne rien omettre, dans le manuscrit ii3 de la Biblio- 

(i) Le nom de chaque métal est suivi de son signe dans le manuscrit. 



2l6 INTRODUCTION 

thèque du Métoque du Saint-Sépulcre, à Constantinople, un petit traité 
περίχημ-ΐκών, ainsi que la lettre de Psellus au patriarche Michel sur l'art 
chimique : ces indications m'ont été fournies par M. J. Psichari, qui a 
visité cette Bibliothèque l'an dernier. 

Enfin M. Ludwig Stern a publié dans la Zeitschriftfur œgypt.Sprache, 
pages I02-1 19, 3« livraison, i885, des fragments d'un Traité copte, écrit à la 
fin du moyen âge et composé surtout d'une série de courts articles, qui 
semblent avoir un caractère pîarement technique. 

XII. — Manuscrit arabe d'Ostanès. 

Il existe à la Bibliothèque Nationale de Paris un manuscrit alchimique 
arabe, renfermant unTraité attribué à Ostanès (n" 972 de l'ancien fonds). Ce 
manuscrit est d'une très belle écriture ; il a été transcrit au xiv° ou au xv" siècle. 
Un savant très compétent a bien voulu en traduire verbalement pour moi 
quelques pages, que j'ai prises sous sa dictée, et que je vais reproduire, à titre 
de renseignement : 

« Livre dcsDou^e Chapitres d' Ostanès le Sage sur la Science de la Pierre 
illustre. Introduction. — Au nom de Dieu, etc., le sage Ostanès dit: ceci est 
l'interprétation du livre du Contenant, dans lequel on trouve la science de 
l'œuvre, sa composition et sa dissolution, sa synthèse et son analyse, sa dis- 
tillation et sa sublimation, sa combustion et sa cuisson, sa pulvérisation et 
son extraction, son grillage, son blanchiment et son noircissement, l'opéra- 
tion qui la rend rouge, sa fabrication avec des éléments provenant des règnes 
minéral, végétal, animal, et la constitution de l'or philosophique, lequel est 
le prix du monde : ainsi que l'acide et la composition du sel et le dégage- 
ment de l'esprit; la synthèse des mercures et l'analyse des soufres, et tout ce 
qui se rapporte à la méthode de l'œuvre. » 

Avant l'introduction, il est dit que l'ouvrage a été traduit du pehlvi, du grec, 
etc, etc., et le traducteur prétendu ajoute : 

« La première partie renferme: un chapitre sur la description de la pierre 
philosophique et un chapitre sur la description de l'eau ; — sur les prépara- 
tions ; — sur les animaux. 

« La seconde partie renferme un chapitre sur les plantes ; — sur les tem- 



NOTICES SUR QUELQUES MANUSCRITS 217 

pcraments ; — sur les esprits ; — sur les sels ; — ^ un chapitre sur les pierres ; 
— sur les poids ; — sur les préparations ; — sur les signes secrets. 

« J'ai donné, ces clioses, dit-il, d'après les paroles d'Ostanès le Sage et j'ai 
ajouté à la tin deux chapitres, d'après les paroles d'Hercule (Héraclius) le 
Romain, les paroles d'Abu-Alid l'Indien, les paroles d'Aristote l'Égyptien, 
les paroles d'Hermès, les paroles d'Hippocrate, et les paroles de Géber, et 
les paroles de l'auteur d'Emèse. » 

Ailleurs, il cite Aristote comme son contemporain : « j'ai entendu Aristote 
dire... » Il cite aussi Platon (fol. 34), Galien (fol. 19 verso), Romanus 
(fol. 17 verso et 23 verso), les livres des anciens en langue grecque (fol. 14 
verso), Abubekr(i), alchimiste arabe du iv'' siècle de l'Hégire (fol. 23 verso), 
Djamhour, autre alchimiste arabe (fol. 3). 

La personne qui me traduisait ces pages n'a pas retrouvé dans le manu- 
scrit les chapitres techniques annoncés plus haut et qui auraient offert beau- 
coup d'intérêt. Voici seulement quelques extraits, qu'elle a eu l'obligeance de 
me dicter : 

« i" Chapitre : Sur la description de la pierre, tirée du livre diî Conte- 
nant (2); le sage dit : 

« La premièrechose qu'il fautchercher, c'est la connaissance de la pierre 
qui fut recherchée par les anciens, et dont ils acquirent le secret avec le tran- 
chant du sabre. Et il leur fut interdit de la nommer, ou s'ils la mentionnaient 
nominativement, c'est par un nom vulgaire. Et ils conservaient le secret 
jusqu'à ce qu'ils pussent le révéler aux âmes pures, η 

Et plus loin : 

« La pierre, on l'a décrite en disant qu'elle est l'eau courante, l'eau éter- 
nelle ; — qu'elle est le feu ardent, le feu glacé, la terre morte, la pierre dure, 
la pierre douce ; — c'est l'esclave fugitif; le stable et le rapide; la chose qui 
fait, celle qui est faite ; celle qui lutte contre le feu, celle qui tueparlefeu ; 
celui qui a été tué injustement, qui a été pris de force ; l'objet précieux, 
l'objet sans valeur ; la plus haute magnificence, la plus basse abjection; il 
exalte celui qui le connaît ; il illustre celui qui s'y applique ; il dédaigne 



(i) C'est Rhazès. —Voir Ru/us d'E- 
phèse, éditionde 1879, préface, p. xlviii. 



(2) Ce titre est le même que celui de 
l'ouvrage médical de Rhazés. 

28* 



2l8 INTRODUCTION 

celui qui l'ignore; il abaisse celui qui ne le connaît pas; il est proclamé 
chaque jour partoute la terre. Ο vous, cherchez-moi, prenez-moi — etfaites- 
moi mourir, puis après m'avoir tué, brûlez-moi: après tout cela, je ressus- 
cite et j'enrichis celui qui m"a tué et qui m'a brûlé. S'il m'approche vivant 
du feu, je le rends glacé. Si l'on me sublime entièrement et qu'on me lie 
fortement, je retiens alors la vie dans mes convulsions extrêmes et par Dieu 
je ne m'arrête que lorsque je suis saturé du poison qui doit me tuer. » 

« Je t'ai montré ces sources ^de la connaissance) en principe et non pas 
en fait... Et je n'ai rien caché, Dieu m'en est témoin... Je l'ai posée d'une façon 
exacte dans le but. — 11 ne faut pas que tu le dépasses » 

Ce langage mystique et déclamatoirerappelle à la foisZosime et les vieux 
alchimistes arabes du moyen âge, cités dans Vincent de Beauvais. 

Au folio 62 on lit un second ouvrage, attribué aussi à Ostanès. En voici 
une.\trait: « Le sage Ostanès dit en réfléchissant et en regardant cette œuvre: 
L'amour de cette œuvre est entré dans mon cœur et en même temps le souci 
a pénétré en moi, de sorte que le sommeil a fui mes yeux et j'ai perdu le 
boire et*le manger: par là mon corps s'est affaibli et j'ai changé de couleur. 
Lorsque je vis cela, je m'adonnai ù la prière et au jeûne. » 

« Il a prié Dieu, et il a vu, étant couché, une apparition qui lui dit: Lève- 
toi et elle le conduisit à un lieu où il vit sept portes. Mon guide médit: 
cesont les trésors de ce monde que tu recherches. Je lui dis: Donne moi la 
faculté d'y pénétrer — • Il répondit : il faut l'aile de l'aigle et la queue du ser- 
pent ». 

« 11 vit plusieurs tablettes : sur l'une était écrit ce qui suit. Celait un 
livre persan, plein de science, où il était dit : l'Egypte est une contrée tout à 
fait privilégiée. Dieu lui a donné la sagesse et la science en toute chose. 
Quant à la Perse, les habitants de l'Egypte et des autres contrées lui sont 
redevables: rien ne réussit sans son concours. Tous les philosophes ont été 
en Perse, etc. » 

Il est difficile de distinguer dans ces citations ce qui appartient en propre 
à l'auteur arabe et ce qui pourrait provenir d'une source grecque, plus ou 
moins éloignée. Mais le dernier morceau a une physionomie singulière; 
on y voit alors une apparition, conformément aux vieilles traditions magi- 
ques du persan Ostanès ; l'éloge de la Perse semble pareillement l'indice 



MÉTAUX CHALDEENS 219 

d'une antique tradition. On peut aussi rapprocher les paroles relatives à 
l'Egypte, de celles qui concernent la terre de l'Ethiopie dans le dialogue 
grftc de Comarius Jdeler, T. II, p. 253, lig. 11), dialogue où Ostanès est 
également cité (même ouvrage, II, p. 24S, lig. 27). 



VII. — SUR QUELQUES MÉTAUX ET MINERAUX 

PROVENANT DE L'ANTIQUE GHALDÉE 

En poursuivant mes études sur les origines de l'Alchimie et sur les métaux 
antiques, j'aieu occasion d'examiner diverses matières, provenant, les unes 
du palais de Sargon, à Khorsabad, les autres des fouilles de Tello par 
M. de Sarzec.C'estgrâce à l'extrême obligeance de notre confrère, M. Heuzey, 
conservateur au musée du Louvre, que j'ai pu étudier ces échantillons, tirés 
des précieuses collections de notre grand Musée national. Je vais présenter 
les résultats de mes analyses, etj'exposerai ensuite divers documents nouveaux 
ou peu connus, relatifs à l'origine de l'étain employé par les anciens dans 
la fabrication du bronze. 

Commençons par les objets provenant de Khorsabad. 

Dans le cours de ses fouilles, en 1854, M. Place découvrit, sous l'une 
des pierres angulaires du palais de Sargon, un coffre de pierre contenant 
des tablettes votives, couvertes d'inscriptions cunéiformes très nettes, des- 
tinées à rappeler la fondation de l'édifice (70ό av. J.-C.l. D'après M. Place, 
ces tablettes auraient été au nombre de cinq ; mais les inscriptions indiquent 
formellement qu'il y en avait sept, désignées nominativement. Quatre 
seulement de ces tablettes se trouvent aujourd'hui au musée du Louvre. 
Les trois autres sont perdues. Les quatre tablettes qui restent portent des 
inscriptions longues et détaillées. M. Oppert a publié la traduction de trois 
d'entre elles, dans l'ouvrage intitulé ; Ninive et l'Assyrie, par V. Place 
(t. II, p. 3o3 ; 1870). Le sens en est à peu près le même pour les trois et il se 
rapporte à la construction du palais. D'après cette traduction, les tablettes 
étaient en or, argent, cuivre, en deux autres corps dont les noms ont été 
identifiés avec le plomb et l'étain, ce dernier plus douteux, d'après M. Oppert: 



220 INTRODUCTION 

enfin en deux derniers corps portant le déterminatif des pierres employées 
comme matériaux de construction, et qui sont regardés comme du marbre et 
de Talbâtre. Malheureusement, chaque tablette ne contient pas à part le nom 
de la matière dont elle est faite. 

J'ai examiné les quatre tablettes actuellement existantes au Louvre. Elles 
sont rectangulaires et épaisses de plusieurs millimètres. La lame d'or est 
la plus petite ; elle se reconnaît aisément, quoiqu'elle ait perdu son éclat. 
Elle pèse environ 167 gr Elle a été façonnée au marteau. Le métal n'est ptas 
allié avec un autre en proportion notable. 

La lame d'argent est également pure, ou à peu près. Elle est légèrement 
noircie à la surface, en raison de la formation d'un sulfure, comme il arrive 
à l'argent exposé pendant longtemps aux agents atmosphériques. Elle pèse 
environ 4355^ Je donne ces poids à titre de renseignements, sans préjuger 
la question de savoir s'ils répondaient aux valeurs relatives des métaux à 
l'époque delà fondation du palais. On sait que le rapport de valeur de lor 
à l'argent a varié beaucoup suivant les temps et les lieux. 

La lame réputée de cuivre est profondément altérée et en partie exfoliée 
par l'oxydation. Elle pèse, dans son état présent , environ 9528''. Ceci joint 
à la densité du métal, moindre que celle de l'or et de l'argent, suffit pour 
montrer que les dimensions en sont beaucoup plus considérables que celles 
des deux autres. La couleur en est rouge foncé, déterminée surtout par 
la présence du protoxyde de cuivre. Cependant ce n'est pas du cuivre pur, 
mais du bronze. En effet, un échantillon prélevé à la lime sur les bords 
renfermait, d'après l'analyse : 

Etain 10,04; 

Cuivre 85,25 ; 

Oxygène, etc 4i7 ' ! 

100,00 

Il n'y a ni plomb, ni zinc ou autre métal en quantité notable. La pro- 
portion de l'étain repond à celle d'un bronze jaune d'or; mais la présence 
du protoxyde de cuivre a altéré la couleur. Cette composition se retrouve 
d'ailleurs dans un grand nombre de bronzes antiques. Je citerai seulement 
un miroir égyptien, datant du xvii= ou du xvni= siècle avarît notre ère, et que 



METAUX CHALDEENS 221 

j'ai analysé autrefois pour M. Mariette. Il renfermait 9 parties d'étain et 
91 de cuivre. 

La quatrième tablette est la plus intéressante de toutes, à cause de sa 
composition. Elle pèse environ I85s^ Elle est constituée par une matière 
d'un blanc éclatant, opaque, compacte, dure, taillée et polie avec soin. Elle 
a été réputée jusqu'ici formée par un oxyde métallique et désignée même à 
Torigine sous le nom de tablette d'antimoine, d'autres disent d'étain; d'après 
l'opinion qu'elle aurait été fabriquée autrefois avec un métal que le temps 
aurait peu à peu oxydé. Cependant, ni l'antimoine ni l'étain ne possèdent 
la pr( priété de s'altérer de cette façon, surtout lorsqu'ils sont contenus 
dans un coffre de pierre. Tout au plus le plomb ou le zinc sont-ils suscep- 
tibles de se changer en oxyde, ou en carbonate, dans un milieu humide • 
mais alors ils se désagrègent et tombent en poussière, tandis que la tablette 
est parfaitement compacte et couverte d'une inscription très fine et d'une 
extrême netteté. Sa nature réelle constituait donc une véritable énigme. 

Pour l'examiner de plus près, nous avons d'abord pratiqué avec précaution 
un sondage, et constaté qu'il n'existait pas de feuille de métal centrale dans 
l'épaisseur de la tablette. L'analyse chimique a indiqué ensuite que la ma- 
tière de la tablette est du carbonate de magnésie pur et cristallisé, substance 
bien plus résistante aux acides étendus et aux agents atmosphériques que 
le carbonate de chaux. Le poli de cette tablette paraît avoir été complété à 
l'aide d'une trace presque insensible de matière grasse, laquelle se manifeste 
par calcination. 

Observons ici que notre magnésie et ses sels étaient inconnus dans l'an- 
tiquité et au moyen âge, le nom de magnésie ayant eu autrefois des sens très 
différents, multiples d'ailleurs i). 

Dans Pline, ce mot désigne divers minéraux noirs, blancs, ou roux, 
provenant des villes et provinces du même nom: en particulier la pierre 
d'aimant ou pierre magnétique (qui en a conservé la dénomination) ; un 
minéral qui parait être notre oxyde de manganèse (autre transformation 
du même nom) ; enfin les pyrites de fer, de cuivre, peut-être d'étain 
et de plomb. Par extension, le nom de magnésie fut ensuite appliqué aux 

(il Voir ce volume, p. 28. 66, i53 et plus loin. 



222 INTRODUCTION 

produits successifs : oxydes et même alliages, provenant du grillage et du 
traitement de ces diverses pyrites. 

Le sens du mot a changé encore chez les Alchimistes, qui Γοηι e'tendu 
à certains alliages et amalgames, parfois argentifères. C'est seulement vers 
le xv!ii= siècle qu'il a été donné aux mélanges de sulfate et de carbonate 
de chaux, renfermant souvent des sels de magnésie; et finalement au car- 
bonate précipité du sel d'Epsom : dernière attribution qui a conduit le mot 
magnésie à sa signification actuelle. 

Quoi qu'il en soit, le carbonate de magnésie pur et cristallisé est un miné- 
ral fort rare, que Haiiy ne connaissait pas encore au commencement de ce 
siècle. Son association intime avec le carbonate de chaux engendre la 
dolomie, roche au contraire fort répandue. On rencontre surtout le carbo- 
nate de magnésie proprement dit, en veines intercalées dans les schistes 
talqueux, serpentines et autres silicates magnésiens ; il résulte de la décom- 
position lente de ces schistes par les agents naturels. La matière de la 
tablette du palais de Sargon renferme en effet quelques traces de silice, qui 
trahissent la même origine. 

Le choix d'un minéral aussi exceptionnel, pour fabriquer une tablette sa- 
crée, n'a pas dû être fait au hasard : il répondait sans doute à quelque idée 
religieuse particulière. En tous cas, il prouve que les Assyriens connais- 
saient le carbonate de magnésie comme une substance propre. A quel mot 
répondait réellement cette tablette dans Tinscription, où elle parait figurer 
sous l'un des noms réputés jusqu'ici métalliques ? Malgré l'absence d'une 
dénomination spéciale sur cette tablette, M. Oppert a bien voulu me dire 
qu'elle était désignée par le mot a-bar, pris auparavant pour celui de l'étain. 

Il m'a semblé utile, pour tâcher d'obtenir quelque lumière nouvelle à cet 
égard, d'analvser la matière même avec laquelle sont construits les grands 
taureaux du musée du Louvre et de rechercher surtout si elle contiendrait 
de la dolomie. Mais j'ai vérifié que c'est du carbonate de chaux cristallisé, 
présentant la constitution physique soit du marbre, soit plutôt de cette va- 
riété de calcaire, confondue autrefois sous le nom d'albâtre avec le sulfate 
de chaux anhydre. Il ne m'appartient pas de discuter davantage la question 
philologique de la vraie dénomination de ces matières (v. ce volume, p. 80). 

Pendant que j'étudiais les tablettes de Khorsabad, M. Heuzeyappela mon 



MÉTAUX CHALDÉENS 223 

attention sur certains objets métalliques, provenant des fouilles faites à Tello 
par M. de Sarzec : c'étaient un fragment d'un vase et une figurine votive. 

Le fragment représente une portion d'un cordon circulaire cylindrique, 
(jg -mm à S""" de diamètre, qui formait l'orifice d'un vase moulé, préparé 
par fusion et coulage. On voit encore une partie de la gorge qui séparait 
ce cordon du corps du vase proprement dit. La forme en est très simple et 
sans aucuns linéaments délicats, ni inscription. La surface est couverte 
d'une très légère patine, d'un noir jaunâtre. La masse est formée par un 
métal brillant, noir, dont la cassure présente des cristaux volumineux et 
miroitants. La matière même est très dure, mais fragile. D''après l'analyse, 
elle est constituée par de l'antimoine métallique, sensiblement pur et ne 
renfermant à dose notable ni cuivre, ni plomb, ni bismuth, ni zinc, mais 
seulement quelques traces de fer. La patine paraît être un çxysulfure, for- 
mé par l'action des traces d'hydrogène sulfuré qui existent dans l'atmos- 
phère. 

L'existence d'un fragment brisé de vase moulé en antimoine pur a 
quelque chose de singulier ; car l'industrie actuelle n'emploie pas ce métal 
pur à un semblable usage, quoiqu'elle se serve fréquemment de ses alliages, 
et je n'ai vu aucun autre exemple analogue dans les ustensiles, soit du temps 
présent, soit des temps passés. 

Cependant on m'avait affirmé que les Japonais l'emploient dans leurs 
fabrications et Ton m'a même remis un petit dauphin ailé, réputé constitué 
par de l'antimoine. Mais l'analyse exacte de ce dauphin a montré qu'il con- 
tenait du zinc et divers métaux associés (étain, bismuth, fer), mais qu'il 
était loin d'être formé par l'antimoine pur. Si l'antimoine pur a été réelle- 
ment employé par les Japonais, ce dont je doute, il y aurait là un rappro- 
chement singulier avec les antiques industries chaldéennes. 

C'est d'ailleurs une circonstance extrêmement curieuse que la trouvaille 
authentique d'un tel fragment travaillé d'antimoine, faite à Tello, lieu de- 
meuré inhabité depuis le temps des Parthes, et qui renferme les débris de 
la plus vieille civilisation chaldéenne. L'antimoine, en effet, est réputé ne 
pas avoir été connu des anciens et avoir été découvert seulement vers le 
xv^ siècle. Cependant on doit observer que les anciens connaissaient par- 
faitement notre sulfure d'antimoine, minéral naturel auquel ils donnaient 



224 INTRODUCTION 

le nom de stibium ou slimmi et qu'ils employaient à de nombreux usages, 
particulièrement en Médecine. Il existe même dans Dioscoride un pas- 
sage reproduit par Pline et dont je crois pouvoir conclure que Tantimoine 
métallique avait de'jà été obtenu à cette époque. On lit en effet dans Dios- 
coride [Matière médicale, liv. V, ch. xcix) : « On brûle ce minéral en le 
» posant sur des charbons et en soufflant jusqu'à incandescence ; si Ton pro- 
» longe le grillage, il se change en plomb (ι^-ίλυβο^ΰτα'.) ». Pline dit de même 
[Histoire natu!-elle,ïiv. XXXIII,chap. xxxiv) :« Il faut surtout legriller avec 
« précaution, pour ne pas le changer en plomb {ne plumbum fiât) ». Ces 
observations répondent a des phénomènes bien connus des chimistes. En 
effet, le grillage ménagé du sulfure d'antimoine, surtout en présence du char- 
bon, peut aisément le ramener à l'état d'antimoine fusible et métallique, 
substance que Pline et ses contemporains confondaient, au même titre que 
tous les métaux noirs et facilement fusibles, avec le plomb. L'existence du 
vase de Tello prouve que l'on avait également en Mésopotamie, et dès une 
époque probablement beaucoup plus ancienne, essayé de préparer des vases 
moulés avec cette prétendue variété de plomb, moins altérable que le plomb 
ordinaire. 

Depuis la première publication de ces analyses, j'ai reçu une lettre de 
M. R. Virchow, qui m'annonce avoir imprimé, dans leBulletiii de la Société' 
anthropologique de Berliti (il, une Note sur de petits ornements en anti- 
moine, trouvés dans une ancienne nécropole transcaucasienne iRedkin- 
Lager), datant probablement du temps de la première introduction du fer. 
C'est là un autre exemple de l'antique connaissance de l'antimoine. 

La figurine métallique votive de Tello donne lieu à des observations non 
moins intéressantes. Elle représente un personnage divin, agenouillé, tenant 
une sorte de pointe ou cône métallique. Elle porte le nom gravé de Gou- 
déah, c'est-à-dire qu'elle répond à l'époque la plus ancienne à laquelle 
appartiennent les objets trouvés jusqu'ici en Mésopotamie. M. Oppert lui 
attribuerait une antiquité de quatre mille ans avant notre ère. Nous nous 
trouvons ainsi reportés aux temps les plus reculés de la métallurgie histo- 



{i) Verhandlungen der Derliner An- | vom 19 Januar I884. Les dessins sont 
thropologischen Gesellscliafft, Sitzung | aux pages 129 et i3o. 



MÉTAUX CHALDÉENS 225 

ri que (i). Cette figurine est recouverte d'une épaisse patine verte. Au-dessous 
de la patine se trouve une couche rouge, constituée par le métal, profondé- 
ment altéré et oxydé dans la majeure partie de son épaisseur. Puis vient un 
noyau métallique rouge, qui offre l'apparence et la ténacité du cuivre pro- 
prement dit : c'est le dernier reste du métal primitif, progressivement 
détruit par les actions naturelles. 

J'ai analysé ces différentes parties. 

La patine verte superficielle est un mélange de carbonate de cuivre et 
d'oxychlorure de cuivre hydraté. Ce dernier composé est bien connu des 
minéralogistes sous le nom A\itakamite. Il résulte de l'altération du métal 
par les eaux saumâtres, avec lesquelles la figurine s'est trouvée en contact 
pendant la suite des temps. 

La couche moyenne est du protoxyde de cuivre à peu près pur, ne ren- 
fermant ni étain, ni antimoine, ni plomb ou métal analogue, ni zinc, à dose 
notable; elle résulte d'une altération lente du cuivre métallique. 

Enfin le noyau est constitué par du cuivre métallique, très sensiblement 
pur. 

L'absence de tout métal autre que le cuivre dans cette figurine mérite 
d'être notée ; car les objets de ce genre sont d'ordinaire fabriqués avec 
du bronze, alliage d'étain et de cuivre, plus dur et plus facile à travailler 
que ses composants. L'absence même de l'étain dans le cuivre de Tello 
pourrait offrir une signification historique toute particulière. En effet, 
l'étain est bien moins répandu que le cuivre à la surface de la terre et son 
transport a toujours été, dans l'antiquité comme de nos jours, l'objet d'un 
commerce spécial. En Asie notamment, on n'avait, jusqu'à ces derniers 
temps, signalé d'autres gîtes d'étain un peu abondants que ceux des îles de 
la Sonde et des provinces méridionales de la Chine. Le transport de cet 
étain vers l'Asie occidentale se faisait autrefois par mer, jusqu'au golfe 
Persique et à la mer Rouge, au moyen d'une navigation longue et pénible; 
et il était transmis de là sur les côtes de la Méditerranée, où il venait faire 
concurrence à l'étain des îles anglaises files Cassitérides), transporté soit 



(i) La figurine est dessinée dans 
l'ouvrage intitulé : Découvertes en 



Chaldée, par E. de Sarzec (PI. li 
figures 3 et 4). 

29* 



226 



INTRODUCTION 



à travers la Gaule, soit par le détroit de Gadès; ainsi qu'à celui des gîtes 
moins abondants de la Gaule centrale (i), oùl'étamagedu cuivre fut d"abord 
pratiqué (2) ; enfin à Pétain des gîtes de la Thrace, peut-être aussi à celui de 
la Saxe et de la Bohême, et autres provenances locales, répondant àdesgîtes 
peu abondants (3), mais dont la connaissance par les anciens est incertaine. 
L'importance de ces gîteslocauxa été spécialement discutée dans l'ouvrage de 
M. A. B. Meyer surdes fouilles en Carinthie, intitulé : Giirina in Obergail- 
thales (Karnthen) i885 (p. 65 et suivantes); ouvrage que l'auteur a bien voulu 
m'adresser. Elle mérite d'autant plus notre attention que des voyages aussi 
longs et aussi pénibles, des navigations si difficiles n'ont dû s'établir 
qu'après bien des siècles de civilisation. Les Phéniciens, venus autrefois 
des bords du golfe de Persique à ceux de la Méditerranée, paraissent avoir 
été les premiers promoteurs de cette navigation, du moins en Occident 
(Strabon, liv. 111, chap. V, 1 1). 

En fait, j'ai eu connaissance récemment de deux documents, qui sont de 
nature à fixer une origine moins lointaine à l'étain des bronzes de l'Assyrie 
et de FÉgypte (3). En effet, d'après une Note publiée par M. G. Bapst, dans 
lesComptesrendusde l'Académie des inscriptions (1886), un voyageur russe, 
M. Ogorodnikoff, aurait appris des habitants de Meched qu'il existait, à 120 
kilomètres de cette ville et dans divers points du Khorassan (4 , des mines 
d'étain. actuellement en exploitation. Ces renseignements sont regardés par 
l'auteur comme sujets à caution, en raison de l'incertitude de témoignages 
de cet ordre, purement oraux et fournis par des Tatars. 

Cependant, circonstance remarquable, ils se trouvent en certain accord 
avec un passage de Strabon, que m'a indiqué M. P. Tannery. Strabon si- 
gnale en effet (liv. XV, chap. H, 10) des mines d'étain dans la Dran- 
giane, région qui répond au sud du Khorassan, au-dessous d'Hérat, vers 



(i) Strabon le signale aussi en Lusi- 
tanie (IJv. III, ch. II, 8). 

(2) Pline. H. N.A. XXXIV, 48. 

(3) Quelques auteurs ont supposé 
qu'il avait dû exister autrefois des mi- 
nerais d'étain dans l'Ibérie du Caucase. 
Mais les géologues n'en ont jamais 
trouvé jusqu'ici dans cette région. Voir 



sur cette question : Recherches anthro- 
pologiques dans le Caucase, par E. 
Chantre, t. I, p. 81 (i885), ei Age du 
brou'^e, t. II, p. 3o5. 

(4) L'existence de mines d'étain au 
Khorassan a été signalée par Von Baer, 
Arcliiv fur Anthropologie, t. IX, 



METAUX CHALDEEXS 227 

les limites occidentales de notre Afghanistan. Mais le transport de Pétain 
de ce point jusqu'à la Chaldée aurait encore exigé un voyage par terre, de 
longue durée, à travers des régions où les modernes eux-mêmes ne par- 
viennent que bien difficilement. A la vérité, les métaux usuels et leurs 
alliages semblent avoir été transportés autrefois à travers le monde par des 
fondeurs nomades, analogues aux Tziganes et qui passaient partout. 

La principale difficulté que Ton puisse objecter à ces petits gîtes et à ces 
transports individuels d'ctain, c'est l'abondance et la diffusion universelle 
des armes de bronze, pendant de longs siècles. Les hypothèses précédentes ne 
semblent pas répondre aux besoin d'une fabrication aussi prolongée, aussi 
générale et aussi considérable. Pour y satisfaire, il a dû exister des 
transports réguliers de masses d'étain, Λ"enant de mines abondantes et 
inépuisables. 

Si l'étain est rare dans le monde, il n'en est pas de même du cuivre. Les 
minerais de cuivre se trouvent sur un grand nombre de points. Les mines 
du Sinaî, pour ne pas en citer de plus lointaines, sont célèbres dans la 
vieille Egypte. L'extraction du cuivre métallique à l'aide de ses minerais 
est d'ailleurs facile. 

En raison de ces circonstances, plusieurs archéologues ont supposé qu'un 
âge du cuivre pur, c'est-à-dire un âge ou l'on fabriquait avec ce métal les 
armes et les ustensiles, avait dû précéder l'âge du bronze. Le bronze, plus 
dur et plus résistant, aurait ensuite remplacé le cuivre, dès qu'il fut décou- 
vert. Pour juger de cette hypothèse et pour établir la date à laquelle ont 
commencé ces transports lointains et cette vieille navigation, il serait néces- 
saire de posséder l'analyse des objets les plus anciens qui aient une date cer- 
taine, parmi les débris de l'antiquité venus jusqu'à nous. Or le bronze à 
base d'étain existait déjà en Egypte, près de deux mille ans avant notre ère, 
d'après les analyses de ce genre (v. p. 220). 

L'analyse de la figurine de Tello semble indiquer, au contraire, que l'é- 
tain n'était pas encore connu, à l'époque reculée de la fabrication de cet 
objet, l'étain n'arrivant pas alors jusqu'au golfe Persique. 

Ce n'est là d'ailleurs qu'une induction, quelque circonstance religieuse 
ou autre ayant pu déterminer l'emploi exclusif du cuivre dans cette figu- 
rine : il faudrait examiner des objets plus nombreux et plus variés pour ar- 



228 



INTRODL'CTION 



rivera cet égard à une certitude. Mais il m'a paru intéressant de signaler 
les problèmes d'ordre général soulevés par l'analyse des métaux de Tello. 



VIII. — NOTICES DE MINERALOGIE, DE METALLURGIE 

ET DIVERSES 



Durant le cours de mes recherches sur les Alchimistes, j'ai recueilli dans 
les auteurs anciens et dans ceux du moyen âge, un grand nombre de ren- 
seignements intéressants sur la minéralogie et sur la métallurgie des anciens; 
renseignements qui n'ont pu trouver une place suffisante dans les articles 
de l'Introduction, ou dans les notes de la Traduction. C'est pourquoi il m'a 
semblé utile de les reproduire ici dans un article spécial, lequel ne sera 
pas, je l'espère, sans quelque fruit pour les personnes qui étudieront le 
présent ouvrage. J'en donne d'abord, pour plus de clarté, la liste alpha- 
bétique; puis viendront les notices elles-mêmes. 

LISTE ALPHABÉTIQUE DES NOTICES 



jEs, Airain, Bronze, CUIVRE, -/a/./.o; et 
dérivés. — yErugo,v{ride œris,ceruca 

— rilbigo — Ίό; χαλ/.οΟ. Ίόν ξυστόν — 
scole.v — Flos, άνθος /αλζοϋ — œs IIS- 
tum, -/αλκό; /.îzxjijir^o; — scoria, lepis 
— ■ squama — stomomj — smegma, 

— diphryges — fxx ceris — craie 
verte, théodotion. 

Aétite, pierre d'aigle. 

Alchimistes grecs (tradition au moyen 
âge.) 

Alphabets et écritures hermétiques. 

Alun, στυ-τηρια. 

Ammoniac (sel). 

Antimoine (sulfuré), σ•υ;;χα•., larbason, 
nlabastrum — soufre noir — anti- 
moine brûlé, — métallique. — blanc. 

— rouEre. 



-Arsenic (sulfuré) — jaune, orpiment 
— rouge, sandaraque, réalgar ; Ker- 
mès minéral — métallique — second 
mercure —ces noms, mais 
à ce qu'il semble, à travers une transmission arabe. Je n'insisterai pas sur 
Hermès, dont le nom est toujours resté étroitement lié aux spéculations de 
l'Alchimie et de l'astrologie. Mais les autres auteurs étaient moins connus. 

Dans leTraité De Mineralibiis, attribué à Albert le Grand (1. 111, traité I, 
ch.4), on rencontre une mention de Démocrite l'alchimiste, d'après lequel 
la chaux et la lessive {lixiviiim ou aqtia aciita) seraient la matière des métaux. 
Dans un autre passage, on lui attribue cette opinion que les pierres ont 
une âme, un principe intérieur de vie. Callisthène y est cité comme alchi- 
miste. Rappelons aussi quelques indications tirées du traité de Théocto- 
nicos. traduction grecque de l'ouvrage d'Alchimie attribué à Albert le 
Grand (ceA'olume, p. 209 et suiv.). 

Les Traités alchimiques du Pseudo-Aristote arabe, tels qu'on les connaît 
par des traductions latines, me paraissent toucher de très près, sur certains 
points du moins, à la tradition des alchimistes grecs. — Donnons encore 
cette citation, tirée de la Bibl. chein. de Manget, t. I, 917 : « Le secret est 
dans le plomb, d'après Pythagore et Hermès, etc». 

Alphabets et écritures hermétiques. 

Dans Zosime et dans Olympiodore, les inscriptions hiéroglyphiques sont 
regardées comme ayant un sens alchimique. Ces inscriptions étaient 
aussi réputées des talismans, destinés à protéger les trésors contenus dans 
les chambres des pyramides. Il semble même que la description de certaines 
opérations chimiques ait été réellement consignée sur des stèles (i): mais 
c'était là une circonstance rare, car aucune de ces stèles n'a été retrouvée 
jusqu'à présent. Cette circonstance, généraliséeparsuite d'une hypothèse fort 
répandue, aurait donné lieu au préjugé précédent. Il a duré jusqu'à notre 
temps; en effet, d'après Sylvestre de Sacy, « les Orientaux regardent les 

(i) Origines de l'Alchimie, p. 23, 29, etc. — Voir Texte grec : Jean l'Archiprëtre. 



236 



INTRODUCTION 



monuments Egyptiens comme destinés à des opérations alchimiques, magi- 
ques, etc.; ils appellent écritures hermétiques les hiéroglyphes, convaincus 
qu'ilsrenferment la révélation du secret de ces opérations. » (Sylvestre de 
Sacy, Magasin encyclopédique, p. 145 ; novembre 18 19.) 

De là l'imagination des alphabets hermétiques, destinés à l'interprétation 
des écritures secrètes. On peut voir divers exemples de ces alphabets mysté- 
rieux dans un ouvrage intitulé : Anciens alphabets et caractères hiérogly- 
phiques, expliqués en arabe par Ahmed ben Abubekr ben Wahschijich, et en 
anglais, par .1. Hammer, Londres, 1806. 

Ce livre, soi-disant trouvé au Caire, renferme 80 alphabets imaginaires, 
mais dont les noms mêmes indiquent la préoccupation de l'auteur et des lec- 
teurs. Tels sont les alphabets des philosophes: Hermès, Platon, Pythagore, 
Asclépius, Socrate, Aristote, etc. ; — de Ptolémée le grec; — de Hermès, 
père de Tat (Toth), qui a écrit sur le grand œuvre; — de Dioscoride, qui a 
écrit sur les herbes, les plantes, leurs vertus, etc.; — du sage Démocrite, 
, lequel l'a reçu, dans un souterrain, du génie qui préside à la planète 
Mercure; — du sage Zosime l'Hébreu, écriture mystique pour les traités 
sur le grand œuvre — Le nom de Théosébie, congénère de Zosime, se 
trouve un peu plus loin. — On y rencontre encore les alphabets des 
anciens rois, parmi lesquels Kimas l'hermétique (le Chymes des textes 
Grecs) ; — les alphabets des sept planètes, des douze constellations — 
une interprétation des hiéroglyphes, etc. 

Tous les signes de cet ouvrage ne représentent guère que des jeux 
d'esprit individuels; mais les noms propres auxquels ils sont attribués 
témoignent que le souvenir même des vieux alchimistes avait été conservé 
en Egypte par une certaine tradition. 

Nous avons signaléprécédemment (p. 207) les alphabets magiques du ma- 
nuscrit de Saint-Marc (p. i56) et ceux du manuscrit 2419 : ils ne portent 
aucun nom propre. La formule de l'Ecrevisse dans Zosime (p. i32) se 
rattache de plus près à la tradition des symboles alchimiques. 

Alun, στυπτηρία. Alumen (i). 



(1) Diosc, Mat. med., 1. V, 122. — 
Pline, H. N., 1. XXXIIl, 25 ; 1. XXXV, 



52 ; 1. XXXVI, 37. — Lexicon Akh. 
Rulandi, p. 32 et suiv. 



NOTICES DIVERSES Ιύη 

L'alun était employé comme fondant et purificateur des métaux. On dis- 
tinguait, d'une part : l'alun blanc et l'alun noir, corps en réalité de teinte 
voisine du blanc, mais probablement ainsi nommé parce qu'il noircissait 
au contact de certains sucs végétaux, en raison de la présence de fer dans 
l'alun, et du tannin dans les sucs. Ces corps étaient employés pour purifier 
l'or. 

D'autre part, les auteurs indiquent : l'alun lamelleux (schiste), blanchâtre ; 
— l'alun rond; — l'alun capillaire, appelé aussi schisteux, lequel peut être 
rapproché de notre alun de plume, efflorescence mêlée de sels de fer et d'alu- 
mine. 

L'alun liquide, solution de sulfate d'alumine plus ou moins pur, et l'alun 
calciné étaient aussi employés. 

Les alchimistes désignaient encore sous le nom d'alun, l'acide arsénieux, 
comme on peut le voir dans Olympiodore (ce volume, p. 67 et 68). 

Ammoniac (sel). 

Dans la Cyrénaïque, ce sel se trouve sous le sable, en longues aiguilles 
sans transparence, d'après Pline [H. N., 1. XXXI, Sgj. Cette indication rap- 
pelle un carbonatede soude fossile, et non notre chlorhydrate d'ammoniaque. 
Dioscoride (1. V, I25) nomme le sel ammoniac, en disant qu'il se distingue 
par un clivage facile et suivant des directions droites : ce qui semble aussi 
le caractère d'un sel cubique, c'est-à-dire du sel gemme. 

Dansle Pseudo-Aristote [Mangct, Bibliotheca Chemica,t I,p. 648) il est dit 
que le sel ammoniac, chauffé sur une lame de métal, doit fondre sans répan- 
dre de fumée; ce qui répond au carbonate ou au chlorure de sodium, mais 
non au chlorhydrate d'ammoniaque. Cependant ailleurs le même auteur en 
indique la sublimation (Manget, I, 645) : ce qui répond bien à notre chlor- 
hydrate. Le mot de sel ammoniac a donc désigné deux substances très dif- 
férentes. Le sens actuel du sel ammoniac sublimable est indiqué expressé- 
ment dans ce passage d'Avicenne (xi' siècle), cité par Vincent de Beauvais 
(Spéculum majus, VIII, 60) : « Il y a quatre esprits (c'est-à-dire quatre corps 
sublimables), le soufre, l'arsenic, le sel ammoniac et le mercure. » On trouve 
déjàune indication analogue dans Geber \Summa perfectionis,\. I,ch.x,etc. 
Bibl. chemicaae. Manget, t. i, p. 525, i'° colonne). La préparation même en 
est décrite dans l'ouvrage intitulé : Libri investigationis (p. SSg du t. 1. de la 



238 INTRODUCTION 

Biblintheca de Manget), ouvrage attribué au même auteur. Le sel ammoniac 
véritable aurait donc été connu au ix= siècle. (Voir aussi le présent volume, 
p. 45, Note.) 

Antimoine, 3tî;j.;j.'.. stibi, larbason, chalcédoine; élément féminin (par oppo 
sition avec l'arsenic, élément masculin?). 

C'est notre sulfure d'antimoine, le soufre noir des alchimistes. D'après 
Dioscoride (i), c'est un corps brillant, rayonné, fragile et exempt de parties 
terreuses. On le brûle en le recouvrant de farine ; ou bien, en l'exposant 
sur des charbons allumés, jusqu'à ce qu'il rougisse (oxysulfure ?). Si on 
prolonge, ajoute l'auteur, il prend les caractères du plomb (c'est-à-dire 
que l'antimoine métallique ou régule se produit). D'après Pline [H. N., 1. 
XXXIII, 33), on l'appelle stibi, alabastrum, larbason mâle et femelle; il est 
blanc et brillant. S'il devenait ainsi blanc, c'est sans doute après un grillage 
qui l'avait changé en oxyde d'antimoine, corps confondu souvent chez les 
anciens chimistes avec notre minium blanchi par certains traitements. 

L'antimoine oxydé se trouve d'ailleurs dans la nature, ainsi que l'oxy- 
sulfure rouge (Kermès minéral). Ce dernier a du être pareillement con- 
fondu avec la sandaraque, le minium, la sanguine et le cinabre, substances 
que l'on trouve souvent prises les unes pour les autres. 

Arsenic. 

D'après Dioscoride (2I, ce corps est terreux et doré: c'estdoncun sulfure d'ar- 
senic (voir ce volume, p. 43) ; une autre variété est rougeâtre, d'après Pline 
(H. N., 1. XXXIV, 56). C'est l'orpiment (voir aussi Vincent de Beauvais, 
VIII, 69, 70). Le nom même de l'orpiment figure textuellement dans le 
texte grec de Théoctonicos, auteur du xiii" ou xiv^ siècle (ce volume, p. 210). 

Sandaraque. — D'après Dioscoride [Mat. Méd., V, 121), c'est une ma- 
tière rouge, brillante, couleur de cinabre ;voir aussi Pline,//. .V., 1. XXXIV, 
55; 1. XXXV, 22). C'est le réalgar; peut-être, aussi dans certains cas, le 
Kermès minéral ou oxysulfure d'antimoine. 

Rappelons que le nom de sandaraque est appliqué aujourd'hui a une 
résine d'une composition toute différente, dérivée de la colophane, et que 
les anciens ne connaissaient pas sous ce nom. 

(n Mat. méd.. 1. V.gg. | (2) Mat. méd., 1. V, 120. 



NOTICES DIVERSES 



23q 



Il a été employé aussi par les anciens pour le cinabre et pour le minium. 
Vitruve, notamment, indique la préparation de la sandaraque par la cuisson 
de la céruse au four. 

Notre arsenic métallique a été entrevu par les alchimistes, qui l'ont 
regardé comme un second mercure [i), de nature analogue au vif argent, 
sublimable comme lui et communiquant pareillement sa volatilité à ses 
dérivés, spécialement aux sulfures. La sandaraque (réalgar) a été ainsi assi- 
milée au cinabre. Le rapprochement entre le mercure et l'arsenic se com- 
plète à ce point de vue, si l'on remarque que l'arsenic blanchit le cuivre 
par sublimation, comme le fait le mercure, et qu'il attaque de même à 
chaud la plupart des métaux. 

L'arsenic est parfois appelé l'hermaphrodite, en tant que réputé inter- 
médiaire entre l'or et l'argent et composé, comme eux, de soufre et de mer- 
cure (2). Mais ce sens ne lui est pas propre. 

Cadmie (3). 

Chez les anciens ce mot avait deux sens; il désignait: 

i" un produit naturel, tel que la pierre dont on tire le cuivre, ou plutôt le 
laiton : par exemple notre aurichalcite, carbonate de zinc et de cuivre ; notre 
hydrosilicate de zinc, notre carbonate de zinc ou calamine, etc. 

2» Un produit artificiel, sorte de fumée des métaux, soulevée dans les 
fourneaux de cuivre par l'action de la flamme et du soufflet. Ce produit 
adhérait aux parois, au sommet, et à l'orifice du fourneau. 

Le grillage de la pyrite des monts de Soli (Chypre) en fournissait aussi. 
Les fourneaux d'argent en développaient un autre plus blanc, moins pesant. 

On distinguait la capnitis, c'est-à-dire la cadmie plus tenue, recueillie à 
la bouche desortie des gaz, laquelle doit être rapprochée diipoinpholyx ; 

La bittruitis, suspendue en forme de grappes, cendrées ou rouges; 

ha placitis ou placodes, agglomérée en croûtes, le long des parois; par- 
fois elle était entourée de zones, et dite alors :[onitis : 



(i) Voir notamment notre PI. 'VI, 
1. 4, et ce volume, p. 99. 

(2) M.\NGET. Bibl. Chem., t. I, p. 920. 

(3) Diosc, Mcit. meJ., 1. V, 84. — 
Pline, H. N., 1. XXXIV, 2, 22. — 



Vincent de Beauvais, VIII, 28. — 
Lexicon Alchetniœ Rulandi, p. i 10 
et suiv. — Dict. de Chimie de Mac- 
quer, 1778. 



240 INTRODUCTION 

L,Ouychitis, bleuâtre à la surface, avec des veines intérieures plus blan- 
ches, rappelant l'onyx ; elle se trouvait aussi dans les vieilles mines ; 

Uostracitis, mince, noirâtre, d'apparence testacée. 

Macquer [Dict. de Chimie, 1778) distingue de même la cadmie natu- 
relle, ou fossile, qui est la calamine employée à la fabrication du laiton; 
et la cadmie des fourneaux, i,\ib\\mé produit dans la fusion des minerais 
de zinc, laquelle éprouve une demi-fusion et forme incrustation aux parois 
des fourneaux. Il ajoute que quelques-uns appellent aussi cadmie fossile 
un minerai de cobalt (répondant à notre arséniosulfure actuel). 

En réalité, ce nom était donné à toute suie et sublimé métallique, s'élevant 
dans la fonte en grand du cuivre et des autres métaux. Au point de vue 
de la Chimie moderne, la cadmie des fourneaux serait de l'oxyde de zinc, 
mêlé d'oxyde de cuivre, de plomb, parfois d'oxyde d'antimoine et d'acide 
arsénieux; ces oxydes étant en outre unis quelquefois au soufre, sous forme 
d'oxysulfures ou de sulfates basiques. 

Dans les livres du moyen âge, on trouve encore ce mot Cathmia ou Cathi- 
mia appliqué à certaines veines des mines d'or ou d'argent; aux sublimés 
des fourneaux d'or ou d'argent; à l'écume échappée de l'argent, de l'or, du 
cuivre, etc. 

Les modernes, suivant un usage courant en chimie et en minéralogie, mais 
très fâcheux pour l'histoire de la science, ont détourné le mot cadmie de 
son sens primitif et l'ont appliqué à un métal nouveau, le cadmium, inconnu 
des anciens. 

Il convient de rapprocher de la cadmie certaines substances congénères, 
telles que le pompltolj'x (i), devenu depuis le niliil album des auteurs du 
moyen âge, et confondu avec la .ψθιΥθ5 blanche, laquelle s'envole au loin et 
va s'attacher aux toits. D'après un texte de Pline, le pompholyxse produit 
pendant la purification de l'aircun ; ou bien encore, en projetant le jet des 
soufflets sur la cadmie. 

La spodos ou spodion (cendre) est au contraire, d'après Dioscoride, la 
partie plus lourde et plus noire, qui tombe sur la sole des fourneaux de 



(i) Diosc, Mat. méd., 1. V, 85. — Pline, H. λ\, 1. xxxiv, 34. — Lexicon Alch. 
Rulandi. p. 442. 



NOTICES DIVERSES 241 

cuivre, OÙ on la balaie ensuite. Elle est mêlée de paille, de poils et de terre, 
dont on la de'barrasse par des lavages. La spode des fourneaux d'argent 
s'appelle lauriotis (nom qui vient des mines du Laurium . L'or, le plomb 
en produisent aussi. Elle peut être de couleur cendrée, jaune, verte, rouge, 
noire. 

Le Lexicon Alchemiœ assimile la spode au vert de gris [œi-iigo œris, ios 
ieris). 

Vantispode (i\ est un produit que Ton substituait au spode pour les 
usages médicaux. C'était la cendre de divers végétaux, incinérés dans une 
marmite de terre crue, à couvercle percé de trous, puis lavés. 

Le nom de la cadmie a été remplacé pendant le cours du moyen âge par 
celui de tutie, donné de même à toute fumée métallique. Nous appliquons 
aujourd'hui ce nom de tutie à l'oxyde de zinc ; mais il avait autrefois un 
sens plus compréhensif. 

La magnésie de Démocrite, de Geber et de certains alchimistes est, dans 
certains cas, équivalente à la cadmie ou tutie, mais réputée plus volatile 
qu'elle; sa réduction fournissait le molybdochalque, alliage renfermant du 
plomb et du cuivre et analogue à certains bronzes. 

Chalcanthon, χάλ•/.ανθ:ν, couperose, vitriol, noir de cordonnier (2). • 

Cette matière se préparait avec une liqueur résultant de la macération 
spontanée ou provoquée des minerais dans l'eau, à l'intérieur des mines de 
cuivre. 

Le premier produit obtenu par évaporation spontanée était du sulfate de 
cuivre, bleu, demi-transparent, lancéolé. On l'obtenait aussi en concentrant 
la liqueur au feu, et l'abandonnant à la cristallisation dans des bacs de bois, 
sur des cordes ou des barres suspendues. Après le sel pur, venaient des sul- 
fates plus ou moins basiques et ferrugineux. Le nom de vitriol apparaît au 
xni= siècle, dans Albert le Grand. 

Observons les sens divers de ce mot couperose, ou de son équivalent 
vitriol, tels que : 

Vitriol bleu : sulfate de cuivre. 



(i) Oiosc, Mat. méd., 1. V, 86. — 
Pline, H. N., 1. XXXIV, 35. 
(2) Diosc, Mjt. méd., 1. V, ii3. 



— Pline, H. N., 1. XXXII, 32. — 
Vincent de Beauvais, Spec. Majiis, 
Vin, 32. 

31* 



242 INTRODUCTION 

Vitriol vert : sulfate de fer, et sulfate de cuivre basique. 

jaune et rouge : sulfates de fer basiques. 

blanc : sulfate de zinc; sulfate d'alumine, voire même alun. 

La décomposition spontanée des pyrites peut fournir tous ces composés, 
suivant leur degré d'impureté. 

Le cuivre contenu dans les eaux mères résultant de cette décomposition 
en est précipité aujourd'hui sous forme métallique, au moyen des débris de 
fer de toute origine, lesquels fournissent des dépôts de cuivre, reproduisant 
souvent la forme et l'apparence des morceaux de fer. De là celte opinion, 
très répandue parmi les alchimistes, que le vitriol peut transmuter le fer en 
cuivre. Elle reposait sur un phénomène réel, mais mal compris. 

Misj• [i]. 

D'après les anciens, le misy de Chypre est doré, dur, et scintille quand 
on l'écrase. 

C'était de même une concrétion naturelle ou minerai, à cassure dorée, 
qui a été décrite sous le nom de misy dans les mines de Gozlar au 
xvn« siècle. Le vitriol, ajoutait-on, se change aisément en misy. 

A la fin du xvni"= siècle, on appelle misy une matière vitriolique jaune, lui- 
sante, en pierre, ou en poudre non cristallisée (2) et assimilée à la couperose 
jaune. 

En somme, c'est toujours là un sulfate de fer basique, renfermant du sul- 
fate de cuivre et parfois du sulfate d'alumine, résultant de la décomposition 
spontanée des pyrites. 

Sory (3). — On appelait de ce nom une matière congénère du misy, plus 
grasse, à odeur vireuse, de couleur rouge, tournant au noir. 

Les Arabes désignaient sous ce même nom de sory le vitriol rouge (voisin 
du colcothar). 

Enfin les Grecs modernes ont assimilé parfois le sory à la céruse brûlée 
(minium). 



(i) Diosc, Mjt. méd., 1. \', 110. 
— Pline, H. .V.. 1. XXXIV, 3i. — 
Lexicon Alch. Ridandi, p. 336. 

(2) Macquer, Dict. de Chimie, t. IV, 
p. 85; 1778. 



(3) Diosc, Mat. méd., 1. V, 118. 
— Pline, H. N., 1. XXXIV, 3o. — 
Lexicon Alch. Riilandi, p. 142. — 
Salmasii Pliti. Exerc, p. 814, 6 E. 



NOTICES DIVERSES 



243 



Melanteria [\]. — On appelait ainsi une sorte d'efflorescence saline, déve- 
loppée dans l'orifice des mines de cuivre ; une autre partie apparaissait à 
leur face supérieure. Elle se trouvait sous terre en Cilicie. Elle présentait, 
ajoute-t-on, une couleur de soufre légère et noircissait aussitôt au contact 
de l'eau (présence du manganèse 'A. 

D'après Rulandus, c'est une sorte de vitriol, dont la couleur dépend des 
terres qui l'ont produite et varie du jaune au bleu. 

Chalcitis(2) : minerai de cuivre, pyrite cuivreuse spécialement. 

On en tirait le cuivre métallique, le misy, le sory, etc. 

En fait, la pyrite de fer, sous l'influence de l'air et de l'eau, se délite et 
s'oxyde, en formant des sulfates de cuivre, de fer, d'alumine et de l'alun. 
Le sel de fer ainsi produit devient bientôt basique, en se suroxydant. 

Chaux vive : ïsiiz-.zz — titanos : chaux, ou plutôt pierre calcaire. 

Gypse, γύψ:ς, plâtre. 

Ghrysocolle — œriigo — santerna — -soudure des orfèvres (3). 

Ce mot a plusieurs sens, il désigne : 

1° L'opération même de la soudure de l'or. 

2" Les matières employées pour cette opération, telles que certains allia- 
ges d'or, encore usités chez les orfèvres. Dans le Lexique alchimique, on 
interprète molybdochalque falliage de cuivre et de plombi par chrysocolle. 

3° Un sous-sel de cuivre mêlé de fer, provenant de la décomposition d'une 
veine métallique par l'eau ; décomposition spontanée, ou provoquée en 
introduisant l'eau dans la mine en hiver jusqu'au mois de juin ; on laissait 
sécher en juin et juillet. Le produit natif était jaune. 

4° La Malachite proprement dite, sous-carbonate de cuivre vert : 

L'azurite, carbonate de cuivre bleu congénère, était désigné sous le nom 
d'aiménium ; prohablemcm parce qu'on la tirait d'Arménie (4). Peut-être 
aussi le bleu de Chypre {■/:jx-ii;] a-t-il été parfois exprimé par le même nom. 



(i) Diosc. Mjt. méd., I. V, 117.— 
Lexicon Alch. Rulandi. p. 329. 

(2) Diosc, Mat. méd., 1. V, ii5 v. 
— Pline, H. N., 1. XXXIV, 29. — 
Vincent DE Beauvais, VIII. — Lexicon 
Alch. Rulandi. p. 141. 



(3) Pline, H. N., 1. XXXIII, 26, 27, 
28, 29. — Diosc, Mat. méd., 1. V, 
104. — Voir le présent volume, p. bj. 

14) Diosc, Mcîî. méd., 1. V, io5, 106. 
— Pline, H. N., 1. XXXV, 28. 



244 INTRODUCTION 

5° Le produit obtenu en faisant agir sur le vert de gris l'urine d'un gar- 
çon impubère et le natron. L'urine apportait ici des phosphates, des chlo- 
rures et des sels ammoniacaux. 

Ajoutons que nostraite's de minéralogie moderne ont détourné le mot chry- 
socolle pour rappliquer arbitrairement à un hydrosilicate de cuivre. 

Chrvsolithe. 

La chrysolithe moderne est le péridot : mais ce corps n'a rien de com- 
mun avec le sens ancien du mot. 

La chrysolithe ancienne désignait la topaze et divers autres minéraux 
jaunes et brillants, qu'il est d'ailleurs difficile de préciser complètement. 

Cinabre. — Ce mot s'applique aujourd'hui à une variété de sulfure de mer- 
cure, appelée aussi anthrax autrefois; mais chez les Grecs et chez les Alchi- 
mistes, il a eu des sens plus complexes. Il a exprimé également : 

Notre oxyde de mercure; 

Notre minium, mot employé par les anciens dans des sens multiples 
(voir les articles plomb et rubrique) ; 

Notre réalgar (sulfure d'arsenic) ; 

Tous les sulfures, oxydes, oxysulfures métalliques rouges ; 

Enfin le sang dragon, matière végétale qui est le suc du dracœna draco. 

Le signe (PI. 11,1. i3) du cinabre est un cercle avec un point central. Mais 
le même signe a été plus tard et à la fin du moyen âge employé pour l'œuf 
philosophique, pour le soleil, ainsi que pour l'or : de là diverses confu- 
sions, contre lesquelles on doit se tenir en garde (v. ce volume, p. 122). 

Claudianos ou claiidianon. 

C'était un alliage de cuivre et de plomb, renfermant probablementduzinc. 
Il n'en est question que chez les alchimistes. Ce nom semble dériver du 
mot latin Claudius. S'agissait-il d'un corps fabriqué au temps de cet empe- 
reur et analogue aux cuivres Marien, Livien, etc. ? Pline n'en parle pas. 

Clefs (les). 

Le mot clefs est employé comme titre d'ouvrages, dès l'époque alexandrine 
(aprèsrèrechrétienne,dansHermès(i),Zosime, etc.). Les Arabes s'en servent 
fréquemment et il a été fort usité au moyen âge. 

(i) Cité par Lactance et par Stobée (v. ce volume, p. 16, note). 



NOTICES On-ËRSES 245 

Dans le sens alchimique, voici quelles sont les clefs de l'art, d'après Roger 
Bacon (i) : siint igitur claves artis : congelatio, resolutio, inceratio. pf'opor- 
tio ; sed alio modo, purificatio, distillatio, separatio, calcinatio etfixio. 

C'est-à-dire : <f les clefs de l'art sont la solidification, la résolution (à l'état 
liquide ou dissous;, le ramollissement, l'emploi des proportions coπΛ'ena- 
bles (dans les matières, ou dans les agents, tels que le feu) ; ou d'une autre 
façon, la purification, la distillation (par évaporation ou filtration, d'après 
l'ancien sens de ce mot : couler goutte à goutte), la séparation, la calcina- 
tion et la fixation (des métaux fusibles ou volatils, ramenés à l'état solide et 
résistant au feu) ». 

De même dans Vincent de Beauvais [Spéculum majiis, VIII, 88; : » les clefs 
ou les pratiques de cet art sont la mortification (amortissement des mé- 
taux), la sublimation, la distillation, la solution, la congélation, la fixation, 
la calcination ». Basile Valentin parle aussi des douze clefs de l'art. 

Cobalt — cobathia — kobold. — Le cobalt est réputé avoir été découvert 
en 1742 par Brandes, qui l'isola sous forme métallique. Son nom même 
est tiré de celui de certains de ses minerais, appelés kobalt ou kobold, et 
constitués par des arséniosulfures complexes. Ce nom de kobold a été 
expliqué jusqu'ici par celui de certains démons trompeurs, habitant les 
mines : c'est, dit-on, une allusion à la diflicultc de traiter ces minerais et 
aux tentatives infructueuses que l'on avait faites pour en extraire du cuivre, 
métal indiqué par la production des verres bleus, qui dérivent de ce 
minerai. 

En fait, le bleu de cobalt était connu des anciens. H. Davy a trouvé ce 
métal dans certains verres bleus, d'origine grecque et romaine, et M . Clemmer 
dans des perles égyptiennes. Le bleu mâle de Théophraste, opposé au bleu 
femelle, ne serait autre que du bleu de cobalt, opposé aux dérivés bleus 
du cuivre. L'étymologie même du mot cobalt semble remonter au grec. 
En effet, dans le Lexicon Alchemiœ Rulandi, p. i58, on lit: Cobatiorum 
fumus est kobolt ; c'est-à-dire « la fumée des cobatia, c'est le kobolt ». Cette 
expression « fumée des cobathia » figure dans un passage d'Hermès cité par 
Olympiodore {texte grec, p. 85). Elle est traduite dans le Lexique alchi- 

(i) Bibl. chem. de Manget, t. I, p. 623. 



246 INTRODUCTION- 

mique [texte grec, p. 9, note) par » les vapeurs de l'arsenic (sulfuré) » : il 
s'agit donc bien d'un composé arsenical. Il y aurait eu dès lors pour l'éty- 
mologie du. cobalt une confusion entre un mot grec ancien et un mot 
allemand, analogue à celle qui s'est produite entre l'égyptien et le grec, 
pour les mots chimie, sel ammoniac, etc. : ces mots n'auraient pas d'ailleurs 
eu le sens précis de notre cobalt au début, mais ils l'auraient acquis par 
une extension postérieure. 

Quant au cobalt métallique, sa connaissance remonte au-delà du 
xvin<= siècle. En effet, on lit dans le Lcxicon Alchemiœ Rulandi, ouvrage 
publié à Francfort, en 1612, p. 271, un texte latin, suivi d'un texte allemand 
équivalent, dont voici la traduction : « Kobolt ; kobalt ou collet : c'est une 
matière métallique, plus noire que le plomb et le fer, grisâtre, ne possédant 
pas l'éclat métallique ; elle peut être fondue et laminée (au marteau) ». Puis 
viennent des indications relatives au minerai, exprimé par le même nom. 
« C'est un soufre donnant des fumées, et sa fumée entraîne le bon métal. — 
C'est aussi une cadmie fossile d'où l'on tire un airain utile en médecine, etc.» 
La première phrase désigne évidemment le cobalt impur, l'un de ces demi- 
métaux dont Brandes reprit plus tard l'étude. Observons que les alchimistes 
du moyen âge traitaient les minerais métalliques par les mêmes procédés 
de grillage, réduction et fonte que les modernes, et dès lors ils ont dû obtenir 
les mêmes métaux; mais ils n'avaient pas nos règles scientifiques pour les 
purifier, les définir et les distinguer avec exactitude. .l'ai déjà mis en évidence 
la connaissance du régule d'antimoine dès l'antiquité, mais il était confondu 
avec le plomb. Le cobalt et le nickel ont dû être confondus aussi, soit avec 
le fer, soit avec le cuivre et ses alliages (v. Pseudargyre). 

CouPHOLiTHE. — Ce mot semble avoir été appliqué au talc et à des sili- 
cates tendres, analogues. Le nom de coupholithe est resté parmi les noms 
des pierres usitées par les orfèvres (i). Il est aussi appliquéenMinéralogieà 
une variété de prehnite (silicate d'alumine et de chaux ferrugineux et hydraté) 
qui se présente tantôt en lames minces blanches, analogues au sulfate de 
chaux; tantôt en masses fibreuses un peu verdâtres. 

Il semble d'ailleurs que ce soit là un vieux nom, conservé à l'une des 

(i) M.muel Ruret du Bijoutier, t. I, p. i3o, i832. 



NOTICES DIVERSES 247 

substances auxquelles il s'appliquait autrefois; et non une dénomination 
ancienne transportée à une substance moderne, comme il est arrivé trop sou- 
vent, en Minéralogie. Autrement on ne comprendrait ni la persistance de ce 
nom chez les orfèvres, ni sa spécialisation à une simple variété. 

Eléments actifs. 

D'après Aristote (Météorol. 1. î V), il y a deux éléments actifs, le chaud et 
le froid; deux passifs, le sec et l'humide. 

Ailleurs il s'agit de simples qualités, mises en relation avec les quatre élé- 
ments ordinaires {de Generatione, L. II, ch. 3 et 41. Le feu est chaud et sec; 
l'air chaud et humide; l'eau froide et humide; la terre froide et sèche; etc., 
etc. Ces éléments se transformentles uns dans les autres. Stephanus expose à 
peu près la même théorie. Ces idées ont joué un grand rôle en médecine. 
Aristote dit encore (Météorol. 1. III, ch. 7): « ilya deux exhalaisons (àva- 
θυμίαϊεις), l'une vaporeuse (άτμ'.ΐώίης), l'autre enfumée (κ3!::νώΐτ;ς). 

« L'exhalaison sèche et brûlante produit les matières fossiles (ορυκτά), 
telles que les pierres infusibles, la sandaraque, l'ocre, la rubrique, le 
soufre, etc. L'exhalaison humide produit les minéraux (μεΐαλλευτά; , c'est-à- 
dire les métaux fusibles et ductiles, comme le fer, le cuivre, l'or, etc. En 
général, ils sont détruits par le feu [r.-jpz\>-a'.) et contiennent de la terre, 
car ils renferment une exhalaison sèche. L'or seul n'est pas détruit par le 
feu... » — On voit ici l'origine de certaines idées alchimiques. C'est ainsi 
que Stephanus 16' leçon dans Idelcr. t. 11, p. 224, 1. 7), dit, presque dans les 
mêmes termes qu' Aristote : 

« Il y a deux choses qui sont les matières et les causes de tout, la 
Vapeur qui s'élève et l'exhalaison fuligineuse des corps, en laquelle est la 
cause des modifications en question. La vapeur est la matière de l'air; la 
fumée, la matière du feu, etc. ». 

Esprits (■κνεύμΛ-α). 

Les mots esprits, corps, âmes, sont fréquemment employés par les alchi- 
mistes dans un sens spécial, qu'il importe de connaître pour l'intelligence 
de leurs écrits. Les passages suivants, quoique d'une époque plus moderne, 
jettent beaucoup de lumière sur ce point. 

On lit dans le traité de Mineralibiis, prétendu d'.-Mbert le Grand (Ί. 1, tr. i, 
ch. i"") : « ce qui s'évapore au feu est esprit, âme, accident; ce qui ne s'éva- 



2^8 INTRODUCTION 

pore pas, corps et substance ». Cet auteur attribue encore à Démocrite Topi- 
nion qu'il y a dans les pierres une âme élémentaire, laquelle est la cause de 
leur génération (1. I, tr. i, ch. 4). 

Le Pseudo-Aristote (i) définit de même les corps et les esprits, et il 
ajoute : « les corps volatils sont des accidents, parce qu'ils ne mani- 
festent leurs qualités et vertus que s'ils sont associés aux substances 
ou corps fixes : pour opérer cette association, il faut purifier les uns 
et les autres. » Il y a là un mélange de pratiques matérielles et d'idées 
mystiques. 

Vincent de Beauvais, Spéculum majus [VIII, 6o\ donne sous le nom 
d'Avicenne l'exposé suivant. 

« Il y a quatre esprits minéraux : le soufre, l'arsenic, le sel ammoniac, le 
mercure, distincts par leur aptitude à être sublimés; et six corps métalliques : 
l'or, Fargent, le cuivre, l'étain, le ter, le plomb. Les premiers sont des 
esprits, parce que leur pénétration dans le corps (métallique) est néces- 
saire, pour accomplir sa réunion avec l'âme » — « Spiritus, inquam, sunt 
quia per eos imprimitur corpus ut possit cum anima conjungi. » Et plus 
loin (VIII, 62) : -( Nulle chose ne peut être sublimée sans le concours 
d'un esprit. La pierre ne s'élève pas d'elle-même par l'action du feu ; 
tandis que les esprits s'élèvent d'eux-mêmes, c'est-à-dire se subliment, se 
dissolvent et déterminent la dissolution des autres substances; ils brû- 
lent, refroidissent, dessèchent et humectent les quatre éléments. » Cette 
dernière phrase attribue aux esprits le rôle des qualités aristotéliques 
citées plus haut. 

« Ce qui ne fuit pas le feu », dit encore Avicenne, «est dit fixe: tels sont 
les corps des pierres et des métaux. » 

Dans la langue même de notre temps, le nom d'esprits volatils est encore 
appliqué à certaines substances, tels que l'ammoniaque, l'alcool, les 
essences, etc. 

D'après Geber (2) il y a sept esprits, dont voici les noms, rangés dans 
Tordre de leur volatilité : le mercure, le sel ammoniac, le soufre, l'arsenic, 



(i) De perfecto magisterio, Bibl. I (ïl Voir aussi Le.xicon Alchemice 

cliem. de Manget, t. I, p. 638. | RiiLtnJi, p. 442. 



NOTICES DIVERSES 24g 

(c'est-à-dire son sulfure, placé auprès du soufre par l'auteur), la niarcassite, 
la magnésie et la tutie. 

Geber dit encore : 

ï Les esprits (corps volatils) seuls et les matières qui les contiennent en 
puissance, sont capables de s'unir aux corps métalliques ; mais ils ont 
besoin d'être purifiés pour produire une teinture parfaite, et ne pas gâter, 
brûler, noircir les produits. Il y a des esprits corrosifs et brûlants, tels que 
le soufre, l'arsenic (sulfuré), la pyrite; d'autres sont plus doux, tels que les 
diverses espèces de tutie (oxydes métalliques volatils). C'est par la subli- 
mation qu'on les purifie. » — Cette sublimation se compliquait de l'ac- 
tion oxydante de l'air, spécialement dans le cas de la pyrite et du sulfure 
d'arsenic. 

L'Aludel, appareil destiné à ces sublimations, devait être construit en verre, 
ou en une substance analogue, non poreuse, et capable de retenir les esprits 
(matières volatiles) et de les empêcher de s'échapper, d'être éliminés par 
le feu. Les métaux ne conviennent pas, parce que les esprits s'y unis- 
sent, les pénètrent, et même les traversent. Tout ceci est très clair pour 
nous. 

Le Pseudo-Aristote donne la même liste (i) des esprits que Geber, en assi- 
milant ces êtres aux planètes. 

Dans Rulandus, qui développe la même énumération, la magnésie est rem- 
placée parle wismath, lequel semble être un sulfure métallique, se rattachant 
aux minerais d'étain et de plomb. Ce nom a été détourné de son vieux 
sens, pour être appliqué parles modernes à un métal nouveau, inconnu des 
anciens, le bismuth ; de même que le nom de cadmie a été détourné de son 
sens pour être appliqué au cadmium. Mais ce n'était pas là la signification 
ancienne du mot. 

Revenons aux esprits de Geber et d'Avicenne, afin de tâcher de com- 
prendre les idées d'autrefois et les faits qui leur correspondaient. Les uns 
de ces esprits, tels que le mercure, le sel ammoniac, le soufre, le sulfure 
d'arsenic, sont en effet des substances susceptibles de sublimation pure et 
simple. Les autres sont réputés secondaires: la sublimation n'ayant lieu 

(i) De Perfecto Magisterio, Bibl. chem. de -Manget, t. I, p. 638. 

32* 



25ο INTRODL'CTION 

que par l'effet d'une opération complexe, et mal comprise, mais dontla com- 
plexité avait été entrevue par les alchimistes. En effet la marcassite, ou pyrite, 
chauffée dans un appareil distillatoire en terre, donne d'abord du soufre, en 
laissant un résidu ; ce résidu s"oxyde peu à peu sous l'influence de Fair, qui 
pénètre dans l'appareil, et une partie du produit se sublime à son tour peu à 
peu, à une température plus haute, en fournissant des oxydes métalliques, 
blancs ou colorés. Geber distingue nettement ces deux phases du phénomène 
[Bibl. Chemica de Manget, t. I, p. 534). 

La tutie était réputée le moins volatil des esprits; la magnésie était inter- 
médiaire entre la tutie et la marcassite : enfin la sublimation de la tutie et 
celle de la magnésie étaient assimilées à la seconde phase de celle de la 
marcassite, phase dans laquelle l'action de l'air développait les oxydes 
métalliques. 

On voit par là que la magnésie de Geber, comme celle du Pseudo-Démo- 
crite, et, plus tard, la tutie, désignaient à la fois certains minerais sulfurés de 
zinc, de plomb, d'étain, de cuivre, etc., ainsi que le mélange des oxydes for- 
més par sublimation lente aux dépens de ces minerais de zinc, de plomb, de 
cuivre, etc.; c'est-à-dire que cette magnésie se rattache à la famille des cad- 
mies, dans laquelle on rencontre également le double sens de minerai natu- 
rel et de ses dérivés obtenus par grillage. Les sens du mot magnésie sont 
d'ailleurs plus compréhensifs encore, comme il sera dit plus loin. 

Etain — κασσίτερίς — Stanmim — plomb blanc (1). 

Dans Homère, le mot v.xzz'.xî^cç désigne un alliage d'argent et de plomb 
(ou d'étain?). Le sens actuel du métal étain n'a peut-être été acquis à ce mot 
d'une manière précise et exclusive que vers le temps d'Alexandre et des 
Ptolémées, bien que le métal même ait été employé comme composant du 
bronze depuis les époques préhistoriques. De même le mot stannum est 
donné par Pline au plomb argentifère (H. N., 1. XXXIV, 47), aussi bien 
qu'au plomb blanc, qui était l'étain véritable. Dans la lecture des anciens 
auteurs, il faut se métier continuellement de ces sens multiples et variables 
avec les temps des dénominations métalliques qu'ils emploient. Pour 
pouvoir tirer d'un mot des conséquences certaines, au point de vue des 

(i) Pline, H. N., 1. XXXIV, 47. 



NOTICES DH-ERSES 25 I 

connaissances chimiques d'une certaine époque, il est nécessaire, en général, 
déposséder des objets, armes, statues, ou instruments, répondant exactement 
à cette époque et à ce mot. En dehors de cette règle, on est exposé aux 
erreurs et aux confusions les plus étranges. 

Pline ajoute qu'on contrefait l'ctain avec un mélange renfermant i/3 de 
cuivre blanc et 2/3 de plomb blanc; ou bien avec poids égaux de plomb 
blanc et de plomb noir: c'est ce qu'on appelait alors plomb argentaire. Ces 
fraudes sont encore usitées aujourd'hui, les fabricants d'objets d'étain 
mêlant le plus de plomb qu'ils peuvent à l'étain pur, à cause du bas prix 
du plomb. 

Etymologies chimiques doubles. — C'est une circonstance digne d'in- 
térêt qu"un certain nombre de mots chimiques ont deux etymologies : l'une 
égyptienne, qui paraît la véritable; l'autre grecque, qui semble fabriquée 
après coup et pour rendre compte de la transcription hellénique du mot 
ancien. 

Je citerai, par exemple, les mots asèm, chimie, sel ammoniac . 

Le mot asèm désignait un alliage métallique particulier imitant l'or et 
l'argent et spécialement ce dernier métal (p. 62 et suiv.). Il a été traduit en 
grec par les mots : ά'τημ:;. άιημίν, άιή;Λη. lesquels signifiaient d'abord l'ar- 
gent sans titre, et ont pris, en grec moderne, le sens complet de l'argent. 
La confusion entre ces mots est l'une des origines des idées de transmu- 
tation. 

Le mot chimie paraît dérivé du mol égyptien chemi, qui est le nom de 
l'Egypte elle-même. Mais les Grecs l'ont rattaché soit à '/yy-i: (suc), soit à 
χέω (fondre), parce que c'était l'art du fondeur en métaux. 

Le nom du sel ammoniac (carbonate de soude d'abord, plus tard chlorhy- 
drate d'ammoniaque (p. 45), est dérivé de celui du dieu égyptien Ammon. 
Mais il a été rattaché aussi par les Grecs au mot a';j.;j.;v, sable, etc. 

Ces fausses etymologies rappellent le système de Platon pour les cas ana- 
logues. 

Fer. 

Le basalte était désigné par le nom du fer chez les Egyptiens. 

On distinguait parmi les dérivés du fer, les corps suivants : 

Rubigo ou /erriigo, ίίς, la rouille, c'est-à-dire l'oxyde de fer hydraté et 



252 



INTRODUCTION 



les sels basiques de même teinte (i). A l'état anhydre ce corps est devenu le 
colcotar du moyen âge, qui est à proprement parler le résidu de la calcina- 
tion des sulfates de fer. 

Squama. ■ — C'est l'écaillé tirée des armes pendant leur fabrication, ex 
acie aiit mucronibus (2). Il semble que ce corps répondait à notre oxyde des 
batitures. 

Scoria (3), autre résidu ferrugineux. — Elle est appelée aussi sideritis. 

Au fer se rattachent l'aimant ou pierre magnétique, l'hématite, la pierre 
schisteuse, les ocres, les pyrites, ainsi que la rubrique. 

Donnons quelques détails sur ces différentes matières. 

Aimant ou magnes, dénommé parfois également sideritis (4). 

L'aimant était appelé/errz/în vivion et assimilé à un être vivant, à cause 
de son action attractive sur le fer. On distinguait le mâle et le femelle. On 
en reconnaissait plusieurs espèces : les uns roux, les autres bleuâtres, qui 
étaient les meilleurs ; d'autres noirs, sans force; d'autres blancs et n'attirant 
pas le fer. Uaimant tirait son nom de magnes, de celui de Magnésie, qui 
appartenait à une province de Thessalie efondent par la chaleur. Divers vins, Furine, le vinaigre, la lessive, 
le petit-lait, la lymphe participent aussi de l'eau, car tous ces corps sont 
solidifiés par le froid. Le fer, la corne, les ongles, les os, les tendons, le bois, 
les cheveux, les feuilles, l'écorce, participent plutôt de la terre : ainsi que 
l'ambre, la myrrhe, l'encens, etc. » 



(i) Ceci montre quel intérêt on at- 
tachait à des propriétés qui nous pa- 
raissent aujourd'hui peu importantes. 



On remarquera aussi l'axiome du 
Pseudo-Démocrite sur les natures, re- 
produit par Avicenne. 



200 INTRODUCTION 

J'ai cité des passages analogues tirés du Timée de Platon (i). 

Tous ces énoncés témoignent de l'effort fait par la science antique pour 
pénétrer là constitution des corps et manifestent les analogies vagues qui 
guidaient ses conceptions. 

La Théorie des exhalaisons est le point de départ des idées ultérieures sur 
la génération des métaux dans la terre, que nous lisons dans Proclus (voir 
Origines de l'Alchimie, p. 48), et qui ont régné pendant le moyen âge (voir le 
présent volume, p. 78). On lit encore, dans Vincent de Beauvais (VIII, 6) : 
« D'après Rhazès, les minéraux sont des vapeurs épaissies et coagulées au 
bout d'un temps considérable. Le vif argent et le soufre se condensent d'abord. 
Les corps transformés graduellement pendant des milliers d'années dans les 
mines arriventà l'état d'or et d'argent ; mais l'art peut produire ces effets en un 
seul jour. » 

Dès les temps les plus anciens, ces idées se sont mêlées avec des imagina- 
tions astrologiques, relatives aux influences sidérales (ce volume, p. jB et 
suiv.). C'est ainsi qu'on lit dans la Bibl. Cliem. de Manget, t. I, p. 9 1 3 : « Les 
métaux et les pierres n'éprouvent pas les influences célestes, sous leur forme 
même de métaux ou de pierres, mais lorsqu'ils sont sous la forme de vapeurs 
et tandis qu'ils durcissent. » On voit par là le sens mystique de ces mots 
attribués à Hermès par Albert le Grand : «la terre est la mère des métaux; 
le ciel en est le père. » De même cet autre axiome hermétique: « En haut les 
choses terrestres; en bas les choses célestes « (2^ lequel s'appliquait à la fois 
à la transformation des vapeurs dans la nature et à la métamorphose analo- 
gue que l'on effectuait par l'art dans les alambics. 

Avicenne, après avoir décrit le détail supposé de cette création des métaux, 
ajoute : « Cependant il est douteux que la transmutation effective soit 
possible. Si l'on a donné au plomb purifié les qualités de l'argent (chaleur, 
saveur, densité), de façon que les hommes s'y trompent, la différence spéci- 
fique ne peut être enlevée parce que l'art est plus faible que la nature (Vin- 
cent DE Beauvais, VIII, 84). » 

Albert le Grand (De Mineralibus, 1. III, tr. i, ch. 9) dit de même : « Ceux 
qui blanchissent par des teintures blanches et jaunissent par des teintures 

(\)0riginesdel'Alchimie,^.2(><}ai-\. \ (2) Ce volume, p. 161 et i63, fig. 37. 



NOTICES ΰΙΛΈΚ8Ε5 



26 1 



jaunes, sans que Tespèce matérielle du métal soit changée, sont des trom- 
peurs, et ne font ni vrai or, ni vrai argent. . . J"ai fait essayer Tor et l'argent 
alchimiques en les soumettant à six ou sept feux consécutifs ; le métal se con- 
sume et se perd, en ne laissant qu'un résidu sans valeur. » 

Dans le traité d'alchimie pseudonyme, attribué au même auteur, il est 
dit que le fer alchimique n'attire pas l'aimant et que l'or alchimique ne 
réjouit pas le cœur de l'homme et produit des blessures qui s'enveniment; 
ce que ne fait pas l'or véritable. 

Odeur des Métaux : D'après Ar'istote (De sensu et sensilibus, ch. 5) :« L'or est 
inodore; le cuivre, lefer sont odorants; l'argent et l'étain moins que les autres. 

Il y avait un cuivre indien de même couleur que l'or parmi les vases du tré- 
sor de Darius; les coupes de ce métal ne se distinguaient que par l'odeur (De 
}7iirabilibus, ch. 49). 

Minium, Rubrique ou matière rouge. — \j.Ch-z; — 

Sous ce nom on trouve confondues un grand nombrede substancesrouges 
d'origine minérale, telles que, d'une part: 

Les oxydes de fer (sanguine, ocre brûlée ou usta, hématite). 

Lesoxydes de plomb 'minium et congénères) et peut-être l'oxyde de mer- 
cure (confondu avec le cinabre), ainsi que le protoxyde de cuivre ; 

D'autre part, le sulfure de mercure (vermillon, cinabre), le sulfure d'ar- 
senic (réalgar, appelé aussi sandaraque), le sulfure d'antimoine sulfure artifi- 
ciel précipité et kermès minéral), son oxysulfure, et divers composés métal- 
liques analogues, que les anciens ne savaient pas bien distinguer les uns 
des autres i^voir plus haut l'article cinabre, et plus loin Van'icls plomb). 

Ainsi les mots rubrique, rubrica (μ.0ν-5ς), minium, cinabre, vermillon, 
sont-ils souvent synonymes dans les anciens auteurs. 

Laisinojjis, ou rubrique de Sinope (i), était à proprement parler un oxyde 
de fer naturel et artificiel (usta); mais ce nom a été aussi donné à notre 
minium (oxyde de plomb) et à notre sulfure de mercure. 

La terre de Lemnos (2) était aussi une rubrique (probablement un per- 
oxyde de fer hydraté) ; on la vendait sous cachet. 



(1) Diosc, Mjt. méd., V. iii. — 
Pline, //..V., l.XXXV, 16; XXXVI, 27. 



(2) Pline, H. X., 1. XXXV, 14. 



202 



INTRODUCTION 



La sinopis, broyée avec du sil brillant ι ocre jaune) et du melinum (argile 
blanche), donnait le leucophoron, matière employée pour fixer l'or sur le 
bois (i).. 

Le minium ou ammion (petit sable) désigne : 

Tantôt un oxyde de plomb, dans le sens d'aujourd'hui, oxyde obtenu par 
la calcination ménagée de la céruse et nommé aussi iista, comme l'ocre (2), 
ou bien encore/aiisse sandaraque (3) ; 

Tantôt le vermillon et le cinabre ou sulfure de mercure (4). 

Le minium, chauffé à parties égales avec la rubrique, fournissait lesan- 
dyx (5), nom qui a été appliqué aussi au minium seul (6). Cette confusion 
se retrouve dans certaines dénominations modernes : c'est ainsi que le 
minium de fer, employé aujourd'hui pour peindre ce métal, est formé de 60 
pour cent de minium et de 40 pour cent d'oxyde magnétique. 

Un premier germe des idées alchimiques sur la fabrication de l'or se 
trouve dans ce fait, rapporté par Théophraste (7), que l'Athénien Callias, au 
v=siècle avant notre ère, vers les commencements de la guerre du Péloponèse, 
découvrit le minium dans les mines d'argent et qu'il espérait obtenir de l'or 
par l'action du feu sur ce sable rouge. 

Le sandyx mêlé de sinopis constituait le syricum ou sericum (8). 

Ajoutons, pour compléter ce qui est relatif aux couleurs dérivées des mé- 
taux dans l'antiquité. 

L'armenium, matière bleue qui paraît être la cendre bleue, ou l'azurite ; 

Et le ceruleum ou azur (9), mot qui désigne à la fois une laque bleue, 
dérivée du pastel, et un émail èZezi, fritte ou vitrification, obtenu avec du na- 
tron, de la limaille de cuivre et du sable fondu ensemble (Vitruve). 

Parmi les couleurs vertes, on cite l'œrugo, le verdet, la chrysocolle 
(malachite; cendres vertes et sous-carbonates de cuivre). 

Les couleurs jaunes étaient : l'ocre ou sil, parfois mêlé de matières végé- 



(1) Pline, H. iV., 1. XXXV, 17. 

(2) Pline, H. N., 1. XXXV, 20. 

(3) Le même, 22. 

(4) Vitruve" — Dioscoride, Mat. méd. , 
1. V, 109. — Pline, H. N., 1. XXXIII, 
3; à 41. 



(5) Pline, H. N., 1. XXXV, 23. 

(6) Diosc, Mat. méd., 1. V, io3. 

(7) De Lapidibus, 58, Dg. 

(8) Pline, H. N., 1. XXXV, 24. 

(9) Pline, H. N., 1. XXXIII, 57. 



NOTICES DIVERSES 263 

taies; l'arsenic ou orpiment; les sous-sulfates de fer (misy et congénères); 
parfois la litharge, le soufre, l'or en poudre: enfin diverses matières ve'gétales. 

NiTRUM — v{-pov — natron, — à proprement parler notre carbonate de 
soude. 

C'est par erreur que la plupart des éditeurs des auteurs grecs ou latins 
traduisent ces mots par nitre ou salpêtre, substance presque inconnue dans 
l'antiquité, et qui apparaît seulement à partir du vi» siècle à Constantinople, 
avec le feu grégeois dont elle était la base ι li. 

Les anciens parlent aussi du nitrum factice, préparé avec les cendres de 
chêne, c'est-ù-dire du carbonate de potasse. 

Spuvta nitri, àsp:; νίτριυ ou άορίν.τριν. — Se trouve dans des cavernes- 
Ce devait être dans certains cas du nitre vrai. 

Opérations Alchimiques. — Voici le nom de quelques-unes des opérations 
signalées dans les écrits des Alchimistes Grecs; j'ai cru utile de les réunir 
ici pour la commodité du lecteur (2). 

άναζωπύΐωΐ'.; Régénération par le feu: coupellation. 

ανάλυσες Dissolution, désagrégation. 

άποΐείρωιις Décantation. 

άχλύωι•.; Obscurcissement de la surface brillante d'un métal, 

par oxydation, sulfuration etc. 

έκστρίφή, εχιτρεψ'.ς . Extraction, transformation. 

έλαίω;'.; ... Graissage; Transformation en huile. 

έςίωιις Réduction, affinage. 

έξυδάτωΐ'.; Dessiccation; opération par laquelle on dépouille un 

corps de sa liquidité. 

έπ:5ολα•' Projections. 

'ΐ'ψη:•.ς Décoction. 

Γωΐ'.ς Oxydation; affinage; coloration en violet ^v. p. 255j. 

καΰσ'.ς Grillage; calcination. 

λείωΐ'.ς Pulvérisation; délaiement. 

\-.•χ/Μζ:ζ Blanchiment. 



(i)Voirmon ouvrage :S!ir/.7/orcerf(.'s 1 (2) Voir aussi ce volume, p. 210. 

matières explosives, 3= éd., t. I, p. 352. | 



264 INTRODUCTION 

μελάνωτι; Teinture en noir. 

οπτηΐ'.ς Torréfaction. 

ζάνΟωσ'.; Teinture en jaune. 

τ:λύ'•.ς Lavage. 

σηψ'.ς Putréfaction, décomposition. 

υλη Matière. 

<f -jj'.ç Nature, qualité intérieure. 



Or. 

Rappelons sa coupellation par le sulfure d'antimoine, qui en sépare 
même l'argent. On fond ensemble ; la fonte se sépare en deux couches ; la 
couche supérieure renferme les métaux étrangers, sous forme de sulfures 
unis à l'antimoine; la couche inférieure contient l'or et le régule d'anti- 
moine. On répète la fonte deux ou trois fois ; puis on soumet l'or à un 
grillage modéré, qui brûle l'antimoine ; en évitant de chauffer trop fort 
pour ne pas volatiliser l'or. 

En raison de ces propriétés l'antimoine était dit au moyen âge le loup 
dévorant des métaux; ou bien encore le bain du roi ou du soleil. Mais elles 
ne sont exposées très explicitement que vers la fin du moyen âge. 

Paros et PoRus (i). 

La pierre appelée /oz-mî, était blanche et dure comme le marbre de Paros; 
mais moins pesante. Ces deux mots sont parfois confondus dans les Papy- 
rus de Leide. 

Plomb : On distinguait 2 espèces, le noir et le blanc, ce dernier assimilable 
à notre étain (2). 

Du plomb noir on extrayait aussi l'argent. — Il était soudé par l'intermède 
de l'étain. Le métal de première coulée, obtenu avec le plomb argentifère, 
s'appelait stanmim; le second, argent; ce qui restait dans le fourneau, 
galène. La galène refondue produisait du plomb noir. 

On voit que le mot stamnim signifie ici un alliage d'argent et de plomb. 
Quant au mot galène, il n'avait pas le même sens qu'aujourd'hui, où il veut 
dire sulfure de plomb. 

(i) Pline, H. N., 1. XXXVI, 28. | (2) Pline, H. N., 1. XXXIV, 47. 



NOTICES DIVERSES 205 

Chez les anciens, le plomb était souvent confondu avec ses alliages d'étain, 
aussi bien qu'avec l'antimoine (v. p. 224I et le bismuth, métal plus rare et 
dont la découverte est moderne. 

Plomb lavé. — 7:£zXj;;.£v:;^:Ajîî:; (i). 

Voici la préparation de cette substance. 

On broie de l'eau dans un mortier de plomb avec un pilon de plomb, 
jusqu'à ce que l'eau noircisse et s'épaississe : ce que nous expliquons 
aujourd'hui par la formation d'un hydrocarbonate de plomb, résultant de 
l'action de l'air et de l'eau sur le métal. — On lave par décantation. — On 
peut aussi broyer de la limaille de plomb dans un mortier de pierre. 

Vincent de Beauvais [Spéculum majus, VIII, 17) décrit la soudure auto- 
gène, plomb sur plomb, qui a été regardée comme une invention moderne. 

Plomb brûlé, — v.v/.xj^vizç μ;λυβΐ:ς (2). — Voici la préparation de ce corps : 

«On stratifié dans un plat des lames de plomb et de soufre. On chauffe, on 
remue avec du fer, jusqu'à disparition du plomb, et transformation en une 
sorte de cendre. D'autres remplacent le soufre par de la céruse, ou par de 
l'orge. Si Ton chauffe le plomb seul, le produit prend la couleur de la 
litharge ». — Le produit obtenu par ces procédés est un sous-oxyde de 
plomb, mêlé, suivant les cas, de sulfure et de sulfate. 

Scorie [de plomb] (3). — Corps jaune, vitreux, analogue à la céruse, ou 
plutôt à notre litharge impure. 

Spode [de plomb] (4). — V. l'article jEs, sur le seiis du mot spode. 

Pierre plombeuse (5). — C'est notre galène (sulfure de plomb)? 

Galena. — Minerai de plomb (6), employé dans la fusion de l'argent. On 
appelait aussi de ce nom le résidu des fontes du plomb argentifère (v. plus 
haut). 

Molybdène — •y.'i.ùizx'.-i-x [-). « Ce corps est produit dans les fourneaux d'Or 
et d'argent. Il est jaune, et devient rouge par le broiement; il est semblable 
à la litharge». — Ce nom a été aussi étendu à la plombagine (notre graphite) 



(1) Diosc, Mjl. méd., 1. V, gS. 

(2) Diosc, Mat. niéd., 1. V, 96. 
Pline, H. N.. 1. XXXIV. 5o. 

(3) Diosc, Mat. méd., 1. V, 97. 
Pline, H. K.. 1. XXXIV, 49, 5i'. 



(4) Pline, H. N., 1. XXXIV, 12. 

(5) Diosc, Mat. méd., 1. V, 98. 

(6) Pline,!. XXIII, 3i. 

(7) Diosc, Mat. méd., 1. V, 100. 
Pline, H. N., 1. XXXIV, 53. 

34* 



266 



INTRODUCTION 



et à notre galène (sulfure de plomb natif). — On en a rapproché encore (i) 
la scorie d'argent, appelée aussi helcysma ou encauma. 

Le mot molybdène a été suivant l'usage fâcheux des modernes, détourné 
de son sens historique par les chimistes de noyé temps, pour être appliqué 
à un métal inconnu de l'antiquité. 

Litharge (2). — Elle se préparait avec un sable (minerai) plombeux, ou bien 
elle était obtenue dans la fabrication de l'argent, ou dans celle du plomb. — 
La litharge jaune s'appelait chrysitis; celle de Sicile, argyritis; celle de la 
fabrication de Fargent, laiiriotis (mot qui rappelle les mines du Laurium) : 
«ce sont à proprement parler les écumes d'argent, produites à la surface du 
métal; la scorie est le résidu qui reste au fond» (Pline). 

Céruse — ψιμ.ύΘιον (3). — Les anciens ont indiqué le procédé de préparation 
de la céruse par le plomb et le vinaigre. — Dioscoride décrit aussi sa torré- 
faction (οπτητέον), sa cuisson (καΰσαι θέλων), laquelle lui donne une couleur 
rouge et la change en sandyx (minium). 

Minium (v. p. 25 1,260; Rubrique). — Rappelons que ce mot a désigné non 
seulement le sur-oxyde de plomb, appelé aujourd'hui de ce nom, mais aussi 
le vermillon, le cinabre, le réalgar et certains oxydes de fer. 

PSEUDARGYRE. 

On lit dans Strabon (4) : « Près d'Andira on trouve une pierre qui se change 
en fer par l'action du feu. Ce fer, traité par une certaine pierre, devient du 
pseiidargyre, lequel, niôlé avec du cuivre, produit ce que l'on appelle ori- 
chalque. 

Le pseudargyre se trouve aussi près du Tmolus. » 

Était-ce du zinc, ou du nickel, ou un alliage? 

Samos (pierre de). — C'est le tripoli. 

Sel (5). — Sel fossile naturel, notre sel gemme, ou chlorure de sodium — 
sel de Cappadoce, sel factice obtenu par l'évaporation des salines. 

Laniigo salis. — "Αχνη αλός. — Paillette écumeuss, produite par l'eau de 
mer déposée sur les rochers. 



(i) Diosc, 1. V, 101. 

(2) Diosc, Mat. med., V, 102. 

(3) Diosc, 1. V, iu3. — Pline. 
ΧΧΧΠΙ, .^4. — ViTRUVE, 1. Vll.ch. 7. 



(4) Liv. XIII, 56. 

(5) Oiosc, Mat. méd., 1. V, i25, i3o. 
- Pline, H. N., 1. XXXI, 39-45. 



NOTICES DIVERSES 267 

Saumure — muria. — \'/,\j.r,. 

Flos salis, — άλ:; à'vO:;. — ElUorescences salines et odorantes, couleur de 
safran — elles surnageaient dans certains étangs, ainsi que dans l'eau du Nil. 

Favilla salis. — Efflorescence blanche et légère. 

Sélénite (i) ou aphroselinon, pierre de lune, pierre spéculaire, glace de 
Marie; blanche, légère, translucide. 

Ce mot désigne notre sulfate de chaux et notre mica, ainsi que divers sili- 
cates, lamelleux et brillants. 

Soufre (2). — Soufre vif, ou apyre. 

Pline ajoute : Ignium vim magnam ei inesse; il renferme beaucoup de feu 
— sans doute parce qu'il s'allume aisément. 

Terres (3). 

On désignait sous ce nom divers calcaires et surtout des argiles blanches, 
ou grisâtres, employées : 

Soit comme fondants en métallurgie; 

Soit comme base de poteries en céramique; 

Soit comme ciments dans les constructions; 

Soit comme supports de couleurs en peinture; 

Soit comme collyres, et pour divers autres usages, en matière médicale. 

Ces terres étaient lavées à grande eau, mises en trochisques, cuites dans 
des plats de terre, etc. 

On distinguait : la terre de Chio, la terre de Samos et la pierre de Samos, 
la terre cimolienne, la terre d'Erétrie, la terre de Melos (assimilée autripoli) 
la terre de Sélinonte, la terre de Lemnos (v. Rubriquep. 25i, 260), le Pai-œ- 
tonium, la pignitis, Vampelitis ou schiste bitumineux, etc. La terre de Lem- 
nos était une sanguine, ou oxyde de fer hydraté. 

Trempe — Teinture — Βα;ή. 

La trempe du fer était connue de toute antiquité. Homère en fait mention 
dans rOdyssée (1. IX, SgS). Les alchimistes grecs y ont consacré plusieurs 
articles que nous reproduirons. La trempe du bronze est aussi décrite par eux. 



(i) Diosc, 1. V, i58. ■- Lexicon 
Alch. Rulandi, p. 289 et 427. 

(2) Diosc, 1. V, i23. — Pline, //. Λ'., 
1. XXXV, 5o. 



(3) Diosc, Λ/αί. méd., l.V, 170 a 180. 
— Pline, H. N., 1. XXXV, 3i, 32, 53 
à 55 ; XXXVI, 40, etc. — Lexicon 
Alch. RuLindi, p. 463. 



258 INTRODUCTION 

Il est digne d'intérêt que le môme mot βαφή signifie : 

1° La trempe des métaux; 

2" La teinture des étoffes, du verre et des métaux; 
■ 3» Par extension la matière colorante elle-même, 

4° Et aussi le bain dans lequel on la fixait. 

TuTiE. — Le nom detutie, qui semble ancien (3), n'apparait avec certitude 

— qu'au temps des Arabes. Il a désigné surtout le pompholyx, oxyde de zinc 

impur. Mais il a été appliqué aussi à toute cadmie, toute fumée des métaux, 

et il en a souvent remplacé le nom chez les alchimistes du moyen âge. On 

en a parfois rapproché la magnésie (v. ce mot). 



( 1 1 On trouve la mention de la Tutia 1 latin de la Bibliothèque nationale de 
Alexandrins (manuscrit -i6i du fonds I Paris, f. i3). 



COLLECTION 



ALCHIMISTES GRECS 



TEXTE GREC 



NOTE PRELIMINAIRE 

Sl!R LES ABRKVIATIONS, LES SIGLES DES MANUSCRITS, ETC. 



Les variantes et autres remarques paléographiques sont indiquées par les abrévia- 
tions usuelles des mots latins addit (add.), omittit (om.), correxit (corr.), fartasse 
legendum (f. 1.), fartasse melius (f. me\.), fartasse delendiiui If. del.). — Corr. conj. 
désigne une correction conjecturale. 

Folio est abrégé f. ; recto, r. ; verso, v. ; page, p. 

Le ms. 29q de S'-Marc, à Venise [W s.], a pour sigle M ; — les mss. de Paris 2327 
(de l'an 1478), A; — 2 32 5 (χιιιβ s.), Β; — 227? (de l'an 1465), C; — 2326 (xvi<^ s.Î, D; — 
2329 (xvi-xvii!• s.), E; — 2249 (xvi" s.), K; — 225o, 225i, 2252 (xYii« s.), L ou La, 
Lb, Le; — 2419 (de l'an 1460), R; — 1022 du supplément grec (xvii= s.j, S ; — le 
ms. de la Laurentienne, à Florence, lxxxvi, 16 (de l'an 1492), Laur. 

Conformément h l'usage adopté généralement aujourd'hui, les mots placés entre 
crochets droits [ ] sont ceux dont on propose la suppression ; les mots placés entre 
crochets obliques < >, ceux que l'on propose de suppléer. 

La sigle d'un ms. est suivie de rabréviation mg. (par ex. : M mg.) lorsque les mots 
qui suivent sont placés en marge de ce ms. 

On a négligé le plus souvent les variantes qui portent : i" sur le ν final éphelkys- 
tique suivi d'une consonne (par ex. : 'h-:•/ -i ^ά,^ιμαζον), d'un usage presque constant 
dans M ; 2° sur la confusion de voyelles causée par l'iotacisme (βηχο; pour SiV.o;) ; 
3° sur la ponctuation. On n'a reproduit, d'ailleurs, dans les notes, que les variantes 
qui paraissaient contribuer à l'amélioration du texte. Les autres variantes, qui ont 
été recueillies, pourront figurer dans une publication à part. 

Le texte imprimé est toujours, sauf indication spéciale, conforme à celui du 
manuscrit sur lequel la transcription a été faite. 

Lorsque le texte grec n'a pas de titre, on y supplée par la suscription d'un titre 

en français. 

Les renvois d'un morceau à un autre sont effectués au moyen de divisions 
conventionnellesen Parties, Sections ou Morceaux et Paragraphes. (Ex. : Cp. I, 1 1 1,5 : 
Comparez I''" partie, nr morceau, § 5). 

Les notes philologiques suivies des initiales M. B. sont de M. Marcelin Berthelot. 
Les initiales C . E. R. signifient Ch. -Emile Ruelle. 



PREMIERE PARTIE 



INDICATIONS GÉNÉRALES 



I. I. — DEDICACE 

Publié par Bernard, dans son édition de Palladiiis, De Febribus ; 
et par Emm. Miller : Catalogue des Mss. grecs de l'Escurial, p. 410. 
Transcrit sur M, f. 5 v. 



Τήν βίβλον δλβον ώστ.ιρ èy/.£y.p'j[jLjj.£vov 
έλουσαν άθρει τήνόε, —ας Μουρών φίλος. 
Άλλ'εί θελήσο',ς τάς -ολυχρυσους ολέ€κς 
ταύτης έρευναν τάς σοοώς κεκρυ[Λ(Λένας, 
5 νοος το φαώρον o|jiu.a -ρος θείας ούσεις, 

ΰψε'. οιάρας -αν^όοοις εΰο-τίαις, 
o'jToj γραοήν οίελΟε τήν σοφωτάτην, 
καΙ ττλουτον ευρο'.ς γνώσεως ύπερτέρας, 
ζητών, ερευνών τήν τριτολβίαν φύσιν, 

10 [Λονην ούσεις νικώσαν ένΟέω τρόπω, 

καΐ -/ρυσόν αίγλήεντα τίκτουσαν ιχόνην, 
τήν -αντοττο'.ον, ήν ©ρεαΊν ιχουσοστόλοις, 
θείας έρασταΐ γνώσεως εΰρον αόνοι. 
Ταυτην έφευρών, ι^-ή γαρ δστις ή φράσω, 

ΐδ θαύααζε νουν, φρόνησιν άναρών ένθέων, 

ώς οημιουργών σίοαάτιον καΐ -νευαάτων, 
-ώς εσ•/ον οΰτίος γν^όσείος υψος |^•εγ«, 
ψυγουν, άζοκτενε'.ν τε καί ζ(οοϋν ττάλιν, 



INDICATIONS GENERALES 



10 



ώστε ξένως πλάττειν τε καΐ μορΦΟΰν ξένως 
°Ω Οα0[7.α, τήν άνασσαν υλην ολβίαν ! 
ήσπερ οιαγνους καΐ μαθών τάς εκβάσεις 
αΐνιγματώδοο; ενοον έγκεκρυ[Λ[Λένας, 
δ νους ό παγγέραστος, αί κλειναί φρένες 
Θεοδώρου πλουτοΟντος ένθέοις τρόποις, 
πιστοΟ τελούντος δεσποτών τταραστάτου 
συνηψεν, έντέθεικε συλλογή ν ςένην 
έν τηδε βίβλω -ανσόφων νοη[Λάτων, 
δνπερ σκεπών, φυλαττε, Χριστέ παντάναξ. 



Ι. II. — LEXIQUE 

Transcrit sur M, f. 1 3 1 r. — Collationné sur B, f. 2 v. ; — sur A, f. 19 r. ; — sur Ε 

(copie de A), f. i63 v. — sur L, page 249 ; — sur Védition de Bernard (= Bn). — 
Dans M, beaucoup de noms de corps sont surmontés de leurs signes. A moins 
d'indication contraire^ les leçons de M et de Bn [transcrit sur Ml sont identiques. 

ΛεΞΙΚΟΝ ΚΑΤΑ ΣΤΰΙΧΕΙΟΝ ΤΗΣ ΧΡΤΣΟΠΟΠΑΣ 

Α 

'Αφροδίτης σπέριχα εστίν άνθος yaky.oQ. 

'Αλάβαστρος εστίν άσβεστος, άπο των φλοιών των ωών, και άλας 
15 άνΟιον, καΐ άλας ά[Λ[Λωνιακάν, και άλας κοινίν. 



11. Titre dans Β : Λεξ. κ. στ. της tspî; 
τέχνης. — Titre dans ΑΕ : Λεξ. /.. στ. 
τΐ)ς ίερα; τέχνης, πρώτον Ιλληνιστ'ι μετα- 
λευτι/ον, των δε (των τε Ε) σηαειων χαΐ των 
όνοϋίάτων. — Titre dans L : Λεξ . κατά 
άλοάβητον μεταλλευτικόν των όνοι^άτων τη? 
Θείας και 'ιερά; τέ-/νης τη; έν τΐ] χ^ρυοούλω 
ταύτη βίβλω. — 12. Au-dessus de Άορο- 
διτης, AEL donnent 'Λρ/ή το3 Α, et ainsi 



de suite en tête de chaque lettre, sauf 
que Ε supprime le plus souvent les 
mots άρ/ή του. M écrit en rouge l'initiale 
du premier mot. — Β a perdu le com- 
mencement du Lexique jusqu'à l'article 
άνοροοάαα; inclus. — 14. των ώων gratté 
dans M ici et presque partout. — 15. 
Après άΐλριωνιακόν] άλας άρωνιακόν add. 
BAL, pour ap;j.ortiaxuv (M. B.). 



LEXIQUE 5 

"Ασβεστος Έρ^χοΟ των ώων έστιν ή αίθαλoυιJ^.έvη οι ' ο^ους καΐ 

ήλιαζο[/.ένη ' κρείττων γάρ έστιν γ^ρυσοϋ. 
"Αλας άνθιόν έστι θάλασσα, και άλυιη»καΙ άλος ά/^νη. 
(f. 131 ν.) Άφρος παντός είδους έστΙν υδράργυρος. 
5 Άρ^ύρζο'•^ ν5[/.α, αιθάλη θείου καΐ υδράργυρου. 
Ασηαός έστιν 6 ίος ο ά-ο της αιθάλης. 
Άχίας, άνθος λαχάς έστιν. 
"Ανθος χαλκού καλάκανθος καΐ -/αλκιτάριν και -υρίτης καΐ θεΓον 

λευκον οΐκονοαηθέν έστιν. 
10 Άλας έστΙ το οστρακον του ώοΰ, το θείον οϊ, το λευκον αύτοΟ, 

yi'ky.œ^fiov οϊ, Ό y.poy.oc αύτοΰ. 
ΆνοροδάΐΑας έστι -υρίτης και άρσένικον. 
Άφαίρεμά έστι πίτυρα σίτου. 
Αιθάλη έστιν ΰοωρ θείου και αολυβδο/άλκου. 
15 Άοροσέλτνόν έστι κώααρι; και κουοόλιθος. 
Άκρατο Ο όρο ς άγγ&ί έστιν οστοάκινον. 

ι ι ι ^ i ί ^ 1 

Άφροσύαλον ϋορίρ-'^'υρός έστιν ή ά.τ.6 apyjpo'j και λίθος σκυθερίτης. 
Ά-οσ-εραατισίΑος οράκοντός έστιν υδράργυρος. 
Άρρηκτον έστιν ά'©ευκτον.. 
20 Άετίτης λίθος έστΙν •/pυσόλιθoc, καΐ ττοοουοίτη;, και -οο-ϋυοόνοωυ.ος 

* ^ /^t ■ ' lit 1 • ' ι ι ι /.Ι ι - 

αακεδωνικος και ΤΓολύ'/ρωίΛος. 
Άκαυστωσίς έστι λεύκωσις. 
Άσκιος -/αλκός έστιν άνθος '/αλκου. 
Άλλοίωσίς έστι βαφή. 
25 Άλιχυρία έστι χρυσόκολλα. 

Άργυρόλιθός έστιν y.opofyik^ov . 



1. Rédaction de BAL : "Ασβ. Έ. 
ι. ή α'.θάλη τών ώων η λυομένη διά όζους 
7.α\ ήλ. — 11. /άλζανΟο; BAL. — 13. 
Premier article dans Β. — 14. Rédac- 
tion de BAL : Α•.θ. è. ûo. κασσ-.τε'ρου κα; 
ιχολϋβοου κα; /αλκοϊ. — 15. κο'αϊ,ο;; ΜΒΑ; 



κομαρο; EL. — 16. i. όίγγ. L. — 5. Après 
ϋδρ.] ή άπα κίνναόάρεως add. BAL. — 
20. ô χρυσό").. AL. — 21. Après Γολυ- 
-/ρωαο;] καΰστωσ;; κα; βαοη. Άλμυρία κ. 
τ. λ'. L. 



^ 



6 INDICATIONS GENERALES 

A — ασα ΰοοάργυρος λέγεται ή οία τριών θείων ά-ΰρων σύνθετος. 
*Άθι/.τον, το καθαρον και άαόλυντον. 

*"Αθικτΰν κυρίως λέγεται το άψηλάφτ,τον και άτκίαστον, και "/ρυ- 
σάνθεΐΑον. 
δ Β 

(f. 132 Γ.) Βατρά/ιόν έστι -/ρυσόκολλα, καΐ /ρυσό-ρασον. 
Βώλος θείον έστιν ώαόν. 

Βοστρυ-/ ίτης , -υρίττ,ς και ετήσιος κ— 4. όςύγγιν M. — 5. νε^ε'/.λης A ; νεφέλ/; 
L. — 11. Ίγοτ; L. — Après ίγο•'ον] Ου'α 
add. L (lire Ουει'α). — 13. Après cet 
article, on lit dans A : -ίδας (Ε : S οίδας) 
ϊατ\ν στυπτηοία. Πττίσ:; (pour οτζτηα'.ί] έστιν 



έύηΐ'.; και ξάνθωσί; ζτ,'^'ζ (Ε : ό'σΐί;ι;) καΐ 
θείον • -ηξον ■/.. τ. λ. — 14. Art. ajouté 
dans Α. — 16. Après μαγν.] ό λευ/.όλιΟος 
add. Α. — ία. -ηξίδες AL, f. mel. — 
Après οίχ.] ε'.σιν add. L. — 20. Réd. de 
L : πολύχρ. κα\ πορφυρ. χ«Ί πορφυριτης κ. 
-. λ. -- 24. προοξ.] -ροξίσα; mss. Corr. 
conj. 



LEXIQUE 



l3 



Παροξύνας έστΙ πυρώσας. 
Πεφρυγιχένης έν ήλίω εστίν έν εξ ή(J^.έρ 
Πηλός Ηφαίστου έστΙν κριθή. 



aie 



5 'Ρίπεώς έστι νίτρον r.'j^^h-j άφρόνιτρον. 
Τεφέκλα έστΙ κυκλάαινος. 
"Ρίνη α α -/ρυσου έστι κόλλα -/ρυσοΰ. 



αυτών 



Σίδια ζηρά έστι τα εντός των αιγυπτίων ροών. 
10 Σ(5έκλη έστΙν άφροσέληνον καί σειστή στυπτηρία. 
Σάνδυξ έστι ^^ρυσός. 

Στυπτηρία έστι θε;ον λευκον, και άσκιος χαλκός. 
Σανδαρά•/η έστιν υορίρ^^υρ^^ς ή άπο κινναβάρεως. 
ΣώΐΛατά εισιν yy.Ay.iz, ιχόΚυζοος, κασσίτερος, σίοηρος ' εξ 
ΐδ στί[/.ΐΛΐ κό•/λος. 

Σώμιατά έστιν έν συνθέσει ' καλούνται •/α[Λαιλέων ήγουν τα τέσσαρα 

άτελη ιχέταλλα. 
*Στίυιυ.ι εστί κό-/λος, ή κογ•/ΰλιον. 
Στροφή καί έκστροφή έστι καυσις καΐ λεΰκωσις. 
•20 (f. 135 r.) Σπόγγος θαλάσσιος έστι καδαεία και χρυσόλιθος 
καί ιερός λίθος, το άπόκρυφον [χυστήριον το αυτό και σποοός 
άγύροί) και σρ.άραγδος και σ[Λΐρίτης. 
.jfyv., έστιν ο κέλυφος τοΟ ώοΰ. 



Μΐοηρο; 



2. Au-dessus de r^^éfx'-i : οηλονδτι (5Îc) 
A (de la main du copiste ?). — 3. η 
κριθί) L. — δ. p'jksoj; ή ρίπνο; A ; ρί~νος 
Β — Tiuppov 7.α'; BAL. — 7. ρι'νισίΑα B-^L. 
— 9. σίδ'.ν M : ίίΖίχ ΑΒ ; poiîti Ε. — 10. 
άοροσιληνον] άςγύρου Βπ. — 15. /.όχλο;] Α 
mg. Jj κοχύλη (pour κογχύλη) de la main 
du copiste. — 16.Réd. de L : îtoa. L ή 



σύνθεσι;, α καλ. — ή'γουν τ. τ. ά. μ. om Α. 
— 18. Art. ajouté dans L. (Débris de 
l'avant-dernier article). — 20. Réd. de 
BAL : Σπ. θαλ. έστι κα3με:α κα\ χρυσόλ. 
κα; (/.κ. om. L.) ιερό; λίθος κα'ι σπ. άχυ- 
ρων, κα'ι σμαρ. και πυρ. τό άποκρ. μιυστ. — 
23. Art. ajouté dans BAL. 



14 



INDICATIONS GENERALES 



Τ 

Τίτανές έστιν άσβεστος ώοΰ. 
'Το κύριον όνομα τοΟ ύγροΟ συνθέΐΛατός έστι το θείον ΰοωρ 

το δι ' άλ[Λης, και 'όζους, καΐ λοιπών. 
5 Το κυριον '6νο[χν. τοΟ στερεοΟ συνθέματος έστι τα τέσσαρα 

σώματα, κλαυδιανος, μόλυβδος, πυρίτης και υδράργυρος. 



Υδράργυρος μετά αιθαλών πηyθεîσα λευκαίνει χαλκον καΐ ποιεί 
χρυσόν. 
10 "Τδωρ σκυθικόν έστιν υδράργυρος. 

"Υδωρ θειο ν άθικτόν έστιν υδράργυρος πεπηγμένη μετά άλών. 
"Τδωρ κνήκου, το ΰδωρ τοΟ θείου το άθικτον. 
"Τδωρ μήνης, και ΰδωρ γαλκοΟ, και ύδωρ πύρινον, και ΰδωρ ύέλου, 
και ύδωρ αργυρού, και ύδωρ σανδαράχης, και υοωρ αρσενικού. 
15 "Τδωρ ποτάμιον ύδωρ ^okûSSou έστι θείον και υδράργυρος, 
"ϊσσωπόν έστιν άπόβρεγμα των ^υπαρών έρίων. 
"Τδωρ υδραργύρου βαφική έστιν ή άπο κινναβάρεως γινομένη. 
"Ιδωρ 'Αφροδίτης, και σελήνης, και αργυρού ' καΐ (ίδωρ ποτάμιον 
έστι θείον ΰδωρ καΐ υδράργυρος. 
20 "ϊδωρ θεΓον ά'Οικτόν έστι το λευκον σύνθεμα άπεργόμενον. 
"Τδωρ άπλοΟν, το άπο τριών θείων συνθέτων δι ' άσβεστου. 



2. ώοϊ gratté Μ. — 3. Α place cet 
article après l'art, υδράργυρος μετά αιθαλών 
κ. τ. λ. ■ — 5. Α place cet article avant 
le précédent. — 10. OSp.] signe de la 
sandaraque BA (signeluapsévizovpardu 
Gange); σανδαρά•/_η en toutes lettres L. — ■ 
11. 5) uSp. L. — 12. Red. de L : ΰοωρ κν. 
εσην ϋδ. θείον αΟικτον. F. 1. τοϋ θείου του 
άθικτου. — 13. Réd. de L : ΰδωρ μτ^ν-ηζ 
κ. αργύρου και χ. και αλός κα'ι σανό. κ. άρσ. 
κ. ϋδωρ πΰρ. κ. ΰδ. ποτ. ή νε^ελ,η εστί. — 



14. Après ϋδ. άρσ.] καΐ ϋδωρ ποτάμιον 
ή νεφ^η εστίν. 'Ύ^ωρ μολ. εστί 0. κ. ϋδρ. 
"νασω-.ον κ. τ. λ. ΒΑ. — 16. έρε'ων Μ. — • 
17. Réd. de L : ϋδ. ύδρ. λευκής βαφικης ί. 
ή υδράργυρος η άπό κ. γ. — Après γιν.] 
νεοΛη add. ΒΑ. — 18. σελτίνης] signe de 
la lune et de l'argent surmonté d'un σ 
M. — 19. ϋδ. θείον ΒΑ. — ύδρ.] αργύρου 
ϋδωρ Β.Α.. — 21. Réd. de L : ϋδ. άπλ. έστι 
τό δι' άσο. F. 1. τό... σύνΟετον. 



LEXIQUE 1 5 

Τοωρ το άπα άσημου λέγεται άφρος χίχΐ Βρόσοζ καΐ άφροσέληνον 

ύγρόν. 
"1 δωρ θείον το άπα υδραργύρου λέγεται <κατά> Π ε τ ά σ ι ο ν , 

και δρ άκοντος (f. 135 V.1 /ολή. 
5 "Υδωρ θεΓον πε-ηγαένον αεταβόλων (iic) ϋΒράρ^υρός έστιν άπα κιννα- 

βάρεως, τουτέστιν ή τετρασωαία. 

Φ 

Φέκλη, τρυγία oho'j ή εις τάς πορφύρας προχωροΟσα άσβεστος. 
Φοκός έστι βάίΛυια έξωθεν φαεινόν. 
10 Φάραακόν εστίν αιθάλη συντεθείσα διά της οίκονοαίας. 
Φρύξον έστιν ή οτζ'ϊτ^σο^ ή ξάνθωσον. 
*Φευκτήν, άληθινήν <βαφήν?> 
*ΦακοΟ σκωρία εστί το ^ρυσάνθιον. 



Χ 

15 Χαλκού σκωρία έστι -/ρυσάνθιον. 
Χρυσός έστι πυρίτης, καοαεία, ΘεΓον. 
Χαλκύδριόν έστιν ό γινό[χενος χρυσός, και ίωθεις ταΓς ^ειροπη- 

γαΓς ταΓς άπα θείου. 
Χρυσίτης έστι το σύνθείΛΧ των αιθαλών. 
20 Χαλκός ιατρικός έστιν ό λευκανθεΐς το αυτό και ΘεΓον και ψι- 
αύθιον. 
Χαλκού ίδρωτες, ό ζω[Λος του χ^αααιμήλου. 



1. Réd. de L : ΰοωρ açiYJ^O'j Ιστιν, άορός 
και ορόΐο; κ. ά». ύ. La confusion de 
άργυρος avec ϊιηιχος OU ασηιχον est assez 
fréquente dans les mss. — 3. λέγεται Sa 
[ΐε~άρσ;ον κα\ δρ. y. ή νεοε'λη Β ; λε'γ. δε 
(ΐεταρσιω; (sic) κ. δρ. •/_. ή νεοε'ί,η Α. — 
5. Réd. de L : ΰδωρ θείον ~επ. έστιν, ή 
τετρασω|α.•'α. — 8. οε'χλη έστιν ή τρ. τοΰ 
Οίνου L. — 10. συντεθείσα] σωθείσα (sic) Μ 



(avec un point sur Γω, du temps de 
la copie, indiquant une corr. à faire. — 
12. Débris de phrase conservé dans AE 
seulement. — 13. Art. ajouté dans AL. 
— 16. loi^art. de L. dans la lettre X. — 
κα'ικαομ. y.n'i 0. L. — 17. 2= art. de L. — 
-/ειροιτυγαι; M. — : 19. ii= art. de L. — 
20. 3" art. de L. — τα αυτό] ό αυτό; L. — 
22. §« art. de L. — Après ίδρ.] έστιν add. L- 



i6 



INDICATIONS GENERALES 



Χουσόκολλα καΐ /αΧ/.ζΧον uôcop, Ό αολυβόό^αλκος. 

Χρυσοζύμιον καΐ έλυοριον, καΙ -/ρυσοκογχυλιον καΐ iôç άσκίαστος 

θεΓόν λευκόν έστιν . 
*Χάλκανθός έστιν ό κρόκος τοΰ ώου. 
5 Χρυσετήσιος λίθος, αίι^ατίτης. 
Χαλκοπυρίτης βροντήσινος θείον έστιν mt>i^. 
Χρυσός, ολαι αϊ ψω[α.αι καΐ τά [JLέταλλά είο-ι τα ξεταόιοόναι ει αή 
[/.όνον τέκνω και φίλω γνησίω, ίνα ή αυτός συ, καί συ ή 
αυτός. (f. 257 Γ.) Παρελθών ούν σκόπησον και έρώτησον Άχά- 

10 ραντον γεωργον, και ι^άθε ^άτ:'^ αύτοΟ τί αέν έστιν το σ-ΰει- 
ρόΐΛενον, τί δε και το 6εριζό[Λενον, και αάθης οτι σπεΐρον τον 
σΓτον και θεοίσει ' και Ό σπείρων τήν κριθήν όυιοίως και 
κριθήν θερίσει. 

7] Ταΰτα, τέκνον, οια προοίμιιον άκηκοώς, έννόησον τήν τού- 

ΐδ των ολην δημιουργίαν τε και γέννησιν ' και γνώθι ό'τι αίν^ίρωτ.ος 
άνΟρωπον οϊοεν στ είρειν, και ό λέων λέοντα, και Ό κύων κυνα. 
Ει δέ τι των -αρά φύσιν συμβαίνει γενέσθαι ώσπερ τέρας γεννά- 
ται και ούγ έξει σύστασιν ' ή γαρ φύσις τήν φύσιν τέρπεται, 
και ή φύσις τήν φύσιν νίκα. 

20 8] Αυτή ουν δυνάμεως θείας μετεσχηκότες καΐ παρουσίας εύτυ- 
χήσαντες, κάκείνοις προσλαμποαένοις αύτοϊς έΗ αιτήσεως, ές άμμων, 
και ουκ έξ άλλων ουσιών κατασκευάσαντες, έπέτυχον οια το 
της ούσης φύσεως ϋπάρχειν τήν προσβαλλομένην ΰλην του κατα- 
σκευαζόμενου, Ώς γάρ προείπον οτι Ό σίτος σϊτον γεννά, και 

25 α,ν^ρωτ.ος ά^/(^ρ(ύτ.ο\ σπείρει, ούτως και Ό γρυσος yp'j<sh^ θερίζει, 
το δμοιον το δμοιον. Έοανερώθη νυν δέ το μυστήριον. 



4. χερ /.opou Α sans accent ; «p/.oupo- 
βόρου δράχοντος L . F. 1. ΰλαγ|χάτων Κέρ- 
βερου δρ. τ. φυλ. — 5. προ'Οιχίον εκείνον Α. 
— 8. τ,] εΐ Α, 2 fois. — 9. Άχάρανχον 
est un nom propre, écrit ailleurs 'Ayaaô. 
(Λ/. β.1.— I I. F. L. a-.'. <ό> σ-ειρίον τ.σ. 



/.α'ι <σΐ•:ον> 0;ρ.12.•;(5ν7.ρίΟον Α. — 14.ενο'η- 
σον Α. — 1G. σΑεφειν]γεννάν L. — 17.πε'ρα; 
Α. — γεννϊ τ; Α. — 18. οΰτεξειαί^ταικν 
AL. Corr. conj. — 20. αϋτη Α. — 21. 
αϋτο•;] II faut ajÎOJ; [M. Β.]. 



ISIS A HORUS 



3l 



9] Και λαβών ύ5ράργυρον, ζηζον αυτήν ή δ'.ά βωλίου, ή δια 
σώυιατος [/.αγντ,σίας, ή όιά θείου, και εχε, τοΟτό έστιν το yXiapo- 
-τιαγές. Μίξις ειδών ' του μολύβοου τοΰ ^λιαροπαγοΰς μέρος 
α', και λευκολίθου μέρη δυο, και όμολίΟου [ΐ-ερος α', και ξαν- 
5 θης σανδαρά/ης μέρος α , καΐ βατραχίου μέρος α'. Ταύτα συμ- 
μίξας τω μολύβ'οω μή σκορπισΟέντι άναχώνευσον τρίς. 

10] (f. 2θ7 ν.) ΜΙΞΙΣ ΛΕΤΚΟΤ ΦΑΡΜΑΚΟΥ ΟΠΕΡ ΕΣΤΙ ΛΕΥΚΩΣΙΣ 
ΠΑΝΤΩΝ ΤΩΝ ΣΩΜΑΤΩΝ. — Λαβών υδράργυρον την δια χαλκοΟ γενο- 
μένην λευκήν, και λαβών εξ αύτης ^ΐ-ίρος α', και της μαγνησίας της 

10 έκζευχθείσης μετά των υδάτων [ΐ-ίρος α', και της οέκλης της 
θερα-ευθείσης μετά τοΰ χυμού τοΰ κίτρου [ΐίρος α , και του άρσε- 
νίκου του λειωθέντος μετά του ούρου τοΟ ar^fiopou ζτζνΛΟος)- [ίίρος 
α', και της καδμείας μέρος α', και του τ^υρί-ου μετά της Λιθάρ- 
γυρου μέρος α , και ψιμυΟίου του ότττηθέντος μετά του θείου 

15 \ίίρος α', καΐ λιθάργυρου της μετά άσβέττου μέρη δύο, και 
σιζοδιας κωβαθίων αέρος α'. Ταύτα πάντα λείου συν οξει δριμυτάτω 
λευκώ και ξηράνας εχ^εις το οάρμακον λευκόν. 

11] Έ-ειτα λαβών -/αλκον και σίόηρον, χώνευσον, είτα έ-ίβαλε 
κατ' ολίγον λειούμενα ταύτα* θείου μέρος εν, μαγνησίας μέρη ι' 

■2'1 έως αν γένηται εύθρυπτος ό σίότ^ρος, και τρίψας έχεις. Και λαβών 
χ_αλκου κέρας Οερμέλατον, χ_ώνευσον έξ αύτοΟ μέρη δ', και έ-ί- 
βαλλε αΟτώ του τριοθέντος σιοήρου αέρος α', κατ ολίγον έττιβάλ- 

i II ^ Il ι Ι ' ' 1 

λων και κινών, εως ου συνενο^Οή και Ό σίοτιρος και ό χαλκίς. 

12] Είτα λαβών έκ τούτου λίτραν α', χ^ώνευσον, έπιβαλών 



Ι.βουλειΌυ Α. — 4. α'] Lesmss, donnent 
ici les nombres tantôt en toutes lettres, 
tantôt en chiffres (a', 6', γ', etc.). Nous 
suivons ces variations d'après notre ori- 
ginal. — EL* écrivent tous les nombres 
entouteslettres. — /.a: oja. [ji. a. om. L. — 
6 τρίς] τρίτον Α. Corrigé d'après L. — 7. 
[ΐίξε'.ς A. — Titre dans L : Μίξις λ. ο. ο Xvj- 
ζαίνϊΤΛ'. -άντα τάσώμ,ατα. — λευ/.ός.^. Corr. 



conj. — 8. /.α'ι λαβών εξ αύτη;] Addition 
de L. — 11. άρσ;ν!/ο3 AL et EL*. — 12. 
<παί3ό;> (M. Β.). — 13. λιθάργυρος est au 
masculin dans E*. — 16. σ-ο3ο3 L, EL*. 
— ταύτα ::. λ. om. A. — ^ δξο; δρ![ΐ.ντατον 
λ. ξηρ. A — 18. είτα έ-ίβαλε] έ-ίβαλωv(sic) 
Α. —20. εΟΌρυ—ος] F. 1. ευθριπτο;. —21. 
θερ[χάλα-ον L. — Ιξ αΰτοϋ cm. Α. • — 24. έπι- 
βάλλων EL*. 



32 



IXDICATIOXS GENERALES 



αΰτώ τοΟ λευκοΟ φαραάκου γ° γ' κατά αικρόν, εως αν γένηται 
ύ-όλευκον το',-τόν. ΚαΙ 7ναβών à-ô της -/ώνης, u.iHov αϋτώ ΰόραρ- 
γύρου μέοος α', καΐ αΰτοΰ υ-ερη ούο ' και -οίη'ΐον αΟτο όνύ•/ου 
πάνος. Εί δέ μή πάνυ έλαύνεται, -/ώνι^ιοΊ αϋΟ',ς, καΐ γίνεται ώ; 
5 κηρός. 

13] Είτα κατασ-κευάτας τον ζω[Λάν του ήλιοκοσιχίου καΐ ήλιοκογ- 
νυλίου /ωρίς -/αλκάνΟου, καΙ '/ωνης τρύγου καΐ βαλών έν ύελίνω 
τα τέταλα, άττόΟου ήυ,έρας λε', έως αν ο-υτσα-ή. Είτα και άνελόυιενος 

10 14] Είτα Λαβών το λευκον οάρυ-ακον το Ο'.ά υδράργυρου, καΐ 
[Λαγνησίας, και οέκλης, και άρσ-ενικου, και καοαείας, f. 258 Γ.; και 
πυοίτου, και ψιαυΟίου, και λαβών •jopi.pyupov, [ΛΐΗον αύτη τον ζωριάν 
του σιδηροχάλκου και τα εΓίη. Eo-tco οή ό ζωαος έ-ιτιολάζων τοΟ 
ΐ9αουι.άκου δακτύλους δύο, και εατον ήαέρας ιε' έν ^κια σα-ηναι, 

10 και εχε άποκείυ.ενον. 

15] Ότε δε (χέλλεις λευκαίνειν τι των σωιχάτων, ούτως ποίει. 
Ααβών ύδοάογυρον καΐ στάκτην άσβεστου και ούρον, και γάλα 
αίγειον, και νίτρου, και άλας, λείου και λεύκαινε. 

16] Έξ Γσου δε εγνωσται ό'τι καΐ τα υ,έλλοντα σοι ρηθήσεσΟαι, 

•2) \αί^ διπλώσεις τε και καταβαφαι και οικονομία', πασαι, και παν 
δ τι ούν εις ενα νουν, και ^είς^ έν ïpyo^j συντείνουσιν. Νόησον ούν 
TÔ μυστήριον, τέκνον, του φαρμάκου της γτ,ρ'Χ-ζ- 

17] Ή δε αιθάλη ούτως αίρεται. Ααβών άρσένικον, έψει εν 
ύδατι, και βα7^ών έν τω ΐγοίω, λείου μετά στάχεως σύν έλαίίο 



1. γ" γ'] οΰγγία; τρεις EL*. — 3. 
-θ''τ;σον αυτό] λαβών Α. — 4. -/ωνευό- 
μενον Α. — 6. ήλ'.οκοσ[ΐ;ου /.ϊ": om. Α. 
F. Ι. y ρυσοκοσαίου -χα! -/ρυσοζογ/υλιου. — 
8. σεσα-η Α. — 11. άρσεν./.οΰ .î\L, EL'. 
— 12. υδράργυρον] signe de l'argent 
dans A. — 13. A mg. : 5pa ξάντο^^:; 
(F" main). — τω φαρίΛΧ/,ω L, EL*. — 
Après οαρμά/.ω, Ε* place un signe final 



(:~), à la dernière ligne du fol. 2i5 
V., puis commence le fol. 216 avec 
οα/.τΰλου? sans indiquer un commence 
ment d'article. — 18. κα'; λεύκαινε om. 
A. — 19. Réd. de L, EL' : Έξ Ίσου δέ 
'ε'γνωσταί σοι 7:άντα καΐ "ασα: α• Ο'.τζΧ. και α: 
καταξ .κ. ol•/.., κα'; -άντα (κα; πάντα τις Ε) ε'.; 
ένα νουν και ε;; εν ϊρ••;0Ί συντεν/ου^;. — 
21. F. Ι.συντείν;•.. — 23. έν om. .\.. 



ISIS Λ HORIS. 2'' RKDACTIOX 



όλίγω, καΐ οχλών έν λω-7.0'. καΐ νΐάλΤρ i-y.vco τ.ύ'/.τ^ζ έ^'.τίΟου 
έ-ΰ' άνΟιάκων, îcoç ου ΓλΟ•/; ή αίΟ'/λη. ' )aoiojç καΐ την σανοα- 
ράχην ζοίει. 



Ι. .\ιιι*'*. 

DEUXIÈME RÉDACTION 
Trjuscritsur L (copie de E), f. 217 r. — Collalinuiié sur E, f. 2 15 r. 

ΙΣΙΔΟΣ, ΒΑΣΙΛΙΣΣΗΣ ΑΙΓΪΉΤΟΥ ΚΑΙ ΓΥΝΑΙΚΟΣ 
5 0Σ1ΡΙΑ0Σ, ΠΕΡΙ ΤΗΣ ΙΕΡΑΣ ΤΕΧΝΗΣ ΠΡΟΣ ΤΟΝ ΪΙΟ.Ν 

ΑΥΤΗΣ ΤΟΝ ΩΡΟΝ. 

]ΣΙΣ ΙΙΡΟΊΉΊΊΙ. TiJ• ΛΊΩ: \ΥΎ\ίΣ 11\'ίΐ: 

Ι] Σύ αέν έβουλήΟης, ώ τεκνον, ά-ύνα', ε-Ι της το5 T'Jctovoç 
αά-/ης, ώττε καταγ^ονίτατΟα'. -ϊ;1 της τοΰ -y.Tccc σου οασι- 
10 λείας. Εγώ οέ ΐΛίτά τήν ο•ήν αζοοηίΑίαν, -αρεγενόυ-ην είς <':αα- 
νουθΐ, δΰ ου ή ίε;ά τέ/νη της Αίγϋ-του αυστ'.κώς κατασκευάζεται. 
Ένταΰθα οέ, f. 219 Γ.; ίκανόν ycôvov οιατρίψασα, έζ'ουλόαην 
—αρανίοοησα'.. Εν οέ τώ avaycoccïv αε έττιτεΟεώετ,κέ αέ tic των 
-οοοτ.τών r, των 7Λ'*'ελίον ο; θ'.έτο'.€εν έν τώ ttocotco στεοείόαατ'., 

ι 1 < i II - t II. ι ι ^ 

Ιό ός "ροσελθων έαοί, έοούλετο αίςεcυς κο'.νωνίαν —sic εαέ ττοιησαι . 
Έγώ οέ ουκ έ-έτ^εττον αϋτω είς τούτο γίνεσΟα'. αε/./.οντ'., ά'/.λ' 
ά— ήτουν α- ' αϋτου τήν του νευσου κα-. άο^'ΰοου κατασκευτν. Αυτός 

,1 ι /*| III ι - 

οέ υ.0'. άττεκιίνατο ουκ εκείνα', αϋτώ ~εΐ', τούτου έίειζείν οιά τήν 

II -Il ί 

του αυστηοίου ϋζε,οβολήν. 

ι il II 

20 2] Τ•?ί οέ έΗης TjfJ'-ipK, ήλθε -ρός ρ.έ ο -ρώτος άγγελος καΐ ζρο- 
οήτης αυτών καλούΐΛενος Αιχναήλ. (f. 221 Γ.) Εγώ οέ πάλιν αΰτον 
περί της του νουσοΟ και άογύρου κατασκευής èrTroojTcov. Εκείνος 

1. ΐΓ,',τί^τ-Λ L•, EL*. — ο. Après -οίε:] Τ^Άο; τή; '■'Ιτιοο; add. EL*. 



34 



INDICATIONS GENERALES 



δέ ΐΛΟί έπεδείκνυέ τι στ^ΐ-ζΐον 6'περ είχεν έπΙ της κεφαλής αΟτοΟ καΐ 
κεράΐΛΐίν τι άπίσσωτον πλήρες ΰοατος οιαυγοΟς, όπερ είχεν εν ταΐς 
χ_ερσι, καί ουκ έβούλετο το αληθές ειπείν. 

3] Τη οέ έξης ή[χέρα, πάλιν έλΟών "προς έμέ κατελήφθη τοΰ 
5 ίρωτος τ,ρος i[i.i, και εσπευοεν εφ ' ω παρήν. Έγώ οέ ούκ έφρόντιζον 
αΟτοΟ ■ εκείνος οέ αεί [Λε έπείρα•, και παρεκάλει. 

4] Έγώ δέ ούκ i~zcioo'Jv έααυτήν, αλλ' έπεκράτουν αύτον της 
Ίού'ζου έπιθυαίας άχρις αν το σηίΛεΐον το έπι της κεο/αλής αύτοΟ 
έπιδείξηται, και τήν των ζητουμιένων (f. 223 r.) μυστηρίων παρά- 
10 δοσιν άφθόνως και αληθώς ποιήσηται. 

5] Λοιπόν ούν και το σημεΐον έπεδείκνυτο και των ρ-υστηρίων ή 
παράοοσις έποιείτο, άρςαι^ένου αύτοο τ.ρό-ζρον λέγειν τ^αροί^^'ζλίοίς 
και 6ρ-λθΐ)ς προς î^jà ούτως. Όρκίζω σε κ. τ. λ. La suite comme 
dans A (voir ci-dessus la première i^édaction, g 5), puis : Όρκίζω 
15 σε εις Έρ[λήν και Ανουβιν και εις υλαγμα του κερκουροβόρου δρά- 
κοντος και κυνος τρικέφαλου τοΟ Κέρβερου τοΰ φυλακος του "Αδου. 
Όρκίζω σε εις τον πορΟαία εκείνον, και <(δ'./ 'Αχέροντα ναυτίλον. 
Όρκίζω σε κ. τ. λ. (La suite comme dans A, l"réd.) 

6] Τούτοις πασί με έφορκίσας παραγγέλλειν έπε•/είρησε μηοενι 

20 μεταοιοόναι ει αή μόνον τέκνω και φίλίο γνησίω. Σύ δέ αϋτος, ώ 

τέκνον, άπελθε προς τίνα γεωργον, και ιρώτησον αυτόν τί μεν έστι 

το σπειρόμενον, τί οέ έστι το θεριζόμενον, και μαΟήση άπ' αΟτου 

οτι ό σπείρων σίτον σίτον και θερίζει, και ό σπείρων κριΟήν κριΟήν 



και 



Ο 



c~r 



ι^ει. 



25 7] ΚαΙ ταΟτα, ώ τέκνον, δια προοιμίου άκηκοώς κ. τ. λ. (comme 
dans A, V° réd., g 7, jusqu'à κύνα) ' ή γαρ φύσις την φύσιν τέρπει, 
και ή φύσις τήν φύσιν νίκα. 

8] ΔεΓ οΰν εξ άμμων και ούκ έξ άλλων ουσιών κατασκευάζειν 
τήν ΰλην. Ως γαρ προείπον οτι Ό σΓτος τον σϊτον γέννα και Ό 



1. f. 1. ϊύτοϋ hic et iiifra. — 2. h ταΐ: 
•/;ρσ\ν aJTOj Ε. — 5. του "ίο. πρ. 1\ίΐ\ το-3 ερ- 



rjLOu Ε. — 8. ;ji=/?!; «ν Ε. — 15. "Αννου8;ν 
L. — 17. F. 1. -/.«'ι ά/εροντίον ναυτίλον. 



L ASSEMBLEE DES PHILOSOPHES 



35 



άνθρωπος τον άνΟρω-ον, οΰτω καΐ Ό ypuGOç τον -/ρυσόν. Και ίοου 



σοι παν το [Λυστηριον. 



9] Ααβών ουν 'jopipyjoov, πηςον αυτήν ή οια ζ'ωλιου, ή οια 

σώ^χζος υιαγνητία;, ή δια θείου, καΐ ε•/ ε ' τοΰτό έστι το -/Λιαρο- 

5 παγές κατά τάς αίξεις των εΐοών ' τοΟ ρ.ολΰβδου -/λιαροπαγοΟς 

μέρος εν, κ. τ. λ. (La suite comme dans A, 1" réd.;, ^ 9 -fin, sauf 

les variantes indiquées.] 



I. XIV. — ΠΟΙΟΝ ΕΙΝΑΙ ΧΡΗ ΤΟΙΣ ΗΘΕΣΙ ΤΟΝ 
ΜΕΤΙΟΝΤΑ ΤΗΝ ΕΠΙΣΤΗΜΗΝ. 

Tmnscril sw M, f. 12S r. — CoUationné sur A, f. 109 v. ; — sur E, f. Sfi v. ; — 
sur Lb (copie'de E), page 127. — [Chap. 26 dans E, 28 dans Lb, delà compilaiion 
du Philosophe chrétien.) 

10 Χοεών είναι τον αετιόντα τήν έπιστήμην τ.ρω':ο'/ μεν φιλόΟεον 
και φιλάνΟρωποέν τω ζωΐλώ ύδωρ ώς γενέσθαι τήν άναλογίαν τήν 



2. Βαλών] ίλών D. — διοΕολοϋ Μ. — 
3. ϊρα/αά; ζ'] signe de 5ρα/μά; et ζ' Μ ; 
signe de op. et β' A (probablement le 
signe de Γ ' de M ou d'un autre ms. du 
X-XI« siècle, écrit 3 et lu B par le co- 
piste de A ou de son original. — ως] 



ώστε A, f. mel. 



■/. 



ϊυνοτ;;α mss. Corr. 



conj. — 11. ζωαόν af, ίγ/εει; M; ζω'χο•/ 
i/./io/ B. F. 1. ÎM'j.6-/ u.0'. Îf/ir^:, — βαλών 
ε;; τον αυτόν ζωμό•/] λαβών τον αυτόν ζωιχόν 
Α, f. mel. — βρύων] χα'ι βαλών Β. — 
12. βάλε] 7.α\ βάλε Α. — ώ;] ώστε Β, f. 
mel. — TTjv -ροίττ,ν άναλογίαν Β, f. mel. 



42 



TRAITES DEMOCRITAINS 



πρώτη V ' καΐ ε'•/ ε ωσαύτως εως αν -αχυνθή. Είτα ύλίσας βάλετήν έρεαν 
ώς το ποωτον, και ττοιήση νυχθήριερον εν. Είτα λαβών, ά-όπλυνον εις 
ουρονκαΐ ξήρανον εν σκιά. Είτα λαβών λακχάν, τρίβε, καΐ λαβών λάπαθου 
λίτοας τεσσάρας, εκζεσον [^.ετά ούρου, ώςλυθηναιτο λάπαΟον ' και ύλίσας 
5 το ΰδωρ, βάλε τον λακ-/άν " καΐ εψε εως πα^υνθή " καΐ οιυλίσας 
πάλιν τον λακ•/άν βάλε τήν έρεαν. Είτα [α.ετά ταΟτα -λΟνον οΰρω, 
είτα πάλιν υοατι ' και μετά ταΟτα ξηράνας όαοίως εν σκιά, θυμία 
ονυξι θαλασσίοις έναποβεβρεγαένην έν ού'ρω ημέρας ούο. 

2] Εις οέ τήν κατασκευήν της πορφύρας τα tiiipyou.zvi είσιν τάοε. 

10 Φοκος δ καλοΟσι ψευδοκογχύλιον, και κόκκον και άνθος θαλάσσιον, 
άγχουσαν λαδικίνην ή κρημνός, έρυθροοανον το ΐταλικον, φυλλάνθιον το 
δυτικον, σκώληξ ο πορφύριος έκ τοΟ έρώου γενόμενος, ρόδιον το Ίταλικόν. 
ΤαΟτα τά άνθη προτετίμηται παρά των προγενεστέρων , καί εισι φευκτά ού 
τίμια. Έστι δε ο της Γαλατίας σκώ- f. 67 ν.) ληξ, καί τι της Α/αιας 

15 άνθος δ καλοΟσιν λακ•/άν, καί το της Συρίας δ καλουσιν όίζιον * 
και το κο',γύ7^ιον καΐ το κο•/λιοκογ•/ύλιον το λιβυκόν ' και ό 
αιγύπτιος κόγχος ο της παραλίου, δς καλείται πίννα ' καΐ ή ισα- 
τις βοτάνη " και το της ανωτέρας, και το της Συρίας δ καλοΟσιν 
-/όγχον • ταΟτά έστιν ζo'JZzy ακίνητα, οΰτε τιμητά παρ ' ήμίν, 

20 πλην της ίσάτεως. 

3] ΤαΟτα ου ν παρά του προειρημένου διδασκάλου μεμί^ώηκώς, και 
της ύλης τήν διαφοράν έγνωκώς, ήσκούμην όπως αρμόσω τάς 
φύσεις ' ει γαρ και τέθνηκεν ημών ό διδάσκαλος, μηδέπω ημών 
τελειωθέντων, άλλ'ετι περί τήν έπίγνωσιν της ύλης απασχολουμένων, 

25 εξ "Αδου φησίν τοΟτον φέρειν έπειρώμην • ώς δε εις τοΰτο ώρμησα, 
ευθύς παρεκάλεσα λέγων " « παρέ/εις δωρέας έμοί, άνθ'ών άπείργασ- 
μαι εις σέ »; Και τούτο ειπών, έσιώπα ' ώς οέ πολλά παρεκάλουν. 



2. kohJot,] -οΐΐ-,σάτω Β. — 3. ΐίτα] επϋχα 
Β. — 6. είτα πάλ'.ν] [χετά ταϋτα Β. — 7. ν- Α 
αετάταΰτα] έπειτα Β. — 8. έναποβεβρεγμε'νο•.; 
Β. — 9. τά άπερ/ομενα Μ. — τάδε] ταϋτα 
Β. — 11. λϊδιζήν Μ. — 12. ε'ρώου est pro- 



bablement pour ζώου {M. Β.) — 13. 
προτετίατ-,ντα; Β. — 20. ισάτιοο; Β. — 25. 
ώς δε] /.α'ι ώ; Β. — τοΰτο] F. 1. τοϋτον. — 
26. παρε/.άλεσε Β. 



DÉMOCRITE. PHYSICA ET MYSTICA 43 

ήρώτων οτ.ως άιυιόσω τάς φύσεις, tyr^ii υ.01 ούσκολον λέγειν, οΟκ 
έπιτρέκοντος αΟτώ τοΟ οαίρι,ονος * μόνον οε εί-εν • « αί βίβλοι εν 
τω ίερω εΐσιν. » Άναστρέψας εις το ιερόν έγενόαην έρευνήσων ει—ερ 
δυνηθείην εΰ-ορησαι των βιβλίων • ούτε γαρ -εριών τω βιβλίω 
5 τοΟτο ειρήκει ' άοιάθετος γαρ ών έτελεύτα, ώς αέν τινές οασιν, 
δηλητηρίω χρησάαενος οΓά-παλλαγήν ψυχής έκ τοΟ σώ[Λατος ' ώς οέ 
δ υιός φησιν απροσδόκητους έστιώυι.ενος " Ήν οέ τ.ρο της τελεύτης 
άσφαλισάμενος μόνον τω υίω φανήσεσθαι τάς βίβλους, ει τήν ποώ- 
την ύπερβή ήλικίαν " τούτων δε ούδεις ουδέν ημών ήπίστατο. Ός 

10 οΰν έρευνήσαντες ί.ύροιι.ε\ ουδέν, δεινον ΰ-έο-τημεν νΛ^ι.α'ΐον έστ ' αν 
συνουσιωθώσι και τυνεισκριθώσιν αί ούτίαι και αί φύσεις. Ώς δέ 
έτελειώσαμεν τάς συνθέσεις της ύλης, γρό^^ου τινός ένστάντος και 
πανηγύρεως ου- f . 68 Γ.) σης εν τώ ίερώ, -άντες ήμεϊς είσθιώμεθα " 
ώς ουν ήμεν έν τω ναω έξ αυτομάτου στηλή τις \ή^ κίων ήν, ή 

15 διαρρήγνυται, ήν ημείς έωρώμεν ένόον ουδέν έχουσαν. Ό δέ ούτ " αν 
τις έφασκεν, έν αυτή τάς -ατρώας τεθησαυρίσθαι βίβλους, και 
προκομίσας εις μέσον ήγαγεν. Έγκύψαντες δέ έθαυμάζομεν ό'τι 
μηθέν, ήμεν -αραλείψχντες, πλην τοΟτον τον λόγον ευρομεν έκεΓ 
πάνυ -/ρήσιμον. 

20 Ή φύσις τή φύσει τέρπεται, και ή φύσις τήν φύσιν νικά, και 
ή φύσις τήν φύσιν κρατεί. ΈΟαυμάσαμεν πάνυ οτι έν ολίγω λόγω 
πασαν συνήγαγε τήν γραφήν. κ Ήκω οέ κάγώ έν Αίγύπτω φέρων τα 
φυσικά, όπως της πολλής περιέργειας και [ου] συγκεχυμένης ύλης 
καταοοονήσ•ητε » . 

25 4] Λαβών ùopipy\jp(}'^, πήςον τω της μαγνησίας σώματι ή τω 
του ιταλικού στίμεως σουματι, ή Οείω απύρω, ή άφροσελήνω, ή 

1. τό πώ; Μ. — ούτ/.ολον ε/ω λϊ'γειν Β. j 15. Après οιαρ^οΓίγνυτα•.] Rédaction de Β: 

κα'• έγκύψ. à'vSov, όρώμεν έν αΰττ] τάς -ατρ. 
β:βλ., και -ροκομίσαντΗς ε!ς rx. έΟαυμαζ. δτ. 
μηίέν παραλείψαντες κ. τ. λ. — 20. Ο"''-?] 
φϋαις Μ, ici et presque partout. — 23. 

-ερ•.εργασ;'α: Α. — où om. Β. — 25. En 

marge des mss., le signe de -/ρυσοποι'α. 



— 4. τώ β;5λ•'ω add. A; τώ βίω Β. ■ — • 5. 
τοϋτο] ταύτα Β. — 8. pLo'vov] |χο'νω Β. — 
φωνήσασθαι C Α, lecture fautive de Β, 
OÙ le second α ressemble en effet à un 

ω. — 9. οΰδεΊ; οΰδόλω; εξ ημών ή~. Β. — 
14. σττρ.η τις ήν κίων. Β. F. 1... κ'.ο'νιον. — 



44 TRAITES DποιεΓ καΐ ή σανοαράχη, 

και όαοΟ άπο -/λωρής θίκονο[ΛηΟεΐσα ούτως τούτον τον -/αλκον οι•/άσας 

τηρειν το αέν ήαισυ εις ξάνθωσιν ' τον οέ άλλον εϊς τίνα ταςείοια. 

3] Γίνεται οέ ούτως ή των Οειωοών οΐκονοαία, εις τε -/αλκοΰ 

λεύκωσιν ' λαβό(Jιεvoc το άοσενικον, ταοίνευσον έν άλατι Ο ταερας, 

à • ι ' ι /* 111-' 



1. :;ρόΐ r^v 0£ Α. — οΰζ. εστί] q-mL•: Α. 

— 3. jj -ρογο'νων Α. ■ — Οί;'«ι Α. — βασιλεΐ; 
τ^ς ;:ηλ'!; οί aJTa'.0r|vTO Α. — 4. ΰγοΐτ,; Α. 
^5. -α;σ:ν] -»ιην. — F. 1. οΰο ' ε!η•£γρά- 
φατέ με τοίς Αίγ. -α•.σ•'ν. — 6. σοι] σΰ Α. — 
7. η] η Α. — 8. F. 1. ααλάξεως et 3ψιι;'σ3ω;. 

— iiaai/.f,; Α. — 9. Α mg. : γίνονται ολι 
τά cïSj). — όσα :τάλιν] ώς άπαλήν Α. — 10. 
ε-/_ε Α. — -/pudoj Α. — /.αΟ,αι'α; Α. — 



11. ι-.•'-Χο/.θ'/ ώ; Α. — 12. 'άρ^νια Α. ^ 
14. εξούρΓ/.ο; Α. — όεψαντι] F. 1. όεϋσάν τ;. 
Cp. ci-dessous, ligne 24. — lô. iÇ^-opr,- 
θησεις Α. F. 1. έ-/.ϊτ,πτωΟε;ιΐΓ,;. — 16. λείου] 
λύου Α. — 17. ανΟος] âvOou Α. — 18. 
άναξη'ρεναι Α. — 19. εψαι Α. ■ — ίε-ύανίνω 
Α. — ώ; Α. — τοΰτο Α. — 22. τό οέ άλλον 
Α. — 24. ταρί/εψον Α. — έν άλιτ•.] ϊλλα; 
Α. Corr. conj. [M. Β.}. 



DEMOCRITE. LIVRE ADRESSE A LELCIPPE 



d:) 



ή ουοω άοθόοω, r κάλλ'.ον vas, ήαέοα: κα ' είτχ )^ίωσον οΗει 
κιτρίνω ήαέοας ζ , ιχεταίΟ λευκού των κιτρίων, ε•-α άναξηράνας 
εγε ' είτα λαξΐαενος rrv σανοαοά/τν την σιοτ.ιίΓουσαν κί,Ι/ον και 
ταοίνευτον άλ- f. 2ο9 Γ. ατ. ταέοα; κα ' είτα λαοίαενο; ΰοατα καΐ 

à /* ι il 11 ι - ι - 

δ τίτανον, — οίητον γ\<λον ά—οσειρώτας έ'/ε. Έπειτα λαβόαενος Trv σαν- 
οαρά^ην, ζέσον ελαιον τ,ιχέραν αίαν ' ει; -ρί'αατα ζ£7θν iaoiwç τη 
άσβέστω, καΐ τό ΰοωρ νυχΟήαερον εν έχε ' είτα λαζόαενος των ουο 
έ; Γσου βάλλε εις p^^fÇ^ ' ^ψ-'- έλαίω κικίνίο, ή ραφανίνω εως αν 
Ηηρανθή, κα• ε/ ε. Ε•::ε'.τα ^λαβίαενοζ/ yxLxi^i ΤΓ^ς ϊσ-ου ώς Οτι 

10 αάλιστα κοράλλιον άΟικτον ' ούκ Ιχώνων, έ-ίαιςον έκ των τεχνιτών 

3αλλόντων, —οώτον κάοαιοε ΰελον ' είτα έ^ίου ώί ΰστεεον ύ— οΟτσοοαι " 

είτα έ— ίβαλλε, χαΐ εσται λευκό; ' οιχάτας έχε, ώς είτ όν τοι γρζίο'.•'^. 

4] Λαβών αόνον οϋν του οίκονοατ Οέντο; ναλκου αέετ οΰο, καΙ 

ζοΟ άοσενίκου <^καΙ^ σ•ανοαοάγτς ανά αέοο; α , τη; ττυτττηία; tticoc 

Ιό τ,αισυ, καΐ του κοόκου ααλάγαατο: ιχέοτ οΰο " λείου έ-Ι Γΐχίζχζ 
κα , ή 10 ή ζ ' ~poç τ^ν λείω^ιν έ— ίβαλλε το ΰγρον ζγ.τ.•. του-/ 
το άττοσειρώτα; , και όρας εν τλ, λειώσει ôiasopàv χρωαάτων ώς τοΟ 
χα \,ίΐαι^ λέοντος " όττηνίκα οέ u.riκέτι αεταβάλ).Λΐ εις ίοέας -ολλάς, 
τότε νόει ζζ καλώς έχειν τήν λείωίτιν [τοΰτο] άναλααβανοαένην χέν^ 

20 Αίγυτζτίων 7:ρο^.ήταις εις τεύχος ΰελίνω, καΐ ο— τουτιν ολίγον και 
έτιβαλοΰτιν. 

ο] Ήαεΐς οέ οϋχ ούτως \yàp] ' ΰφεττώτες γάρ έ-ιο-τεΰΟηταν 
άνθρωττοι, κοιν? rrv αετά ταΰτα τέγνην. Λαβόαενο; /αλκόν τε ει; τήν 
ί-,'οήν έλαιώοες οάοαακον, καταΟου εί; -υ;ίοα καί σ-Γ.ύον ταέοα; αα , 

25 ή κα , ή ιε , αάλιστα αέν οϋν έν ί— — εία κό-ρω, είτα άνε- f. 259 ν. 
λόιχενος έχε ' /.είωτον ιατρικώς, -προσβάλλων \είς^ το σΰνΟεαα 



1. άΐθόίου Α. F. 1. άιθορου <;;a;oo;>. — 
ôjî'.ç χυτρ;ο;; Α. — 2. /.'.τριών] κυτρίων Α. — 
3. το σανοαρά/τ,ν Α. — 4. ί/.«.ην Α. — 9. 
■/χα" τι;; ι'ΐου À. F. 1. /αΛκίτην (C. Ε. R.) 

ο Vaut mieux». {M. ΒΛ. — 10. κοραλλο; 
Α. — Réd. proposée : oj/. Ιν. /ωνών των τε/ν. 
βαλλ. Ιπια. (3/ β.| — έ;•ο. Α. — 12. ώ;] εΤ; 



Α. — 13. ;jL'Jvo: Α. — 14. άρ3Ξνιχο3 Α. ici et 
presque dans tout ce morceau. — σανδα- 
'^i'/T, A. — 17. ά-ί5:ρώ5α; A. — wç] ίω; A. 
— 20. τ:ρο5Τ|Τα•. A. — js/.'.vov A. — 23. xo'.voî 
A. — 24. — jç'oav A. forme médiévale 
assez fréquente dans ce ms. — 25. A 
mg : στ, <'J4•'ω3»'.>. — 26. — :οσβϊ/.Αον Α. 



56 



TRAITES DEMOCRITAINS 



τούτο αίσεως όαοΟ, y cCK'a6.v^o'j ίκανοΟ, κρόκου, έλυορίου τούτων 
ύφ ' εν έΗίσου, γινόμενον [χέρος εν προς αέρη δ' τοΟ σαπέντος toO. 
Έπειτα νώνευσον μοσχία δλη κό[Λαι ςανθοΟ ιχικρον, λείου άπο της 
(ΓΓ,ψεως της τηρησάσης το πραγμια άιχετάβοΛον. Οπηνίκα οέ λειώ- 
5 σεις ιατρικώς, επίβαλλε έκ τοΟ ύγροΟ των βοτάνων ιχετά αλός 
άνθείου, και πράσου -/υλίν. Είτα άνελόαενος εις τροΰλλιον εψει 
ιατρικώς σπαθίζων, τρίβων οέ εψει έπι ήι^έρας γ', έκ τριών έψή- 
σεων, διιες τάς ήΐΛερας ωρών ο " όπηνίκα οε εκτελέσεις την έψη- 
σιν, τηρών το σύνΟευ-α μη ξηρανΟή, άλλα ελαίου πά^ος εχη, βάλλε 

10 εις τεΟ•/ος ύέλινον, εψει ολίγον βολβίτοις εως παγ^ ' άρον και λείω- 
σον και εγε ' και λαβών γης αργύρου ουσίας της άπαλωτάτης ην 
τίνες γην yiav ζ^ϊ^ ώ•/ραν κα/νοΟσιν, ταύτης ρ-έρη δύο, σινοπίδος 
ποντικής [^.έρος εν, και του... έν τω ληκυΟίω αέρη ούο, λείου όαοΟ 
το ùrobv τοΟ θείου και οπτα έπιστάσιαον, και εΰρήσεις σώυ,α ρωσ- 

15 τικον, ή κινναβαρίζον, ή κοραλλικον, ή σινωπιτικόν. Άοιήγητον, 
αέγιστον θαΟυια τοΟτο καλοΟσιν νρυσοκόραλ^ιον, και τα ά'λλα όνο- 
αατα άπερ όνουιάζονται, ουκ ι'σασιν. ΤοΟτο επίβαλλε και καίε άργυ- 
οον, και το άο' ήυ,ών λευκανΟεν κρύβε, ω Λεύκιππε, το παν ' έφΟό- 
νησαν. Έρρωσο. 



.οΠ. ,„. — ΣΓΝΕΣΙΟΥ ΦΙΛΟΣΟΦΟΥ ΠΡΟΣ ΑΙΟΣΚΟΡΟΝ ΕΙΣ 
ΤΗΝ ΒΙΒΛΟΝ ΛΗΜΟΚΡΙΤΟΪ, ίΐΣ ΕΝ ΣΧΟΛΙΟΙΣ 

Transcrit sur M, f. 72 ν. — Collationné sur Β, f. 20 r. ; — sur C, f. 14 /jusqu'à la 
fin du I 3) ; — sur A, f. 3 1 r. ; — sur S, congénère de Β [passim) ; — sur l'édition de 
Fabricius (Bibl. gr. vin, p. 233 = Fabr.l — (Contenu aussi dans Laur. V' arti- 
cle ; — le ms. de Vienne ; — le cod. Ambrosianus de Milan.) — L'éd. de 



1. — όαοΰ] F. 1. ώιχοίΐ. — 3. ό-ε πρώτον; 

— Επειδή προτετίυ.ηται ό -/ρυσος του άργΰοου. 
1δ — Και ούτως οφείλοιχεν ποιήσαι, Συνέσιε ; 

— Ου', Διόσκορε, άλλα γυυ,νάσαι ήαών τον νουν και τάς οοένας ' 
ούτω συνετάγησαν ' άκουτον αΰτου λέγοντος " « Ώ; νοτ αοτιν ΰαϊν 
ό[Λΐλώ, γυ[λνάζων ύlJLώv τον νουν». Έάν δέ βούλη το ακριβές γνώναι, 
πρόο-ενε ει; τους ούο καταλόγους, ό'τι r.zo πάντων ή ΰοοάογυοος 

20 έταγη, καΐ εν τω ςανθώ, τουτέστιν γρυσω, καΐ εν τω λευκώ, 
τουτέστιν άογύοω. Και έν υ.έν τώ νουσώ ειπεν ■ ϋοοάο^'υοος τ, από 
κινναβάρεως, έν οέ τω λευκώ εΐπεν • ύορίρ^^υρος ή άπό αρσενικού, ή 
σανδαρά-'/ης, και τά έξης. 

81 Αιόσκοοοί είπε ' Aiaooooc ούν έστιν ή ΰδοάογυοος; 



1. χαι 77;ψον] c'î σ^ψ'.ν Β. — 2. 'xJ'r, 

— Zc/.oj,u.;jic'vr,v om. Β. — 4. «[χηνίο; Β. 

— 7. 7.α\ τόν ενα] "όν δέ ItcOov Β. — 
10. <Α;οσ-/.ορο;> ] Λ. Fabr. — 16. τό γύμ- 
νασα; BC. — Οαών BC. — 17. συνητανη- 
τησαν Fabr. — ώ; νοη^ιασιν ημών όμ'.λίΐ 
Fabr. — 18. ί,μών Fabr. — 'Eiv 5; βούλτ;... 
Le morceau commençant par ces mots 
et finissant avec le § q est cité textuel- 



lement par Olympiodore (II, iv, 3oL 
Nous rapportons les principales λ'3- 
riantes de cette citation, qui sera sup- 
primée dans le texte d'Olvmpiodore 
et nous les désignons ici par un asté- 
risque. — 19. /,ουσω... άργύρω] signes 
de l'or et de l'argent dans les mss. — 
21. y.x: om. Fabr. — 24 ο:ί-^οοο; ojv] /.a 
Î'.ï:;oîo: B. 



62 TRAITÉS DÉMOCRITAINS 

Συνέσιος. Ναι, οιάφορός έττι, μ-ία ούσα. 
Διόσκορος. ΚαΙ, εί αία έστΙ, πώς έστι διάφορος ; 
Συνέσιος. Ναι, διάφορος γίνεται και |α.εγία•την ούναμ-ΐν ε•/_ει. 
Ούκ ήκουσας τοΰ ΈρμοΟ "λί^ιοντοζ ' «Το κηρίον το λευκον, και το 
5 κηρίον το ξανθόν » ; 

Διότκοοος. Ναι, ήκουσα ' oizt^ δε βουλο[Λαι μαθεΓν, Συνέτιε, 
τούτο αε δίδαξον το ποίημα. Πάντως αυτή τά είοη πάντων οίγι- 
'ztx.i ; 

Συνέσιος. Ένόησας, Διοσκορε ' ώσπερ γαρ Ό κηρος, οίον ο'άν 

10 προσλαμβάνη χρώμα δέχεται, ούτω και ή υδράργυρος, φιλόσοφε, 

αΰτη λευκαίνει πάντα, και πάντων τάς ψυχάς έλκει, και έψεΐ αυτά 

και έπισπάται. Διοργανιζομένη ούν και έχουσα εν (f. 75 Γ.) εαυτή 

τάς ΰγρότητας πάντως, και σήψιν υφισταμένη αμείβει πάντως τά 

χρώματα, και υποστατική γίνεται, ανυπόστατων αυτών υπαρχόντων. 

15 μάλλον δε, ανυπόστατου αυτής ύπαρχούσης τότε και κατόχιμος 

γίνεται ταΓς οίκονομίαις ταΐς οια των σωμάτων και των υλών αυτών. 

9] Διοσκορος. . Και ποΓά εΐσι ταύτα τά σώματα και αί υλαι 

αυτών ; 

Συνέσιος. Η τετρασωμία, και τούτων τα συγγενή. 
20 Διόσκορος. ΚαΙ ποία είσι τά τούτων συγγενή; 

Ήκουσας ό'τι αί ύλαι αυτών ψυχαΐ αυτών είσι ; 

Και αί υλαι ούν ψυ"/αι αυτών είσι ; 

Ναί ■ ώσπερ γαρ Ό τέκτων, εάν λάβη ςύλον 

<^και ποιή Ορόνον) ή δίφρον, ή άλλο τι, μόνον τήν υλην έργάζε- 

25 ται, ούτω και ή τέχνη αυτή, ώ φιλόσοφε, έπειοή έτεμεν αύτα. 

"Ακουσον, ώ Διοσκορε. Ό λιθοξόος ξέει τον λίθον, ή πρίζει, ίνα 

επιτήδειος γένηται εις τήν χ_ρείαν αύτοΟ ' Όιι.οίίος και ό τεκτων 



Διόσκορος. 

Συνέσιος. 

αιόσχορος. 

Συνέσιο ς. 



15. Après ύ-αο/ούσης] Εν ο•; add. Μ*, 
f. mel. — 21. ϋλαι ούν Α. — 23. γάο om. 
Fabr. — 24. ζαΊ r.o'.fj Ορονον suppléé par 
Fabr. et Pizz. Rapprocher la rédaction 

de M* : i">ar.z^j γαρ ό τ. i. λ. ξ. ::οι^ (ποιεί 



Μ) ζϊΟεοραν η δίφρον, ζαι ^ο'νον τ. ϋ. έργ. 
κιΐ! O'joàv άλλο αϋτω χαρίζεται δ τεχν'της, 
εί αή [i-o'vov τό ν.οος, oixoj και ή "^^'/yi 
αυτή. "Αχουσον /.. τ. λ. (F. mel.). — 25. 
ζα'ι om. Fabr. 



SYNESIUS. 



DIALOGUE SUR DEMOCRITE 



63 



tÔ ςυλον r.z'.Zti καΐ Ηέϊΐ, ώστε γενέσθαι Gpévov ή oispov, και ουδέν 
^άλλο^ χαρίζεται 6 τεχνίτης εϊ αή αόνον το είδος ' ουδέν γαρ ■(άλλο^ 
έστιν ει ια.ή ξύλον * όαοίως καΐ ^ό^ χαλκός γίνεται άνδριάς <^ή κύκλος^ 
ή άλλο \τι^ σκεύος, του τεχνίτου αΟτο αόνον το είδος /αριζου-ένου ' 
5 ούτως ουν και ή ùopis-'^"jpoç φιλοτεχνου[Λένη ΰο ' ήαών -αν είδος αυτή 
άναοέχεται και -εοηΟεΓσα, ώς εί'ρηται, εν τετραστοίγω συ^υ,ατι ίσνυρά 
και άοίωκτος υ,ένει, κρατοΟσα και κρατουαένη. Λιά τούτο και Πιβήν ιος 
— ολλήν συγγένειαν εχειν ελεγεν. 

10 Αιόσκορος. Καλώς έττέλυσας, οιλόσοοε ' έδίδαξάς αε, οιλόσοοε. 

10 Βούλοααι ούν έ-ι την τοΟ ανδρός άναορααεΐν ρησιν, και έξ ά-αο- 
χης είοέναι τα ΰ- ' αύτοΟ λελοξευ[λένα ώς είρηαένα ' 'Υδράργυρος ή 
άπα κινναβάρεως ' — ασα if. 75 Γ. ι ούν υαρίρ-^^'Όρος ά-ο σωι^άτων γίνε- 
ται. Ούτος δε κιννάβαρις είτιεν, ώς δήλον αυτήν άπο κινναβάρεως ουσαν ; 
Καίτοι γε ή κιννάβαρις ϋοράρ^^'υρος Ηανθη έστιν, αύτη δέ λευκή, ή 

1δ iiopipyjpoç. 

Συνεσιος. Ενεργεία ι^έν λευκή ύ-άρ-/ει ή υδράργυρος, δυνάριει δέ 
ξανθή γίνεται. 

Διοσκορος. Μή άρα το Οτο ελεγεν ό φιλόσοφος ' ώ φύσεις ουράνιοι, 
φύσεων οηΐΛίουργοι ταΓς [χεταβολαΓς νικώσαι τάς ούσεις ; 

20 — Ναι, δια τούτο ειρηκεν " ει αή γαρ έκστραφή, αδύνατον γενέσθαι 
το -ροσοοκώμενον και [χάτην κάμνουσιν οί τάς ΰλας έξερευνώντες, 
και [Λή φύσεις σωΐλάτων ριαγνησίας ζητουντες. Έξεστι γαρ τοΓς -οιη- 
ταΓς και συγγραφεΟσι τάς αΰτάς λέξεις, άλλως τε καΐ άλλως σχηΐΛατί- 



1. γίνεσβαί Fabr. — ζα'; οΰοϊν — τό ε;δο; 
om. Α Fabr. — 2. οϋΐέν] o-joï mss. Cor- 
rigé d'après M*. — άλλο suppléé d'après 
M', ainsi que les autres mots placés 
ici entre crochets obliques. — 3. Pizz. 
traduit, après iwpMi : vel circulus vel 
quoddam aliud vas... (d'après M*?). 
— 5. ΰ2ράςγυρος| σίλτ^νη Fabr., ici et 
plus loin. — 6. h τω τετραστίχω Β. — 
7. μένί'.] γίνεται Μ*. — κρ. ζ. κρατ. om. 
Β. — nrfJ.y-.oi BC; 'E::i6r;/to; A Fabr. 



— 8. ουγγΕνειαν] άγν=λ;αν mss. Corrigé 
d'après M'. — • Pizz. a traduit affinita- 
tem. — Note de Fabr. : Locus ut vide- 
tor corruptus. — 10. àvaopofxsîv Fabr. 

— έ;«-αρ/ης M. — έξ ΰπαρ-^η; Β. — 11. 
είοε'ναί] άναλαβείν Β. — λελοξουαένοις Fabr. 
(ms. A mal lu). — 13. -/.'.ννάβαρ•.;] h. v.vnx- 
βάρεω; Fabr. qui omet ειπεν — Οοράργυ- 
ρο;. F. 1. ζ'.ννάβαριν. — 18. ουράνια; Β. Les 
deux formes s'emploient. — 22. F. 1. 
za": μι] φύσιν σώματος μαγν. 



64 



TRAITES DEMOCRITAINS 



ζειν. Σώαα ουν μαγνησίας είρηκε τουτέστιν τήν αίςιν των ουσιών ' καΐ 
δια 'ΐοΟ'ΖΟ ΰ-οκατιών εφη εν τή εισβολή της τϊοιήσεως του χρυσοΟ ' 
Λαβών ύδράργυρον, -ήξον τώ της μαγνησίας σώματι. 
11] Διόσκορος. 'Ιδού οΰν τροτετίμηται ή υδράργυρος ; 

δ Συνέσιος. Χαι, διά ταύτης γαρ το -αν άνασ-αται, και -άλιν 
προστίθεται, και κατά βαΟαον εκάστης οικονομίας τετύ/ηκεν χρυσό- 
κολ7^α ήτοι βατρά-/ιον, έν δέ τοΓς -/λωροίς λίΟοις ευρίσκεται. 

— Και τις αν εϊη -/ρυσόκολλα ήτοι βατράχιον ' τις ή σημασία 
δτι καΐ έν τοΓς χλωροΓς λίθοις ευρίσκεται ; 

10 — Άναγκαΐον ούν ήμΓν έστι ζητήσαι. Όφέλομεν ούν ειδέναι τρώ- 
τον δσα άτζο χρωμάτων είσι -/λωρών. Φέρε οή ώς άπο υ^()ρώ-ου 
ειπωμεν. Προτετίμηται γαρ ό άνθρωπος πάντων των ζώων των έπι 
της γης. Λέγομεν ουν [ό'τι] ώχριάσαντα τοΟτον γΧωρόν γεγονέναι, 
και δήλον δτι ώς ώχρα το εϊοος μεταβάλλεται, ο έστιν επί το /ρυ- 

15 σίζον ■ μάλλον δέ και αΟτο, τουτέστι το λέπος του κιτρίου το της 
ώχρότητος είοος. ΤοΟτο δέ και ύποκατιών είπεν « άρσένικον ΗανΟον», 
ίνα δείξη το της ώ/ρότητος ζΐοος. 

12] Ίνα δε ιδης πώς μετά παρατηρήσεως πολλής μερικώς εΓρηκε 
τούτο, πρόσε•/ε τόν νουν f. 76 r.) πώς λέγει * 'Υδράργυρος ή άπο 

20 κινναβάρεως σώμα μαγνησίας ' είτα επιφέρει τήν χρυσόκολλαν, 
κλαυδιανον, άρσένικον, όνομα πάλιν έπήγαγεν άρσένικον, ίνα οιέλη 
αύτο άπο τών θηλυκών, και αετά τον κλαυοιανον, άρσένικον το 
ξανθον, τά ξανθά δύο προσθεις ονόματα δύο θηλυκά, έπειτα ούο 
αρσενικά. Αεί ούν ήμας έξιχνεΟσαι καΐ ίδεΓν τί αν εϊη τούτο. Ως 

2δ εγώ κεκίνημαι, Διόσκορε " ενταύθα σήπει τον χρυσον, είτα επαναλαμ- 
βάνει καδμείαν, είτα άνδροδάμαντα 'και Ό άνοροοάμας καΐ ή καομεία 
ξηρά είσι. Και δείκνυσι τήν ξηρότητα τών σωμάτων " και ίνα εύοηλον 



1. τουτέστιν om. Β. — 5. Να\] Και Β. 
— 6. ζα-αβαΟιχόν MB. Corrigé dans A 
Fabr. — 7. τ,-ο•] δ Ιττ; Β. — 10. έστιν ήαΤν 
Fabr. — 11. F. 1. -/ρώαατο;... /λωροΰ. — 
οΐ'ρε ούν Β. — 13. ώ/ο'.ώσαντα Α Fabr- — 



14. ώ /fàmss. — 15. ζαΊαΰτόΐέ μϊλλον Β. 
— 21. κλαυδίοίναν, αρσε'νικον] κλ. άρσένικον 
sans accent M. F. 1.. άρσεν.κόν. — 23. δύο 

θηλυκά] δύο om. Fabr. — 24. έπ'./νεϋσα; 

Fabr. — 25. :ιτ[--.ν. Β. 



SYXESIUS. 



DIALOGUE SUR DEMOCRITE 



65 



αυι 



:ύτο TO'.qTq, έ-ήνίγκε ο-τυ-ττ,είχν εκτΓ,τττωΟίΓταν. Βλέττε -ίττ, τοοία 
τοΟ άνόρίς ■ ίνα και οί iyii^po^^ic νοήσωσι τώς αυτούς έοίοαςεν εί-ών 
στυ-τηρίαν έκτη-τωθεΓσαν ' τά/α δε τοΟτο καΐ τους άαυήτους ώφειλε 
-είθειν. "Ινα δε και βεβαιότερα σοι γένηται, ευθέως έ-ήγαγε θείον 
δ ά-υοον, ο έστι ΟεΓον άκαυστον, το -αν, τουτέστι τα ξηρανΟέντα 
εΐοη, κάτω, ο έττι τα σώαατα εν γεγονότα, θείον άκαυστον κέκλη- 
κεν. ΚαΙ ι^ετέ-ειτα έ-ιφέρεται πυρίτης άτ:ολελυυι.ένος, αηοένα των 
ά7Λων ά-ροσδιορίστως έ-ιβεβαιών. ΤοΟτο αληθές ϋ-7.ρ•/ει ό'τι τα 
άΰοαείναντα ξηοά " και ταΰτα ά-οδιαιοών i -ιοέοει σίνω-ιν -οντι- 

ι 'il Ι 1 Ι 

10 ΐίήν, [/.εταβάς ά-ό των ξηρών έ— Ι τα υγρά, σίνω-ιν είρηκεν, άλλα 
[δια] τήν -οντικήν. Ει γαρ αή ήν -ροσθείς το -οντικήν, ουκ αν έν 
έτιγνώσει έγένετο. Έ7:ιβεβαtoυαεvoc δέ, έ-τνεγκεν ΰοωζ θείου άΟικ- 
τον το ά-ό [/.όνου θείου, θεΓον. 

13] Λιόσκορος. Καλώς έ-ελυσας, φιλόσοφε, αλλά -ρόιιγι -ως 
15 εΐττεν, εάν ά— ολελυμένως το οι ' άσβεστου. 

Συνέσιος. Ώ Διόσκορε, ου -ροσέ-/εις τον νουν. Η άσβεστος 

λευκή έστι, κχΐ τό έκ ταύτης ύοωρ το α-' αϋτης λευκόν έστι, καί 

στύ:/θν ' και το θείον, Ουυ.ιώ-ί£. 76 ν. αενον, λευκαίνει. Σαφήνειας 

οΰν χάριν ευθέως έ-ήγαγε θείου αΐθάλην. (/>•>/! οηλα ήυ-ΐν ταύτα 

20 -ποιών ; 

Διόσκοοος. Χαι * καλώς είοηκας ' και αετά τούτο σώοι ^ανθόν, 
και χάλκανΟον ξανΟον, και κιννάβαριν. 

Συνέσιος. Το σώρι και ή χάλκανθος, ξανθά; -ώς ; ουκ αγνοείς ώς 



1. σrJ-■:ηo■■3cv. ici et plus loin] le signe 
de l'alun remplacé dans Fahr. par άλα; 
άιιω•/•.χ/Λ•ί . — Γ/.σ7;-τ(οθ£Ϊ3αν Β, ici et plus 
loin; έξί-ωΟ;Τσαν M. — Pizz. : alumen 
combustum etplusloin, al. ustum (Pizz. 
a peut-être lu έ;ο:Γ:ηθ3ΐσαν, grillé.) Cp, 
ci-dessus II, l, 7. — σοφία] παοαττίρησ;; Β. 
2. 7.a\ om. Β. — 3. τά/α îk τοϋτο] τοίτο 
γάο Β. — 4. γΕ'νΓ,ται] -^νιοι-ο Β. — 6. εν om. 
Β. — 7. πυρ. ά-ολ.] Pyrites dissolu tus 
Pizz. — 9. ΰ-ο5•.«'.ρών Β, f. tnel. — 10. 



F. 1. άλλα of, — 11. V. uf, γάρ Β. — ε', γάρ 
[χή jjv :τρ. τό -οντίζήν om. Fabr. — αν] ών 
Fabr. — 12. F. 1. Ïiow^j Ο-ιΌυ άΟιχτου. — 
Ιδ. ά-ολίλυμε'νος Α; - με'νον Fabr. — 17. 
ε/.] ά-ό Β. — τό ά-ό ταύτη; om. Β. — 20. 
F. 1. -ο'.εΐ. — 22. κιννάβαρ'.ν] le signe du 
cinabre remplacé par άαων.α/.όν i).a 
Fabr. — 23. Peut-être faut-il disposer 
ainsi le dialogue : Syn. Τό σώρ•. •/. τ. λ. 
— Diosc. ΓΙώ;; — Syn. Ojz αγνοεί; ώ; 
•/λωρά είν,. 

9 



66 TRAITÉS DÉMOCRITAINS 

γλωοά εέη. Αινί'Ζ^όμζ^υζ ουν τήν τοΟ γαϊλχοΟ έξίωσιν ήτοι έξίχνευσιν, 
υιαλλον δε τήν τοΟ παντός άτιο χρω[Λάτων τοΟτο εφηκεν ' και πάλιν 
έπιβεβαιουριενος, έπΙ τοΰ τέλους έπήγαγε " « Μετά γαρ τήν άφαίρεσιν 
'ΐοΟ ΐοΟ, ή τις καλείται έξίωσις, τότε έ-ιβολής των υγρών γενοιχένης, 
5 γίνεται βεβαία ξάνΟωσις. » Και όντως ή άφοονία του άνορος ενταύθα 
απεδείχθη . 

14] Όρα γαρ πώς ευθέως συνήψε τον οιορισ^ον χρησά[Λενος, και 
ειπών ■ « Τά δε έν ζωιJ.oΓς είσι ταύτα ' 'λρόκοζ κιλίκιος, άριστολο•/ία, 
κνήκου άνθος, άναγαλλίδος άνθος της το κυάνεον άνθος έχοΰσης.» Τούτου 

10 πλέον τί ειγεν ειπείν, ή καταλέ^αι, ίνα πείση ή[Λών τάς καρδίας, εί ριή 
διά το ειπείν άνθος άναγάλλιδος ' θαυ(χασαι γάρ αοι ου μόνον άναγαλ- 
λίδος, άλλα και άνθος είπε • το γαρ άναγαλλίδος έαήνυσ-εν ήυ.ΐν το 
άναγαγείν τό ύδωρ ' δια γαρ του άνθους τάς τούτων ψυχάς άναγαγείν, 
τουτέστι τα πνεύματα. Ει μη γαρ ταΰτα ούτως ε^οι, ουδέν έστι βέβαιον . 

ΐύ και μάτην όυστυχήσαντες οί τάλανες εις το πέλαγος τούτο ύπορριπιζό- 
αενοι πολλοίς κόποις και μογεροίς έμπεσόντες, άνόνητοι καθεστώτες 
έσονται. 

loj — Και τί πάλιν ο άφθονος φιλόσοφος και καλός οιόάσκαλος έπή- 



γαγε ρα ποντικον; 



20 — Βλέπε άφθονίαν ανδρός. Τά εΐπεν αύτο, και ί'να ήμας πείση, 
πήγαγε το ποντικον. Τίς γαρ ανδρών φιλοσόφων ούκ οίδεν ό'τι ό Πόντος 
κατάρρους έστιν έκ των ποταμών πάντοθεν περικλυζό-(Γ. 77 r.j μένος ; 
— 'Αληθώς, Συνέσιε, εφρασας, και ηύ'φρανάς μου "τήν ψυχήν σήμε- 
ρον. Ούκ εστί γάρ μέτρια ταύτα ' τοΰτο δέ σε παρακαλώ ί'να έπιπλείόν 

■2δ με διδάξης. Δια τί άνω είπε -/άλκανθον ςανθήν, ùJOε άπροσοιορίστως, 
μετά τής κυανού -/αλκάνθου, έπήγαγεν ; 



'2. ώ; ά/ϊοχρωμάτων Μ. — 7. δραγάρ'] ορα ' — 13. γάρ] F. 1. οΐ. — 14. ϊγζ: Β. — 18. 



-sp Fabr. (.Λ. mal lu). — Τω οιορισιχώ Β. — 

8. Μ mg. : ση <|χ;''ωσα!>. — Au-dessus 
de χρο/.ος, signe du mercure BCA. — 

9. -/.vf/.ou mss. partout. — 10. ν.οιτί Χέξη Β. 

— 11. F. 1, 05tj[ji.a5ai γάρ μοι • où [iovov... 

— 12. άλλα za• — άναγαλλίοο; om. Fahr. 



— Και τί-άλιν] Pas de changement d'in- 
terlocuteur dans M. F. 1. oti T^ — 21. 
έτζτίγαγε] ευθέως Ιπηγϊγε Β. — τό ίά -οντ'.βν 
Α. — ποντικον] τζύντί'η mss. Corr. Fabr. 

— 25. ανωΟίν Β. — ξάνΟον Α Fabr. — ώοί] 
iv -αϋΟα ο; Β. — 26. /.uavoî] F. 1. χυανεας. 



SYNÉSIUS. DIALOGUE SUR DÉMOCRITE 67 

— Αλλά ταΰτα, ώ Λιόσκορε, τα άνθη αηνύουσι, χλωρά γαρ ύ-άρ- 
yo'j(7iv. Έ— ειοή οΰν το άνερ•/ ίαενον ΰοωρ οειται τήξεως, ευθέως έ-ήγα- 
γεν • κόαι άκάνΟτ;. Είτα έ-άγε'. ' ούοον άοΟοοον, καΐ ΰοωο ά(7οέστου, 
καΐ υοωρ σ-οοοκράαοης, καΐ ΰοωρ ττυ-τηρίας, καΐ ύοωρ νίτρου, καΐ 

δ ΰοωρ αρσενικού και θείου. Βλέτε -ώΐ -άντα τα λυτικά καΐ οιαοοοείν 
ουνάαενα προήνεγκεν , τοΰτο οηλονότι όιοάσκων ήυι.ας τήν άνάλυσ'.ν των 
σωαάτων. 

16] — Ναι, καλώς ειρηκας. ΚαΙ -ως i-\ τέλει εΓρηκε ' Κυνος 
γάλα ; "Ινα σοι οείξη οτι ά— ô του κοινοΟ το -αν λαιJ.βάvεται ; 
10 — Οντως ένόησας, Διόσκορε. Πρόσεχε οέ -ώς λέγει ' Αΰτη ή.ΰλη 
της /ρυσο-οιΐας εστί. 

— Ποία ύλη ; 

— Τίς ούκ οιδεν οτι πάντα φευκτά έστιν; Ού'τε γαρ ονειον γάλα, ούτε 
κυνος γάλα -υριααχήσαι δύναται. Το γαρ ονειον γάλα, εάν ά-οθήσης 
1δ έν τό-ω ίκανάς ή αέρας, άφαντοϋται. 

— Τί δε καΐ το εί-εΓν ' Ταυτά είσι τά αεταλλοιοΟντα τήν ΰλην, 
ταύτα καΐ — υρίααχα — οιεί, οευκτών αυτών όντων ' και το ' Έκτος 
τούτων ούοέν έστιν άσοαλές ; 

— Ινα νου-ίσωσιν οί τάλανες οτι άληΟη είσι ταύτα. 'χ\.λλά πάλιν 
20 oÎy.o^jaov οι.υ'ζοΟ τί ειπεν και επιφέρει. Έάν ής νοήμων, καΐ ποίησης ώς 

γέγραπται (άντι του ' Έάν ής σοοος, και διακρίνης τον λογισαον ώς οεΓ 
κε•/ρήσθαι), εση ριακάριος. 

— ΚαΙ τί άλλανοΰ είπε; ΤοΓς έγέοοοσιν ύαΓν λέγίο. ΑεΓ ούν ΰαα,ς 

/- ' ^ /- ι ι ι 1 ι - 

γυίλνάζειν τάς ορένας ΰυ.ών, και αή άπατάσθαι, ίνα και τήν άνίατον 



2. ΟΕΐτα•. ;:ηξεω:] οεΤ τη; τ:. Fabr. — 3. 
Ιπάγ:•.] Ι;ΓΓ|ναγ;ν Β. — /.our, Μ. — 4. Μ 
mg. σΐ) <[ϋ:'ωσα'.> . — ϋθ(»ρ στυττ;.] άλό; 
άαων.αχοϋ Fabr. — ν'τοου] μολυβοο/άλ/.ου 
Fabr. — δ. τχΟτα πάντα Α. — Οίίου] -/αλ- 
κάνθου Fabr. — τα om. Β. — 8. Ναι] /.ai 
Α (intercalé par le copiste) Fabr. — 9. 
Dans Fabr. la phrase ïva σο: κ. τ. λ. est 
attribuée à Synésius. Les mss. dans tout 
ce passage n'indiquent pas les change- 



ments d'interlocuteur. F. 1. < ΊΙ>Γνα... 
— 10. ϊνον,ια;] εννόησα; BCA ; έννΟϊΐ; 
Fabr. — 14. -υριμα/ί. A; -jptjxaysîv 
Fabr. — 15. έν -ο';:ω] F. 1. Iv τω r-jp•. — 
άοανίοίτα•. Fabr. — 20. Un point après 
aÙToù dansM.On pourraitlire : Dioscore. 
-■' εί-εν ; — Syuésius. Κα• έπ-ρερε!... — 
23.jaà;]T;aâ;Bet Pizz. seulement; Jifiâ; 
puis ύαών conviendraient mieux. — 24. 
τήν άνίατον -εν;αν τη; νο'σου ν/.γ^•^ο:•χν/ Μ. 



68 



TRAITES DEMOCRITAINS 



νόσον της πενίας έ-/.^υγοι-;£. 77 ν.) [Λεν, και ρ.ή νικηΟώμεν Ο- ' αυτής, 

καΐ εις ααταίαν -ενίαν έΐΛ-εσοντες ουστυ'/ήσωΐΛεν, άνόνητοι καΟεστώτες * 

re, variante: -ρό; τό πϋρ|. 
Glose insérée dans le texte. — /.α• εκτί- 
θενται ο. μ.] S'.o 7.α\ δ. ;j.. ηχτιΟ. L. — 3. 
Ε/ τό δ'.ώ/.ον] άλλο τό Ο'.ώ/.ον L. — i-o:V,- 
σίν om. Μ. — Réd. de L : Ό Ληαοζν.- 
το: oi ^'Ί^- '•^?'- '■'^'^ τα•/ε(ο; ^εύγοντος ότ*. έν 
τη ανάγωγη τών υγρών οεΰγίί, ήγουν κ. τ. λ. 
— 4. ητουν ΜΑ. — 6. έάν οέ βραοϊ'ω;...] 
Réd. de L : r.iy. oi τοΰ βραδίω; Οϊύγοντο;, 
λε'γϊί τήν κατ ' αρ/ήν τ^τ^ζ'.Ί τών αυτών οΐυκ- , 
τών καΐ υγρών. — ώ; om. Α, f. mel. — 8. 
Après γίνοντα;] τά Οϊ'.ώοη add. L. — »>:υκ- 
τών — τά ΐευκτά] Réd. de L : ~îp\ οέ του 



αηοΞ ολω; φευγοντο;. λέγε; οτι ουτο; εστίν 
αληΟώ; και κυρίως ~Τνο; 6 τρίτο;, ώ; τα στόματα 
τα -/υτά κα\ αεταλλ-,κά ■ μετά γάρ τό cir/.ovo- 
μη^α'. κ. τιΟ. ήμα;, ταύτα μερ. γίνοντα*. 
(γίνοντα L; Corr. Conj.l άο. τά ο., κα; 
σϊόματα τά ασοίματα. — 11. οΐκονομηκε'να; 
mss. — 12. Κα; τούτο γαρ Ι,. — αλλά] 
το'τε δή κατά ;:ροσόασ;ν ΜΑ. — 15. κα; om. 
AL; f. 1. καταδιοΐκοντο;. — τό -ριν — 
φευκτά] -ρότερον (οτε ήσαν οευκτά) L. — 17. 
έξεί] εξουσι L. — 18. έ/ρημάτισεν] έ/αρ;σατο 
έ/ρημ. Α ; έ/αρ:'σαντο L. — 19. ε'άν] κα'; 
L. — τύ/ο; om. L. — 21. νόε; συνουσαν] 
νο'ησον τήν υυσαν L. 



yS TRAITÉS DÉMOCRITAINS 

άνεΗάλε'.τττον και άεΐ ïv άναλλοίωτον. Οίοασι οέ -άντα άνυ-ίττατα 
τα του καταλόγου ' καΐ ούτος ο σκοζος αύτοϊς, ίνα οι ζγζορονζς 
νοτσωσι τζοίά είτ'.ν υποστατικά καΙ τοία άνυτΐόστατα. ΚαΙ οιά τοΟτο 
πάσαν 'jATjV έξέΟεντο ττερεών καΐ ύγοών. Ίστε γάρ ό'τι ή '^έ/νη 

ούν νοταοσι — οοσοαιλοΰντες γεγοα- 

ιον 



ο αυτ"Γ 



;>.α -υρι 



Ό- 



θ'/;κασ'., καΐ ούτος ο σκοπός αύτοΓς. Άαέλει καΐ ό Ζ oj σι α ο ς ΪΟ' 
λόγον περί πυρές ποιείται. ΟΟ ιχήν άλλα και έν έκάστω γνησίω 
αϋτοΟ λόγω, του πυρός φροντίζει, ώς και πάντες οί αρχαίοι. Και 
γαρ πρώτον αίτιον και ρ.άλιστα της δλης τέχνης το πΰρ έστιν, ώς 

10 και των δ' στοιχείων πρώτον τυγ-/άνον " ούτω γαρ βούλονται οί αρ- 
χαίοι οιά των ο στοιχείων την τέχνην αίνίττεσΟαι. Και άκριβούσθω 
ή σή άιετή, έν ταίς τέσσαρσι βίβλοις έστι Δηαοκρίτου οτε κατά 
τά τέσσαοα στοι/εία λελάληκεν, ώς φυσικός ύπάρχοον. Έξέθετο γαρ 
πή υ.έν ποαέω πυρι, πη οέ λάβρω, και άνΟραςι, και όσα του πυρός 

15 δείται, πάλιν τόν αέρα, όσα του αέρος, οίον άεροπόρα ζωα ' ωσαύτως 
καΐ τα τούτων υδάτων, καΐ χολάς πάλιν ιχθύων, και όσα οι' ιχθύων 
σκευάζεται, και οι' υδάτων ' πάλιν τά της γης, ώς άλας και αέταλλα 
^και^ ^οτάναι. Και τούτων πάντων έκαστον προς έκαστον διακέκριται 
νροιαίς και φύσεσιν άλλεπα^,λήλοις, ΐδικαίς και γενικαίς άρρενοθήλη 

20 οντά. 

17] Και ταΟτα είδότες πάντες οί αρχαίοι οιά τούτων τήν τέχνην 



1. Après πάντα (f. 1. nivTSç)] οί ipyxXv. 
add.L. — δέ] γϊο L.mel. —2. τατοΟ/.χτι- 
λόγου όίντα L. — 3. ΰ-οστατ'.κά] ΰ::όστατα L. 
— 5. δ'.χ ::ολλοΰ :rjcoç L. — νοημοσι] νοη- 
;χασ! ΜΑ. — Après προσομ;λ.| οΰτω γ^γρ. 
L. — 6. αυτοί;] αυτών έστ'.ν L. — ό Ζώσ.] 
ό add. L. — -7. -co; add. L. — γνησ•'ω om. 
L ; πλησίω A. — 8. περί τοϋ rrjpoç opovTt'- 
ζε•. L. En bonne grécité, -spi est inu- 
tile. • — v.a: γάρ κα\ -ρώτον L. — Réd. de 
A : y.x: -ζώτΟΊ αύτοΐς pi ' ημέρα; (en signe) 
■/.a; μάλ'.στα. — 10. τυγ/άνον] τυγ-/άνε'- τό 
πΰρ AL. — 11. άκρ'.βοΰσΟα'. AL, puis addi- 
tion de L : Α•.ό /.α\ ό Αημοκριτος έξέΟετο Trfj 



μέ•/ ~ράω πυρΊ. — 12. οτε] οτ'. mss. Corr. 
conj. — 13. ΐυσ•.7.ΓΤ); M, sur grattage de 
yjr::y.6;. — 14. Au lieu de ανΟραξ: ■ — άρρε- 
νοθήλη οντά. (1. 20l, réd. de L : βύσ;•. γαρ 
τα εμ7:ν=υματούμενα πάντα, άλλα μεν oîtTat του 
πυρός, ώςτά μεταλλι/,ά, /.α'• τά της μαγε-.ρ'./.η; 
τε'-/νης, κα•. τά εξη; ■ άλλα 3ε οείτα; τοϋ άε'ρος, 
ώ; τά άεροπόρα ζώα • άλλα δέ δείτα: τοΰ ύδατος 
ώς Ο! ϊ'/Ούες, ίλλαδέ δείται της γης. ώςτά φυ- 
τά. Τά δε εΐοη τά οντά εν τούτοις τοΤς τε'σταρπί 
,στο!•/είθ'.ς, άρρενοΟηλεα οντά, πολλανς -/ροιαΤς 
και ούΐεσιν άλλεπαλλήλαις, μεριχαΐς κα'ιγεν.- 
καΐς οιακε'/.ι;ίνται προς άλληλα. Και ταϋτα 
ειδότε; κ. τ. λ. — 21. διά τούτο AL, f. mel. 



OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE 



79 



έκάλυψαν τή -ολυ-ληΟεία των λίγων. ΙΙάντως γάρ οείται ή τέ/νη 
τινός τούτων ' έκτος Τ. 167 ι*, γαρ τούτων ουδέν έστιν άτοαλές. Φησί 
γαρ ό Δηαόκρ'.τος ' « Ούτε γάρ ίχυο-ταίη ποτέ τι '/,ωρίς τούτων. » 
lo^Ji οέ, ί;ιΟι ό'τ•. κατά δΰνααιν γεγράοηκα, ασθενής ύ-άρ'/ων οΰ 
5 [χόνον τω λόγω, άλλα καΐ τω νω. ΚαΙ υ.ή αοι αηνιείτω ζαρακα/^ώ 
εύναΓς ύαών ή θεία δίκη, οτ•. έτόλ[Λησα σύγγρα[χυ.α -οιήσαι ' ΓΚίών 
αο', νένοιτο κατά ττάντα τοόπον ' αΟ'ται αί Λίγυ-τίων γραοαι, καΐ 
Ίϊοιήσεις, κχΐ δόςαι, -/ρησ-αοί τε οαιαόνων και εκθέσεις -ροφητών * 
νους τε ά—έοαντος έπΙ το ττοοκεί^ενον -ροσΰελαζει ' καΐ εις εν ΰερας 

10 λήγει το -ΰροκείαενον. 

IS Τοίνυν γνώτω ή ύαετέρα άγ•/ίνοια οτι ονόιχασι ΰολλοίς έ•/_ρτ,- 
σαντο κατά του θείου ύδατος ' τούτο γαρ το θείον ύοωρ εστί το 
ζητού[χενον ' καί δια τοΰ ονόαατος του θείου ΰοατος εκάλυψαν το 
ζητούμενον. Ινα οέ σοι αικρον λογΰοριον -αρενοείςω, άκουε συ ό 

1-, —άστ; v.ct-fc εντο; ""ενόαενος. Dioa γάο τον —υοσον των οοενών σου 
καί τό άγαΟον καί το άνε^ίκακον. θέλω γάρ σοι -αραστήσαι τον 
νουν των άοναίων, οτι κυρίως οιλόσοοοι οντες εν φιλοσοφοις Λελα- 
λήκασι καί τ:αρεισήνεγκαν τη τέ•/_νΥ] δια της σοφίας τήν φιλοσοφίαν, 
[Αηδέν ά-οκρΰψαντες, άλλα -άντα φανερώς γpά•J;αvτες ' καί έν τού- 

20 τοις εύορκοΟσιν. ΑόΗαι γάρ είσιν αί γραφαί αυτών, καί ουκ έργα ' 
τινές γάρ των ουσικών :>ιλοσόοων τον ζτ.ζρΐχ των στοι-/_είουν λόγον 
έ-ί τάς άονά; άναοέοουσιν, ώς •/.ySi'j\v/.(a~.izy.z ούσας των στοινεί^ον. 
Εί'-ωαεν τοίνυν ζώ; ή ά;-/ή καΟολικωτέοα εστί των στοινείοον 

ττάν της τέ•/νης αναφέρεται ' ώς καί ΑγαΟ οο α ί υ. co ν 



2. Les mots ιρησ; γάο ό Ληα. placés dans 
L après /ωρ•; TOJTOjv. — 4. γΐ'γραοα L. — 
ό. οϋ αο'νον] οΰ [χο'νω L. Cori". conj.; om. 
MA. — Ka\ ij:t[ \xi ίΛε'μο'σΟϊ'. vi'o; -:ό L. — 
6. îù/aî; ΰ|χών om. L. — ϊλειόν] αλλ' 
ίλεω; L. — τοϋτο τό σύγγ. συγγράψα; L. 

— 7. Après γε'νοιτο] τό ΟεΤον add. Α. — αΰτα•. 
γοΰν ε'.σίν αί Α'.γ. γρ. L. — 9. ίτλ add. L. 

— εν ~ip»; τό τ:ροζ.-/.αταληγ;•. L. — 11. όνό- 
ααιί τ£ :τολ/ο!; Μ. — Réd. de L : γνοίτίο 



TO-.vjv η υαετερααγ/. OTt ~. ον. O'.aoyaîo :•/ρ. 
— 14. -ap;vor|70) Μ. — σίι om. Μ. — Ιδ. 
Réd. de ΑΙ. : οίοαγάρ σου Τ'ϊ εα^ειρον Tr7)v 
-jp. — IG. Après άγ.] /.a\ TOom. M ; Toom. 
A. — 19. à-o-/.p. Toî; vor^aoït L. — 20. M mg. 
Renvoi à εϋορ-/.οΟσ•-ν, puis : μυστΓ,ρ\ξε(,υ.υ•3- 
Trjp'.ov ξένον), main du XIIP-XIV" siècle. 
■ — Après έργα] L aj. ." za''. έν τούτοι; ε^ορζοΰσ'. 
τό αυσττ,'ρ'.ον. — 24. αϋτη γάρ] ε'.; αυτήν γαρ L, 
f. mel. — ώ;-/.αΊ Αγ.] -/.α• γάρ -/.α• ό '.\.γ. L. 



8ο 



TRAITES DEMOCRITAINS 



τήν ό^ρ/ήν εν τω τέλει. ΟεΙς, καΙ το τέλος εν ττ; ά?/_τ,. Δράκων γαρ 
ούοοβόοος βούλεται είναι, οΰ φΟονών ώς δοκοΟσί τίνες άΐλύητοι ' αλλά 
φανεοον τουτί έστ'.ν, ώ αύα-τα, -λτ^Ουντική τη φωνή, ώά. Και ό'ρα, 
πανίστοο, καΐ νόει οτι ό ΆγαΟοοαίαων άρα τις έττιν ' ώς αέν τίνες 
δ (ΛυΟεΰουσ'.ν ότι τις άρ•/αίός έσ•τι των —άνυ —αλαιών ^f. 16/ ν. εν 
Αίγύπτω οιλοσοοήσας ' ά/^λοι οέ οασιν είναι αϋτον αυστικώτερον 
άγγελόν τίνα, ή ΆγαΟ ο δαίμονα άγαΟΐν <|^δαίυ.ονα^ της Αιγύπτου ' 
πάλιν τινές Oùcavov αυτόν έκάλεσαν ' καΐ τά-/α ώόε έχει λόγον 6ιά το 
κοσαικον [Λίαηαα. ΙερογραιχίΛατεϊς γάρ τίνες των Αιγυπτίων βουλό- 

10 αενοι κόσαον έγ•/αράςαι εν τοίς οβελίσκοις ή έν τοΓς ίερατικοΓς γρά[^- 
αασιν, δράκοντα έγκολάπτου^ιν οΰροβόρον " το δε τώμα αΰτοΟ κχτάτ- 
τικτον ύ-άρ•/ει προς τήν διάΟεσιν των αστέρων. Ταύτα δέ [j.oi εϊρηται ώς 
δια τήν άο'/ήν " 6ς και [Ϊίβλον έκτίθησιν •/ηυι.ευτικήν, και τούτον ~ρο- 
σωποποιησάαενοι, έρευνώαεν τοίνυν πώς ή άρ•/ή καΟολικωτέρα εστί 

15 των στοι•/είων, και λέγοίΛεν οτι ει τι ήυ-ϊν στοι-/_ειον, τοΟτο και άρ•/ή 
τα γαρ τέσσαρα στοιχεία αρχή των σωαάτων είσίν ' ουκ ει τι οέ αρχή, 



Ιοου 



:ο Οε 



τοϋτο και στοΐ"/είον. ιοου γαρ το Οειον και το ωον, και το [J^.εταςυ 

και τα ατοαα αρναι αεν εισι κατά τινας, στοιχεία οε ουκ εισιν. 

19] Φέρε δή ειπωαέν πως ή τε εστίν ' ή αρχή τοίνυν παντός 

20 πράγ[Λατος κατά τινας ή [j.ia έστΙν, ή πολλαι, και ει αέν έστι αία, 



1. δράκοντα γάο οϋροβο',οον L. — 2. ου 
οθονών — ά[Αύητο'.] Réd. de L : οϋ où. τοΰτο 
λε'γϊ'., ώ; νοι^ίζουσί τινί; άμ. — 3. [χϋστα ότι 
-λ. L. — Μ mg. : Renvoi à ώά puis : 
πϊρΊ χαλκοί (en signe). — οΊά] όνου; Α;ό 
VOÛÇ άκούΐ-α•. L. — 4. οτι add. L. — άρα 
τ•.;] τη; αρίτη; AL. — Réd . de A : ô; 
(lire ώς) και τ'.ν;: μυθ. ό'τ•. άρ/ . έ. κα• -άντων 
π. παλ. — Réd. de L : ον κ. τ. μυθ. 
άρ•/αΐον είναι τ. ~. ~αλ. των εν .\'.γΰ~τω ΐρ'.λο- 
σο-ίησάντων. — 7. ΆγαΟοοα•'μονα...] αγαθόν 
οαιμονα. .Υεγω ο; αγαθόν τη; .'Υΐγϋ-του L. — 
8. Réd. de L : -άλ'.ν οε τινε; αυτόν ούρανόν 
L. — ώ5ε] τόοε L. — 11. τό ipour τώΙ σοί- 
ματ•. αϋτοΰ L. — αύτη;"'' Μ. — καταστ. -.0:- 
οΰα•. προ; τ. ο. L. — ΰ~άρ/ίονΜ; J~i^iyf>n 



Α. — 12. Réd. de L : Κα\ ταύτα δε μο; 

ε'ί'ρ., φησ'ιν ό ΆγαΟοοα•'μ(ι)ν "ερΊ της άρ'/ης. 

— ος κα\] ώστε Α. — έντι'Οησ'.ν Α. — 13. 
κα•] ημείς 3έ L. — 15. λε'γιομεν AL. — 
τοΰτον και ή άρ'/ή Α. — 1G. οϋζετι δέ αρ/_η. 
Α. — μεταξύ] άμα Α ; μετ. κα'ι τό ά'μα 
L. — Ht. Réd. de A : εί'πωμεν ΐτοτερον 
έστ\ν αρ/ή τοίνυν κατά το'.να; (lire τιναςΙ 
-αντό; "ράγματος ή μ;α ε^τιν ή "ΟΛΑα*.. 

— 20. κατά τίνα σημεία MKL — Après 
σημεία] η ου, κα'ι ε". μ•!α έστ•ν η "ολλα'ι L. — 
Réd. et ponctuation proposées : Φε'ρε 
δή εΐ'-ωαε'ν noj; ήτε εστ'.ν ή άρ^ή ■ το•'νυν~αν- 
τός ;:ράγματος κατά τ^νας, ή μία εσ:'.ν, ή 
-ολλαΐ, και, ε! μεν έστι μία, ή άκίν., ή απ., 
ή -ε-. Cp. Aristot. Phys. Ι, 2, p. 1 84 h. 



OLYMPIODORE. 



SUR L ART SACRE 



8l 



-l 



ωον 



η ακ'.νητο; έ^τ'.ν, ή α-ϊ'.ρος, ή ττε-ερασαενη ' ωσαύτως καΐ εί αέν 
-ολλαΐ άρχαί είτιν, -άλιν αΰται ή ακίνητοι είτιν, ή -επερασμέναι, 
ή ά'-ειροι. Μίαν τοίνυν άκίνητον ^καΐ") ά-ειοον άρ•/ήν πάντιον των 
όντων έοόΗαζεν ^ό^ Μιλήτιος το ώον, Aî-j 
5 ΰοωρ θείου ά-ύρου ' τοΰτο γαρ καί εν 
γαρ σηααινοαένης κινήσεως άπήλλακται. Αλλά αήν •::οος τούτοις 
καί ά-ειρόν έστιν ' ά-ειροούναυί-ον γαρ το θείον, καΐ ούοεις έξαριΟ[Λή- 
σατΟαι ούναται τάς τούτου δυνάμεις. 

20] Μίαν δέ άκίνητον -επερασ[Αένην δύναΐΛΐν ελεγεν ό Παραενίδης 

10 το θείον, καί αΰτος λέγων άρ/ήν ' τούτο γαρ ώς εί'ρηται καί εν 
έστιν, καί άκίνητον, καί πεπερασμένη ή άπ' ;f. 168 r.) αΟτοΰ ενέργεια. 
Καί σκόπει οτι Ό Μιλήσιος Θαλής προς την ούσιαν του ΘεοΟ αποβλέπων 
ελεγεν αυτόν άπειρον" άτ.ιιροούνοίαος γάρ ό Θεός. Ο δε Παρμενίδης 
προς τά ες αύτοΟ προαγόμενα ελεγεν αυτόν πεπερασαένον " πάντη 

15 γαρ που οηλον ώς πεπερασμένης εστί όυνάμεως τά ύπο θεοΰ προα- 
γόμενα ■ πεπερασμένης δέά, άρρεν καΐ θήλυ. Αύο άνωφερή, και οΰο κατcoφεpή ' και 
τά αέν άνωφερή ούο, πυρ κα'ι άήρ, τά οέ κατοοφερή ούο, γή και 
ΰοωο. Λιά γουν τών τεσσάρων τοΰτοον πασαν συνιστησαντο την 

20 γραφήν της τέ•/νης, και συνέκλεισαν υ.ετά εΰόρκων Οεσαοφοριών. 
"Ιστέ γάρ αΰτοΙ πάντα τά του καταλόγου οσα άπό του πυρός, και 
αέρος, καΐ ΰοατος, και γης συνέστηκεν. Όπως οέ ή ακρίβεια τοΟ 
παντός σκευάζηται, εϋ'ςασΟί πχρά Θεού ααθείν, φησίν ό Ζίόσιαος ' 



Ι.ο. τών /.ωδαυιων L. — 2.ϋεομών/.α; ςη,οών 
L. — 3. κακεΐιχέν κα'ι 3![i.£v Α. — πάνταό(ΐο•'ω; 
AL. — οίταό;] κα-νό; Α. — 4. Οΐρ|χοΰ /.α; 
"jypoj Α. — και σημα^'νΞ'. ok L. — oiov] ώς 
L. — 6. γ.χ: ίνα οέ L. — 9. έννε'α] ένεα Μ ; 
ένιε'α Α; Ινιαία L. Corr. conj. — ■/.ίζ.α.Χτι 
κα• ρητόρων L. — iv τούτοις] ε~ι τούτοις L. 
— 10. ;xaOT|arj οέ οι ' όύτ. γρ. L. — 11. 
Après πειρϊται] όΘ=ό; add. L. — ττ,ν Οεο- 
σέυειαν Α. — Après γνώρι;χον] βούλίταί -jï 
-οιείν add. L. — 12. ώς] κα'ι Α. — 13. 
συντοαίας] συντόμου Μ. — 14. .\pres αέγιυ- 



TOiJ -ολυ-ράγίΛΟνες add. L, 1. mel. Réd. 
de A ; ΕΊρηκεν γάρ 7;[Jiîv ό [j.iy'.'7~o;. — oià] 
F. 1. -ερΊ (oii amené sans doute par le 
voisinage de Ί'στε γάρ ότι oii...). — 15. 
Après apyaîoi] τΓ,ν τε'/ντ,ν γίνεσΟαι add. L. 
M mg. groupe de points avec renvoi 
à άρ/αιοι (indice de lacune?), "σται γάρ 
■'αται (pour Ί'στε) δτι... Α. 16. — "fi^' ] 
τοΤαοε Α. — 20. Après συνε'κλεισαν] ,αετά 
έν κοσι^ω add. Α. — έν κo■J;J^'o add. L. — 
κοσμοφοριών Α. — 23. του -αντός συνθτί[χα- 
τος L. — Α mg. : ση <μείωΐαι> . 



86 



TRAITES DEMOCRITAIXS 



oi à'vOcto-o'. γαρ oO -apy. 



Γ-'ζ-'/^,'/ν^' 



. oO 



0V0'J7l 



και 



ή ooôc οϋν εύρίσκετα'. ' crocpo'. Ιη^ί^νται, και αϊ γραφαι άόιαγνωστοι' 
καΐ πολλή υλη, καΐ -ο/.λή άαηχανία γίνετα-. ' και ει αή -ολλώ 
αό/Θω το τοιούτον ουκ έξανυέται, [^-ά/η, και βία, και -όλείΛος εσται. 
δ ΚχΙ έν τούτοις ôAr'tooiav εμβάλλει ό όοιοΟ'/ος ό οαίαων, κωλύίον ήυ.άς 
τοΟ ζητουμένου, παντα/όθεν έρ-ων, ενδοθεν και έξωθεν, -οτέ ολιγωρίας 
προσάγων, ποτέ οόβον, ποτέ ά-ροο-δοκίαν, άλλοτε και λύπαις πραγ[Λάτων 
ποτέ και ζηαίαις, ώ; και άπαλλάττεσθαι (f. 170 r.) ή[λάς. 'Αλλ' εγώ 
ποος αυτόν, ώς οέ αν και υπάργει ό δαίιχων, ουκ αν σοι παραχωρήσω . 

10 αλλ' έααενώ εως αν τελεσιουργήσας, γνώ το άποτέλεσαα ' ουκ άποκάρ,νω 
ένων τλν καοτεοίαν άντιστοατευοιχένην συν βιω άγαΟώ και à-yvciaïc έν- 
φιλοσόοοις. Τοίνυν των σοφών άναλεξάαενος τα χρήσιμα, ώς έξ 
Οπαρ•/ής έκ των αρχαίων σοι παραστήσω ' οΰ γαρ ξενοφωνείται ή 
ύαετέρα άγ-/ίνοια παρά των υ,υρίων ειδών ων καταλέγουσιν οι άρχαϊοι, 

1δ υγρών τε και στερεών. Εν τούτοις χρωμάτων όιαφόρων ωμών ετι 
αυτών όντων, και όπτών, και έν τω οπτασΟαι, χρώματα άναοεικ- 
νυόντων και τηοουαένων έν ταΓς οπτήσεσι προς το μή έναλλασσειν 
τά -/ρώματα, που μέν λαύρω πυρι, ποΟ δέ πραέω, και πολλήν παρα- 
τήρησιν είσιόντων τη τέχνη. 

20 29] ΤαΟτα δέ μοι είρηται οιά το γιγνώσκειν υμάς ότι αϊ μυρίαι 



1. Entre ν.α'^ et ^O^voSsi, M et Κ ont 
un signe, doublé, ressemblant au signe 
du vinaigre ιοξο;). MKmg. : renvoi à ce 
signe. A cette place, A donne le signe 
de Sa;;j.wv, doublé (h lire οαίίχονε; ?). Réd. 
de L : -xpaoïS. • άλληλοι; γάρ φΟονοϋη;. 
— 3. yivc-ai add. L. — 4. ΐΛο'/Οω /.ai 
πολεμώ A. — M mg. : dessin d'une fiole 
avec renvoi à ;-ia-/r,. Réd. de M : i-i»//, 
7.3c\ βία και -okiiiw. — έστα; om. Μ.•\. — 
6. T-.rj-i αίν.. -οτΞ οέ L. — 7, άπροσδοκησίαν 
AL. • — ΰΧ'/Λ-ι οέ κα\ L. — λύττας L. — 
8. -ο-Ί οέ κα'; Γτ,;χ•'ας 'ϋττ£ κα\ L. — 
Après f,;jiï;] τ^ς εγ-/ΐ!ρτ[ΐϊω; add. L. — • 
Réd. de L : 'Αλλ ' Ιγώ ιτρός αυτόν ερώ • 
ος τις αν ΰ-άρ•/οις, ώ àaiaojv (S!C). — 9. και 



ίίτζάργζ: ό, sur grattage, à l'encre rose 
M. (main du XIII<^ siècle?) — 10. έμ- 

αεινω M. — κα'; oùz ά-οκ. AL. — 11. 
συαβι'ω MA. — άγαθω add. L. — Ινφ'.λο- 
αοοο'.ς] φ'.λοσοφικαΐς L. F. 1. εαοιλοιοφο:;. 
— 12. Των σοφών τοίνυν L. — 14. ήμε- 
τε'οα Α. — 15. και Ιν τούτο•.; AL. — 
χρωμάτων] γραμμάτων Α; σωμάτων L, f. 
mel. — και οιμών L. — 16. Réd. de 
L : κα; έν τώ ότιτάσΟα; ταϋτα άναοε'.κνύουσ; 
τά -/ρώματα, την ποιότητα • εναλλάσσον- 
ται γάρ τά χρώματα δ'.ά της 7;ο;ο1σεο3ς, 
το μεν λαώρω πυρι, τω δε πράω, πολλής 
παρατηρήσεως ου'σης έν τΐ) τε'χνη. — 17. 
προς om. Α. — 18. λαύρω] II faut lire 
λ,άβρω. 



OLYMPIODORE. 



SUR L ART SACRE 



87 



ταςϊ'.ς, ας εκτίθενται οι ri.z'fyXv. otà τούτων κα!. άλλοον aupicov 
T.xzi^yyi~oii λειώσεων ή έψήσεων ή σήψεων οιαφόρων, Οερ[Λών και 
ψυ•/ρών, οροσισίΑών, αίΟριάσεων, καΐ όίΧΚω^/ αυρίων. Και τη τ.ολυ- 
ττληΟεία των λόγων καΐ ταΓς αφάτοις οΐκονοαίαις συγ•/ε?ται ο νοΟς 

5 των Ίτροσ-ελαζόντων τη τέ/νη ταύτη. ΚαΙ τούτων ά-άντων ελευ- 
θέρους ϋυ-ας κατέστησεν ό θεός ο τάντων των άγάΟων οοττ^ρ. 
30] "Ακουε τοίνυν, ο ενΟεος νους, οτι ώς τρός Λΐγυ-τίους γεγρα- 
φήκασι, καΐ ουκ έξέρ/ονται τοΟ ζητουαένου. Καί αυρία -/ρυο-οορυ-ζεία 
γεγραφή/.ασι, άλλα και ίεράτευσαν αυτά, και u.t-çy. οεοίόκασι τών 

10 ορυγμάτων και τών οιαστημάτων, άλλα και θέσεις τών ίερών της 
είσβάσεως αυτών προς τά τέσσαρα κλίματα άφορώντες, -ου μεν 
τήν άνατολήν οιαοόντες τη λευκή ουσία, την οέ ούσιν τη ξανθή " 
καί τά -/ρυσωρυνεΓα του άρσενοήτου έν τη ανατολική θύοα 
(f. 170 ν. ι, τουτέστιν έν τη εισβολή του ίεροΰ ευρίσκεις λέγοντα 

1δ '^ή'•' λευκήν οΰσίαν ' εν οε σκίθη καί έν Τερενούθι, έν τώ ιερω της 
Ισιοος, έν τή ουτική εισβολή του ίεροΟ, εύρήσεις ςανΟήν ψάμμον 



2. σηψίων om. Α. — Οίοαών τι ζα\ Ζοο- 
σ•'αων aîO•;. L. — 3. Κχ:] ο•.ό /λ: L. — 4. 
Réd. de ΛΙΑ : /.χ! τών ά-^άτοίν ο!/.ονομ'.ιυν 
συγ/εετα•.. — 5. Κα•] άλλα L, f. mel. — 
6. 6[jiï;J f,[xâ; AL. — ά-οζατ37ΤΓ,σε'/ AL, f. 
mel . — 8. v.d: ουκ έξε'ρ•/^. . .] οιό κα'; οϋ Ο'.ίξέρ/ . 
τόν ζητού[χ.;νον οανερώ; L. — τό Ι^τΊτοΰαΐ- 
νον Α. — /Λ: où [idvov ti'Jp;» L, f. mel. — 
9. άλλα γαρ •Εράτ. MA. — 10. άλλα om. 
L, f. mel. — τών îisôasïtuv αυτών A. — 
Réd. de L : τών v.-jO. και έκβάσϊΐον αυτών 
ΙπΟ'.ησαντο. — 11. άφορώντϊ;] άφοροΰντα; 
Μ ; άοιρώντο; Α. — Μ mg. : Dessin d'un 
cône incliné à droite, reproduit sur le 
mot ά^οροΰντα;. (Indication probable 
d'une autre rédaction.)— -oj μιέν — ούτ'α] 
Réd. de A : ~ou \Λί τή ά;ατολή Ο'Λμί'ο^ τήν 
λίυκτ,ν οΰσ^'αν, τή oà οιαίτη ξανθή •κα; τά / . (La 
suite comme dans M, saut'les variantes 
indiquées). Réd. de L, jusqu'à la fin du 
paragraphe : Γή \χιί γάρ άρκτοι Λτ.ί^ν.\χχ^ι 



τήν [χΓκχΊΊ'.Ί, τΐ) 8ξ ανατολή την λ;ΰκαν•ϊ'.ν. τή 
δέ μ^^r|;J.βp!ατήv ί'ωσιν, τή δέ ούσε; τήν ξάνΟιο- 
σ'.ν. ΙΙάλιν δε τή μεν ανατολή ά;τε'νε•μαν τήν 
λευκήν οϋσιαν. ήγουν τόν άργυρον, τή δέ δϋσε; 
τήν ξανΟήν, ήγουν τόν χρυσο'ν. Φησ• γαρ ό 
Έ ρ μή ί οϋτως* « Τά "/ρυσωρυ/εΐα του ν,ζΐίΐ- 
ίού\~ο•^ ht τή ανατολική Ούρα ύι\, τουτε'στιν 
εν τή εισβολή του ίεροΰ τή; "ίριδος εΰρήσε;; 
γράμματα λέγοντα τήν λευκήν σϋο:'αν • έν δέ 
δυτική εισβολή του '.ιοο^ εΰρήσε•.; τήν ξανΟήν 
ψάμμον κατ ' όρυγμα ~τ,-/ών τρ'.ών, του δ': 
:τή•/εως εις το ήμ-συ εΰρήσεις ζώνην με'/.α-.ναν. 
ή γΚωρί•/ ■ κα\ άρον σύ, καΙ οϊκονομει. Άκουε 
δέ καΐ του Άτζόλλοινο; λε'γοντο; όίτ; ή ψάμμο; 
οΐκονομείτΟϊκ, έ'ωΟεν λαμβανομε'νη. » Ί'ο δέ 
(( εωθεν » δηλοΤ οζι ~ρο τή; ανατολή; εστίν ό 
~ρό τή; λευκώσεως καιρό; τοΰ παντό; έργου 
κα\ ή καταρ/ή. — 14. εΰρίσκε•. Α. — 15. έν 
δέ σκ. και έν Τερ.] άττοσυνΟείνα'. έτε'ραν νοΰ- 
Or,v Α. — κ;. Μ mg. ώδε len lettres re- 
tournées). 



88 



TRAITÉS DÉMOCRITAINS 



αετά ορύγίΑατος τζτ^γών τριών, ποΟ οέ -ή'/εως ήα'.τυ. Εις το ήμιισυ 

των το'.ών -η•/ών εϋρήσεις ζώνην αέλαιναν ' άρα; οίκονίαει και 

άλλανοΟ νλωράν ' και έν τω άπηλιώτΥ] καΐ τω λιβυκω ορει γεγραυ.- 

μένα -/ρυσωρυ/εΓα, πάντα έν ij.'jc7Tr,pico ειρηαένα. Και [Λή -αραίράυιτ^ς- 

5 μεγάλα μυα-τήριά είσι. Παρατηρεί βτι ày.r/Jtj πεφανέρωται ττάντα. 

31] 'Εντεύθεν τήν άρ/ήν της εργασίας -οιεΓται • oii και εΐζεν 

ό'τι τη ανατολή δίδοντες τήν λευκήν οϋα-ίαν, τουτέστιν τήν άρ/ήν 

της έργαα-ίας απονέμοντες τη àpyr, της ήαέρας ήτις έ7τ1ν 'ζοΰ 

ή7αου ύ-έρ γήν ανατολή. Δηλον γαρ ό'τι ή λεύκω^ις, ώς -ρος τήν 

10 ξάνθωσιν, άρ'/ή της ό'λης εργασίας εστίν * ει και ουκ ευθύς -αρ 

αυτά άρ-/ου.ένη ήμΓν αυτή γίνεται έως αν ή /ιορίς πυρός σηψις 



γενηται. 



'Αλλ ' ίερεΓ πώς εχομεν νοεΓν λέγεσθαι παρά τήν άρ-/ήν τον τ,ρο της 
λευκώσεως καιρόν, άκουε τοίνυν τοΟ Άπόλ/.ων ος λέγοντος ' « Οίκονο- 
10 αηθεΓσα, έωΟεν λαμβανομένη. » Τό δε « έωθεν » δηλονότι προ της 
ανατολής έστιν ή προ της λευκίόσεως του ζρ^ου r.ot.'^'zoçy.oi.'OLpyri. 

Είτα τήν του παντός îpyo'j τελείωσιν (λέγω οέ τήν ξάνθωσιν' τη 
όύσει άπένειμεν, ήτις έστι πλήρωμα της όλης ημέρας ' Το δε 
« εις το ήαισυ των τειών πηνών, εϋοήσεις (Ιώνην αέλαιναν » είοη- 
20 ται ~ερΙ τών Οειωοών, τουτέστιν του μολύβοου ημών, του μετά τήν 
λεύκωσιν ευθέως οια της θερμής σήψεως και πήςεως κατασπωαένου 
σκωοιοίου, ευτελούς τώ εϊοει ' ον, ΟΛσ'ιν, έπεΟύαησαν ιοιΐν οί Αίνυπ- 
τίοον προνήται. 

32 i ΙναΙ osa ό'τι ό σκoπôc ούτο; ό τών ψάααίυν άλλτ'Όοία 

β 



1. [χετά όρύγαατος] ορυγ;χα Α. — Toj 5; 
~ΐ"/£ως ϊϊ; του; υμίσΓ; των γ'~ί'/ών .'\. — 
2. ια.ελάνΓ|ν Μ. — άρα σύ ο'.ζονο'αε; Α. — 3. 
■/.a't ταύτα iv τώ ά-ηλ. Α. — 4. — άντα] ταύτα 
Α , f. mel. -— εν τω ;rj^T. γεγραμμε'να Α. — 
δ. παραττ|ρει] -αράτό opr, Α. — 6. Μ mg : 
l'ioî (sic) en lettres retournées. — 11. 
αρ/ομεντ,ν M. — 13. αλλ ' ΐερε•] άλογω; 
Έραή; .\. F. 1. άλλ • ε! ερεΤ;... — 17. 
δέΐ F. 1. οή. — 18. τό -Xripwaa .AL. — 



iM mg. : groupe de trois demi-cercles 
avec point au centre de chacun d'eux, 
à l'encre rose; guillemets jusqu'à la 
ligne L'3 inclusivement. — τό oyi-\ τών 
τριών CTi /ών L. — 19. Après [ΐέλαιναν] f] 
yÀMpivadd. L. — 20. μολ;β5ου M, ici et 
plus loin. — τ-/υτε'ΐτ;ν -ερ'ιτιϊ αολ. L. — 
Après ήαών] fjo-jv add. L. — 21. Οερ- 
ιχοτ/^-Ιζω; AL•. — 22. Après sr.a'rv] ,αόλυβ- 
oov add. L. — 0•. τών Λ;γ. ~o. L. 



OLYMriODORE. — SUR l'aRT SACRÉ 89 

έστιν, ουχ_1 τήν (f. '171 Γ.) ψά[Λυ.ον αίνίττονται, άλλα τάς ουσίας. 
Πόθεν δε στηριζόΐΑεΟα οτι εν. — Voir 
la réd. suivie de L (jusqu'à la fin du para- 
graphe), un peu plus loin (Appendice ii|. 

— 21 . και οΟείρας, κα\ έτερα έλμίγκα; Α. — 22. 
τάεντερα] xaom.AL. — Après έντερα] ολε'βα; 
κα\ έξεορας add. AL. — 23. άε'ρια] άγρια Α. 



OLYMPIODORE. 



SUR L ART SACRE 



ΙΟΙ 



τού; κώνωττχ;. Έ/ει ό αέγα; κόταος -νεύαατα άναοιοόυ-ίνα, οίον 
άνέαους ' έχει καΐ ό άνΟρωττος τάς οϋτα;, οίον τωοε. Ey/t ό αέγας 
κόσίΛος ήλιον και σελήνην ' Γ/ει καΐ Ό άνΟρω-ος τους ούο οοΟαλ- 
αους, καΐ τον jjièv δεξιον οφΟαλαον τω ήλίω άνατιΟέασι, τον οέ άρια•- 
5 τερον τη σελήνη. Έ/ε', ό αέγας κίσαος ο^•ί] και βουνούς ' και ό 
άνΟρωττος τα οστέα. Ε^ει ό αέγχς κόο-αος τον οΰρανόν ' ε/ ε', και ό 
άνΟοωτϊος τήν κεοαλήν. Ένει ό ούοανος τα οώοεκα ζωοια ά-ό κριοΟ 
την κεφαλήν εως !-/Ονων τους -ίοας. Και τοΟτό έστι το φηο-ΐζό- 
αενον Trac ' αύτoΓc τό κοσαικον αίμηαα ο και εν τη βίβλω της άρετης 

10 μέανηται ο Ζώσΐ[Αος. ΤοΟτό έστιν καΐ ή γη του κόσμου. 

52] Και μήν άνθρω-τα κατασκευάσαι βούλιον αέτα (?) 
ίκανώς πλυΟήναι και ξηρανΟήναι [και ξηρανθήναι] ξανθοίς σεσ-/;υιυιένοις 
ΰόασιν ποτισΟήναι και πλυθήναι,και πλασΟήναι αυτά λευκον, και αετέ- 

20 πειτα ξηρανΟήναι, και καλώς θήναι ' και έπληρώΟη σύν θεώ /ρίσις 
'Ιουστινιανού. 

APPENDICE II 

§ 5ι (après le mot ïrjoçx). Réduction de L. (Voir p. loo, 1. 19.) 

"Ε-/ει και Ό άνθρωπος ψύλλους κ. φθ., -/ερσαΐα, και έλαινθας, 

25 ενυόρα. "Εχει ο αέγας κόσαος ποτ., πηγ., Οαλ. " έ^ει κ. ο ixvf)p. 

έντερα, φλέβας, εξέδρας. Έχει ό α. κ. αέρια ζ. ' έ•/ει κ. ό άνΟρ. 



1. ίπιτό άλλον f'5!cy μέρος ojv επίβαλε ms. 
— 2. ήΟοϋ το; άνίγε] F. 1. ήΟοϋ τό ά-^γείον 
(ut supra). — 5. ανιγε] F. 1. άναγε. — 7. 
ajTOÎ; Ι/, ιόν 7:ρθΓ,•:7;ιχασαενον] F. 1. αϋτ^; ε/.τον 
(se. με'ρος) προκατεσζευασμε'νον. — 9. ζΐτίσετα; 
xaipousi; ταστ,ντα ms. — 11. α/ ρις οϋ τετζα 
διαΟϊ'.σα ms. — 12. άρα-.ωΟείσα] άρεοΟ•'σαν 



ms. F. 1. άρακοθί) τε. — 14. 7:«ραλε:ο0ται] 
;:αραλίετε ms. — 15. γινομε'νου ms. — 17. ν. 
οι] 5] δέ ms. — ^ούΧιο•/ με'τα] F. 1. βουλοί- 
[ΐεθα. — 21. Ίουστίανοί ms. — 24. κ. sO-] 
Nous abrégeons la plupart des mots 
existant dans le texte d'Olympiodore 
publie' ci-dessus. 

14 



I06 TRAITÉS DÉMOCRITAINS 

"/.ών., αυίας, καΐ τα έξης. Ε-/ει ό α. κ. ζνεύακτα άναο., οίον αν. 
βροντά;, άστρα-άς " εχε-, κ. ό άνΟρ. τάς φύίτας, καΐ τάς -πορδάς, 
καΐ τάς ασθενείας, και τους κινούνους, καΐ τα έζης. Ε•/ει ό u.. κ. 
τους δύο φωστήρας, τον ήλιον κ. τ. σελ. ' εχε'. καΐ ό ά'νΟρ. τους 
5 δύο φωστήρας, τους οφΟ., τον υ.έν οεςιον οφθ.,ώς τον ήλιον, τον 
δε αρ., ώς τήν σελήνην. Έχει ό α. κ. ορη καΙ β. ' ε^ει κ. ο 
άνΟρ. οστέα καΐ κρέας. Έχει ό [λ. κ. τον ούρ., και τους αστέρας' 
ε^ει κ. ό άνΟρ. τήν κεφ. και τα ώτα. Έ•/ει ό ιλ. κ. τα δώδεκα ζώδια 
του οΰρανοΟ, ήγουν κριον, ταΰρον, οίουυιον, καρκινον, λέοντα, παρ- 
10 Οένον, ζυγον, σκορπίον, τοξοτην, αίγόκερον, υύρογόον, ί^θυας ' 
ε]/ει κ. ό άνΟρ. αυτά άΰο κεφαλής, ήγουν ώς άπο τοΟ κριοΟ 
[Λ.έχρι των -οοών, οί' τίνες νο[Λί'ζονται οί ϊ/θυες, και τοΰτο 

APPENDICE III 

§ 55 (jprès le mot -οιησάα:νος). Rédaction de L. (Voir p. io3, 1. i8.) 

15 Ίστετοίνυν, ώ φίλοι χρυσοτε-/νΐται, οτι δεΓ καλώς και εύτεχνεστάτως 
κατασκευάζειν τάς ψάμαους, ών (f. 1. ώς) και — ρότερον ερμήνευσα " 
άνευ γαρ τούτων [Ληδα[Λώς ή ττραξις εις ττέρας ά^Οήσεται. Καλούνται 
δε '|iaui[jioi έκ των άρ-/αίων -άντα τα επτά υ.έταλλα ' εκ της 
γής γάρ εϊσι, και λιΟώδη, και χρήσιυια τυγχάνουσι ' και περί 

20 τούτων άπαντες συνεγράψαντο. Έτι οε και οί ζωυ,οι, οί έκ βοτάνων, 
και -/υλών, και οπών οένορων, και καρπών, και ξύλων ξηρών και 
υγρών ■ έκ τούτοον γαρ συνεστήσαντο τήν τέ-/νην, ήν ώς δένδρον 
ποιήσαντες, εις υιυρίους κ/^άοους παντα-/_όσε οιήκον εις [χυρίας τάξεις 
και πράξεις κατεσκευάσαντο ταύτην. Έ-/εις ούν ώδε, δλη δυνάμει, 

2ϋ ολον ΤΟ έργον τοΟ χαλκού ' ος έστιν Ό ο(.'.τί]σιος λίθος ' ον έξ ίσου δμορ- 
ρεύσαντα χρυσόπτα και πάντα ποίει τά της τέχ^νης. Το δε « Ό^ορ- 
ρεύσαντα » oùoïv άλλο σημαίνει ή το όαοΟ και κατά ταύτον ρεύσαντα, 
δηλονότι, διά του πυρός. Τέλος τοΟ Όλυμπιοδώρου. 



ίΐ^ 



COLLECTION 



ALCHIMISTES GRECS 



TRADUCTION 



NOTE PRELIMINAIRE 



Les sigles des manuscrits et les abréviations sont les mêmes que pour le 
texte grec. — Elles ont été indiquées à la page 2 de ce texte. 



PREMIERE PARTIE 



r r 



INDICATIONS GENERALES 



I. 1. — DEDICACE 

Regarde ce volume comme renfermant un bonheur secret, qui que tu 
sois qui es l'ami des Muses. Mais si tu veux en explorer les veines char- 
gées d'or, qui sont habilement cachées; ouvre l'œil vif de l'esprit et élève-le 
vers les natures divines, avec une parfaite perspicacité ; parcours ainsi ce 
très savant écrit, et trouves-y le trésor d'une connaissance supérieure, en 
cherchant et explorant la nature trois fois heureuse, la seule qui domine 
les natures d'une manière divine (i), la seule qui enfante l'or brillant, celle 
qui fait tout; celle que seulsont découverte, par leur esprit inspiré des Muses, 
les amants de la gnose divine. Celui qui l'a inventée, je ne dirai pas qui 
il est. Admire Tintelligence, la sagesse de ces hommes divins, créateurs des 
corps et des esprits (2); (Admire, dis-je) comment ils ont atteint la hauteur 
sublime de la gnose, de façon à animer, à tuer et à vivifier, à créer des 
figures et des fermes étranges (3). 

Ο merveille ! ô bien heureuse et souveraine matière ! Celui qui la con- 
naît à fond et qui sait les résultats cachés sous ses énigmes, celui-là, oui, 
c'est l'intelligence digne de tout honneur, c'est l'esprit éminent de Théo- 
dore, qui s'enrichit d'une manière divine, lui le fidèle défenseur des prin- 



(i) C'est la formule favorite du Pseu- i lement les substances volatiles que l'on 

do-Démocrite. 1 peut fixer sur les métaux, ou en sépa- 

(2) Le mot corps, σώμ,ατα, s'applique | rer (v. Introduction, p. 247). 



dans la langue des alchimistes, aux mé- 
taux régénérés de leurs oxydes et autres 
minerais. — Le mot esprit, -νεύματα, a 
un sens plus vague ; il signifie spécia- 



(3) Ces expressions mystiques signi- 
fient la production des métaux, leur dis- 
parition par oxydation, dissolution, etc., 
et leur régénération. 



4 INDICATIONS GENERALES 

ces. Il a rassemblé, il a fait entrer une collection étrange dans ce volume 
de conceptions savantes. 

En le protégeant, Christ, souverain maître, tiens-le en ta garde I 

Sur le Théodore auquel est adressée cette Dédicace. 

L'indication de ce nom, qui se rapporte à un haut fonctionnaire de l'empire 
byzantin, est la seule que nous possédions sur la formation de la collection alchi- 
mique. Elle concerne une époque comprise entre Héraclius et le commencement 
du xi•^ siècle, date du ms. de Venise; époque qui comprend celles des compilations 
de Photius et de Constantin Porphyrogénéte (voir Origines de l'Alchimie, p. g8). 
— Le nom de Théodore est d'ailleurs trop répandu pour qu'on puisse espérer iden- 
tifier, sans autre indice, le personnage actuel avec quelque byzantin, connu autre- 
ment dans l'histoire. Dans les ouvrages de Zosime, on trouve aussi, sous le titre de 
« Chapitres à Théodore », un résumé des sommaires de divers traités {Origines de 
l'Alchimie, p. 184). Stephanus écrit pareillement à un Théodore (Ideler, t. Il, p. 208), 
lequel pourrait être'notre personnage : il serait alors contemporain d'Héraclius. 



l. II. — LEXIQUE DE LA CHRYSOFEE 

PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE (i) 

A 

Semence de Vénus. — C'est l'eflHorescence du cuivre (2). 
Albâtre ou Alabastron. — C'est la chaux tirée des coquilles d'œufs, le sel 
des efflorescences (3), le sel ammoniac (4}, le sel commun. 



(1) D'après le manuscrit L ; Lexique 
métallique, par ordre alphabétique, des 
noms de l'art divin et sacré employés 
dans ce volume sur la matière d'or. — 
D'après A Ε : Lexique métallique de 
l'art sacré, par ordre alphabétique, ren- 
fermant les signes et les noms, écrit pour 
la première fois en langue grecque, etc. 
— Ce qui semblerait indiquer qu'il 
aurait été traduit d'une autre langue à 
l'origine (?). 



(2) \''ert de gris et corps analogues 
(v. Inlrod., p. 232). 

(3) Salpêtre, ou sesquicarbonate de 
soude, ou sulfate de soude, ou même 
chlorure de sodium'fv. Nitrum : Introd., 
p. 263), suivant les terrains. 

(4) Ce mot ne désignait pas à l'ori- 
gine le chlorhydrate d'ammoniaque ; 
mais, à ce qu'il semble, une variété 
de natron. Plus tard il a pris son sens 
actuel (voir Introd., p. 23-). 



LEXIQUE 5 

Chaux d'Hermks. — C'est la chaux tirée des œufs (i), sublimée par le 
vinaigre, et exposée au soleil (?!; elle est meilleure que l'or (2). 

Sel efflorescent (3). — C'est la mer, la saumure, la mousse du sel. 

Ecume d'une espèce quelconque. — C'est le liquide mercuriel. 

Liquide ARGENTIN. — C'est la vapeur sublimée du soufre et du mercure (4. 

AsÈM. — C'est ïios provenant de la vapeur sublimée (5). 

Fleur d'Achaïe. — C'est la laccha (6). 

Fleur du cuivre. — C'est la couperose, la chalcite (7), la pyrite, le soufre 
blanc après traitement. 

Sel. — C'est la coquille de l'iïuf ; le soufre est le blanc de l'œuf; la coupe- 
rose en est le jaune (8). 

Androdamas. — C'est la pyrite et l'arsenic (0). 

Ce que l'on MET λ part. — C'est le son du blé. 

Vapeur sublimée. — C'est l'eau du soufre et du molybdochalque (10). 

Aphrosélinon (Ecume d'argent). — C'est la comaris, la coupholithe (11). 

Amphore a vin. — C'est un vase de terre cuite. 

Βαλέ. — C'est le mercure tiré de l'argent et la pierre scythérite. 

Éjaculation du Serpent. — C'est le mercure (12). 
Indestructible. — Ce qui ne peut être volatilisé. 



(i) Il s'agit icidesœufs philosophiques 
et d'une préparation mercurielle. — 
D'après BAL : η c'est la vapeur des œufs 
dissoute par le vinaigre, etc. » 

{2) Les mots « que l'or « sont omis 
dans plusieurs ms. — Au lieu de : «ex- 
posée au soleil » il faut peut-être lire : 
« devenue couleur d'or s; le même si- 
gne représentant l'or et le soleil. 

(31 Voir la note (3) de la page pré- 
cédente. 

(4) M donne le signe du mercure, 
puis vient cette phrase : 

(5) Asèm, Electrum, alliage d'or et 
d'argent (voir Origines de l'Alchimie. 
p. 2i5;etInirod., p. 62). Divers alliages 
et amalgames étaient désignés par le 
même nom : ce qui explique le rôle 
attribué ici au mercure (α;θάλη)-Ιός que 



l'on traduit d'ordinaire par rouille, signi- 
fie plutôt ici la matière que l'on prépare 
au moyen de la vapeur sublimée. 

(6) Orcanette. 

(7) Minerai de cuivre {Introd.,p. 243). 
(S) Voir Texte grec, ou Traduction, 

I, m et IV. 

(g) Pyrite arsenicale et sulfures d'ar- 
senic. 

(10) BAL. « C'est l'eau de l'étain et du 
plomb et du cuivre » ; le mercure des 
philosophes (Orig. de l'Alchimie, p. 272 
et 27g). Le mercure se retire aussi par 
sublimation de ses amalgames avec les 
métaux. 

(iil Syn. de talc, ou desélénite. 

(12) BAL ajoutent : « Extrait du 
cinabre. » 



6 INDICATIONS GÉNÉRALES 

Pierre d'Aigle. — C'est la chrysolithe, le porphyre, la pierre pourprée de 
Macédoine et la pierre polychrome. 

Incombustibilité. — C'est le blanchiment. 

CoivRE couvert d'ombre (ou obscurci). — C'est la fleur du cuivre. 

Changement de nature. — C'est la teinture (i). 

Saumure. — C'est la chrysocolle. 

Argyrolithe (Pierre d'argentj. -— C'est la sélénite. 

Tout mercure. — Se dit du mercure composé avec les trois soufres 
apyres. 

Natif (produit). — Se dit de ce qui est pur et non souillé. C'est, à pro- 
prement parler, ce qui est intact, non obscurci et brillant comme la 
fleur de l'or. 

Β 

Renoncule. — C'est la chrysocolle et la chrysoprase (aigue-marine). 

Bol (ou masse pilulaire). — C'est le soufre cru. 

Bostrychite. — C'est la pyrite, la pierre étésienne, la chrysolithe. 

Pierre de touche. — C'est la pierre du mortier. 

Teinture [ou trempe . — C'est le changement de nature. 

Toutes plantes jaunes. — Ce sont les chrysolithes. 

Orge. — C'est le germe (2) de la bière. 



Lait de la vache noire. — C'est le mercure extrait du soufre (3). 

Terre (dite) astérite. — C'est la pyrite, la terre de Chio, la litharge, le 

soufre blanc, l'alun, la cadmie blanche, le mastic (4). 
Terre d'Egypte. — C'est la terre à poterie. 
Terre de Samos. — C'est l'arsenic et le soufre blanc. 
Lait DE tout animal. — C'est le soufre. 
Gypse. — C'est le mercure solidifié. 



(I) Dans L, les articles précédents 
sont confondus, par suite de quelque 
erreur de copiste. 

(21 Orge germée. 



(3) C'est-à-dire du sulfure noir de 
mercure. 

(4) Résine naturelle. 



LEXIQUE 7 

Δ 

Rosée. — C'est le mercure extrait de l'arsenic (i). 
Litière. — C'est l'eau du mercure. 

Bile du serpent. — C'est le mercure extrait de rétain (ou du cinabre; addi- 
tion de BAL). 

Ε 

Helcysma. — C'est le plomb brûlé (2). 

Encéphale. — C'est la chaux des coquilles des œufs. 

Décoction. — C'est la dispersion, le délaiement, le grillage. 

Adjonction. — C'est l'agglomération attractive. 

Huile. — Répond aux fleurs (3) des teintures. 

Pulvérisation complète. — C'est le blanchiment, la mutation, la réduction 

en mercure (des espèces BAL). 
Raffinage. — C'est l'extraction au moyen des liquides, c'est-à-dire la 

transmutation. 
Pierre étésienne. — C'est la chrysolithe. 

Ζ 

Petit levain. — C'est le soufre. 

Levain. — C'est la combinaison des corps métalliques avec la vapeur 

sublimée de l'échoménion (4) et avec la fleur du carthame (5). 
Liqueur tinctoriale. — C'est la couperose traitée suivant les règles (de 

l'Art., AL.) 

H 

Demi-corps. — Ce sont les vapeurs sublimées (6). 



(li C'est-à-dire l'arsenic sublimé, ] serait donc une variété de litharge. 
regardé comme un second mercure, à j (3) Couleur, _/?05. 

cause de sa volatilité et de son action (4) Basilic? — - Voir plus loin. 



sur le cuivre (hitrod., p. 99 et 239). 

(2) Pline, H. N., 1. XXXIII, 35. 
Scoriam in argento Grœci vocant hel- 



(5) Cet article est tiré de L. σώαατα 
signifie les métaux réduits de leurs mi- 
nerais. 



cysma. — Dioscoride, Mat. méd., \. \ (6) Cette expression rappelle les demi- 

V, loi, dit aussi : « La scorie d'argent métaux des auteurs du xvm« siècle, 

s'appelle helcysma ouencauma. ». Ce 



8 INDICATIONS GENERALES 

ÉcHOMÉNioN (i). — C'est la fleur de carthame. 
Électrum. — C'est la poudre (de projection) parfaite. 
Chevelure du Soleil. — C'est le soufre extrait de l'or. 
Disque salaire. — C'est le mercure e.Ktrait de For. 

Θ 

Soufre blanc. — C'est la vapeur sublimée du mercure, fixée avec la compo- 
sition blanche. 

Soufre blanc. — C'est la pierre chrysétésienne, l'hématite. 

Soufre non brûlé. — C'est la vapeur sublimée et le mercure. 

Soufre liquide (ou fusible). — Ce sont les deux antimoines et la litharge. 

Eau de soufre (a). — Ce sont les blancs d'œufs coagulés (?) et le marbre 
travaillé. 

Rameaux des palmiers. — C'est le soufre blanc. 

Soufre non calciné. — L'eau mêlée et blanchie, extraite de l'arsenic et 
de la sandaraque ,3). 

Soufre natif. — C'est le safran tiré des liqueurs. 

Eau de soufre. — Celle qu'on tire du plomb (4). 

Eau de soufre. — C'est celle que l'on extrait par dissolution de la chaux 
et de l'albâtre. 

Soufre en suspension (5). — C'est une eau. 



(i) Ce mot ne se trouve nulle part 
ailleurs que chez les alchimistes. — 
Serait-ce pour Ωζυαε'ν.ον : Basilic ? Le 
Basilic, plante et animal, joue un grand 
rôle dans les sciences occultes du moyen 
âge. Il était assimilé au Serpent qui se 
mord la queue, à la Salamandre, au 
Phénix, etc. {Bibl. Cheiii. de Manger, 
t. I, p. 106 et 706). 

(2) Eau de soufre ou eau divine par- 
tout : le mot grec étant le même. Les 
mêmes signes désignent quelquefois 
l'eau de plomb. — Les articles relatifs 
au soufre offrent de nombreuses va- 
riantes et interversions dans les ma- 
nuscrits. — On voit par les textes du 



Lexique que le sens des mots soufre, 
eau de soufre, etc., était singulièrement 
flottant. 

(3) Au-dessus du mot arsenic, on lit 
son signe ouvert à droite dans M; au- 
dessus du mot sandaraque le signe de 
"arsenic est retourné et ouvert vers la 
gauche (ce qui rappelle le signe du mer- 
cure opposé à celui de l'argent). Cet 
article est confondu dans M avec la fin 
de la ligne 7 (texte grec!. 

(4) Rappelons que le même signe 
exprimait le plomb et le soufre. 

(5) Cela se rapporte-t-il à l'extrait de 
Saturne, précipité formé dans l'eau ordi- 
naire par les sels de plomb basiques ? 



LEXIQUE g 

Corps sulfureux. — Ce sont les minerais métalliques. 

Eav de soufre. — C'est la décoction du plomb (i). 

Eau de soufre (pour le jaunissement, tirée de la sandaraque) (2). — C'est le 

vin aminéen, extrait de la chélidoine. 
Soufre LAMELLEux. — C'est l'arsenic (orpiment). 
Deux soufres : ce ne sont pas des compositions; ils accomplissent l'œuvre 

divine. 
Le Marbre thébaïque. — C'est la chaux des œufs ; il est (appelé) aussi tita- 

nos; alun lamelleux — celui de Mélos est le soufre apyre. 
L'Eau de soufre. — C'est notre vinaigre. 
Soufre blanc. — C'est le plomb après traitement. 
Soufre. — C'est le cuivre après traitement. 

I 

los raclé (3). — C'est la vapeur sublimée et la chrysocolle (soudure 

d'or, 
los. — C'est le jaunissement ; l'eau de soufre natif; le comaris de Scythie ; 

le pastel de l'Inde; la renoncule; la chrysoprase ; la chrysocolle. 
Pierre sacrée. — C'est la chrysolithe. 
Pierre sacrée. — C'est le mystère caché (A E\ 

Κ 

(Substance) brûlée de Coptos. — C'est la lie, l'écume de l'argent. 

Fiente de l'or et Minerai d'or, chrysammos. — C'est la chrysolithe (pierre 

d'or. 
Étain. — C'est le cinabre. 
Eau de Calaïs [4). — C'est l'eau de chaux. 



(i) Même sens que plus haut. ' priétés spécifiques, et, par extension, le 

(2) D'après Β A. — Il s'agit de l'acide principe delà coloration et la propriété 
arsénieus impur, obtenu par le grillage spécifique elle-même, etc. (Introd., 
du réalgar. [ p. 254). 

(3) los a un sens complexe : c'est la I (4) Ce mot se trouve appliqué au 
rouille des métaux; c'est la pointe de , cuivre dans la Diplosis de Moïse : il 
la flèche ; c'est le venin, c'est-à-dire le semble que ce soit un nom de lieu, 
principe actif, l'extrait doué de pro- ' 



ΙΟ INDICATIONS GENERALES 

Cinabre. — C'est la vapeur sublimée, obtenue par cuisson dans les mar- 
mites (i). 

Cnouphion (2). — C'est le chapiteau (de l'alambic). 

Fumée des cobathia. — Ce sont les vapeurs de l'arsenic (sulfuré) (3). 

Colle attique. — C'est la larme de l'amande (4). 

Gomme. — C'est le jaune (d'œuf). 

Claudianos. — C'est la chaux des œufs, le peuplier noir et le cassia (5). 

CoMARis de Scythie. — C'est le soufre et l'arsenic, avec tous ses noms. 

Cadmie. — C'est la magnésie. 

Huile de ricin. — C'est celle que l'on extrait des figuiers sauvages ; car 
beaucoup la préparent ainsi. 

Cire solide. — Signifie les corps (métalliques) solides (6). 

Substance brûlée. — C'est la substance blanchie (7). 

Roseau. — C'est le soufre. 

CoMARis. — C'est l'arsenic. 

Sang de moucheron (8). — C'est l'eau d'alabastron après traitement. 

Λ 

Cuivre d'oseille (9). — C'est le vinaigre. 

Pierre de Dionysios. — C'est la chaux. 

Pierre blanche (leucolithe). — C'est la pyrite. 

Pierre qui n'est pas une pierre. — C'est la chaux et la vapeur sublimée, 

délayée avec du vinaigre. 
Pierre phrygienne fio). — C'est l'alun. 



(1) C'est-à-dire le mercure sublimé 
(v.DioscoRiDE, Ι.ν,ι 10), ou son sulfure. 

(2) Tiré du nom du dieu Cnouphi 
(voir Origines de l'Alchimie, p. 3i). 

(3) RuLANDUs [Lex. Alch., p. 1 58) tra- 
duit ce mot par Kobolt; c'est toujours 
un composé arsenical (v./)!i;Oii.,p. 245). 

(4) Le lait fait avec la pâte d'amandes. 

(5) Voir Introd., p. 344. 

(6| C'est-à-dire les métaux fusibles ou 
les amalgames, se solidifiant à la façon 
de la cire. 



(7) Par exemple, le zinc, le plomb, 
l'antimoine, etc., changés en oxydes 
blancs par le grillage. 

(8) Voir la nomenclature prophétique, 
dans l'Introduction, p. 10 à 12. 

(9) C'est-à-dire le verdet, acétate de 
cuivre basique et analogues (v. Introd., 

p. 232). 

(io)V. DioscoRiDEjA/ai.încii., l.V, 140. 
— Pline, H. N., 1. XXXVI, 36; sorte 
d'alunite, employée par les teinturiers 
(v. Introd., p. 48). 



LEXIQUE Ι Ι 

Ecailles des cobathl^. — Ce sont les (matières) sulfureuses, et surtout 

l'arsenic. 
Orcanette. — C'est la fleur d'Achaïe (i). 
LiTHARGE BLANCHE. — C'cst la ce'ruse. 
Cuivre blanc. — C'est Teau de soufre apyre. 

Teinture blanche. — C'est ce qui teint profondément et qui ne suinte pas. 
Pierre phrygienne. — C'est l'alun et le soufre (21. 
Blanc brillant. — C'est ce qui pénètre profondément. 

M 

Plomb. — C'est le semblable de la céruse. 

Magnésie. — C'est le plomb blanc et la pyrite (3). 

M.iGNÉsiE. — C"est le vinaigre non adouci, et l'extraction. 

Magnésie. — C'est l'antimoine femelle (4) de Chalcédoine. 

Emolliens (ou amalgames). — C'est toute matière jaune et amenée à per- 
fection (5). 

Nature une. — C'est le soufre et le mercure, après traitement différent. 

Noir indien. — Est fait d'isatis et de chrysolitlie. 

Minium de montagne. — C'est le misy jaune, avec celui qui coule tout 
seul (6). 

Miel attique et Plomb. — C'est l'eau divine {7). 

Notre Plomb. — C'est celui qui se prépare avec les deux antimoines (8) et 
avec la lithargc. 



(i) Je corrige ici le texte en admet- 
tant λακ/α Ά/α;ας. — (Orig. de l'Alchi- 
mie, p. 359, 36 1). 

(2) Répétition de l'un des articles pré- 
cédents. Ceci montre que le lexique de 
M résulte de la réunion de plusieurs 
listes plus anciennes. 

(3) V. plus haut : Cadmie, au K. — On 
voit, que le mot magnésie a plusieurs 
sens. Il s'applique aussi à l'oxyde de 
fer magnétique, à la pyrite et au sulfure 
d'antimoine (v. Introd., p. 255). 

(4) Β A L : de Macédoine (v. Diosco- 
RiDE, Mat. méd., 1. V, 9g.) — Pline, 



(H.N., XXXIII), distingue l'antimoine 
femelle, qui est lamelleux et brillant; 
c'est notre sulfure d'antimoine natif. 

(5) L : «c'est tout mélange accompli. » 

(6) Ici il s'agit d'un oxyde de fer ana- 
logue à la sanguine, dérivé du misy qui 
coule tout seul ; c'est-à-dire de la pyrite 
en décomposition (v. Introd., p. 242). 

(7) Ceci semble faire allusion h la 
saveur sucrée des sels de plomb. 

(S) Mâle et femelle : variétés de no- 
tre sulfure. En outre, on voit que le 
régule d'antimoine était confondu avec 
le plomb (v. Introd., p. 224 et 238). 



12 



INDICATIONS GENERALES 



MoLYBDOCHALQUE . — C'est la soudure d'or. 

Mystère de toute pierre métallique. — C'est la pyrite. 

Grande plante. — C'est l'orge. 

Nuage noir. — C'est la vapeur sublimée et la pierre d"or. 

Ν 

Nuage. — C'est la vapeur sublimée du soufre. 

Raclure de la pierre de Naxos. — C'est la matière à aiguiser des bar- 
biers (i). 

Natron. — C'est le soufre blanc qui rend le cuivre sans ombre (2). La 
(même substance) se nomme aphronitron (3) et terre résineuse (ou fluidi- 
fiante). 

Nuée. — C'est l'obscurité des eaux, la vapeur sublimée, l'humidité vapo- 
risée, le précipité qui reste en suspension (?). 



Vapeur jaune sublimée du cinabre. — C'est la vapeur sublimée des sub- 
stances sulfureuses et l'argent liquide. 

Préparation jaune. — C'est le minerai de fer, traité par l'urine let) le 
soufre [c'est aussi la cadmie, Β A L]. 

Ο 

Coquillage et os de seiche. — C'est la chaux des œufs. 

Suc de calpasos. — C'est la sève de cette plante . 

AxoNGE de porc. — C'est le soufre non brûlé. 

Vinaigre (4) commun. — C'est celui qu'on obtient par la litharge et par la lie. 



(i) DioscoRiDE, 3/Λί. tjiéd., 1. V, 167. 

(2) Parfaitement brillant. Il s'agit 
d'un fondant employé dans la réduc- 
tion du cuivre oxydé ou sulfuré. 

(3) Il semble qu'il s'agisse ici de notre 
salpêtre. 

(4) Cette définition semble signifier 
l'acétate de plomb. Mais le mot vin- 
aigre avait chez les alchimistes un sens 
beaucoup plus compréhensif. Il dési- 



gnait tous les liquides à saveur piquante, 
tels que : 

i" Les liquides acides, assimilés à notre 
vinaigre; 

2" Certaines liqueurs alcalines, à sa- 
veur piquante, comme le montre l'assi- 
milation de ce motavec l'urine altérée; 

3^ Diverses solutions métalliques, 
acides ou astringentes, à base de plomb, 
de cuivre, de zinc, de fer, etc. 



LEXIQUE Ι 3 

Suc DE TOUS ARBRES ET DE TOUTES PLANTES. — C'est l'eau divine (i) et le 

mercure (2). 
Ce que tu sais. — C'est l'alun. 
Cuisson. — C'est la décoction et le jaunissement. 
OsiRis. — C'est le plomb et le soufre. 
Vase cylindrique. — C'est (le mortier L et) le pilon. 

Π 

PoMPHOLYX (3). — C'est la fumée de l'asèm. 

Fixez. — Au lieu de « renforcez » (4). 

Ce qui s'évapore au feu. — C'est la vapeur sublimée du soufre. 

Pyrite. — C'est le sory et la magnésie (et la pierre blanche, A). 

Miel complet. — C'est l'eau de soufre (5). 

Teinture (Pinos'. — C'est ce qui teint à l'extérieur (6). 

Fixations. — Ce sont les opérations chimiques utiles. 

Polychrome. — C'est la couleur de pourpre. 

Porphyre. — C'est la pierre étésienne et l'androdamas. 

Dissolvant universel. — C'est la vapeur sublimée qui émane de toutes 
choses, c'est-à-dire l'eau native. 

Feuilles qui entourent la couronne. — Ce sont la pyrite et la ma- 
gnésie. 

«Ayant aigri préalablement ». — C'est : « ayant baigné dans le vinaigre )>. 

« Ayant aigri fortement». — C'est : « ayant passé au feu ». 

« Ayant été torréfiée au soleil ». — Cela se fait en 6 jours. 

Limon de Vulcain. — C'est l'orge (7). 



(i) On voit que le nom d'Eau divine 
désignait, non seulement les solutions 
de sulfures alcalins [Introd., p. Gg), 
mais aussi tout suc végétal actif. 



(4) Fixer un métal, c'était lui ôter 
sa volatilité, sa fluidité, etc. (Introd., 

p. 2 52). 

(5) V. plus haut le miel attique. 



(2) Le mot mercure désigne ici toute 1 Allusion au goût sucré des sels de 
liqueur renfermant un principe actif j plomb ? 
essentiel. , (5) Πι'νο; opposé h Βχφη. 



(3) Oxyde de zinc sublimé, et mêlé 
d'oxydes de cuivre, de plomb, d'anti- 
moine, d'arsepic, etc. (Intrud., p. 240). 



{7) Souvenir de la nomenclature pro- 
phétique (Introd., p. 10). 



H 



INDICATIONS GENERALES 

Ρ 



Purifiant. — Cest le natron jaune (i) et l'aphronitron. 
Rephecla (2). — C'est le cyclamen. 
Limaille d'or. — C'est la soudure d'or. 



Nénuphars desséchés. — Ce sont ceux qu'on tire des cours d'eau 

d'Egypte. 
Lie. — C'est la sélénite et l'alun lamelleux. 
Sandyx ^3). — C"est l'or. 

A.LUN. — C'est le soufre blanc et le cuivre sans ombre. 
Sandaraque. — C'est le mercure extrait du cinabre. 
Les (quatre) Corps métalliques. — Ce sont le cuivre, le plomb, l'étain 

et le fer. On en extrait le stibium en coquille. 
Corps intervenant dans la coMBrNAisoN. — On les appelle caméléon : ce 

qui signifie les quatre métaux imparfaits. 
Stibium. — C'est le coquillage ou la coquille (4). 
Mutation et Régénération. — C'est la calcination et le blanchiment. 
Éponge m.arine. — C'est la cadmie, la chrysolithe, la pierre sacrée, le 

mystère caché, la cendre de la paille, l'émeraude, l'émeril. 
Fer. — C'est le tégument de l'œuf. 



Titanos. — C'est la chaux de l'œuf. 

Nom propre de la composition liquide. — C'est l'eau divine, tirée de la 

saumure, du vinaigre et des autres matières. 
Nom propre de la composition solide. — Ce sont les quatre corps, appelés : 

le claudianos, le plomb, la pyrite, le mercure. 



(i) Nitrum flavum de Pline, H. N., 
1. XXXI, 46. Il en est aussi question 
dans le Papyrus de Leide {Introd., 
p. 39J. 

(2) Mot inconnu. 

(3) Couleur rouge {v. Introd., p. 2U0). 



Pline, H. N., 1. XXXV, 23. — Diosc. 
1. 7 V, io3, vers la fin.— Minium pré- 
paré en calcinant la céruse. — Rappe- 
lons que l'écarlate figurait au moyen 
âge, et figure encore l'or dans le blason. 
(4) Voir Introd., p. 6•/^ 



LEXIQUE 1 5 

Y 

Mercure, fixé au moyen des vapeurs sublimées : blanchit le cuivre et 

fait ΓοΓ. 
Eau scythiqle. — C'est le mercure (i). 
Eau divine native. — C'est le mercure fixé avec les sels. 
Eau DE Carthame. — C'est Teau native du soufre. 
Eau lunaire. — Eau de cuivre [eau de sel, L], eau ignée, eau de verre, 

eau d'argent, eau de sandaraque, eau d'arsenic, eau de fleuve ; c'est le 

nuage. A]. 
Eau Fluviale, Eau de Plomb. — C'est le soufre et le mercure (2). 
Hyssope. — C'est le lavage des laines en suint. 

Eau de mercure tinctoriale (3). — C'est le mercure extrait du cinabre. 
Eau de Vénus, de Lune, d'Argent, de Mercure, et eau Fluviale. — C'est 

l'eau divine et le mercure (4). 
Eau de soufre natif. — C'est la composition blanche qui disparaît. 
Eau simple. — C'est celle que l'on fabrique avec les trois composés sul- 
furés, au moyen de la chaux. 
Ε.Λ,υ (extraite) de l'Asèm (.5). — Elle est dite écume, rosée, aphroselinon 

liquide. 
Eau divine tirée du mercure. — Elle est appelée (6;, d'après Pétasius, bile 

de serpent. 
Eau divine fixée p.ar les transmutations. — C'est le mercure (que l'on 

extrait) du cinabre, c'est-à-dire la tétrasomie (7). 



(i) Variante: la sandaraque BAL. — 
Il s'agit de l'arsenic métallique sublimé, 
regardé comme un second mercure. 
Introd. p. 289. 

(2) Il y a diverses variantes et inter- 
versions dans les articles précédents, 
suivant les manuscrits. 

(3) De la teinture blanche, L. 

(4) Répétition de l'un des articles 
précédents. Variantes diverses. 

(5) De l'argent, L, au lieu de l'asèm : 
ce qui indique que le texte de L est 
plus moderne. 



(ΰ) Le nuage est dit : eau élevée par dis- 
tillation, bile de serpent. B. Le mot bile 
de serpent répond à la nomenclature 
prophétique (Introd., p. 10 à 12). Péta- 
sius ou Petesis, seul auteur cité dans le 
Lexique, est un nom égyptien, cité 
aussi par Dioscoride ; il désigne un 
vieux maître alchimique (Origines de 
l Alchimie, pages 128, i58, 168, etc. 
— Introd., p. 1 j et 68). 

(7) Réunion des quatre métaux im- 
parfaits. 



i6 



INDICATIONS GENERALES 



Φ 

Lie. — C'est le dépôt du vin, la chaux avantageuse pour les pourpres (i). 
Algue (2). — C'est la teinture extérieure et brillante. 

Préparation. — C'est la vapeur sublimée, composée au moyen du trai- 
tement. 
« Fais griller ». — C'est-à-dire « Fais cuire ou jaunis ». 
(Teinture) qui (ne) passe (pas). — C'est la véritable (?). 
Scorie des lentilles. — C'est la couperose. 

X 

Scorie DU cuivre. — C'est la couperose. 

Or. — C'est la pyrite, la cadmie et le soufre (3). 

Chalkydrion. — C'est l'or fabriqué et rouillé par les manipulations de fixa- 
tion, faites au moyen du soufre. 

Chrysitis (4). — C'est la composition tirée des vapeurs sublimées. 

Cuivre médical. — C'est le métal blanchi, le soufre et la céruse. 

Sueurs du cuivre. — C'est le jus de camomille. 

Chrysocolle et Eau de cuivre. — C'est le molybdochalque (5). 

Liqueur d'or, Chélidoine, Coquille d'or, Ios sans ombre. — C'est le 
soufre blanc [ou bien le mercure fixé avec la composition blanche. 
A L]. 

Couperose. — C'est le jaune de l'œuf. 

Pierre chrysétésienne. — C'est l'hématite. 

Chalcopyrite fulgurante (6). — C'est l'eau de soufre (7) ; c'est le soufre 
tiré du mercure (L). 



(i) Il s'agit de la crème de tartre, 
employée pour fixer les matières colo- 
rantes sur les étoffes. 

(2) Orseille. 

(3)Voir Introd., p. 206, et les deux au- 
tres définitions de l'or donnéesplus loin. 

(4) Litharge couleur d'or, dans Pline 
et dans DioscoRiDE,Afiîi. méd.,\.V .102. 
Peut-être s'agit-il dans le Lexique de 
l'oxyde de mercure. 



(5) Variantes de L. Le corail d'or et 
l'eau de chrysochalque, c'est le plomb 
et le cuivre. » Cette variante semble ré- 
sulter d'une interprétation différente 
des mêmes signes. 

(6) A cause de sa couleur : Pyrite cui- 
vreuse. 

(7) C'est le soufre, l'eau de mercure, 
BA. 



LEXIQUE 17 

Or (ι•. — Ce sont tous les fragments et les lamelles jaunis (21 et amenés 

à perfection (3). 
Limaille d'or, Soudure d'or. Fleur d'or, Liqueur d'or. — C'est la chrysitis, 

la coquille d'or, l'ios, le soufre et le mercure. 
Cuivre. — C'est la coquille des œufs. 
Or cuit. — Ce sont les vapeurs sublimées jaunes. 
Chalkydrion, Argent liquide, Bile de tout animal. — C'est Pios parfait, 

le soufre, le cuivre, l'électrum, lorsque leur éclat devient accompli 

et tourne au jaune et qu'ils se fixent ; c'est le mercure extrait! du 

cinabre. 
Chélidoine. — C'est l'élydrion. 
On appelle Or : Le blanc, le sec, le jaune et les (matières, dorées, à l'aide 

desquelles on fabrique les teintures stables (i). 
Chrysocolle. — C'est le molybdochalque (4), c'est-à-dire la composition 

complète. 
Sphère d'Or. — C'est le safran de Cilicie [ou bien l'arsenic et la sandara- 

que, BAL]. 
Chrysophite. — C'est la vapeur sublimée, après traitement avec le cuivre, 

pulvérisation et réduction en ios. 
Cl'ivre de Chypre. — C'est le cuivre calciné et lavé; c'est le terme du blan- 
chiment et le début du jaunissement. 

Ψ 

Morceaux. — C'est ce qui est transformé quant à l'espèce. 

Petit Morceau. — Ce sont les cendres délayées dans l'eau, celles qui 

tapissent le fond du fourneau, à l'épaisseur d'un doigt. 
Sable (ou minerai . — C'est la chrysocolle. 
Céruse. — Est produite par le plomb. 



(i) Cette définition est caractéristique 
et conforme aux procédés de teinture 
en or du Papyrus de Leide. (Introd., 
p. 20.) 

(2) D'après BAL. Dans M ce sont les 



minerais, α:ταλλά, au lieu des feuilles 

(3) Et atténués, AL. 

(4) Répétition. 



l8 INDICATIONS GÉNÉRALES 

Ω 

Ocres, obtenues par un mélange devin et d'huile, sont dites blâmables (ou 

falsifiées) ? 
Mercure cru. — C'est le mercure produit par le plomb [par le molybdo- 

chalque, L.]. 
OîTis (pierre d'œuf?). — Est nommée aussi Terenouthin et Chrysocolle. 
Ocre attique. — C'est le jaune de l'œuf. 
Ocre attique. — C'est l'arsenic 
Orichalquede Nicée. — C'est celui qu'on obtient par la cadmie. 

Le Lexique alchimique, tel que nous venons de le reproduire, est tiré du manu- 
scrit de Saint-Marc (fin du s." ou commencement du xi•^ siècle) : il n'a guère été 
modifié dans les manuscrits postérieurs. Il est formé de portions diverses, ajoutées 
successivement, comme le prouvent par exemple les articles relatifs au soufre, à 
l'eau de soufre, à la magnésie, etc. Certains articles remontent jusqu'à la vieille 
tradition gréco-égyptienne, ainsi que le montrent les rapprochements (cités en note) 
avec la nomenclature prophétique de Dioscoride et du Papyrus de Leide. Les catalogues 
du blanc et du jaune, attribués à Démocrite (0Γ;§•;Ηί5 ie i'^4/c/n"w/e, p. i 55-i56), 
lesquels formaient la base de la Chrysopée et de l'Argyropée, ainsi que les nomen- 
clatures de l'œuf philosophique, paraissent représenter les premières formes de ce 
Lexique. Au moven âge, il a pris une extension considérable et s'est enrichi d'une 
multitude de mots arabes, en même temps que les mots grecs disparaissaient en 
partie. On peut en voir une forme nouvelle dans le manuscrit 24 iq de Paris, 
transcrit vers 1460 (v. /«iroi., p. 2o5). Plusieurs de ces Lexiques ont été rassemblés 
par Johnson dans la Bibliotheca Chemica de Manget (Genève, 1702), t. I, p. 217 
à 291. Mais l'ouvrage de ce genre le plus utile à connaître et le mieux rédigé, est 
le Lexicon Alchemiœ, auctore Rulando (Francfort, ιΓ)ΐ2). Je l'ai cité fréquemment 
dans mon Introduction. 



I. lu. — SUR L'OEUF PHILOSOPHIQUE 

Voici ce que les anciens disent sur l'œuf (i) : 

1. Les uns (l'appellent) la pierre de cuivre, [les autres, la pierre d'Armé- 

(i) Cp. Origines de l'AlcIiimie, p. 24. 



SUR L ŒUF PHILOSOPHIQUE 



19 



nie, A]; d'autres, la pierre encéphale ; d'autres, la pierre ctésienne ; d'autres, 
la pierre qui n'est pas une pierre (i ) ; d'autres, la pierre égyptienne ; d'autres, 
l'image du monde (2). 

2. La coquille de l'œuf, c'est la partie (3) crue, le cuivre, l'alliage de fer et 
de cuivre, Falliage de plomb et de cuivre et fplus généralement) les corps (4) 
métalliques solides. 

3. La coquille calcinée signifie : la chaux vive, l'arsenic, la sandaraque, 
la terre de Chic, la terre astérite (5), la sélénite (6), l'argent cuit, l'antimoine 
de Coptos, la terre de Samos, la terre convenable, la terre Cimolicnne, la 
terre brillante, le bleu (7) et l'alun (8). 

4. Les parties liquides de l'œuf sont dites : les parties séparées, Pios et l'ios 
du cuivre, l'eau verte de cuivre, l'eau du soufre natif, la liqueur de cuivre, 
la préparation de cuivre à apparence de miel, la vapeur sublimée, les corps 
réduits en esprits ^9), la semence universelle. (Ces parties liquides) reçoivent 
encore beaucoup d'autres dénominations. 

5. Le blanc de l'œuf s'appelle la gomme, le suc du figuier, le suc du 
mûrier et celui du tithymale. 

6. Le jaune de l'œuf s'appelle le misy, le cuivre, la couperose de cuivre, 



(i) Cette expression mystique a été 
souvent reproduite au moyen âge. Je 
citerai Roger Bacon : De Secretis ope- 
ribits artis et naturœ (Bibl. Chem. de 
Manget, t. I, p. 622). Il attribue à Aris- 
tote Im libro Secretorum) les paroles 
suivantes : « Ο Alexandre, je veux te 
raconter le plus grand des secrets. . . 
Prends cette pierre qui n'est pas une 
pierre, présente en tout temps, en tout 
lieu... On l'appelle l'œuf philosophi- 
que. » De même dans le traité qui porte 
le nom d'Avicenne (iiiè/. Chem., t. I, 
p. 633) : est lapis et non lapis. Dans la 
Turba philosophorum (mime recueil, 
t. I, p. 449) ; Hic igitur lapis non est 
lapis, etc. (v. aussi Bibl. Chem., I, (|35). 

(2) En marge de M. « Ceci doit être 
entendu dans un sens mystique et non 
un sens physique. » 



(3) Ou peut-être l'ensemble (o;i.ov au 
lieu de ώι,ιον), par oppositionaux parties 
séparées. 

(4) Métaux et alliages métalliques. 

(5) Pline {H. N., 1. XXXVII, 47) 
donne ce nom à une pierre précieuse 
blanche, à reflet intérieur. Mais il s'a- 
git plutôt de l'une des deux espèces 
de terre de Samos, désignée sous le 
nom d'aster, dans Dioscoride, Mat. 
Méd., 1. V, 171. 

(6) C'est-à-dire notre argent, AL. 

(7) Sel de cuivre. 

(8) A ajoute après le bleu : le vermil- 
lon de Coptos, la terre de Pont. 

(9) σώ[^α exprime un métal régénéré 
de son oxyde ou de ses minerais ; — 
onpourraitaussi lire : άσιόαιτα ί:ν;ΰματα; 
les esprits séparés des métaux. 



20 



INDICATIONS GENERALES 



la couperose cuite, l'ocre attique, le vermillon du Pont, le bleu, la pierre 
d'Arménie, le safran de Cilicie et la che'lidoine. 

7. Le mélange de la coquille des œufs et de l'eau préparée avec la chaux 
vive, c'est ce que l'on appelle k magnésie et les corps (métaux) de la magné- 
sie, l'alliage de plomb et de cuivre, notre argent (i), l'argent commun, la 
céruse. 

8. Le blanc, on l'appelle l'eau de la mer, parce que l'œuf est rond comme 
l'océan; l'eau d'alun, l'eau de chaux, l'eau de cendre de chou, l'eau de chè- 
vre (2) des anciens. (Prendre Feau dans le sens du lait.) 

9. La liqueur jaune, on l'appelle le soufre natif, le mercure, celui qui est 
dit extrait du cinabre; l'eau du natron roux, l'eau du natron jaune, le vin 
Aminien. 

10. La composition jaune s'appelle l'or et l'électrum en décomposi- 
tion, la teinture d'or, la teinture d'argent (3) extraite des citrons, celle qu'on 
extrait de l'arsenic et de l'eau du soufre apyre. De même que le citron pré- 
sente la couleur jaune à l'extérieur, et, à l'intérieur, la saveur acide ; de 
même aussi, l'eau tirée de l'arsenic. L'eau du soufre apyre est le vinaigre des 
anciens. 

11. Le blanc de l'œuf (4) s'appelle mercure, eau d'argent, cuivre blanc, 
vapeur sublimée blanche, ce qui se volatilise au feu, soufre excellent, eau de 
soufre natif, écume marine, eau fluviale, rosée, miel attique, lait virginal, 
lait coulant de lui-même, eau de plomb, ios de cuivre, ferment irrésistible, 
nuage, soif ardente, astre suspendu de la vapeur sublimée. 

!2. Quant à toi, aie ceci dans l'esprit: la nature se réjouit de la nature; 
la nature maîtrise la nature; la nature triomphe de la nature. C'est elle qui, 
mélangée d'en haut, accomplit le mystère cherché et tiré d'un seul corps]. — 
Ces phrases signifient que les sulfureux sont maîtrisés par les sulfureux, les 



(i) L'argent des adeptes, opposé à l'ar- 
gent commun. 

(2) Voir la nomenclature des Pro- 
phètes ou prêtres égyptiens dans Dios- 
CORIDE et dans les Papyrus de Leide 
[Introd., p. 11). 

(31 M. donne ici un signe dont le 
sens est inconnu, mais qui ressemble 



au chrysélectrum, c'est-à-dire à l'élec- 
trum. Ce signe est omis dans A, comme 
si le sens en eût été déjà perdu. 

(4) Toute cette fin n'existe pas dans 
M. Le § 1 1 rappelle le langage amphi- 
gourique et de plus en plus vague, des 
alchimistes arabes et de ceux da moyen 
âge occidental. 



NOMENCLATURE DE L ŒL'F 



21 



humides par les humides correspondants. — Si les corps ne perdent pas l'état 
corporel et si les corps ne reprennent pas l'état corporel (i), ce qui est 
attendu ne se réalisera pas. 

i3. Il y a deux (2) compositions opérées par les corps métalliques et par 
les eaux divines et les plantes; elles transmutent la matière, celle que tu 
trouveras en poursuivant la chose cherchée. Si deux ne deviennent pas un, 
et trois un, et toute la composition une, le but cherché ne sera pas atteint. 



FIN DE L ŒUF 



I. IN 



NOMEXCLATURE Di: L'OEUF 



(3) 



Nomenclature de l'Œuf: c'est le mystère de l'art. 

1. On a dit que l'œuf est composé des quatre éléments, parce qu'il est 
l'image du monde et qu'il renferme en lui-même les quatre éléments. On 
l'a nommé aussi « pierre que fait tourner la lune », pierre qui n'est pas 
pierre, pierre d'aigle et cerveau d'albâtre (4). 

2. La coquille de l'œuf est un élément semblable à la terre, froid et sec; 
on l'a nommée cuivre, fer, étain, plomb (5). 

Le blanc d'œuf est l'eau divine: le jaune d'œuf est la couperose; la partie 
huileuse est le feu. 

3. On a nommé l'œuf la semence, et sa coquille, la peau; son blanc et 



(i) C'est-à-dire : si les métaux ne 
disparaissent pas par oxydation ou 
métamorphose chimique, et s'ils ne 
reparaissent pas à l'état métallique. 
Le § 12 est formé de citations des plus 
vieux auteurs. 

(2) Variantes de AE. « Telles sont les 
eaux divines, parmi lesquelles je com- 
prends celles qui sont tirées des natures 
molles, aussi bien que des métaux. Si 
tu es intelligent, il y a deux composi- 
tions, etc. » 

(3) L'article iv est une variante de 
III. J'ai reproduit dans l'Introduction 



(p. 21 5), un autre article analogue, at- 
tribué à Justinien et tiré du Codex 
Voss. de Leide. Il en existe encore un 
autre dans les ouvrages de l'Anonyme, 
qui seront donnés dans la troisième 
livraison. 

(4) L'albâtre est ia chaux tirée des co- 
quilles d'œuf : (v. Lexique alchimique, 
p. 4). La coquille entoure l'œuf comme 
le crâne entoure le cerveau ; de là ce 
symbolisme bizarre. 

(5) Ce sont les quatre métaux impar- 
faits, qui servent à la transmutation et 
à la composition de l'or et de l'argent. 



22 



INDICATIONS GENERALES 



son jaune, la chair; sa partie huileuse, Tàme; sa partie aqueuse, le souffle 
ou l'air. 

4. La coquille de l'œuf, c'est ce qui élève ces choses hors du fumier ii) 
pendant dix jours. Délayez-la, avec l'aide de Dieu, dans du vinaigre ; plus 
vous la broyez, plus vous faites œuvre utile. Lorsque vous aurez battu la 
composition pendant huit jours, vous ferez fermenter; et vous préparerez 
la poudre sèche. Lorsque vous aurez accompli ce travail, jetez-y du mer- 
cure, et si vous n'obtenez pas la teinture du premier coup, répétez une 
seconde et une troisième fois. 

5. On a nommé d'abord le jaune de l'œuf : ocre attique, vermillon du 
Pont, natron d'Egypte, bleu d'Arménie (2), safran de Cilicie, chélidoine; 
le blanc de l'œuf délayé avec l'eau de soufre est le vinaigre, l'eau d'alun, 
l'eau de chaux, l'eau de cendres de chou, etc. 



I. V. 



LE SERPENT OUROBOROS 



I . Voici le mystère : Le serpent Ouroboros (mordant sa queue), c'est la 
composition qui dans son ensemble est dévorée et fondue, dissoute et trans- 
formée par la fermentation (3). Elle devient d'un vert foncé, et la couleur d'or 
en dérive. C'est d'elle que dérive le rouge appelé couleur de cinabre : c'est 
le cinabre des philosophes (4). 



(i) Dans le bain-marie, chauffé au 
moyen du fumier. Il y a là la descrip- 
tion sommaire d'un procédé pratique, 
laquelle contraste avec le style vague 
des autres paragraphes. Le § 4 semble 
une intercalation. , 

12) Dans l'article précédent, ces mots 
signifient deux bleus distincts, comme 
dans DioscoRiDE, Mat. méd.^ 1. V, io5 
et 106. — Ce sont des minerais de 
cuivre analogues à l'azurite (Introd., 
p. 243). 

(3) Le mot σήψις est plus général, et 
signifie toute décomposition analogue 



à une fermentation, ou à une putré- 
faction. 

(4) Il est difficile de savoir exactement 
à quels phénomènes chimiques ces for- 
mules mystiques font allusion. On 
pourrait y voir une allusion à la décom- 
position des pyrites, fournissant des 
sels basiques de cuivre verts, tels que la 
chrysocoUe [Introd., p. 243); puis le 
misy et le sory, sels basiques de fer et 
de cuivre, jaunes (Introd., p. 242), et 
l'oxyde de fer rouge (Introd., p. 261). 
Cette décomposition préoccupait beau- 
coup les alchimistes grecs. 



LE SERPENT 



23 



2. Son ventre et son dos sont couleur de safran; sa tête est d'un vert fonce'; 
ses quatre pieds constituent la tétrasomie (i); ses trois oreilles sont les 
trois vapeurs sublimées. 

3. L'Un fournit à l'Autre son sang (21-, et l'Un engendre TAutre. La 
nature réjouit la nature; la nature charme la nature ; la nature triomphede la 
nature; et la nature maîtrise la nature [3); et cela non pas pour telle (nature) 
opposée à telle autre, mais pour une seule et même nature (4), (procédant) 
d'elle-même par le procédé (chimique), avec peine et grand etfôrt. 

4. Or toi, mon ami très cher, applique ton intelligence sur ces matières 
et tu ne tomberas pas dans Terreur; mais travaille sérieusement et sans 
négligence, jusqu'à ce que tu aies vu le terme (de ta recherche). 

5. Un serpent est étendu, gardant ce temple (et^ celui qui l'a dompté; 
commence par le sacrifier, puis écorche-le, et après avoir pris sa chair 
jusqu'aux os, fais en un marchepied à l'entrée du temple; monte dessus et 
tu trouveras là l'objet cherché. Car le prêtre, d'abord homme de cuivre, a- 
changé de couleur et de nature et il est devenu un homme d'argent; peu de 
jours après, si tu veux, tu le trouveras changé en un homme d'or (5). 



1. vi. — LE SERPENT 

I. Voici le mystère: le serpent Ouroboros, c'est-à-dire la dissolution des 
corps effectuée par son opération. 



(i) Les quatre métaux imparfaits : 
Plomb, Cuivre, Étain, Fer, exprimés 
en un seul mot. 

(2) Ou bien selon une autre version : 
l'Un fait naître l'Autre. 

(3) Ce sont les axiomes du Pseudo- 
Démocrite. 

(4) S'agit-il ici de la transmutation 
opérée sur un métal unique; et non 
sur un alliage? — Voir I, xv: Assemblée 
des Philosophes, et la citation du traité 
De Mineralibus (d'Albert le Grand livre 



III, ch. 8), faite dans la β /W. Chem.de 
Manget, t. I, p. 984. 

(5) Origines de l'Alchimie, p. 6o. Zo- 
sime a reproduit cet exposé avec plus 
de développement; ce qui montre que 
c'étaient là de vieilles formules, expri- 
mant la transmutation des métaux. On 
pourrait imiter ces changement_s par des 
précipitations galvaniques successives : 
mais rien ne prouve l'identité des opé- 
rations anciennes avec celles là. 



24 



INDICATIONS GENERALES 



2. Les lumières (i) des mystères de l'art, c'est la teinture en jaune. 

3. Le vert du serpent, c'est Viosis, c'est-à-dire sa fermentation; ses quatre 
pieds, c'est la te'trasomie employée dans la formule de l'art; ses trois oreilles, 
ce sont les trois vapeurs et les douze formules ; son ios (2), c'est le vinaigre. 

4. Or toi, mon ami très cher, applique ton intelligence sur ces ma- 
tières. 

5. Un serpent est étendu, gardant le temple (et) celui qui l'a dompté. (La 
suite comme an § précédent.) 



II. — INSTRUMENT D'HERMES TRISMEGISTE 



(3) 



1. Pour l'amour de l'art, exposons la (méthode) indiquée par Hermès. Il 
conseille de compter depuis le lever du Chien (4), c'est-à-dire depuis Epiphi, 
25 juillet, jusqu'au jour où le malade est alité, et de diviser le nombre ainsi 

obtenu par 36. Maintenant, voyez le reste dans le tableau ci-dessous. 

2. La lettre Ζ ('ζωή) désigne la vie; Θ, (Οάνατ:;) la mort; K, (y.ivîuvs;) le 
danger (5). 



I. 6. 


z. 


10. 


i3. 14. 18. 20. 22. 24. 


25. 28. 


3o. 


32. 


2. 


4• 


(-). 


12. 16. 17. 21. 23. 26. 


27. 33. 


35. 








3. 


5. 8. i5. Kl. K. 20. 3 


• ?4• 







(i) L'auteur joue sur le mot φώτα, 
qui signifie aussi les feux des fourneaux 
sur lequel on exécute les opérations. 

(2) 'Venin, ou rouille, ou propriété 
spécifique active (v. Introd., p. 254). 

(3) Voir Introd., p. 86 : les médecins 
astrologues. 



(4) Sirius. 

(5) Ces lettres sont prises en même 
temps pour leurs valeurs numériques 
dans le tableau : Ζ signifiant 7; Θ, 9; 
K est pris pour 1 1 (au lieu de 20). 
Le signe du nombre 35 dans le grec est 
également erroné. 



LISTE PLANETAIRE DES METAUX 



25 



I. viii. — LISTE PLANETAIRE DES METAUX '" 

LES MINÉRAUX (2) 

1° Saturne : Plomb•, litharge; pierres de miel; pierres gagates (3); clau- 
dianos (4) et autres substances analogues. 

2° Jupiter : Etain ; corail (5) ; toute pierre blanche; sandaraque; soufre et 
autres substances analogues. 

3° Mars : Fer; pierre d aimant; pséphis (6); pyrites rousses (7) et substan* 
ces analogues. 

4° Soleil : Or; escarboucle; hyacinthe; diamant (?); saphir et substances 
analogues. 

5° Vénus : Cuivre; perle; onyx; améthyste; naphte; poix; sucre; asphalte; 
miel; (gomme) ammoniaque; encens. 

6» Mercure : Emeraude ; jaspe ; chrysolithe ; hésychios (8) ; mercure; 
ambre; oliban et mastic. 

7* Lune : Argent ; verre ; antimoine ; cuir ; chandra (9) ; terre blanche et 
substances analogues. 

La liste transcrite dans R, c'est-à-dire dans le manuscrit 2419 (traité d'Al- 
humazeiT]; Introd., p. 79 et 206, mérite une attention particulière. Elle répond 
à une tradition astrologique plus complète et plus ancienne, remontant pro- 
bablement aux Chaldéens; car elle est encadrée entre une liste de plantes 
et une liste d'animaux, également consacrées aux Planètes (10). Un certain 
nombre de noms de pierres précieuses (saphir, sardoine, jaspe, chrysolithe, 
perle), de minéraux ipierre d'aimant, litharge), d'alliages (claudianos, asèm 



(1) Cp. Origines de l'Alchimie, p. 232 
et suivantes. — Les signes des planètes 
sont en marge des manuscrits, à côté du 
nom du métal. — Voir Introd., p. 79, 
206 et les notes du Texte grec. 

(2) Consacrés à chaque planète, R. 
voir la note du Texte grec. 

(3) Pierre bitumineuse. — Diosco- 
RiDE, Mat. méd., 1. V, 145. — Introd , 
p. 254. 



(4) Alliage métallique. — Introd., 
p. 244. 

(5) Dans R: au lieu du corail, le béryl. 

(6) Mot à mot : caillou; c'est quelque 
minerai de fer. 

17) R : Pierre de feu. 
(8) Corps inconnu : Ce mot manque 
dans R. 

(q) Corps inconnu. 

(10) Te.xte grec, p. 24, note. 



26 



INDICATIONS GENERALES 



OU diargyros), sont transcrits en caractères, hébraïques, comme si l'on avait 
voulu en interdire la connaissance aux gens non initiés : c'est l'indice d'une 
vieille tradition mystique. 

L'ordre des corps est parfois plus naturel : le sucre, par exemple, n'étant 
pas interposé entre la poix et l'asphalte, comme dans les manuscrits alchi- 
miques, mais se trouvant à côté de son congénère, le miel. 

Le mercure (métal) est placé tout à la fin de la liste de la planète Her- 
mès; ce qui accuse l'addition de ce métal à une liste plus ancienne, où l'é- 
meraude, mise à la suite du nom de la planète, jouait le rôle d'un métal, 
comme le mafek égyptien (Origines de V Alchimie, p. 220, 234). L'existence 
de cette liste antérieure est indiquée plus nettement encore par les mots ajou- 
tés: « les Persans attribuent à cette planète (au lieu du mercure) l'étain. » 
— De même, dans la liste des matières attribuées à la planète Jupiter, après 
le mot Etain, on lit: '< Les Persans attribuent à cette planète (au lieu de l'é- 
tain) le métal argentin » ; ce qui signifie l'asèm ou électrum. Il y a là une 
indication très remarquable des changements survenus dans les attributions 
des métaux aux planètes, après que l'asèm ou électrum eut disparu de la 
liste des métaux, vers le vi° ou vu" siècle de notre ère (v. Introd., p. 81 à 85). 



I. ,x. _ NOMS DES FAISEURS D'OR"• 

I . Connais, mon ami, les noms des faiseurs d'or : 

Platon, Aristote, Hermès, Jean le grand prêtre dans la divine Evagie (2) ; 
Démocrite, Zosime, le grand Olympiodore, Stephanus le philosophe, 
Sophar le Persan, Synésius, Dioscorus le prêtre du grand Sérapis à 
Alexandrie, Ostanès l'Egyptien, Comarius l'Egyptien, Marie, Cléopâtre 
la femme du roi Ptolémée (3), Porphyre, Epibechius (4), Pelage, Agatho- 



(i)Vo\T Origines de l'Alchimie, γ. 128 
et suivantes. Voir aussi la liste ancienne 
du manuscrit de Saint-Marc, donnée 
dans Vlntrod., p. iio. 

(2)Cp. Origines del'Akliimic.^. i iS. 

(3) Cléopâtre, la femme alchimiste. 



a été confondue plus tard avec la reine 
de ce nom. Origines de l'Alchimie, 
p. 173. 

(4) Alias, Pebechius, Pebichius. C'est 
Horus l'Epervier : Origines de l'Alchi- 
mie, p. 168. 



NOMS DES VILLES 



27 



démon, Héraclius l'empereur, Théophraste, Archélaiis, Pétasius (i), 
Glaudien, le philosophe anonyme, le philosophe Menos (2), Pauséris, 
Sergius. 

2. Ce sont là les maîtres partout célèbres et œcuméniques, les nouveaux 
exégètes de Platon et d'Aristote. 

3. Les pays où Ton accomplit cette œuvre divine sont: l'Egypte, la 
Thrace, Alexandrie, Chypre et le temple de Memphis (3). 



l. X. _ NOMS DES VILLES 

Sur la pierre métallique ; en quels lieux elle est préparée {^. 

1. Il faut connaître en quels lieux de la terre de Thébaïde se prépare la 
paillette métallique ; Cléopolis (Héracléopolisi ; Alycoprios (Lycopolis) ; 
Aphrodite; Apolenos (ApoUinopolis) ; Eléphantine. 

2. La pierre métallique ressemble au marbre ; elle est dure, et les hommes 
qui, dans les lieux précités en font l'extraction avec beaucoup de peine, la 
préparent à l'intérieur (de la terre) ; ils portent des lampes..., et lorsqu'ils 
trouvent un filon, ils l'occupent. Leurs femmes broient (la pierre) et en 
font mouture. 

3. Lorsque, après avoir réduit le minerai en poudre, ils l'ont étalé sur 
des tables garnies de rainures contrariées et disposées en pente douce, ils y 
font couler de l'eau ; la partie pulvérisée, légère et inutile, est entraînée par 
l'eau, tandis que la partie utile, retenue par son poids, est recueillie dans 
les rainures des planchettes. Alors, pour la cuisson, ils resserrent le dépôt, le 



(i) Ou Pétésis = Isidore en grec. 
Introd., p. 1 1 et Lexique alchimique, 
traduction, p. i 5. 

(2) EL. «Memnon le philosophe et les 
autres anonymes. » Il n'est pas question 
ailleurs de ce Menos. Serait-ce le vieux 
roi Menés ? Il existe des écrits alchi- 
miques sous le pseudonyme du roi 



Chéops(Sophé). — Origines de l'Alchi- 
mie^p. 58. 

(3) Le temple de Phtha. 

(4) Voir Origines de l' Alchimie , p. 1 2g. 
C'est l'abrégé d'un morceau d'Agathar- 
chide sur l'extraction de l'or de ses mine- 
rais ; morceau qui se trouve intercalé au 
milieu des recettes alchimiques dans M. 



28 INDICATIONS GÉNÉRALES 

placent dans un vasede terre cuite et, faisant un mélange selon la formule (i), 
ils lutent le vase, et le font cliaulîer sur un fourneau, pendant cinq 
jours et cinq nuits ; le vase a une issue pour l'extraction (des produits). 



Un Traité des Poids et Mesures, attribué à Cléopâtre, se trouve dans la 
plupart des manuscrits alchimiques grecs. Il a été imprimé d'abord par 
H. Etienne, au début de son Thésaurus Grœcœ lingiiœ, puis reproduit, 
discuté, commenté par les auteurs qui se sont occupés des mesures antiques, 
par Hultsch en particulier : ce qui m'a paru en rendre la réimpression su- 
perflue. 

.le crois au contraire utile de reproduire ici la liste des mois égyptiens, 
avec traduction latine grécisée, d'après le manuscrit A, fol. 280; en mettant 
en regard les noms des mois coptes actuels, qui montrent la permanence des 
vieilles traditions. (Je les ai tirés de Y Annuaire du Bureau des Longitudes, 
pour 1886, p. 24.) 

NOMS ANCIENS NOMS LATINS GRÉCISÉS NOMS COPTES MODERNES 

Phamenoth Martios (Mars) Barmhat . 

Pharmouthi Aprilios (Avril) Barmudeh. 

Pachon Maïos (Mai) Bachones. 

Payni Junios (Juin) Bawne. 

Epiphi Julios (Juillet) Abib. 

Mesori Augustos (Aoûti Mesori. 

Thoth Septevrios (Septembre) Tut (7= mois de l'année). 

Phaophi Octobrios (Octobre) . . . Bobeh. 

Athyr Noevrios (Novembre) . Hatur. 

Chiak Decevrios (Décembre) . Koyhak. 

Tybi Januarios (Janvier). . . . Tubeh. 

Méchïr Fevruarios (Février). . . Amchir. 

|i) Cette formule est donnée par A^atharchide, p. 12S \Geogr. grœci, Ed. Didot). 



SERMENT 



29 



1. XI. 



SERMENT 



1. Je te jure (i), mon honorable initié, par la bienheureuse et vénérable 
Trinité, que je n'ai rien révélé des mystères de la science qui m'ont été 
transmis par elle, dans les retraites secrètes de mon âme : toutes les choses 
dont je tiens la connaissance de la Divinité, relativement à l'art, je les ai 
déposées sans réserves dans mes écrits, en développant la pensée des anciens 
d'après mes propres réflexions. 

2. Toi-même, aborde tous ces écrits dans un esprit de piété et de 
prudence; si nous avons dit quelque chose d'erroné, par ignorance, mais 
sans mauvaise intention, corrige nos fautes dans ton intérêt et dans l'intérêt 
des lecteurs fidèles à Dieu, exempts de malice et honnêtes, qualités qui 
sont en vérité difficiles ù rencontrer (2). Salut ! au nom de la sainte et consub- 
stantielle Trinité; je veux dire le Père, le Fils et le Saint-Esprit (3). La Tri- 
nité (3) dans l'unité, c'est le Fils, qui s'est incarné sans péché parmi les hom- 
mes, pour la glorification de la dyade (4), à laquelle il participe lui- 
même; il a revêtu la nature humaine, tout en demeurant irréprochable; la 
voyant sujette à faillir, il l'a redressée. 



1. XII. — SERMENT] DU PHILOSOPHE PAPPUS '=' 

I. Je te jure par le grand serment, qui que tu sois : j'entends le Dieu 
unique, par l'espèce et non par le nombre, celui qui a fait le ciel et la terre 
et le quaternaire (6) des éléments et les substances qui en dérivent ; ainsi que 



(i) Ce serment est tout imprégné des 
idées de la métaphysique chrétienne 
des Grecs byzantins, du iv au vi" siè- 
cle; surtout dans les deux additions 
finales; car le commencement pourrait 
avoir été écrit par un néo-platonicien. 

(2) La suite manque dans plusieurs 
manuscrits : c'est une addition. 



(3) C'est une formule finale. La suite 
manque dans l'une des copies de A ; 
elle répond sans doute à une seconde 
addition postérieure. 

(4) Le Père et le Saint-Esprit. 
(3) Appelé aussi Pappoas. 

(6) La Tétractys, formule pythagori- 
cienne. 



3ο 



INDICATIONS GENERALES 



nos âmes rationnelles et intelligentes, en les harmonisant avec le corps; 
le dieu que portent les chars des chérubins, et que célèbrent les légions 
des anges. 

2. Quelques-uns (i)ont délayé le jauned'œuf (2) avecles liquides du même 
cenre, jetant une cotyle (3) d'eau dans une once du corps (en question); 
après avoir renfermé (ce mélange), ils l'ont soumis à l'action des étuves; 
Topération accomplie, ils ont enlevé Yios; — après l'avoir exposé à Fair, 
ils l'ont incorporé à la cire et au soufre. Ayant ainsi soumis le mélange 
à l'action de la chaleur, pour parfaire l'opération dans des étuves régulières, 
c'est-à-dire par des dissolutions ou des cuissons, ils ont déposé le produit 
solide dans des vases de verre, suspendus dans un local chaud et recevant 
de préférence la lumière du côté du levant, ou du couchant et du midi, 
plutôt que du nord; ainsi que l'a prescrit en détail Stephanus, très aimé 
de Dieu, et comme nous l'avons exposé en abrégé dans notre traité dédié à 
Moïse, le trois fois bienheureux. 

3. Ainsi nous avons bien composé notre écrit. En effet, si tu vois que le 
liquide s'étend vers le nord, comme il est dit dans le discours sur l'eau de 
soufre natif, alors hâte-toi de le corriger en délayant avec la saumure, le 
natron, l'antimoine, la couperose destinée à l'affinage (4). — Il voulait dési- 
gner par là la mortification du produit (5) et l'accomplissement de l'œuvre 
exposée dans tout son discours (6). 



(i) Cette fin est étrangère au serment. 
Peut-être est-ce une recette, dont la 
révélation devait être précédée par le 
serment de l'initié. 

(2) Voir la nomenclature de l'œuf, 
p. 19 à 22. 

(3) Mesure de volume. 

(4) Cette description énigmatique du 
grand œuvre repose sur des allusions 



vagues à diverses opérations chimiques. 
Elle est d'une basse époque, postérieure 
au vn" siècle, à en juger d'après la cita- 
tion de Stephanus. 

(5) Qu'il fallait éviter, pour accom- 
plir l'opération. 

(6) La phrase finale est une glose de 
commentateur, ajoutée en dernier lieu. 



ISIS A HORUS 



3l 



1. xui. — ISIS A HORUS 

(1« RÉDACTIOX) 
Isis la Prophétesse (i) ά soti fils (2). 

I . Isis, la prophétesse à son tils Horus : « Tu devais f éloigner, mon enfant, 
et aller combattre contre Finfidèle Typhon, pour le trône de ton père. Moi- 
même m'étant rendue à Hermonthis, ville (où l'on cultive) l'art sacré de 
l'Egypte (3), j'y ai passé un certain temps. D'après le cours des circonstan- 
ces, et la révolution nécessaire du mouvement des sphères (4), il arriva que 
l'un des anges qui résident dans le premier firmament, m'ayant contemplée 
d'en haut (5), voulut s'unir à moi i6). II s'avança, se disposant à en venir à 
son but : mais je ne lui cédai point, voulant apprendre de lui la prépara- 



(i) Voir Berthelot, Orig. de l'Alch., 
p. i38. Cp. Hœfer, Hist. de la Chimie, 
t. I, p. 2qOj 2" édition. — Titre de L : 
Isis, reine d'Egypte, épouse d'Osiris, 
sur l'art sacré, à son fils Horus ». — Les 
variantes notables de la seconde rédac- 
tion du teste, d'après L, sont données 
en notes dans la traduction présente. 

(2) Le titre est suivi du signe de la 
lune dans le manuscrit A. Ce signe, qui 
est aussi celui de l'argent, indique que 
tout le morceau a un sens alchimique 
caché. — Ici il remplace le nom du fils 
d'Isis, ce qui semble se rapporter à 
l'identification d'Horus enfant avec 
Harpocrate, et au rôle lunaire de l'Har- 
pocrate thébain, désigné sous le nom 
de Khons (v. les mots Aah [dieu lunaire] 
et Khons, dans le Dictionnaire d'Ar- 
chéologie égYptienne, par Pierret, iSyS). 
Ceci tend à faire remonter jusqu'aux 
vieilles traditions égyptiennes la pre- 
mière rédaction de ce morceau. L'exis- 
tence de deux rédactions, notablement 
différentes, pourrait répondre à deux 
interprétations distinctes d'un même 
texte hiéroglyphique. 



(3) D'après L : « Moi-même, après 
ton départ, m'étant rendue k Ormanou- 
thi (Hermonthis), où l'art sacré de 
Γ Egypte est cultivé mystérieusement...» 
Ceci correspond à une note marginale 
de A : elle parle dans un sens mysté- 
rieux », et nous rappelle le symbolisme 
alchimique de ce morceau. 

(4) Cette phrase, qui répond au carac- 
tère sidéral d'Horus et d'Isis, manque 
dans L ; on y lit seulement : Je voulais 
me retirer; pendant que je m'éloignais, 
l'un des prophètes ou anges, etc. » 

(5) Manque dans L. Il y a quelques 
variantes peu importantes dans ce qui 
suit. 

(6) Dans A, ce mot est suivi du signe 
du cuivre, c'est-à-dire d'Aphrodite (Vé- 
nus), déesse assimilée à Isis-Hathor. Il 
semble donc qu'il s'agisse ici, dans un 
langage mystique, d'une combinaison 
chimique où le cuivre figurait comme 
matière de la transmutation (voir la 
note 2) ; combinaison assimilée, sui- 
vant un symbolisme fréquent chez les 
alchimistes, à l'union de la femme avec 
l'homme. 



32 



INDICATIONS GENERALES 



tion de l'or et de l'argent. Comme je l'interrogeais là-dessus, il me dit qu'il 
ne lui était pas permis de s'expliquer à cet égard, vu la haute importance de 
ces mystères, mais que le jour suivant, il viendrait un ange plus grand, 
l'ange Amnaël (i), et celui-là serait' en état de me donner la solution de la 
question. 

2. Et il me dit que celui-là porterait un signe sur sa tête (2) et qu'il me 
montrerait un petit vase non enduit de poix, rempli d'eau transparente. Il 
(ne) voulut (pas) révéler la vérité. 

3. Le jour suivant, lorsque le soleil était au milieu de sa course, apparut 
l'ange Amnaël, plus grand que le premier ; pris du même désir à mon égard ; 
il descendit vers moi, il ne resta pas immobile, mais se rendit en hâte au 
lieu où je me tenais ; et moi je ne cessai pas de m'informer de la question. 

4. Et comme il tardait (à me répondre), je ne me livrai point, mais je 
contins son désir jusqu'à ce qu'il m'eût fait voir le signe qu'il avait sur la 
tête et qu'il m'eût transmis sans réserve et avec sincérité les mystères que je 
cherchais. 

5. Enfin, il me montra le signe et commença la révélation des mystères ; 
proférant des serments (3), il s'exprima ainsi : Je te le jure par le ciel, la terre, la' 
lumière et les ténèbres; jeté le jure parle feu, l'eau, l'air et la terre; je te le jure 
parlahauteurducieUparlaprofondeurdela terreetduTartare; jetelejurepar 
Hermès, parAnubis, par les hurlements du Kerkoros (4), par le serpent qui 



(i) En marge de A : « Elle parle d'un 
être versé dans la connaissance de 
Dieu. » Dans L, tout le passage est 
abrégé en ces termes : 

« I. Le jour suivant, vint à moi leur 
premier ange prophète appelé Amnaël. 

« 2. Je l'interrogeai de nouveau sur la 
préparation de l'or et de l'argent. Il me 
montra un signe qu'il avait sur la tête, et 
un vase, non enduit de poix, rempli d'eau 
transparente, qu'il avait dans les mains, 
et il ne voulut pas révéler la vérité. 

« 3. Le jour suivant, il revint, il re- 
nouvela sa tentative amoureuse et 
s'efforça d'atteindre son but. Mais je ne 
m'occupais pas de lui; et il continua à 
me tenter et à me prier par son désir. 



« 4. Mais je ne me livrai point, et 
je le dominai jusqu'à ce qu'il m'eût fait 
voir le signe, etc. » 

(2) Ceci paraît une allusion au disque 
qui surmonte les cornes en croissant 
(demi-cercle), lesquelles servent de coif- 
fure au dieu lunaire Khons ou Aah. Dans 
L ce signe est décrit seulement un peu 
plus loin, lors de l'apparition d'Amnaél. 

(3) Il semble que le serment aurait 
dû être prononcé par Isis. Le début 
rappelle le serment des Orphica. 

(4) Her-Hor est le premier prophète 
d'Ammon ; c'est le nom d'un per- 
sonnage historique de la XX" dynastie 
(Dict. d'Arch. égypt. de Pierret). Ici il 
est devenu un personnage infernal. 



ISIS A HORUS 



33 



garde le temple (i); je te le jure par le bac et par le nocher de l'Achéron; jeté 
le jure par les trois Nécessités (Parques), par les Fouets (Furies), parl'Épée. 

6. Après tous ces serments, il me demanda de ne (rien) communiquer 
à qui que ce fût, excepté à mon fils chéri et légitime, afin que toi-même tu 
fusses lui et que lui fût toi [2''. Ainsi donc, observe en passant, interroge 
l'agriculteur Acharantos (3) et apprends de lui quelle est la semence et 
quelle est la moisson, et tu sauras que celui qui sème le blé récolte du blé, 
que celui qui sème de l'orge récolte de l'orge. 

7. Quand tu auras, mon enfant, entendu ces choses, par manière de préam- 
bule, considères-en toute la création et la génération, et sache que l'homme 
sait engendrer l'homme, le lion engendre le lion, et le chien engendre le 
chien. S'il arrive qu'un être soit produit contrairement à la nature, c'est un 
monstre qui est engendré et il n'a pas de consistance (4:. La nature charme 
la nature, et la nature triomphe de la nature. 

8. Les adeptes ayant participé à la puissance divine, et ayant réussi 
par l'assistance divine, éclairés par l'effet de la demande (d'Isis) (5); ils firent 
des préparations avec certains minerais métalliques, sans se servir d'autres 
substances (non convenables). Ils réussirent ainsi au moyen de la nature 
substantielle à triompher de la matière employée dans la préparation (6). 



(i) C'est le serpent Ouroboros. Dans 
L on lit : « le hurlement de Kerkourobo- 
ros le serpent, et du chien tricéphale. 
Cerbère, gardien de l'Enfer». — Ker- 
koros et Ouroboros sont ici confondus 
en un seul mot, par l'erreur du co- 
piste. D'ailleurs le hurlement du ser- 
pent n'a pas de sens. Cerbère paraît 
avoir été ajouté en raison de l'ancien 
mot, gardien (du temple); (voir l'article 
I, V, 5), qui n'était plus compris et qui 
a été appliqué à l'Enfer par l'un des 
copistes dont L procède. 

(2) Ceci semble faire allusion à l'iden- 
tité du Dieu lunaire Aah, (symbole de 
l'argent) avec Khons iHarpocrate, qui 
est encore Horus. — Cette phrase 
mystique, tirée du culte égj'ptien, a 
disparu dans L. 

(3) Ailleurs : Achaab (Texte grec, 



p. 89, 1. 10 ). Ces noms propres ont 
été remplacés par « un certain agricul- 
teur » dans L. 

(4) Cette phrase philosophique man- 
que dans L. 

(5) Le commencement de ce paragra- 
phe jusqu'à cet endroit manque dans L, 
qui débute ainsi : « 8. Il faut préparer 
la matière avec les minerais métalliques 
et non avec d'autres substances. En 
effet, comme je lai dit précédemment, 
le blé, etc. » 

(6) Ceci paraît vouloir dire qu'il faut 
faire intervenir la nature prépondérante 
de l'or, jouant le rôle d'un germe ou 
élément générateur, pour surmonter et 
changer la nature de la matière des 
autres substances employées dans les 
transmutations. 



34 



INDICATIONS GENERALES 



En effet, de même que j'ai dit précédemment que le blé engendre le blé et 
que l'homme sème l'homme ; de même aussi l'or sert à la moisson de l'or, 
et généralement le semblable, à celle de son semblable (i). Maintenant le 
mystère a été révélé. 

9. Prenant du mercure, fixe le(2) : soitavec laterrebolaire,ouavecle métal 
de la magnésie, ou avec le soufre ;etgarde-le: c'est l'amalgame fusible (3). 

Mélange des espèces : plomb facilement fusible (amalgame), i partie ; pierre 
blanche, 2 parties; pierre crue (ou entière) (4), i partie; sandaraque (5) jaune, 
I partie; renoncule (6), i partie; mélange tout cela avec du plomb pris en 
masse, et fais fondre par trois fois. 

10. Mélange de la préparation blanche, laquelle est le blanchiment de tous 
les corps (métalliques) (7). Prends i partie de mercure blanchi avec addition 
de cuivre (81; et prenez i partie de magnésie, désagrégée par les eaux (chi- 
miques^; I partie de lie de vin, traitée par le jus de citron; i partie d'arse- 
nic Î9I, délayé avec l'urine d'un enfant impubère; i partie de cadmie; 
1 partie de pyrite, cuite avec de la litharge; i partie de céruse, cuite avec du 



(1) Tout le paragraphe 8 semble une 
addition, faite après coup, au texte pri- 
mitif du S 7, qu'ellerépèteengrande par- 
tie. C'est en quelquesorte une transition 
mal agencée entre ce texte et les re- 
cettes techniques des paragraphes sui- 
vants, recettes très anciennes d'ailleurs 
et fort voisines de celles du Papyrus 
de Leide. 

(2) Ceci signifie : soit le mercure éteint 
par son mélange avec une argile, soit 
le mercure amalgamé avec un alliage 
métallique, soit le mercure sulfuré par 
l'action du soufre, ou des sulfures 
métalliques. 

(3) L : « c'est l'amalgame fusible, sui- 
vant le mélange des espèces : plomb 
facilement fusible »,'etc. 

(4)V.la Nomenclaturedel'Œuf, p.ig. 

(5) Réalgar. 

(6) Ce nom symbolique exprime 
quelque substance minérale jaune : voir 
le Lexique, p. 6. 

(7) Cette préparation représente un 



mélange de dive.''s oxydes métalliques 
(cuivre, mercure, fer, arsenic, zinc, 
plomb, etc.), salifiés plus ou moins 
complètement par le bitartrate de po- 
tasse et par le vinaigre très fort; c'est- 
à-dire par un acide, ou un alcali, ou 
un autre corps piquant, assimilé au 
vinaigre; le tout est ajouté au mer- 
cure éteint ou amalgamé. En fai- 
sant chauffer ce mélange dans un creu- 
set, avec addition d'un fondant, on 
obtiendra un alliage complexe. — Les 
Recettes d'asém dans le papyrus de 
Leide, Introd., p. 29 (recettes 5, 6), p. 
3o (recette 9), p. 3i (recette i3), p. 82 
(recette- 18), p. 33 (recette 19), p. 35 
(recette 27), p. 37 (recette 37), p. 45 
(recettes 84, 85, 86), p. 47 (recette 90); 
sont tout à fait analogues aux descrip- 
tions contenues dans les § 10, II et 12. 

(8) Il y a là une inversion : c'est au 
contraire le cuivre qui est blanchi par 
le mercure. 

(9) Orpiment. 



ISTS A HORUS 



35 



soufre; 3 parties de litharge, cuite avec de la chaux; i partie de cendres de 
cobathia (i). Délaie tout cela avec du vinaigre hianc très fort et, après avoir 
fait sécher, tu obtiendras la préparation blanche (2). 

1 1. Ensuite (3), prenant du cuivre et du fer, fais-les fondre, puis jettes-y 
peu à peu les substances que voici, pulvérisées : soufre, i partie ; magnésie, 
10 parties; jusqu'à ce que le fer devienne bien ductile. Après avoir broyé, 
mets de côté. 

12. Prenant (4) un peu de cuivre rendu ductile par la chaleur, fais-en 
fondre 4 parties, et jettes-y i partie de fer broyé (5), en l'ajoutant peu 
à peu et l'agitant, jusqu'à ce que le fer et le cuivre fassent un alliage. 

Puis, prenant de cet alliage le poids d'une livre, fais-le fondre, en y pro- 
jetant 3 onces de la préparation blanche, (ajoutée) peu à peu, jusqu'à ce 
que la matière broyée devienne blanchâtre. Puis, en la prenant au sortir 
du creuset, ajoutes-y du mercure: ι partie pour 2 parties du mélange; 
donne-lui l'épaisseur d'un ongle. Si le métal n'est pas tout-à-fait ductile, 
fais le fondre de nouveau, et il deviendra mou comme la cire (ô). 

i3. Ensuite (3), après avoir préparé une liqueur pour la dorure [7), une 
liqueur de coquille d'or (Si, sans couperose, ni résidu de creuset, place les 
lames dans un vase de verre, mets à part pendant 35 jours, jusqu'à ce que 
le dépôt soit rassemblé. Puis, enlève et garde le produit (9). 

14. Ensuite (loi, prends la préparation blanche obtenue au moyen du 
mercure, de la magnésie, de la lie de vin, de l'arsenic, de la cadmie, de la 
pyrite et de la céruse ; prends aussi du mercure, mêles-y la liqueur du sidéro- 



(i) Voir Introd., p. 255. 

(2) Tout ce paragraphe est une répé- 
tition plus développée de la recette 
contenue dans le précédent. 

(3) Le mot <c ensuite » signifie sim- 
plement que l'auteur passe à une pré- 
paration nouvelle ; laquelle ne fait pas 
nécessairement suite à la précédente. 
Souvent le copiste, ayant sous les yeux 
deux recettes semblables, en a mis bout 

bout les parties parallèles. 

(4) Mot à mot : un Kéras ou Kération, 
c'est-à-dire un Carat, tiers d'obole, poids. 

(5) Limaille de fer, ou fonte broyée? 



(6) Ceci• paraît encore se rapporter à 
la formation d'un amalgame. Le § 12 
développe la recette du § 11. 

(7) Il y avait probablement ici le signe 
de l'or, que le copiste grec a traduit par 
ήλιο/.ο'σιχιον, pour χρυσοχ.όσίΑΐον. 

(8) Le mot d'or en coquille est encore 
usité chez les bijoutiers. 

(9) Recette sommaire pour dorer, 
analogue à celles des Papyrus de Leide 
(voir Introd., p. 70). 

(10) Ce paragraphe est une variante 
des précédents. 



36 



INDICATIONS GENERALES 



chalque et les espèces susdites. Que la liqueur surnage la préparation de 
l'épaisseur de deux doigts; laisse macérer pendant quinze jours à l'ombre, 
et conserve le dépôt. 

i5. Lorsque tu veux blanchir quelqu'un des corps métalliques (i), procède 
ainsi : prenant du mercure, de la lessive de chaux, de l'urine, du lait de 
chèvre, du natron et du sel, délaie et blanchis. 

i6. On sait pareillement que les choses qu'il me reste à expliquer (2I, 
c'est-à-dire les diplosis, les teintures et tous les traitements, tendent à un 
seul et même sens, à une seule et même œuvre. Comprends donc, mon 
enfant, le mystère de la préparation de la veuve (3). 

17. Voici comment on élève la vapeur sublimée (4) : prends de l'ar- 
senic (5), fais-le bouillir dans l'eau, et le mettant dans un mortier, pile-le avec 
le stachys et un peu d'huile ; mets le matras et la fiole (6) sur des charbons. 
Au-dessus de l'entrée (du fourneau?) dispose l'appareil. Jusqu'à ce que la 
vapeur s'en aille. Traite la sandaraque de la même façon. 



I. XIV. 



LES MOEURS DU PHILOSOPHE 



Quelles doivent être les qualités morales de celui qui poursuit Vétude 

de la science (7) . 

Celui qui poursuit l'étude de la science doit premièrement aimer Dieu et 
les hommes, être tempérant, désintéressé, repousser le mensonge, toute 
fraude, toute mauvaise action, tout sentiment d'envie, être enfin un sin- 



(i) C'est une recette pour blanchir 
les métaux par amalgamation, analogue 
à l'une des précédentes. 

(2) Ceci semble indiquer l'inten- 
tion de l'auteur d'exposer tout un en- 
semble de recettes, dont ce qui pré- 
cède aurait été seulement le début. 

(3) Isis, veuve d'Osiris. Ce mot mar- 
que la fin de la principale addition. 

(4) Ceci est une recette, ajoutée à la 
suite des précédentes. C'est une subli- 



mation, opérée dans l'alambic, au mo- 
yen des sulfures d'arsenic, mélangés de 
divers produits organiques. 
(5j Orpiment. 

(6) Voir figure 1 1, Introd., p. i32. 

(7) Voit Origines de l'Alchimie, pages 
119, 160 et 206. Ce morceau est attri- 
bué à Démocrite par Cedrenus. Il se 
retrouve avec développement dans 
Geber et les alchimistes arabes. 



LES MŒURS DU PHILOSOPHE 



3? 



cère et fidèle enfant de la sainte, consubstantielle et coéternelle Trinité (i). 
Celui qui ne possède pas ces belles qualités, agréables à Dieu, ou qui ne 
s'efforce pas de les acquérir, celui-là se trompera lui-même, en voulant 
atteindre les choses inaccessibles; il ne fera que se nuire à lui-môme. 



I. XV. 



SUR L'ASSEMBLEE DES PHILOSOPHES 



1. Les philosophes envoyèrent les uns chez les autres en vue de former 
une réunion, attendu qu'une querelle et un grand trouble les avait assaillis ; 
ce trouble venait de l'erreur qui s'est abattue sur le monde en ce qui concerne 
les natures, les corps (2), les esprits i3), touchant la question de savoir si c'est 
au moyen de plusieurs espèces, ou d'une seule, que s'accomplit le mystère (4) . 

2. Le philosophe, répondant clairement des choses connues d'eux, 
s'exprime ainsi : « 11 n'appartient pas à ceux de notre race (5), provenant 
d'une seule espèce, de nous reprocher nos livres et de nous jeter des impré- 
cations à la tête. Relativement à la teinture de l'or que l'on veut obtenir, 
voici ce qui m'a été indiqué par les gens du métier : Si quelqu'un vient 
à exposer les enseignements relatifs à la multiplicité des espèces, il est dans 
l'erreur; car le but poursuivi est autre. Le fourneau est unique, unique le 
chemin à suivre, unique aussi l'œuvre ». 

3. Rien ne conduira au but (même au prix de 5o deniers) (6). Mais le sei- 
gneur Dieu l'a livré gratuitement), à cause des mendiants et des désespérés. 



(i) C'est le langage des Grecs byzan- 
tins de la fin du iv et du v<^ siècle. 

(2) Métaux, corps fixes. 

(3) Corps volatils (v. Introd., p. 247). 

(4) Cela paraît signifier : La transmu- 
tation s'opère-t-elle sur un métal 
unique, dont on change la nature spé- 
cifique; ou bien fabrique-t-on Γογ et 
l'argent, en les composant à la façon 
des alliages, tels que le bronze et le 
laiton? On pourrait encore entendre' 
par là la pierre philosophale. En effet, on 
'lit dans un commentaire sur la Turba 



philosophorum [Bibl. client, de Manget, 
t. I, p. 499) : Multis disputationibus 
Lapidem vel diversis, vel duabus, vel 
unâ tantum re constare, diversis nomi- 
nibus contendunt. — Voir plus haut la 
note 4 de la page 23. 

(5) Il y a là, ce semble, une allusion 
au rôle des Juifs parmi les alchimistes; 
des phrases analogues;, mais plus préci- 
ses, sont attribuées à Marie (Origines 
de Γ Alchimie, p. 56). 

(6) Ce passage est une interpolation 
évidente. Il semble qu'il y ait là un 



38 



INDICATIONS GENERALES 



4. Le philosophe parle ainsi: « Prends dans les chairs {i)la partie jaune, 
car c'est la meilleure parmi les produits macérés (2); et prends la pierre; mets 
sur le feu, et aussitôt après, dans l'eau; puis reprends cette pierre, ainsi 
qu'une partie des chairs macérées, et mets le tout) dans un fourneau solide, 
destiné à faire le verre. Prends l'huile qui surnage la pierre (3), et (alors) la 
pierre demeure à l'état de verre. En prenant le même vinaigre, on possède 
le vinaigre des philosophes (4) ». 



I. xvi. — SUR LA FABRICATION DE L'ASEM '»' 

Prenez du Plomb fusible (6), tiré des minerais lavés. Le Plomb fusible est 
très compact. On le fond à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'il devienne asèm. 
Après avoir obtenu l'asèm, si vous voulez le purifier, projetez dans le creuset 
du verre de Cléopâtre et vous aurez de l'asèm pur. Car le plomb fusible fournit 
beaucoup d'asèm 7). Chauffez le creuset sur un feu modéré et pas très fort. 



débris de quelqu'autre écrit, intercalé 
au hasard. La phrase qui le termine 
peut être rapprochée de certains énon- 
cés, très fréquents chez les alchimistes 
arabes, d'après lesquels la pierre philo- 
sophale était formée de matières qui 
se trouvaient partout, à la disposition 
des plus pauvres : Est vilis in pLiteis 
et iti vus ejectus pedibiis hoini>ium 
calcatur et ab uno qtioque paupere 
potest acquiri. (Avicen.ne, dans Bibl. 
Chem. de Manget, t. I, p. 633, — voir 
aussi p. 935). 

(1) L'auteur se sert ici du langage 
symbolique des parties du serpent (v. 
p. 23). Le mot chair signifie quelque 
matière insoluble dans les liqueurs 
employées, matière colorée en jaune 
ou en rouge. 

(2) Il y a dans le grec un jeu de mot 
symbolique, relatif à l'embaumement 
des corps humains. 

(3) Il semble qu'il s'agisse d'un fon- 



dant liquéfié, qui coule à la surface du 
métal dans le creuset. 

(4) Vinaigre des philosophes, ou eau 
mercurielle qui dissout les métaux. 
Cette dernière phrase ne semble pas 
faire suite à ce qui précède. — La pre- 
mière partie de l'article XV est relati- 
vement claire ; mais la fin est trop 
vague pour offrir un sens précis : c'est 
une addition de copiste. 

(5) iM. fol. 106. Il y a deux titres; 
le signe du second est celui de l'ar- 
gent. 

(6) Le signe traduit ici par fusible 
est celui de l'eau. S'agit-il de l'amal- 
game de la page 34 ? Cette recette et 
celles qui suivent sont des recettes 
techniques, positives, analogues à celles 
du Papyrus de Leide. 

(7) Entendre par asèm un alliage 
' de plomb et d'argent (voir les recettes 

du Papyrus de Leide, Introd., p. 65). 



FABRICATION DU CINABRE 



39 



2. Fabrication de Vasèm. — Prenez de l'étain ( i), fondez-le, et après cinq 
fusions, jetez du bitume à sa surface dans le creuset. Chaque fois que vous 
le refondrez, coulez-le dans du sel ordinaire, jusqu'à ce qu'il devienne un 
asèm parfait et abondant. Si vous voulez l'employer pour un travail 
d'Eglise (2), opérez entre le moment de la fusion et celui du durcis- 
sement. 

3 . Fabrication de Vasèm. — On le tire du plomb ordinaire purifié; comme 
il est dit sur la stèle d'en haut. Il faut savoir que cent livres de plomb 
ordinaire fournissent dix livres d'asèm. 



I. xMi. — FABRICATION DU CINABRE 

1. On met dans un mortier une livre de soufre apyre et deux livres 
de mercure; on les broie ensemble pendant un jour. On introduit le tout 
dans un alambic de verre; on en ferme l'orifice avec un lut charbonneux, 
capable de résister au feu, épais de trois doigts. On soumet ce vase à l'ac- 
tion du feu, pendant 6 à 9 heures. Après ce traitement, vous trouverez une 
masse agglomérée, d'apparence ferrugineuse. Broyez-la à plusieurs reprises 
avec de l'eau, pour obtenir une couleur dorée. Car plus vous broierez, 
plus elle deviendra jaune. Le soufre apyre rend fixes les matières vola- 
tiles. 

2. Sur le cinabre. — 11 faut savoir que la régénération (du mercure au 
moyen) du cinabre se fait au moyen de l'huile de natron (3). On fond sur 
un feu léger, comme vous le comprenez bien. 

3. Autre article sur le cinabre ^4 . — Il faut savoir que la magnésie (5) 



(i) S'agit-il de notre étain moderne ? 
ou bien de cet alliage de plomb 
et d'argent, désigné par Pline sous 
le nom de Stannum? (Introduction, 
p. 25o). 

(2) Addition d'un copiste praticien; 
à moins qu'il ne faille lire Ι/.πλάσεω;, 
(œuvre de) moulage, au lieu de Ελ•/.λη- 
σίας. 



(3) Emploi de la soude pour réduire 
le sulfure de mercure. 

(4) Dans ce §, cinabre signifie la san- 
guine, ou hématite, et non le sulfure 
de mercure. 

(5) Le mot de magnésie désigne ici le 
minerai de fer magnétique, employé à 
la fois dans la fabrication du verre et 
dans celle des armes. 



40 



INDICATIONS GENERALES 



du verrier est de la nature de celle de l'Asie, au moyen de laquelle le verre 
reçoit des teintures ; c'est avec elle que se fabriquent le fer de l'Inde et les 
épées merveilleuses. 



I. xMii. — DIPLOSIS DE MOÏSE '*' 

Cuivre de Calais (2), i once; arsenic, soufre apyre, i once, et plomb (3) 
natif, I once; sandaraque décomposée, i once. Broyez dans l'huile de rai- 
fort, avec du plomb, pendant trois Jours. Mettez dans Yacniadion (vase de 
grillage) et placez sur des charbons, jusqu'à désulfuration; puis retirez, et 
vous trouverez votre produit. De ce cuivre, prenez i partie et 3 parties 
d'or; faites fondre, en poussant vivement la fusion, et vous trouverez le 
tout changé en or, avec l'aide de Dieu. 



I. x,x. _ DIPLOSIS D'EUGENIUS ^ 

Cuivre brûlé, 3 parties; or, i partie. Faites fondre, et ajoutez de l'arsenic. 
Faites brûler et vous trouverez le produit ramolli. Ensuite broyez dans du 
vinaigre, pendant 7 jours, au soleil. Puis, après avoir desséché, faites fondre 
de l'argent, et quand il est à point (5), projetez-y cette composition : vous 
trouverez l'argent à l'état d'électrum. Mélangez au produit de l'or, à 
parties égales, et vous aurez un bel or pur. 



(i) Voir Introd.,p. 61. C'est un pro- 
cédé pour fabriquer de l'or à bas titre; 
aussi bien que le procédé suivant. 

(2) Voir Lexique Alchimique, p. 9 . 

(3) Le signe du plomb est parfois le 
même que celui du soufre : Introd., 
p. 102. — Voir aussi dans le Lexique, 
p. S et 9, deux des articles : Eau de 



soufre, p. 9, l'article Soufre blanc ; et 
p. i3, l'article Osiris. 

(4) Ce nom ne reparaît pas ailleurs 
dans nos ouvrages alchimiques. — Il 
rappelle celui du rhéteur païen, pro- 
clamé empereur par Arbogaste et mis 
à mort par Théodose en 394. 

(5) J'adopte γελάσαντ•.. 



LE LABYRINTHE DE SALOMON 



41 



1. XX. — LE LABYRINTHE 

QUE SALOMON AVAIT FAIT CONSTRUIRE (1) 

As-tu entendu parler, e'tranger, d'un labyrinthe dont Salomon forma le 
plan dans son esprit et qu'il fit construire avec des pierres rassemblées en 
rond? Ce dessin en représente la disposition, la forme et la complication, 
tracées par des lignes fines, d'une façon rationnelle. En voyant ses mille cir- 
cuits, de l'intérieur à l'extérieur, ses routes sphériques qui reviennent en 
rond, de çà et de là, sur elles-mêmes, apprends le cours circulaire de la vie, 
te manifestant ainsi les coudes glissants de ses chemins brusquement repliés. 
Par ses évolutions sphériques, circulaires, il s'enroule subtilement en cor- 
dons composés; de même que le serpent pernicieux, dans ses replis, rampe 
et se glisse, d'une façon tantôt manifeste, et tantôt secrète. 

Il a une porte placée obliquement et d'un accès difficile. Plus tu accours 
du dehors, en voulant t'élancer, plus lui-même, par ses détours subits, 't'jen- 
gage à l'intérieur, vers la profondeur où se trouve la sortie. Il te séduit 
chaque jour dans tes courses; il se joue et se moque de toi par les retours de 
l'espérance ; comme un songe qui t'abuse par des visions vaines, jusqu'à ce 
que le temps qui règle la comédie se soit écoulé, et que le trépas, hélas ! 
réglant tout dans l'ombre, t'ait reçu, sans te permettre de réussira atteindre 
la sortie. 



(i) Voir la figure 3o, Introd., p. ibj. 
— Ce labyrinthe est une œuvre caba- 
listique du moyen âge, qui n'appartient 



pas à la vieille tradition des Alchi- 
mistes 2recs. 



DEUXIEME PARTIE 



TRAITÉS DÉMOCRITAINS 



A2> 



II. 1. 



DEMOCRITE 



QUESTIONS NATURELLES ET MYSTÉRIEUSES 

I. Mettez dans une livre de pourpre, un poids de deux oboles de scories 
de fer, macérées dans sept drachmes d'urine, posez sur le feu jusqu'à ébulli- 
tion. Puis, enlevant du feu la décoction, mettez le tout dans un vase. Reti- 
rant d'abord la pourpre, versez la décoction sur la pourpre et laissez trem- 
per une nuit et un jour. Puis, prenant quatre livres de lichen marin (i), 
versez de l'eau de façon qu'il y ait au-dessus du lichen quatre doigts d'eau, 
et tenez (le mélange dans cet état) jusqu'à ce qu'il s'épaississe; filtrez alors, 
faites chauffer et versez sur la laine disposée d'avance. Foulez ce qui est trop 
lâche, de façon que le jus pénètre la laine à fond ; puis laissez deux nuits et 
deux jours. Prenez ensuite et faites sécher à l'ombre ; déversez le jus. 

Puis reprenez le même jus et, dans deux livres de ce jus, mettez de l'eau, 
de façon à reproduire la première proportion. Tenez de même (le mélange 
dans cet état), jusqu'à ce qu'il s'épaississe ; puis l'ayant filtré, mettez-y de la 
laine, comme tout d'abord, et laissez une nuit et un jour. Prenez ensuite 
et rincez dans l'urine, puis séchez à l'ombre. 

Prenez de l'orcanette (2), broyez; mettez quatre livres d'oseille et faites 



(1) Orseille. 

(2) Ici commence un second procédé 
de teinture en pourpre, indépendant du 
premier. On procède cette fois au 
moyen delà Laccha. — Le mot orcanette 



estindiqué comme traduction commune 
pour les mots laccha et anchusa, par les 
dictionnaires (Voir aussi Saumaise, Pli- 
nianœ exercitationes). 

Dans la recette g6 des Papyrus de 



44 TRAITES DEMOCRITAINS 

bouillir avec de l'urine, jusqu'à ce que l'oseille soit délayée; ayant filtré 
Peau, mettez Torcanette, faites cuire jusqu'à épaississement et, ayant filtré 
à nouveau l'orcanette, mettez la laine. Ensuite lavez avec l'urine, et après 
cela avec de l'eau. Faites sécher de même à l'ombre. Exposez aux vapeurs 
des algues marines la laine trempée dans l'urine, pendant 2 jours. 

2. Voici ce qui entre dans la composition de la pourpre : l'algue qu'on 
appelle fausse pourpre (i), le coccus (2), la couleur marine (3), l'orcanette (4) 
de Laodicée, le cremnos (5), la garance d'Italie, le phyllanthi on d'Occident (6), 

le ver à pourpre (7;, tiré de , le rose d'Italie. Ces couleurs ont été 

estimées entre toutes par nos prédécesseurs. Celles qui ne donnent pas de 
teinture fixe sont de nulle valeur. Telles sont la cochenille de Galatie, la 
couleur d'Achaie, qu'on appelle laccha, celle de Syrie qu'on appelle 
rhizion, le coquillage et le double coquillage de Libye, la coquille 
d'Egypte de la région maritime qu'on appelle pinna, la plante appelée 
isatis, et la couleur de la Syrie supérieure que Ton appelle murex. Ces cou- 
leurs ne sont pas solides, ni estimées parmi nous, excepté celle de l'isatis (8^ 

3. Ayant recueilli ces notions de notre maître précité, et connaissant la 
diversité de la matière, nous nous sommes efforcés de faire concorder les 
natures. Mais, notre maître étant mort avant que nous fussions initiés, et 
dans un temps où nous nous occupions encore de la connaissance de la 
matière, on nous dit qu'il fallait essayer de l'évoquer de l'Hadès. Et je 
m'efforçais d'atteindre ce but, en l'invoquant directement par ces mots : Par 



Laide [Introd., p. 48) ; il y a aussi deux 
procédés parallèlesde teinture, l'unavec 
l'orseille, l'autre avec l'orcanette. Ces 
deux matières différentes formaient- 
elles la base des teintures doubles 
(étoffes ciôasot, dont parlent les anciens 
auteurs)? ou bien celles-ci étaient-elles 
exécutées avec une même matière? La 
description ci-dessus, reproduisant deux 
fois le traitement avec l'orseille, est 
plutôt favorable à la seconde opinion. 
(i) Mot à mot : faux coquillage. 

(2) Sorte de cochenille. 

(3) Orseille. 

(4) Anchusa. 



(5) Matière inconnue : 
(b) Ou des plongeurs - 

(7) Voir Salmasii Plinianœ exer- 
citationes, p. 192, b, Ε et F. et pages 
suivantes (1689). 

(8) Ce qui précède est le fragment 
de divers procédés de teinture en pour- 
pre, tirés des notes de quelque teintu- 
rier et analogues aux recettes du Papy- 
rus de Leide {Introd., p. 48). Puis 
vient un morceau magique, suivi d'un 
fragment alchimique : v. Origines de 
l'Alchimie, p. 1 5o. — La traduction 
actuelle du premier fragment a été 
soumise à une révision nouvelle. 



DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES 



43 



quels dons récompenses-tu ce que j"ai fait pour toi ? Après ces mots, je 
gardai le silence. Comme je l'invoquais à plusieurs reprises, lui demandant 
comment je pourrais faire concorder les natures, il me dit qu'il lui était 
difficile de parler sans la permission du Démon (génie). Et il prononça 
seulement ces mots : « Les livres sont dans le Temple. ■> 

Retournant au Temple, je me mis à chercher si je pouvais être mis en pos- 
session des livres ; car il ne m'avait pas parlé de ces livres de son vivant, étant 
mort sans avoir fait de dispositions testamentaires. II avait, à ce qu'on prétend, 
pris un poison pour séparer son âme de son corps ; ou bien, à ce que dit son 
fils, il avait avalé du poison par mégarde. Or, avant sa mort, il comptait mon- 
trer les livres à son fils seulement, quand celui-ci aurait dépassé le premier 
âge. Aucun de nous ne savait rien de ces livres. Comme après avoir fait 
des investigations nous n'avions rien trouvé, nous nous donnions un mal 
terrible (pour savoir) comment s'unissent et se confondent les substances et 
les natures. Mais lorsque nous eûmes opéré les compositions de la matière, 
le temps étant venu d'une cérémonie dans le Temple, nous fîmes un festin 
en commun. Donc, comme nous étions dans le naos, tout d'un coup, une 
certaine colonne s'ouvrit, mais nous n'y vîmes rien à l'intérieur. Or, ni lui, 
ni personne ne nous avait dit que les livres de son père y eussent été dépo- 
sés. S'étant avancé, il nous conduisit à la colonne ; nous étant penchés, 
nous vîmes avec surprise que rien ne nous avait échappé, saufi cette for- 
mule précieuse que nous y trouvâmes : 

« La nature jouit de la nature ; la nature triomphe de la nature ; la nature 
maîtrise la nature. » 

Nous fûmes très surpris qu'il eût rassemblé en si peu de mots tout son écrit. 

« Je viens (il moi aussi apporter en Egypte le traité sur les (questions) 
naturelles, afin que vous vous éleviez au-dessus de la curiosité du vul- 
gaire [2) et de la matière confuse. » 



(i) Ceci paraît être le vrai commen- 
cement du traité du Pseudo-Démocrite ; 
ce qui précède représentant des lam- 
beaux surajoutés. Le traité même est 
constitué par les deux livres sur le blanc 
et le jaune, c'est-à-dire l'Argyropée 



et la Chrysopée, dont parle Synésius. 
(2) Cette expression semblait consa- 
crée dans les expositions de doctrine 
secrète : 3:ά τήν των -ολλών -ιοιζ^γ.χ'/, dit 
aussi le Papyrus V de Leide, col. 12, 
1. 18 (Introd., p. 10). 



46 



TRAITES DEMOCRITAINS 



CHRYSOPEE 

4. Prenant du mercure, fixez-le avec le corps métallique(i) de la magnésie (2), 
ou avec le corps métallique ( i ) de l'antimoine d'Italie, ou avec du soufre apyre , 
ouavecdela sélénite, ou avec de la pierre calcairecuite, ou avec l'alun de Milo, 
ou avec l'arsenic (3), ou comme vous l'entendrez. Mettez la terre blanche 
(ainsi préparée) sur du cuivre et vous aurez du cuivre sans ombre (4). Ajou- 
tez de l'argent jaune (5) et vous aurez de l'or ; avec l'or (le résultat) sera 
du chrysocorail (6) réduit en corps (métallique). 

Le même effet s'obtient avec l'arsenic jaune (7) et la sandaraque (8) 
traitée convenablement, ainsi qu'avec le cinabre tout à fait transformé. Le 
mercure seul produit le cuivre sans ombre. La nature triomphe de la na- 
ture (9). 



(i) Métal réduit de ses minerais, ou 
autres composés. 

(2) Ce mot signifiait à l'origine la 
pierre magnétique ; mais dans le Le- 
xique, il est traduit par : plomb blanc, 
pyrite, antimoine femelle (sulfure d'an- 
timoine en grands cristaux), cadmie 
(oxyde de zinc impur, mêlé de cuivre). 
Il désignait aussi l'étain et l'alliage du 
cuivre et du plomb. Les sens multiples 
de ce mot ont été donnés dans V Intro- 
duction, p. 255. Il semble en particu- 
lier qu'il s'appliquât à tout minerai 
noir ou blanc, susceptible de fournir 
par sa réduction un métal, un alliage, 
ou un amalgame, blanc et fusible. 

(3) Sulfure d'arsenic : soit l'orpiment. 

(4) C'est-h-dire désoxydé, blanchi et 
amené à un éclat uniforme. D'après 
le Lexique, p. 6 : le cuivre couvert 
d'ombre, c'est la fleur de cuivre (pro- 
toxyde, sous-sels, vert-de-gris), (/«iroi., 

p. 232.) 

(5) Ou plutôt de l'Electrum, d'après 
le signe de B. 

(6) Autrement dit coquille d'or, ex- 
pression encore usitée en orfèvrerie. 



(7) Orpiment. 

(8) Réalgar. 

(9) Voici quelle paraît être la signifi- 
cation générale des recettes de ce para- 
graphe. Faites avec le mercure un amal- 
game, ou éteignez le avec une substance 
quelconque. Puis étendez le produit 
(terre blanche) sur le cuivre ; celui-ci 
deviendra d'un éclat argentin uniforme. 

Cette terre ou pâte blanche est encore 
désignée sous le nom d'amalgame fusi- 
ble, et de préparation blanche, à la fin 
de la lettre i'Isis à Horus, ρ . 34. 

Les composés arsenicaux peuvent 
aussi blanchir le cuivre par sublimation ; 
de même le cinabre, soit à chaud, soit 
en le décomposant par quelque artifice. 
Enfin le cuivre blanchi à la surface 
peut être doré ensuite par un traite- 
ment convenable, au moyen de l'élec- 
trum, ou de l'or en feuilles, ou en poudre 
(coquille d'or). 

Il s'agirait donc en fait d'un procédé 
d'argenture apparente du cuivre, précé- 
dant une dorure superficielle : ce qui 
est conforme aux analogies tirées du 
Papyrus de Leide. ITntrod., p. 56.) 



DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES 



47 



5. Traitez la pyrite d'argent, que l'on nomme aussi sidérite, suivant Tu- 
sage, de manière à la rendre tluide. Or, on la rendra fluide au moyen de 
la litharge grise, ou de lablanclie, ou au moyen deTantimoinc d'Italie. Puis 
saupoudrez avec du plomb (je ne dis pas simplement avec du plomb, pour 
que vous ne fassiez pas d'erreur, mais avec le plombde Coptos) et avec notre 
litharge noire, ou comme vous l'entendrez. Faites chauffer, puis mettez dans 
la matière du jaune factice et teignez (i). La nature jouit de la nature. 

6. Traitez la pyrite jusqu'à ce qu'elle devienne incombustible (2), après 
ayoir perdu sa couleur noire. Traitez-la avec la saumure, ou avec Furine 
non corrompue, ou avec l'eau de mer, ou avec l'oxymel, ou comme vous Ten- 
tendrez, et faites cuire jusqu'à ce qu'elle devienne pareille aux paillettes 
d'or qui n'ont pas subi l'action du feu. Cela réalisé, mêlez-y du soufre 
apyre ou de l'alun jaune, ou de l'ocre attique, ou ce qui vous conviendra. 
Puis ajoutez de l'argent, pour avoir de l'or ; et de l'or, pour avoir la coquille 
d'or. La nature domine la nature (3). 

j. Fabrication de l'or jaune. — Prenant duclaudianos (4), rendez-lebrillant 
et traitez-le selon l'usage, jusqu'à ce qu'il devienne jaune. Par conséquent 
jaunissez-le (pour jaunir je ne parle pas de la pierre, mais de la partie utile 
de la pierre) (5). Or vous jaunirez avec l'alun décomposé, avec le soufre, ou 
avec l'arsenic, ou avec la sandaraque, ou avec le calcaire, ou avec ce que 
vous voudrez. Et si vous ajoutez ce composé à l'argent, vous obtiendrez de 
l'or; si vous l'ajoutez à l'or, vous obtiendrez de la coquille d'or (6). La 
nature victorieuse domine la nature. 



(i) Cette recette paraît signifier que 
l'on doit traiter un minerai d'argent 
(argent sulfuré, couleur gris d'acier) 
par la litharge et le plomb (ou l'anti. 
moine), de façon à obtenir un alliage; 
puis on colore cet alliage en jaune, à 
l'aide d'une matière non définie ici. 

(3) C'est-à-dire grillez, jusqu'à désul- 
furation et disparition de la couleur gris 
d'acier du sulfure d'argent, ou analogue. 

(3) Cette recette paraît exprimer le 
grillage de la pyrite argentifère, suivie 
de traitements par des liqueurs renfer- 



mant du chlorure de sodium. Finale- 
ment, on prépare un alliage couleur 
d'or, et renfermant soit de l'argent, 
soit une certaine dose d'or, associés au 
cuivre et à d'autres métaux. 

(4) Alliage du plomb avec le cuivre, 
l'étain, le zinc, etc. [Introd., p. 244, et 
Lexique, p. 10). 

(5) Glose d'un copiste, intercalée 
dans le texte. 

(u)Cette recette a pour objet la fabri- 
cation d'un alliage couleur d'or, avec le 
concours de l'arsenic (Introd., p. 67). 



48 



TRAITES DEMOCRITAINS 



8. Rendez le cinabre (i) blanc au moyen de l'huile, ou du vinaigre, ou du 
miel, ou de la saumure, ou de Palun (2); puis jaune au moyen du misy, 
ou du sory (3), ou de la couperose, ou du soufre apyre. ou comme vous 
Tentendrez. Jetez (le mélange) sur de l'argent et vous obtiendrez de l'or, 
si vous avez opéré la teinture en vue de l'or; ou de l'electrum, si vous avez 
opéré sur du cuivre (4). La nature jouit de la nature. 

9. Faites blanchir selon l'usage la cadmie de Chypre, je parle de celle qui 
a été affinée. Ensuite faites-la jaunir; or vous la jaunirez avec de la bile de 
veau, ou de la térébenthine, ou de l'huile de ricin, ou de raifort, ou avec des 
jaunes d'œufs, toutes substances pouvant la jaunir ; puis jetez le mélange 
sur de l'or. Car l'or s'obtiendra au moyen de l'or et de la liqueur d'or. La 
nature triomphe de la nature (5). 

I o. Traitez l'androdamas (6) avec du vin âpre au goût, ou de l'eau de mer, 
ou de l'urine, ou de la saumure, toutes substances pouvant éteindre sa force 
naturelle. Délayez avec de l'antimoine de Chalcédoine, puis traitez de nou- 
veau avec de l'eau de mer, ou de la saumure pure, ou mêlée de vinaigre. 
Lavez jusqu'à ce que la couleur noire de l'antimoine ait disparu (7). Faites 
griller ou cuire, jusqu'à ce que la matière ait jauni (8); puis faites bouillir 
dans l'eau du soufre natif (9). .Jetez sur l'argent et, lorsque vous aurez mis du 
soufre apyre, vous obtiendrez de la liqueur d'or (lo). La nature domine la nature. 



(i) S'agit-il du sulfure de mercure, ou 
bien du minium ? (V. Introd., p. 244). 

(2) Un commentateur du xv siècle a 
écrit en marge une interprétation mys- 
tique. (1 L'alun, et l'éther, et le mer- 
cure, et le cuivre sans ombre. » 

(3) Minerais de cuivre. Voir Introd., 
p. 242. 

{4) Dans cette recette, il s'agit d'un 
vernis couleur d'or (Introd., p. Sg). 

(5) C'est une recette de vernis pour 
teindre superficiellement en or ; ou pour 
modifier la couleur d'un objet d'or. 

(6) D'après le Le.viqiie, p. 9 ; Pyrite 
et arsenic, c'est-à-dire pyrite arsenicale. 
M et A mettent e•" marge le signe de 
l'or, qui se rappo Ί couleur de ces 
substances: du moms à l'origine de ces 



recettes, et tant qu'elles ont eu un ca- 
ractère pratique ; car plus tard les com- 
mentateurs les ont entendues dans un 
sens mystique. 

(7) Les sulfures métalliques sont 
changés par là, en vertu d'une oxydation 
lente, en oxysulfures, et sels basiques. 

(8) Formation d'oxysulfures. 

{9) Polysulfure de calcium, ou ana- 
logue, d'après le papyrus de Leide. 
(Introd., p. 68). Mais le sens du mot 
est plus compréhensif d'après le Le- 
xique, p. 8 et 9. 

(10) C'est-à-dire teignant l'argent en 
or, par une sulfuration superficielle. — 
Une recette analogue se trouve dans le 
papyrus de Leide, à la suite de l'article 
sur l'eau de soufre {Introd., p. 47I. 



DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES 



49 



11. Prenant de la terre blanche, j"entends celle que l'on tire de la céruse, 
et des scories d'argent (i), ou de l'antimoine d'Italie; puis de la magnésie, 
ou encore de la litharge blanciie, faites blanchir. Or vous faites blanchir 
(cette terrel avec de l'eau de mer ou de la saumure adoucie, ou de l'eau du 
ciel : j'entends en l'exposant à la roséç et au soleil, de façon que (cette terre) 
réduite en poudre devienne blanche comme la céruse. Faites fondre et mettez 
deladeur de cuivre (2) et de la rouille raclée (je parle de celle qui a subi le trai- 
tement) ; ou bien du cuivre brûlé très altéré, ou de la chalcite; et jetez-y du 
bleu (3), jusqu'à ce que la matière devienne solide et compacte, elfet qui sera 
facilement obtenu. Ce que l'on obtient ainsi, c'est le molybdochalque (4). 
Assurez-vous si le produit est d'une teinte claire: s'il n'en est pas ainsi, ne 
vous en prenez pas au cuivre, mais plutôtà vous-même, vu que vous n'aurez 
pas fait une bonne opération. Préparez donc un métal de teinte claire, divi- 
sez-le et ajoutez les substances capables de le jaunir; cuisez, jusqu'à ce que 
la couleur jaune soit obtenue. Ajoutez-en dans toute espèce de corps métal- 
lique, ; car le cuivre de teinte claire, en devenant jaune, teint toute espèce 
de corps (5). La nature triomphe de la nature. 

12. Délayez avec du soufre apyre, du sory et de la couperose. Le sory 
est une matière bleuâtre, rugueuse, que l'on trouve toujours dans le misy : on 
l'appelle couperose verte (6j. Faites le cuire sur un feu modéré pendant 
Trois jours, jusqu'à ce qu'il devienne jaune (7). Jetez-le sur le cuivre, ou sur 
l'argent fabriqué par nous, et vous aurez de l'or (8). 

Déposez le métal réduit en feuilles dans du vinaigre, de la couperose, du 
misy, de l'alun, du sel de Cappadoce, du natron roux, ou ce que vous 
voudrez, pendant trois ou cinq ou six jours, jusqu'à ce qu'il se forme de la 



(i) Après coupellation. 

(2) Voir DioscoRiDE, Mat. ηιέά.,Υ, 88. 
— Ce mot désigne un protoxyde de 
cuivre impur et dessoas-sels. [Inirod., 

p. 232). 

(3) Azurite, hydrocarbonate de cuivre 
ou corps analogues. (Iiitrod., p. 243). 

(4) Alliage de cuivre et de plomb (par- 
fois avec antimoine, etcj. — Ce qui pré- 
cède en décrit la préparation avec assez 
de clarté. 



(5) Ceci est une recette d'alliage 
jaune (bronze ou laiton), à base de 
cuivre et de plomb (et d'antimoine). 

(6) Sulfate de protoxyde de fer, 
probablement mêié de sulfate de cui- 
vre. 

(7) Le sulfate de fer se change ainsi 
en sel basique de peroxyde. 

(8) C'est-à-dire que le métal sera teint 
à la surface d'une couleur dorée. 



5ο 



TRAITES DEMOCRITAINS 



rouille, puis teignez (i). Car la couperose fait de Tor avec la rouille. La 
nature jouit de la nature. 

i3. Mélange pour la teinture. Traitez la chrysocolle de Macédoine (2), qui 
ressemble à la rouille de cuivre, en (la) délayant dans l'urine de génisse. 
Jusqu'à ce qu'elle soit transformée. Car la nature est cachée à l'intérieur 
(des substances). Quand la chrysocolle sera transformée, plongez la dans 
l'huile de ricin, en faisant passer au feu à plusieurs reprises et en teignant. 
Ensuite mettez cuire avec de l'alun, après avoir préalablement délayé avec 
du misy, ou du soufre apyre; jaunissez et teignez tout le métal en or (3). 

14. Ο natures productrices des natures (4), ô natures majestueuses qui 
triomphez des natures par les transformations, ô natures qui charmez les 
natures d'une façon surnaturelle 1 Telles sontdonc les choses qui concernent 
la grande nature. Il n'y a pas d'autres natures supérieures à celles-ci, dans 
les teintures ; il n'en est pas d'égales, ni d'inférieures. Toutes ces choses sont 
exécutées au moyen de la dissolution. O mes confrères en prophétie, je 
sais que vous n'avez pas été enclins à l'incrédulité, mais à l'étonnement; 
car vous connaissez la puissance de la matière. Tandis que les jeunes 
gens sont embarrassés et n'ajoutent pas foi à ce qui est écrit, parce qu'ils 
sont dominés parleur ignorance de la matière; ne sachant pas que les 
enfants des médecins, lorsqu'ils veulent préparer un médicament propre 
à guérir, n'entreprennent pas de le faire avec un élan inconsidéré; mais 
ils essaient d'abord quelle substance est chaude, quelle autre réunie à celle- 
ci opère un mélange moyen; quelle substance est froide ou humide, et dans 
quelle condition elle doit être pour favoriser un mélange moyen. Et c'est 
de cette façon qu'ils préparent le médicament qu'ils destinent à la guérison. 

i5. Mais ceux-ci, qui se proposent de préparer la cure de l'âme et la déli- 
vrance de toute peine, ne s'aperçoivent pas qu'ils seront embarrassés en procé- 
dant par un élan dénué de discernement etde raison. En effet, croyant que nous 



(i) Cette phrase se rapporte à une 
autre recette, probablement celle de 
l'affinage de l'or par voie sèche. (V. In- 
trod., p. 14 à 16.) 

(2) Chrysocolle signifie h la fois 
alliage d'or pour soudure, et ma- 



lachite. [V. Introduction, page 243.) 

(3) Il semble qu'il s'agisse d'un affi- 
nage superficiel, par cémentation de 
l'alliage d'or. 

(4) Le charlatan enthousiaste reparaît 
ici. 



DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES 



5l 



tenons des discours fabuleux et non symboliques, ils ne font aucune épreuve 
des espèces : de manière à voir par exemple si telle espèce est bonne pour 
nettoyer, telle autre accessoire ; telle bonne pour teindre, telle pour produire 
la combinaison complète ; si telle convient pour donner du brillant; tandis 
que telle autre est à éviter par rapport au brillant. Ils ne cherchent pas si telle 
substance ressortira du fond (de la matière teinte) ; si telle autre résistera 
au feu, et si telle autre par son adjonction rendra le corps plus résistant au 
feu. Ainsi, par exemple, comment le sel nettoie la surface du cuivre et même 
ses parties internes ; et comment il rouille (i)les parties externes, après le dé- 
capage, et même les parties internes. Et ensuite, comment le mercure blanchit 
les parties externes du chrysochalque et les nettoie, et comment il blanchit 
les parties internes ; comment il est éliminé à la surface et comment il sera 
éliminé des parties internes. Si les jeunes gens étaient exercés dans ces 
matières, ils n'échoueraient pas dans les préparations entreprises précipi- 
tamment. Car ils ne savent pas qu'une seule espèce transforme jusqu'à 
dix espèces de natures contraires. En effet une goutte d'huile suffit à faire 
disparaître une grande quantité de pourpre, et un peu de soufre peut brûler 
beaucoup d'espèces. Voilà ce que nous avions à dire sur les substances 
sèches, et comment il faut donner son attention à ce qui est écrit. 

i6. Maintenant, parlons des liqueurs. Prenant de la rhubarbe pontique, 
broyez-la dans du vin aminéen de saveur âpre. Amenez en consistance ci- 
reuse, étendez sur la feuille d'argent [2], afin de produire l'or (3). Donnez 
l'épaisseur de l'ongle et servez-vous d'une couche encore plus mince de la 
préparation , placez-la dans un vase neuf, luté de toutes parts; faites chauf- 
fer doucement jusqu'à pénétration jusqu'au centre de la feuille. Puis met- 
tez la feuille métallique (4) dans le reste de la préparation. 

Délayez dans le vin prescrit pour cet usage, jusqu'à ce que la liqueur s'épais- 
sisse. Mettez-y aussitôt la feuille, avant qu'elle ne soit encore refroidie. Laissez 



(i) Par une action immédiate, il dé- 
cape ; tandis que par un contact et une 
action prolongés, il détermine la for- 
mation d'une rouille (oxychlorure de 
cuivre). Tout ceci est assez clair. 

(2) Il s'agit ici de teindre en or l'argent 
([ir|vr)), à l'aide d'une couleur appliquée 



a sa surface (v. Papyrus de Leide et 
Introduction, p. 6). Il en est de même 
du procédé suivant. 

(3) C'est-à-dire la couleur d'or super- 
ficielle, ou vernis. 

(4) Que vous voulez teindre. 



52 



TRAITES DEMOCRITAINS 



rimbibition se taire. Puis prenant (la feuille], fondez et vous trouverez de l'or. 
Si la rhubarbe est ancienne, mêlez-y une égale quantité de chélidoine, 
que vous aurez préalablement macérée selon l'usage; en effet la chélidoine a 
de l'affinité pour la rhubarbe. La nature jouit de la nature. 

17. Prenez du safran de Cilicie(i)•, délayez les fleurs de safran dans le jus 
de la vigne prescrit pour cet usage et faites une liqueur, à la manière ordi- 
naire. Trempez-y l'argent en feuilles, jusqu'à ce que la couleur vous 
plaise. Et si c'est une feuille de cuivre, cela vaudra mieux : puritiez le 
cuivre au préalable, suivant l'usage. Puis prenant de la plante aristolo- 
che, deux parties ; du safran et de la chélidoine, une dose double : mettez 
en consistance de cire et, après avoir enduit la feuille, travaillez suivant 
la première marche : vous serez surpris du résultat. 

En effet le safran de Cilicie a la même action que le mercure; comme 
le cassia a la même action que la cannelle. La nature triomphe de la nature. 

18. Prenant notre plomb rendu peu fusible (2), au moyen de la terre de 
Chio, de la pierre de Paros et de l'alun ; faites-le fondre sur un feu de 
paille et projetez sur de la pyrite. 

Prenez (d'autre part) le safran, le carthame, la fleur d'œchomène (3), la 
chélidoine, le marc de safran et raristoloche; délayez-les dans du vinaigre très 
fort et faites une liqueur, suivant l'usage; puis laissez le plomb s'imbiber dans 
de la rhubarbe, et vous trouverez de l'or (41. Que la composition contienne 
aussi un peu de soufre. La nature domine la nature. 

19. Cette matière de la Chrysopée, accomplie par des opérations naturelles, 
est celle de Pamménès, qui l'enseigna aux prêtres en Egypte. Or ne vous 
étonnez pas si une seule espèce accomplit un tel mystère (5). Ne savez-vous 
pas que la multiplicité des préparations, même avec beaucoup de temps et 



(i) Dans les ms. Aet Β il y a au-dessus 
le signe du mercure (arsenic métallique). 
Peut-être s'agit-il d'un composé arseni- 
cal. En effet le mot safran a été appliqué 
jusqu'à notre temps à divers composés 
minéraux jaunes : safran de Mars signi- 
fie un oxyde ou sel basique de fer ; safran 
des métaux, un oxysulfure d'antimoine. 
— Misy cru signifie aussi safran, d'après 



la Chimie de Moïse (publiée plus loin). 

(2) 'Voir Introd., p. 28, l 's^ recette du 
Papyrus de Leide; — p. 35, 24" recette; 
p. 44, 84" recette. 

(3) Echomène dans le Lexique. — 
Basilic ? — (Lexique, p. 8, note). 

(4) C'est encore une recette pour ver- 
nir en couleur d'or la surface des métaux. 

(5) Voir I, XV, p. 37. 



DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES 



53 



de peine, ne ressoude pas la fracture du fer; tandis que l'excrément 
humain (i) ν réussit aussitôt. Dans les maladies qui exigent l'emploi des 
caustiques, la multiplicité des remèdes ne sert à rien; tandis que la chaux 
vive seule, mise en œuvre convenablement, guérit la maladie. Souvent la 
variété des traitements dans l'ophthalmie a pour effet de faire du mal; tan- 
dis que le nerprun épineux est une plante qui réussit bien, dans toute affec- 
tion de ce genre. Il faut donc dédaigner cet ensemble de matières vaines et 
intempestives et se servir des seules substances naturelles (convenables) (2). 
Maintenant jugez d'après cela si quelqu'un peut accomplir l'œuvre, sans 
les natures exposées précédemment. Mais si l'on ne peut rien faire sans 
elles, pourquoi aimons-nous cette fantaisie de matières diverses ? Pourquoi, 
chez nous, ce concours de nombreuses espèces tendant au même résultat, 
étant donné qu'une seule nature triomphe du Tout ? 

Voyons la composition des espèces, en vue de l'Argyropée. 

FABRICATION DE l'aSÈM (3) 

20. Fixezsuivantl'usage le mercure (4Uiré de l'arsenic ou de la sandaraque, 
ou préparé comme vousl'entendrez; projetez (le) sur le cuivre et le fer (5) traité 
par le soufre, et le métal deviendra blanc (6). 

Le même effet est produit par la magnésie blanchie (7), l'arsenic (8) 



(i) Il s'agit de quelque recette pour 
raccommoder le fer. 

(2) Note du XIV" siècle dans M, au bas 
de la page : « La lie brûlée avec le sel a la 
même vertu que le borax pour la soudure. 

Pour braser (?) : le soufre et l'urine, 
et le vinaigre et l'ail, un peu de sel et 
un peu d'eau ». 

Suit une troisième recette, avec des 
mots barbares. 

(3) Ce titre, comparé à la phrase pré- 
cédente, tend à identifier l'asèm avec 
l'argent; ce qui est en effet le sens 
moderne du mot ά'ιηαο;. Mais à l'origine 
l'asèm était un alliage spécial, intermé- 
diaire entre l'or et l'argent, etanalogue à 
l'électrum. — [Introd., p. 62.) 



(4) Le mot mercure signifie ici notre 
arsenic sublimé. (Introd., p. 99 et 23g.) 

(5) Leçon de A Β : « mettez du cuivre 
dans du fer. . . ». 

(6) Cette recette répond au blanchi- 
ment d'un alliage cuivreux par les 
composés arsenicaux. — La suivante 
est plus obscure; mais elle paraît avoir 
le même sens. — En raison de ce blan- 
chiment, on croyait que les composés 
arsenicaux contenaient une espèce de 
mercure. (Introd., p. 99-) 

(7) Signe du cinabre au-dessus, dans 
M. S'agit-il d'un amalgame"? (Voir 
Introd., p. 2 55.) 

(8) Signe de l'or au-dessus, M. Est-ce 
l'arsenic couleur d'or (orpiment)? 



54 



TRAITES DEMOCRITAINS 



transformé (i), la cadmie calcinée, la sandaraque (2) apyre (3), la pyrite blan« 
chïe (4I, et la céruse (5) cuite avec du soufre. Vous amollirez le fer en y 
mettant de la magnésie, ou du soufre (6), moitié moins, ou de la pierre 
magnétique en petite quantité; car la pierre magnétique a de Taffinité pour 
le fer. La nature charme la nature. 

21. Prenant la vapeur (7) décrite précédemment, faites la cuire dans 
rhuile de ricin (8) ou de raifort, avec addition d'un peu d'alun. Puis prenant de 
Fétain, purifiez avec du soufre suivant l'usage, ou avec de la pyrite (9), ou 
comme vous l'entendrez. Incorporez avec la vapeur (mercurielle) et faites le 
mélange. Mettez cuire sur une flamme enveloppante, et vous trouverez un 
produit analogue à la céruse. Cette préparation blanchit toute sorte 
de corps (métalliques). Mêlez-y dans les projections la terre de Chio (lo),- 
ou l'astérite, ou la sélénite, ou ce que vous voudrez; car la sélénite 
mêlée au mercure blanchit toute sorte de corps. La nature triomphe de la 
nature (i il. 

22. Magnésie blanche (12) : blanchissez-la avec de la saumure et de l'alun 
lamelleux, dans de l'eau de mer (i3); ou dans un jus naturel, je parle du jus de 
citron; ou bien dans la vapeur de soufre. Car la fumée du soufre étant blan- 
che, blanchit tout. Quelques-uns disent aussi que la fumée descobathia (14) 
blanchit (la magnésie ?) Mêlez-y après le blanchiment une quantité égale 
de lie, afin qu'elle devienne très blanche. Après avoir pris 4 onces de cuivre 



(i) Par grillage. Signe de l'argent au- 
dessus, M. 

(2) Les deux signes (Pi. II, 1. 17; 
Introd., p. 108) du sel ammoniac, au- 
dessus des mots cadmie et sandaraque, 
M. L. 

(3) Au-dessus, le mot «exact», M. Ce 
quisemble indiquer que les signes précé- 
dents représentent une variante de 
la recette, par interprétation. 

(4) Au-dessus, le signe du cinabre, M. 

(5) Au-dessus, le signe dumercure,M. 

(6) Au-dessus, le mot « exact » dans M. 

(7) Dans A et Β à la place de vso/Xtjv, 
le signe du mercure. Est-ce le mercure ? 
ou l'arsenic ? 



(8) Au-dessus, le signe du soufre, M. 

(q) Au-dessus, le signe de l'or, M. — 
Pyrite couleur d'or. 

(lo) Au-dessus, le signe du cina- 
bre, M. 

(i i) Cette recette répond à la prépa- 
ration d'une composition propre à 
blanchir les métaux par amalgamation 
superficielle. — Voir papyrus X de 
Leide, recette n" 86. (Introd., p. 46.) 

(12) Signe du cinabre au-dessus, M. 

( 1 3) Au-dessus,le signe du mercure, M. 

(14) Vapeurs des sulfures arsenicaux 
(grillés), d'après le Lexique, p. 10. 
(Introd., p. 245.) 



DEMOCRITE : QUESTIONS NATURELLES 



D? 



blanchâtre, je parle de Forichalque, fondez-les et jetez-y peu à peu i once 
d'étain purifié d'avance, en agitant par en bas (le creuset) avec la main, 
jusqu'à ce que les substances se soient mariées. Projetez ainsi la moitié de 
la préparation blanche, et ce sera la première (opération ; car la magnésie 
blanchie ne rend pas les corps métalliques fragiles, et ne ternit pas l'éclat du 
cuivre. La nature domine la nature. 

■23. Prenant du soufre blanc, blanchissez-le en le délayant au soleil, avec 
de Furine, ou avec de l'alun et de la saumure de sel. Le soufre natif est de 
beaucoup le plus blanc. Délayez-le avec de la sandaraque, et de l'urine de 
génisse, pendant 6 jours, jusqu'à ce que la préparation devienne semblable 
au marbre. Quand elle le sera devenue, il y aura là un grand mystère ; car 
elle blanchit le cuivre, elle amollit le fer, elle rendl'éiain compacte (i),et le 
plomb peu fusible; elle rend solides les substances métalliques et fixe les 
teintures. Le soufre mêlé au soufre rend les substances métalliques sulfu- 
reuses, parce qu'elles ont une grande affinité pour lui. Les natures 
charment les natures (2) . 

24. Broyez la litharge propre à blanchir avec du soufre, ou de la cadmie, 
ou de l'arsenic, ou de la pyrite, ou de l'oxymel (3), afin qu'elle ne soit plus 
fluide. Faites cuire sur un feu très clair, après avoir consolidé le vase. 
Tenez la composition dans l'état, en y ajoutant du calcaire cuit, imbibé de 
vinaigre, pendant 3 jours, afin qu'elle devienne plus propre à décaper. Pro- 
jetez donc (sur le métal) la préparation devenue plus blanche que la céruse. 
Elle devient souvent jaune, si le feu a été excessif; mais si elle devient 
jaune, dès lors elle ne vous est plus utile; car il s'agit de blanchir les 
corps métalliques. Faites-la donc cuire convenablement et jetez-la sur tout 
corps métallique destiné à être blanchi. Si la litharge perd sa fluidité, 
elle ne peut plus redevenir du plomb. Or cela arrive facilement, car la 



(i) Sans cri? — Voir les développe- 
ments de Geher. Bibl.Chem. de Manget, 
t. I, p. 525. 

(2) Il s'agit ici d'un alliage blanc à 
base de plomb, rendu moins fusible par 
l'addition de quelque autre substance. 
Toutes les préparations qui précèdent 
reposent sur un blanchiment opéré 



par le mercure, ou l'arsenic, ou sur la 
fabrication d'alliages blancs. 

Celles qui suivent (sauf peut-être le 
n» 24) sont des simples vernis superfi- 
ciels. Le même ordre a été suivi plus 
haut, dans les recettes de dorure. 

(3) 'Voir Lexique, p. 1 1 et 1 3. Il s'agit 
de quelque sel de plomb. 



56 



TRAITES DEMOCRITAINS 



nature du plomb se transforme aisément en beaucoup d'autres. Les natures 
triomphent des natures. 

25. Prenant du safran de Cilicie, broyez-le dans de l'eau de mer ou de 
la saumure et faites une liqueur; mettez sur le feu et teignez-y des feuilles 
de cuivre, de plomb, de fer, jusqu'à ce que le résultat vous plaise (i). (Ces 
feuilles) deviennent ainsi blanches. Puis prenez la moitié de la prépara- 
tion, et délayez avec de la sandaraque, ou de l'arsenic blanc, ou du soufre 
apyre, ou ce que vous voudrez, et donnez (au mélange) la consistance cireuse. 
Enduisez la feuille et placez dans un vase neuf bien luté, selon l'usage. 
Placez sur un feu de sciure de bois pendant tout un jour. Ensuite, ayant 
enlevé (du feu), placez dans une liqueur pure, et le cuivre sera blanc, 
très blanc. Faites le surplus comme Tartisan ; car le safran de Cilicie 
blanchit avec Peau de mer et jaunit avec le vin. La nature charme la nature. 

26. Prenez de la litharge blanche et broyez-la avec des feuilles de laurier, 
de la terre Cimolienne, du miel et de la sandaraque blanche, et faites un 
mélange visqueux. Enduisez le métal avec la moitié de la préparation, puis 
mettez au feu selon l'usage. Trempez dans le reste de la préparation, après 
avoir délayé avec de l'eau et de la cendre de bois de peuplier ; car les 
mélanges sans substance propre (2) opèrent bien sans feu. On rend ainsi 
les teintures (3) capables de résister à la chaleur, même aidée des liquides. La 
nature triomphe de la nature. 

27. Prenant la vapeur sublimée décrite plus haut, broyez avec de l'alun 
et du misy, et après avoir imbibé avec du vinaigre, jetez-y un peu de cadmie 
blanche, ou de magnésie, ou de chaux vive, afin que d'un corps métallique il 
s'en forme un autre. Broyez avec du miel très blanc ; faites une liqueur, dans 
laquelle vous teindrez à chaud ce que vous voudrez ; laissez déposer etla trans- 
formation sera accomplie. Ajoutez à la composition un peu de soufre apyre, 
afin que la préparation pénètre à l'intérieur (4). La nature domine la nature. 



(i) C'est un procédé pour colorer 
superficiellement le cuivre, le plomb, 
ouïe fer en blanc d'argent, à l'aide d'un 
enduit. (Voir Papyrus de Leide. Introd-, 
p. 52.) 

(2) Ceci semble s'appliquer aux ver- 



nis appliqués à la surface du métal; 
par opposition au cas où le métal même 
est attaqué. 

(3) Teinture par vernissage. 

(4) Il semble qu'il s'agisse ici d'une 
teinture par amalgamation. 



DEMOCRITE A LEUCIPPE 



57 



■28. Prenez i once d'arsenic, une demi-once de natron, 3 onces de la pel- 
licule des feuilles tendres du pêcher, une demie (once) de sel, i once de suc 
de mûrier, de l'alun schisteux une quantité égale. Délayez tout ensemble 
dans du vinaigre, ou de l'urine, ou de la chaux liquide (il, jusqu'à ce qu'il 
se forme un liquide (homogène). Teignez-y à chaud les feuilles obscurcies 
(oxydées) du métal et vous obtiendrez un métal sans ombre (brillant) (2). La 
nature domine la nature. 

29. Ecartez toutes les choses utiles à l'or et à l'argent, et il ne reste rien; 
il n'y a plus rien à exposer, excepté la montée (évaporation) de la vapeur 
sublimée et de l'eau (3); mais je passe à dessein ces choses sous silence, 
attendu qu'elles figurent largement dans mes autres écrits. Profitez du 
présent écrit (4). 



11. n. 



DEMOCRITE A LEUCIPPE 



(Livre V de Démocrite adressé à Leucippe.) 
Démocrite à Leucippe, son ami, salut (5). 

I. Sache ce qu'il y avait sur ces arts des Egyptiens, ô Leucippe, dans les 
livres des prophètes persans (6). J'ai écritdansle dialecte vulgaire; parceque 
c'est celui qui convient le mieux au sujet; mais le livre lui-même n'est pas 
vulgaire ; car il contient des énigmes mystiques, anciennes et très raisonna- 
bles; énigmes que les ancêtres et les rois de la divine Egypte ont exposées (7). 



(i) Eau de chaux, ou lait de chaux. 

(2) Teinture par amalgamation. 

(3) En d'autres termes, l'auteur s'en 
réfère à ses autres ouvrages sur la dis- 
tillation. 

(4) C'est la conclusion des deux trai- 
tés relatifsà la teinture en or et enasém, 
ou argent ; teinture opérée tantôt à la 
surface, par coloration directe du mé- 
tal ou vernissage ; tantôt à fond, par fa- 
brication d'un alliage. Ces traités con- 
sistent en une série de recettes, congé- 



nères de celles du Papyrus de Leyde; 
mais à la suite desquelles l'auteur a a jou- 
té les axiomes mystiques relatifs à la na- 
ture. L'idée de la transmutation vraie 
n'y est pas manifeste. 

(5) Cette phrase a été omise par acci- 
dent, dans le texte grec imprimé. 

(6) Cp. Orig. de l'Alch., p. 47. 

(7) Il y a là dansle grec quelques mots 
inintelligibles, par suite des erreurs 
du copiste. 



8 



58 TRAITÉS DÉMOCRITAINS 

Quant à moi qui suis ton ami, je me servirai d'énigmes raisonnables, 
telles que personne n'en a écrites pour moi parmi les initiés Egyptiens. 
Toi, médecin, qui as l'esprit éveillé, j'aurai soin de l'expliquer ouvertement 
toutes choses. L'ouvrage comprend le blanchiment et le jaunissement, ainsi 
que les amollissements et les cuissons du minerai de cuivre. Je laisse de 
côté la teinture; mais plus tard je reviendrai sur tous les produits sin- 
guliers qui se fabriquent au moyen de ce même cuivre et du cinabre. 
Tu peux faire de l'or avec la cadmie et les autres espèces, par calcinations et 
alliages, et fabriquer des produits singuliers. 

2. Or, le livre commence ainsi : Prenez de l'arsenic lamelleux, et fabri- 
quez des feuilles métalliques. Mettez dans un pot rond, et brûlez. Puis, 
lorsque (la préparation) est à point, jetez-y du lait ancien, en le versant sans 
incliner le vase. Lorsqu'il est coagulé, enlevez et délayez avec de l'alun 
arrosé d'urine de génisse, pendant sept jours ; puis, faites sécher au soleil ; et 
délayez-y de nouveau de la saumure; jetez-y l'efflorescence saline (i) ; gar- 
dez pendant sept jours, et le produit se forme. Prenez-le; faites sécher de 
nouveau au soleil; mettez cette (préparation) dans un pot, faites-la cuire avec 
de l'huile de ricin ou de raifort, jusqu'à ce qu'elle devienne jaune. Projetez-y 
du cuivre et il blanchira. Le même effet est produit par la sandaraque. En 
traitant de même par la matière verte, la moitié du cuivre sera employée 
pour le jaunissement, et l'autre partie pour certains arrangements (2). 

3. Voici comment s'Opère le traitement des matières sulfureuses pour le 
blanchiment du cuivre. Prenant de l'arsenic, faites macérer, soit dans le sel 
pendant neuf jours, soit dans l'urine d'un impubère; ou bien, car cela vaut 
mieux, pendant vingt et un jours. Puis délayez dans du vinaigre ^3; de 
citron, pendant sept jours, en y mélangeant la partie blanche des citrons; 
ensuite faites sécher. Puis, prenant de la sandaraque couleur de fer, mettez- 
la en morceaux et faites macérer dans la saumure, pendant vingt et un jours. 
Puis, prenant de Peau et du calcaire, faites une liqueur, desséchez et conser- 
vez. Ensuite, prenant la sandaraque, faites la bouillir avec de l'huile pendant 



(i) DioscoRiDE, Mjt. iJiéJ., y. 128. I cette paraît être une teinture pour 
- Introd.,p. 26j. ■ | blanchir le cuivre au moyen de l'arsenic. 

(2) Le commencement de cette re- | (3) C'est-à-dire dans le jus acide. 



DEMOCRITE A LEUCIPPE 



39 



un jour; faites bouillir pareillemeni sur un feu) de sciure de bois, avec 
de la chaux et maintenez l'eau en contact pendant un jour et une nuit. 
Ensuite, prenant de l'une et de l'autre parties égales, jetez dans une rogé(\). 
Faites cuire dans l'huile de ricin ou de raifort, jusqu'à ce que la matière 
soit sèche, et conservez. Ensuite (prenant) du minerai de cuivre, pareil 
(en couleur) au corail natif, sans opérer la fusion à la façon des artisans, 
mélangez (?). D'abord nettoyez le vase de verre (destiné à contenir le 
mélange?) ; puis, affinez de la manière que j'exposerai plus tard. Ensuite, 
projetez (sur le métal), et le produit sera blanchi (2). Partagez en deux pour 
l'usage, ainsi que je vous l'ai dit plus haut (3). 

4. Prenant seulement deux parties du cuivre traité ; de l'arsenic et 
de la sandaraque, une partie de chaque; de l'alun, une demi-partie; et de 
la pâte de safran, deux parties ; délayez, pendant vingt et un, ou quatorze, 
ou sept jours. Pour délayer, jetez le liquide sur la matière, et après l'avoir 
épuisée, vous verrez pendant le délayement, un changement de couleur, 
pareil à ceux du caméléon. Mais lorsque la matière ne change plus et cesse 
d'offrir plusieurs apparences, alors comprenez que vous obtiendrez heu- 
reusement le délayement en opérant, suivant le procédé des Prophètes 
égyptiens, dans un vase de verre ; ils font cuire légèrement et ils projettent. 

5. Pour notre part, ceux qui nous inspirent confiance exposent autrement, 
en langage ordinaire, les opérations subséquentes. Prenant le cuivre et 
plaçant dans le mortier la préparation huileuse, mettez le produit dans une 
boîte et faites macérer pendant 3 i, ou 21, ou 1 5 jours, principalement dans 
le crottin de cheval (4); enlevez ensuite et gardez. Délayez à la façon des 
médecins, jetant dans la composition du misy, de la couperose, en quantité 
convenable, du safran, de la chélidoine, à raison d'une partie de chaque 
contre quatre parties de rouille (5) macérée. Puis faites fondre, après avoir 
délayé avec un peu de jaune (bile de veau), et attendri avec de la gomme 
le produit amené à un état constant par la macération consciencieusement 



(i) Nom de quelque vase ou instru- 
ment, qui ne se trouve pas dans les 
dictionnaires. 

(2) C'est encore un procédé pour 
blanchir le cuivre au moyen de l'arsenic. 



(3) A la fin de la recette précédente. 

(4) Afin d'entretenir une douce cha- 
leur. 

(5) De cuivre ? 



6ο 



TRAITES DEMOCRITAINS 



pratiquée. Lorsque vous aurez délayé à la manière des médecins, ajoutez 
quelque peu de la partie aqueuse des plantes, avec de l'efflorcscence saline 
et du suc de poireau (i). Ensuite reprenant le produit, faites le cuire à la 
manière des médecins dans une cuiller, en agitant avec une spatule. Broyez, 
faites cuire pendant trois jours : trois décoctions de quatre heures chaque 
jour. Lorsque vous aurez achevé la cuisson, en veillant à ce que la com- 
position ne se dessèche pas, mais conserve la consistance oléagineuse ; 
mettez dans un vase de verre; faites digérer peu à peu dans du fumier, jus- 
qu'à ce que la matière se solidifie. Enlevez et délayez : gardez. 

Prenant du minerai d'argent; de la terre de la qualité la plus tendre, 
celle que quelques-uns nomment terre de Ghio ou ochre, deux parties ; 
du minium du Pont, une partie, et du contenu de la fiole, deux parties ; 
délayez avec la partie liquide du soufre et faites cuire sur un feu régulier : 
vous trouverez un corps puissant, possédant la couleur du cinabre, ou 
du corail, ou du minium. Cette grande merveille, cette merveille iné- 
narrable, on la nomme chrysocorail (corail d'or). Quant aux autres noms 
qu'elle reçoit, le vulgaire les ignore (2). Projetez cette substance et sou- 
mettez l'argent à l'action du feu. Cache ce Tout (3) que nous avons blanchi; 
par crainte de l'envie, ô Leucippe. Bonne santé. 



H. m. — SYNESIUS LE PHILOSOPHE A DIOSCORUS 

SUR LE LIVRE DE DÉMOCRITE. — COMMEXTAIRES 

A Diosconis, prêtre du grand Sérapis, à Alexandrie, avec Γ approbation 
de Dieu, le philosophe Synésiiis, salut. 

I. La lettre que tu m'as adressée sur le livre du divin Démocrite ne m'a 
pas laissé indifférent; loin de là. Avec beaucoup de zèle et un grand effort, je 



(i) Ou d'algue marine. 

(2) Cette recette est celle d'une poudre 
de projection ; elle est trop obscure pour 
que le sens puisse en être précisé. Le 
nom même du « corail d'or » repré- 



sente une préparation dont nous ne 
connaissons pas le sens exact. 

(3) Synonyme de l'alliage de plomb 
et de cuivre. (Introd., p. i53.) 



SYNESIUS A DIOSCORUS 



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me suis mis l'esprit à la torture et j'ai eu hâte de venir auprès de toi. Nous 
nous proposons de dire quel était cet homme, le philosophe Démocrite, ce 
naturaliste venu d'Abdère, qui a dirigé ses investigations sur toutes les 
choses de la nature et qui a traité des êtres naturels. Abdère est une ville de 
Thrace. Démocrite était un très savant homme qui, venu en Egypte, fut 
initié aux mystères par le grand Ostanès, dans le sanctuaire de Memphis, 
par lui et ses disciples, prêtres d'Egypte. Tirant de luises principes, il com- 
posa quatre livres de teinture, sur l'or et l'argent [i], sur les pierres et sur 
la pourpre. Par ces mots, « tirant ses principes », j'entends qu'il écrivit 
d'après le grand Ostanès. Car cet (écrivain) est le premier qui ait émis ces 
axiomes : « la nature est charmée par la nature »; et « la nature domine la 
nature » ; et « la nature triomphe de la nature )■, etc. 

2. Mais il est nécessaire que nous recherchions (le sens des écrits) du 
Philosophe (2) et que nous apprenions quelle est la pensée et quel est l'ordre 
de ses enseignements successifs. Qu'il ait formé deux catalogues, c'est un 
fait certain pour nous ; car il a fait deux catalogues, à savoir : celui du jaune 
et celui du blanc. D'abord il a catalogué les solides, puis les liqueurs, c'est- 
à-dire les matières aqueuses, bien qu'aucune de celles-ci ne soit employée 
dans l'Art. En effet, lui-même, en parlant du grand Ostanès, atteste que 
celui-ci ne s'était pas servi des projections des Egyptiens, ni de leurs procé- 
dés |de cuisson ; mais qu'il opérait sur les substances avec des enduits 
placés au dehors, et faisant agir le feu il effectuait la préparation. Et il dit : 
c'est l'usage chez les Perses d'opérer ainsi (3). Or ce qu'il dit signifie que : si 



(i) Les deux premiers de ces livres, 
ou leurs extraits, ne sont autres que 
les deux collections de recettes sur l'art 
de faire de l'or (ou de teindre en or) et 
sur la fabrication de Tasèm (ou de l'ar- 
gent), quiconstituent la partie essentiel- 
le du Traité intitulé : « Questions natu- 
rellesetmystérieuses ». — Le troisième 
est perdu : cependant l'ouvrage sur l'art 
de fabriquer le verre et les pierres pré- 
cieuses artificielles, que nous trouvons 
dans les Collections alchimiques, doit en 
tirer sa première origine. Quanta l'ou- 



vrage sur la pourpre, il n'en subsiste 
qu'un débris en tète des « Questions 
naturelles ». — Ces divers sujets sont 
demeurésla matière commune des vieux 
traités alchimiques, comme le prouve 
le titre que j'ai reproduit (Origines de 
l'Alchimie, p. i23) et le contenu du 
Traité de Moise, donné plus loin. 

(2) Le Philosophe par excellence, 
Démocrite. 

(3) Ce passage semble établir une dis- 
tinction entre les métaux colorés, après 
fusion au creuset, par la projection de 



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TRAITES DEMOCRITAINS 



tu n'atténues (i) pas les substances, si tu ne les dissous pas, si tu ne les e'pui- 
ses pas de leur partie liquide (2 , tu ne feras rien. 

3. Arrivons maintenant aux discours de l'écrivain; écoutons ce qu'il dit (3). 
Il est d'abord question de la rhubarbe du Pont. Remarque la circonspection 
de notre auteur. II a commencé par les plantes, afin d'indiquer la fleur (4); 
car les plantes portent des fleurs. Il a parlé de la rhubarbe du Pont, parce 
que le Pont-Euxin (5) est alimenté parles fleuves qui s'y écoulent. Voulant donc 
mettre ce point en lumière, il entend par là (6) Pépuisement de la partie 
liquide, l'assombrissement (7) et l'atténuation (8) des corps métalliques, ou 
des substances. 

3 bis. Dioscorus. — Et dans quel sens dit-il: '< le serment nous a été imposé 
de ne rien exposer clairement à personne » ? 

Synésius. — Il a dit avec raison « à personne », c'est-à-dire à personne 
d'entre les non initiés. Le mot personne ne se rapporte pas à tout le monde 
absolument; car lui-môme parle pour ceux qui sont initiés et qui ont 
Pesprit exercé. 



certaines matières, et les métaux colo- 
rés par voie d'enduit. L'enduit pouvait 
d'ailleurs constituer un simple vernis 
superficiel ; ou bien attaquer le métal, 
en formant à sa surface un alliage, 
amalgame, sulfure, ou arséniure, dont 
la nuance était en outre modifiable par 
l'action du feu. (V. /ji/rOii.,p. Sg et 60.) 
(i) C'est-à-dire qu'il faut réduire les 
corps à leur dernier degré de division; 
à leur quintessence, comme on a dit 
plus tard au moyen âge. 

(2) On voit apparaître ici l'idée de fixer 
les corps, en leur enlevant leur liqui- 
dité, ou fusibilité ; cette qualité étant 
envisagée comme un élément distinct 
des corps. (C'p.flrigines de l'Alchimie, 
p. 280 et 281.) 

(3) Aux recettes obscures, mais posi- 
tives du Pseudo-Démocrite, qui sont 
celles d'un expérimentateur, succèdent 
les commentaires mystiques d'un phi- 
losophe néo-platonicien. 



(4) C'est-à-dire la couleur, flos, άνθος 
Il y a ici un jeu de mots. 

(5) Le grec dit simplement : -ο'ντο;, la 
mer. Il y a là un autre jeu de mots 
dontle sens nous échappe. Amoins que 
l'on n'interprète cette phrase par la 
figure 18 de l'Introd., p. 141 ; où se 
trouve représenté un récipient appelé 
πο'ν-ος, en forme de bassine, et dans 
lequel s'écoule le jet d'une distillation, 
opérée avec les produits désignés ici 
sous le nom mystique de fleurs. 

(6) Voir la note (2) ci-dessus. 

(7) Oxydation ou sulfuration superfi- 
cielle qui détruit l'éclat du métal. Les 
métaux en effet perdent leur éclat en 
s'oxydant et se changeant en matières 
pulvérulentes, telles que le vert-de-gris, 
la rouille, etc. 

(8) C'est-à-dire la réduction à leur 
dernier degré de division. Voir la note 
(1) ci-dessus. 



SYNESIUS A DIOSCORUS 



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4. Remarque encore ce qu'il dit dans l'Introduction de la Chrjsopéc : « le 
mercure, provenant du cinabre et la chrysocolle ». 

D. — A-t-on besoin de ces sortes (de substances) ? 

5. — Non, Dioscorus. 

D. — Mais desquelles a-t-on besoin ? 

S. — Tu l'as entendu dire ; entends-le encore une fois. En parlant de la 
dissolution des corps (métalliques), on veut dire que tu les dissolves et que 
tu en fasses des eaux(i); afin qu'ils deviennent fluides et qu'ils s'assom- 
brissent (2) et qu'ils soient atténués (3). C'est là ce que l'on appelle eau 
divine (4), mercure, chrysocolle, soufre apyre. 

Il y a aussi d'autres dénominations. Ainsi le blanchiment est une cal- 
cination, et le jaunissement une régénération ignée ; car telles de ces 
(substances) se calcinent elles-mêmes, et (telles autres) se régénèrent elles- 
mêmes (5). Mais le Philosophe les a désignées par plusieurs noms (6) et 
tantôt au singulier, tantôt au pluriel, afin de nous exercer et de voir si nous 
sommes intelligents; car il a dit, en poursuivant son discours : «Si tu es 
intelligent et que tu procèdes comme il a été écrit, tu seras bienheureux; car 
tu vaincras par la méthode la pauvreté, ce mal incurable ». Il nous détour- 
ne donc et nous détache de la vaine erreur, afin de nous affranchir de 
cette imagination de la pluralité des matières (7). 



(i) Des liquides. 

(2) Voir la note (7) de la page précé- 
dente. 

(3) "Voir la note (i) de la page précé- 
dente. 

(4) Ou eau de soufre. — En d'autres 
termes, pour obtenir ces effets, les 
métaux doivent être attaqués avec le 
concours de l'eau divine, du mercure, 
de la chrysocolle et du soufre. La phrase 
grecque est elliptique. En affirmant 
que l'on n'a pas besoin de ces subs- 
tances, l'auteur paraît vouloir dire que 
ces agents n'éprouvent pas par eux-mê- 
mes la transmutation : ils n'en sont 
pas la matière fondamentale, mais les 
intermédiaires. 



(5) Faut-il entendre par là les pyrites 
qui, une fois échauffées, brûlent, se 
grillent et se changent en oxydes, sans 
combustible extérieur? Et les sulfures, 
qui peuvent régénérer leurs métaux 
par un grillage ménagé, comme les 
sulfures de plomb, d'antimoine, etc ? 

(6) Sur cette multiplicité des noms 
mystiques, destinée à voiler la science 
aux non-initiés, voir la nomenclature 
prophétique, Introd., p. 10. Ces noms 
d'ailleurs ne s'appliquent pas nécessai- 
rement a une même substance ; mais 
ils désignent parfois les substances 
différentes, employées dans la suite 
d'une même opération. 

(7) Voir I, XV, p. 37 de ce volume. 



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TRAITES DEMOCRITAINS 



Fais attention à ce qu'il dit dans l'Introduction de son livre : « Je viens 
moi aussi en Egypte, apportant les questions naturelles, afin que vous 
dédaigniez la matière multiple « (i). Or il appelle naturels fies corps (métal- 
liques) solides. Car si ces (corps) ne sont pas dissous, puis de nouveau soli- 
difiés, rien n'aboutira pour Taccomplissement de l'œuvre. 

5. Pour que nous comprenions bien que les liquides dérivent des solides, — 
autrement dit la fleur (2), — vois comment il s'exprime : « Les produits 
contenus dans les liqueurs sont le safran de Cilicie, Taristoloche, etc. ». 
En parlant ainsi des tîeurs, il nous a fait voir que les eaux dérivent des soli- 
des. Et pour nous persuader qu'il en est ainsi, après avoir dit « l'urine d'un 
impubère », il ajoute : « l'eau de chaux, l'eau de cendre de choux, l'eau 
de lie, l'eau d'alun » ; et, à la fin, il parle du lait de chienne. Il est évident 
pour nous que cela est pris dans le sens vulgaire ; car il a introduit comme 
substances propres à dissoudre les corps (métalliques), l'eau de natron et 
l'eau de lie. Vois comment il a dit : « L'objet même de la Chrysopée, ce 
sont les choses qui transforment la matière et produisent les métaux (?) et 
les (substances) qui résistent à l'action du feu ; car en dehors de ces choses 
il n'y a rien de sûr. Si donc tu es intelligent et que tu procèdes comme il 
a été écrit, tu seras bienheureux». 

6. D. — • Et comment dois-je comprendre ? Philosophe, je désire apprendre 
de toi la méthode. Car si je m'en rapporte seulement aux explications 
données (précédemment), je n'en tirerai aucun profit. 

5. — Ecoute, Dioscorus, comment il parle; aiguise ton esprit sur le texte 
de son discours, et applique-toi (à saisir) dans quel sens il dit : « Transforme 
leur nature, car la nature a été cachée à l'intérieur» (4). 

D. — ■ Ο Synésius, de quelle transformation parle-t-il ? 

S. — De celle des corps (métalliques.) 



(i) Le texte grec de Démocrite donné 
plus haut est un peu diflërent (v. p. 43 
du Texte grec et p. 44 de la Tra- 
duction). 

(2) Le principe colorant fourni par 
une dissolution (v. Flos, Floridiis. — 
Introd., p. 232). 

(3) L'auteur joue sur la similitude 



des mots μίταλλοιοϋντα et ι^εταλλεύοντα. 
(4) S'agit-il ici de la régénération 
des métaux, latents dans leurs mine- 
rais? ou de la fabrication des alliages 
diversement colorés et qu'il con- 
vient de teindre, non seulement à 
la surface, mais dans la profondeur? 



SYNÉSIUS A DIOSCORUS 65 

D. — Et comment l'accomplir, comment en transporter la nature au 
dehors ? 

S. — Aiguise ton esprit, Dioscorus, et fais attention aux expressions 
employées. 

D. — Comment s'exprime-t-il? 

S. — Si donc tu traites (la matière) comme il faut, tu transportes la nature 
au dehors. Il s'agit de la terre de Chio, de l'astérite, de la cadmie blanche, etc. 
Remarque quelle est la circonspection de l'auteur, comment il a fait 
allusion à toutes sortes de substances blanches, afin de faire entendre le 
blanchiment. Ce qu'il dit, Dioscorus, revient donc à ceci : Mets les corps 
(métalliques) avec le mercure et divise finement, puis reprends un autre 
mercure. Car le mercure attire à soi toutes choses. Laisse macérer 3 ou 
4 jours ; jette le produit dans un botarion (matras ou vase de digestion), et 
place sur un bain de cendre qui ne soit pas chauffé par un feu ardent, 
mais chauffé doucement; c'est-à-dire sur un bain à kérotakis. Pendant 
l'action du feu, on ajuste au botarion un instrument de verre en forme de 
mamelle, adapté à sa partie supérieure, avec chapiteau (i). Reçois l'eau 
qui s'échappe par la pointe de la gorge et garde-la pour la décomposition : 
c'est là ce qu'on appelle l'eau divine (ou l'eau de soufre). 

Elle produit la transformation, c'est-à-dire l'opération qui amène au 
dehors la nature cachée : c'est ce qu'on appelle la dissolution des corps 
(métalliques). 

Cette (préparation), lorsqu'elle a été décomposée, prend le nom de vinai- 
gre, ou de vin aminéen, et des noms analogues. 

7. Pour que tu admires l'habileté de l'auteur, vois comment il a formé 
deux catalogues : [l'un' de la Chrysopée, (l'autre) de l'Argyropée, et en outre 
deux liquides : l'un pour le jaune, l'autre pour le blanc, c'est-à-dire pour l'or 
et pour l'argent; il a nommé le catalogue de l'or, Chrysopée, et celui de 
l'argent, Argyropée (2). 

D. — Tu parles tout à fait bien, philosophe Synésius. Mais quel 



(i) Cette description est celle d'un 
alambic, avec bain-marie et fiole de con- 
densation (v. fig. 40, Introd., p. 164). 



(2I Ce sont les deux chapitres des 
« Questions naturelles et mystérieu- 
ses 3), p. 45 et p. 52. 

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TRAITES DEMOCRITAINS 



est le premier point de l'art, est-ce le blanchiment, ou le jaunisse- 
ment ? 

S. — C'est plutôt le blanchiment. 

D. — Et pourquoi parle-t-il d'abord du jaunissement? 

S. — Parce que l'or est préféré à l'argent. 

D. — Devons-nous procéder ainsi, Synésius ? 

S. — Non, Dioscorus; mais il convient d'exercer notre esprit et notre 
pensée. Voici comment les choses ont été arrangées. Ecoute le parler: «Je 
m'entretiens avec vous comme étant des gens intelligents, et j'exerce votre 
esprit. «Maintenant si tu veux savoir exactement les choses, fais attention que 
dans les deux catalogues le mercure a été classé avant toutes choses, et dans 
le jaune : ce qui signifie l'or; et dans le blanc: ce qui signifie l'argent. Dans 
(le traité de) l'or, il est dit : « Le mercure qui provient du cinabre ». Et dans 
le (traité du) blanc, il est dit : « le mercure qui provient de l'arsenic ou delà 
sandaraque (i) », etc. 

8. D. — Le mercure est donc de différentes sortes ? 

S. — Oui, il est de différentes sortes, tout en étant un. 

D. — Mais, s'il est un, comment est-il de différentes sortes ? 

S. — Oui, il est de différentes sortes, et il a une très grande puissance. 
N'as-tu pas entendu dire à Hermès : « Le rayon de miel (2) est blanc», et 
« le rayon de miel est jaune » ? 

D. — Oui, je (le lui) ai entendu dire. Mais ce que je veux apprendre, 
Synésius, enseigne-le-moi : c'est l'opération que tu sais. Le mercure prend 
donc de toute manière les apparences de tous les corps ? 

S. — Tu as compris, Dioscorus. En effet, de même que la cire affecte 
la couleur qu'elle a reçue ; de même aussi le mercure, ô philosophe, 
blanchit tous les corps et attire leurs âmes; il les digère par la cuisson et 
s'en empare. Etant donc disposé convenablement, et possédant en lui- 



(i) Ceci montre que le mot mercure 
signifiait à la fois notre mercure et notre 
arsenic (Introd., p. 239 et 99). — II 
s'agit ici de l'action tinctoriale que l'ar- 
senic, aussi bien que le mercure ordi- 
naire, peut exercer sur les métaux. De 
là l'idée d'une essence commune aux 



deux agents. Il semble que les observa- 
tions relatives à ces deux corps aient 
été le point de départ de la notion du 
mercure des philosophes, ou matière 
première métallique, destinée à être 
l'intermédiaire de la transmutation. 
(2) C'est-à-dire le mercure. 



SYNESIUS A DIOSCORUS 



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même le principe de toute liquidité, lorsqu'il a subi la décomposition, il 
opère partout le changement des couleurs. Il forme le fond (i) permanent, 
tandis que les couleurs n'ont pas de fondement propre. Ou plutôt le mer- 
cure, perdant son fondement propre, devient un sujet modifiable par les 
traitements exécutés sur les corps métalliques et sur leurs matières (2). 

9. D. — Et quels sont ces corps et leurs matières (3)? 

S. — C'est la tétrasomie (4) et ses congénères. 

D. — Et quels sont ses congénères? 

S. — Tu as entendu dire que leurs matières sont leurs âmes (5). 

D. — Ainsi les matières (des métaux) sont leurs âmes ? 

5. — Oui; car de même que le menuisier, lorsqu'il prend un objet de 
bois et qu'il fabrique un siège, ou un char, ou quelque autre chose, ne tra- 
vaille que sur la matière; de même aussi opère cet art, ô philosophe, lorsqu'il 
divise les corps. Ecoute, ô Dioscorus : le tailleur de pierre taille la pierre, 
ou bien la scie, afin de la rendre propre à son usage. Semblablement aussi 
le menuisier scie et taille le bois, pour en faire un siège, ou un char : Tartiste 
ne cherche pas par-là à modifier autre chose que la forme ; car il n'y a rien 
là que du bois. Semblablement aussi, l'airain façonné en statue, en 
anneau, ou en] tout autre objet : l'artiste ne cherche à modifier que la 
forme (6). 

De même aussi le mercure travaillé par nous reçoit toutes sortes de for- 
mes. Fixé sur un corps formé des quatre éléments, ainsi qu'il a été dit, il 
y demeure fermement attaché et il est impossible de l'en chasser : il est à 



(1) La notion de la matière première 
apparaît ici très clairement (v. Origines 
de l'Alchimie, p. 265 et 267), et cela 
avec le double sens opposé, développé 
dans le Timée. D'une part, la matière 
première est le fond permanent des 
choses et subsiste par là; tandis que, 
d'autre part, elle est dépour\-ue d'une 
forme qui lui soit propre, et éprouve les 
modifications qui répondent aux qua- 
lités particulières des corps; à leur cou- 
leur, par exemple, dans le cas actuel. 

(2) C'est-à-dire que le mercure est : 
d'une part, la matière première et 



générale, qui forme le fond de la trans- 
mutation ; et, d'autre part, qu'il perd 
son caractère propre et individuel, dans 
l'exécution de celle-ci. 

(3) L'auteur distingue la matière du 
métal, c'est-à-dire son fond propre, de 
ses qualités apparentes. 

(4) Mot qui désigne l'ensemble des 
quatre métaux imparfaits: cuivre,plomb, 
étain, fer. 

(5) Cp. Introd., p. 248. 

(6) Cp. Enée de Gaza ; Origines de 
l'Alchimie, p. 75. 



68 TRAITÉS DÉMOCRITAINS 

la fois dominé et dominant. Voilà pourquoi Pébéchius disait qu'il avait une 
grande affinité. 

10. D. — Tu as bien résolu (les difficultés), philosophe. Tu m'as instruit, 
philosophe. 

S. — Je veux donc revenir en hâte à la parole de l'auteur, en repre- 
nant dès le commencement les choses qu'il a dites en langage indirect : 
« le mercure (ordinaire) provient du cinabre ». Mais tout mercure est 
engendré par les corps (métalliques) (i). 

D. — Ne parle-t-il pas ici du cinabre, afin de montrer que le mercure 
(ordinaire) provient du cinabre ? 

S'. — Le cinabre désigne la substance mercurielle jaune; tandis que la 
substance mercurielle blanche est le mercure. En acte, il existe à l'état 
.blanc; tandis qu'en puissance, il devient jaune (2). 

D. — Le Philosophe n'a-t-il pas dit :« Ο natures célestes, créatrices des 
natures, vous triomphez des natures au moyen des transmutations ! «. 

S. — Oui ; c'est pour cela qu'il a dit : « ... car si tu n'opères pas la trans- 
formation, il est impossible que l'effet attendu se produise. C'est en vain 
que prendront de la peine ceux qui approfondissent l'étude des matières, à 
moins qu'ils ne recherchent les natures des corps (métalliques) de la magné- 
sie ». Car il est permis aux opérateurs et à ceux qui transcrivent les mêmes 
enseignements d'employer indifféremment telle ou telle manière. Donc il a 
dit : « le corps de la magnésie » ; ce qui signifie le mélange des substances. 
C'est pour cela qu'il dit, en poursuivant, dans l'introduction de (son livre 
sur) la fabrication de l'or : « Prenant du mercure, fixez- (le) avec le corps 
(métallique) de la magnésie » (3). 

1 1. û. — Ainsi le mercure est l'élément qu'il faut préférer ? 
S. — Oui, car c'est par lui que le Tout est défait, puis rétabli de 
nouveau : suivant le degré convenable pour chaque traitement, on réussit 



(i) Ceci paraît signifier que tout mé. 
tal renferme un élément mercuriel. 

(2) Ceci est très clair : il s'agit ici d'un 
côté du mercure libre, et de l'autre du 
mercure combiné, existanten puissance 
dans le cinabre, son minerai. 

(3) Il s'agit ici d'un alliage complexe, 



le métal de la magnésie, formé proba- 
blement par l'union des quatre corps 
ou métaux fondamentaux, et auquel on 
associe le mercure, pris dans son sens 
ordinaire, ou plutôt dans le sens mys- 
tique du mercure des philosophes (v. 
aussi Introd., p. 2 56). 



SYNESIUS A DIOSCORUS 



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avec la chrysocolle (i), autrement dite batrachinn (2), qui se rencontre parmi 
les pierres vertes. 

D. — • Qu'est-ce que la chrysocolle ou batrachion ? Quelle est la significa- 
tion de ces mots : « qui se rencontre dans les pierres vertes » ? 

S. — Il est nécessaire que nous le cherchions. Nous devons donc con- 
naître ce qui est relatif aux couleurs vertes. Eh bien ! parlons-en, d'après 
ce qui est relatif à l'homme. Car l'homme est le plus important de tous les 
animaux vivant à la surface de la terre. Nous disons de l'homme qui a 
pâli (3), qu'il est devenu vert; il est évident que, comme l'ocre, il change 
de qualité spécifique en passant à la couleur dorée. Ceci est encore plus évi- 
dent, si on le compare à l'écorce de citron, qui représente la qualité même 
de la couleur Jaune pâle. L'auteur poursuivant a parlé aussi de l'arsenic 
jaune (4), afin de montrer qu'il s'agit bien de la qualité spécifique de la 
couleur pâle. 

12. Mais, pour que tu voies combien il a mis de circonspection pour expo- 
ser cela en détail, observe avec attention dans quel sens il dit : « Le mercure 
qui provient du cinabre, (c'est) le corps métallique de la magnésie » (5). Puis il 
ajoute la chrysocolle, le claudianos, Farsenic. Il a introduit le nom de 
l'arsenic (6) (c'est-à-dire du masculin), afin de le distinguer des substances 
féminines (7). Après le claudianos, il parle de l'arsenic jaune : il met d'abord 
deux substances jaunes du genre féminin (8), puis deux substances du genre 
masculin. Il faut donc approfondir et voir ce que cela peut vouloir dire. 
Comme j'avance, Dioscorus !lci il transforme l'or, puis il reprend la 



(i) Malachite; employée dans la sou- 
dure de l'or. — Introd., p. 243. 

(2) A proprement parler : la matière 
couleur de grenouille verte. Ce mot 
signifie aussi Renoncule aquatique. 

(3) L'auteur joue sur le mot pâli, ώχ,•;;α- 
σαντα, signifiant littéralement jauni et 
qui peut être dérivé de&ypx, ocre jaune. 
Il veut expliquer comment la chryso- 
colle ou malachite, matière verte, sert à 
faire l'or qui est jaune; il cherche donc à 
montrer la parenté de la couleur verte 
à la couleur jaune et le passage de l'une 
à l'autre ; ces deux couleurs ou qualités 



des corps étant envisagées comme ayant 
une existence propre. 
(4I Orpiment. 

(5) C'est-à-dire la matière première 
du métal de la magnésie. 

(6) L'auteur joue sur le double sens 
de άρ3ε'νι•/.ον : arsenic ou masculin. 

(7) Il s'agit d'abord du mercure, qui 
est féminin, η υδράργυρο;; puis de la 
chrysocolle. 

(8| Le mercure, c'est-à-dire le cinabre, 
et la chrysocolle, opposés au claudianos 
et à l'arsenic. 



yo TRAITES DEMOCRITAINS 

cadmie, ensuite l'androdamas ; or, l'androdamas et la cadmie sont des 
substances sèches. II met en évidence la sécheresse (i) des corps, et afin 
de rendre cela bien manifeste, il a ajouté l'alun décomposé. Remarque 
quelle est la circonspection de l'auteur. Il voulait que les gens sensés com- 
prissent dans quel sens il les instruisait, en parlant de l'alun décomposé; 
car il devait se faire entendre en cela, même des non initiés. Mais, afin que 
la chose devînt plus certaine pour toi-même, il a ajouté aussitôt le soufre 
apyre, c'est-à-dire le soufre non calciné. Le Tout, c'est-à-dire les espèces 
desséchées, signifie les corps métalliques amenés à l'unité (2). Ensuite 
il ajoute la pyrite désagrégée, ne désignant aucun autre corps et sans spé- 
cifier. Ceci est établi comme une vérité, à savoir que ce qui reste à la 
fin est sec. Faisant des subdivisions dans cette matière, il ajoute le mi- 
nium du Pont (3). Ainsi, passant des substances sèches aux substances 
liquides, il a parlé du minium, et spécialement de celui du Pont. Car s'il 
n'avait pas ajouté « du Pont », il ne serait pas arrivé à se faire compren- 
dre (4). Et voulant confirmer (son dire), il a ajouté l'eau du soufre natif, 
provenant du soufre seul. 

i3. D, — Tu as bien résolu (les difficultés), philosophe; mais prends 
garde dans quel sens, il a dit : « si en le purifiant par la chaux... » 

S . — Ο Dioscorus, tu ne fais pas attention. La chaux vive est blanche, 
et l'eau qui en provient est blanche et âpre, et l'eau de soufre, par ses 
exhalaisons, blanchit. Pour plus de clarté, il a ajouté aussitôt : « la vapeur 
de soufre ». N'a-t-il pas rendu tout cela évident pour nous ? 

D. — Oui, tu as bien parlé. Après cela (il mentionne) le sory jaune, la 
couperose jaune et le cinabre (5). 

S. — Le sory et la couperose, des substances jaunes ? Comment cela? 
Tu n'ignores pas qu'elles sont vertes (6). Ayant donc en vue la réduc, 



(i) La sécheresse, qualité, est prise ici 
avec un sens substantiel ; comme plus 
haut la couleur jaune. 

(2) La fin de la phrase est inintel- 
ligible, le copiste ayant probablement 
répété le membre de phrase qui pré- 
cède. 

(3) Introd., p. 261. 



(4) Jeu de mots sur la mer, -όντος, 
matière humide par excellence, v. p. 62. 

(5) Une variante indique ici le sel 
ammoniac, au lieu du cinabre. 

(6) Le mot χάλ/.ανΟος, couperose, ex- 
prime à la fois le sulfate de cuivre bleu, 
le sulfate de fer vert et leurs mélanges. 
Le sory est un sulfate de cuivre basique. 



SYNESIUS A DIOSCORUS 



71 



tion du cuivre (à l'état métallique), c'est-à-dire sa recherche, ou plutôt la 
teinture du Tout (i), il s'est exprimé ainsi, en apportant une nouvelle 
confirmation, et il a ajouté sur la fin : « Après que l'on a fait disparaître la 
rouille, opération appelée réduction, alors la projection des liquides ayant 
eu lieu, il se produit un jaunissement stable. » Réellement la libéralité de 
l'auteur est rendue ici manifeste. 

14. En effet, vois comme aussitôt il réunit les choses dans son explica- 
tion. « Quant aux substances susceptibles de former des liqueurs, ce sont 
le safran de Cilicie (2), l'aristoloche, la fleur de carthame, la fleur du 
mouron à fleurs bleues ». Que pouvait-il dire ou énumérer de plus, afin de 
nous persuader, sinon parler de la fleur du mouron? En effet, admire avec 
moi. Il ne parle pas seulement & du mouron », mais encore de « sa fleur » ; le 
mot mouron nous indiquant l'ascension de l'eau (3), et le mot fleur, l'ascen- 
sion des âmes de ces plantes, c'est-à-dire celle de leurs esprits (4). En effet, 



plus ou moins ferrugineux, provenant 
de l'altération des pyrites. Mais le sul- 
fate de fer pur, ou son mélange avec le 
sulfate de cuivre, ne tarde pas à s'oxy- 
der à l'air humide et à se changer en 
sels basiques qui sont jaunes. Ces 
composés peuvent donc passer du vert 
au jaune, par des actions en apparence 
spontanées. Quant au cinabre, sa cou- 
leur rouge est ici, comme précédem- 
ment, rangée sous la rubrique du jaune . 

(i ) Le mot Tout, πϊν, revient dans tout 
ce morceau avec un sens mystérieux, 
qui semble s'appliquer à la matière 
première des transmutations métalli- 
ques. C'était à proprement parler le 
molybdochalque, ou encore le métal 
de la magnésie (v. Jiitrod-, p. i53). 

Il s'agit toujours d'étudier comment 
une même matière peut affecter des 
couleurs diverses, suivant les traite- 
ments et les procédés de teinture. 

(2) Au-dessus le signe du mercure 
dans A. B. 

(3) L'auteur joue sur la ressemblance 
des mots άναγαλλίς (mouron) et άναγαγεϊν 



(faire monter). Faire monter l'eau signi- 
fie la distillation ou la sublimation. 

(4) Le jeu de mots continue, en s'ap- 
pliquant à l'ascension (sublimation) des 
matières volatiles, appelées esprits ou 
fleurs des métaux, et assimilées aux âmes 
des plantes; lesquelles fleurs se produi- 
sent pendant les fusions et traitements 
des minerais. Ce sont pour nous des 
oxydes sublimés (oxyde de zinc), ou 
entraînés par les gaz. On dit encore 
aujourd'hui, dans un sens analogue qui 
remonte aux alchimistes -.fleurs argen- 
tines d'antimoine; fleurs de jinc ; fleur 
de soufre. On disait également au siè- 
cle dernier : fleurs d'antimoine, pour 
le sublimé jaune et en partie oxydé 
formé par le sulfure naturel ; fleurs rou- 
ges d'antimoine, pour un sulfure rouge 
formé en présence du sel ammoniac; 
fleurs d'arsenic, pour l'acide arsénieux 
sublimé ; _/?ea)-i de sel ammoniac, pour 
ce sel sublimé, _/?eur5 de benjoin, pour 
l'acide benzoïque sublimé, etc. \Dict. 



de Chimie de Macquer, 177 



On 



lit de même dans le Lexicon Alchemiœ 



72 



TRAITES DEMOCRITAINS 



s'il n'en est pas ainsi, il n'y a rien de sûr. Livrés à de vains efforts, les 
misérables qui sont ballottés sur cette mer, avec une multitude de peines 
et de fatigues, ne pourront jamais avoir aucun profit. 

i5. D. — Et pourquoi, encore une fois, ce philosophe généreux, ce 
maître habile, a-t-il ajouté la rhubarbe du Pont ? 

S. — Remarque la libéralité de l'auteur. Il a parlé de la rhubarbe elle- 
même, et afin de nous persuader, il a ajouté « du Pont ». Car y a-t-il un 
philosophe qui ne sache que la mer (ττίντος) est alimentée de tous côtés par 
Feau des fleuves (i) ? 

D. — Tu as parlé véridiquement, Synésius, et tu m'as réjoui l'âme 
aujourd'hui ; car ces choses ne sont pas médiocres. Maintenant je te prie de 
m'enseigner en outre, pourquoi il a parlé plus haut de la couperose jaune; 
tandis qu'ici, il ajoute ce mot, sans spécifier « avec la couperose bleue » (2). 

S. — Ces mots, ô Dioscorus, indiquent les fleurs, car elles sont jaunes, 
mais, comme l'eau que l'on fait monter (3) a besoin d'éprouver une fixa- 
tion, il a ajouté aussitôt : « la gomme d'acanthe ». Ensuite il a ajouté : «l'urine 
d'un impubère, l'eau de chaux, l'eau de cendres de chou, l'eau d'alun (4), 
l'eau de natron (5), l'eau d'arsenic et de soufre (6) ». Remarque comme il a 
mis en avant toutes les (substances) susceptibles de produire la dissolution 
et la dispersion, nous enseignant évidemment par là la dissolution des corps 
(métalliques). 

16. D. — Oui, tu as bien parlé. Et dans quel sens a-t-i! dit à la fin : « le 
lait de chienne » ? Est-ce afin de montrer que le Tout est tiré de la chose 
commune (7) ? 

S. — Réellement, tu as compris, Dioscorus; mais observe avec attention 
dans quel sens il dit : « Cette matière est celle de la Chrysopée. >■ 

D. — Quelle matière ? 



de Rulandus, p. 216 (1612) : Flos est 
bolus per sublimationem extractus... 
Flos spirituosa rei substanlia est... 
Omnis flos per se volatilis et spiri- 
itiosus. 

(i) "V. p. 62 et la note (4) de la p. 70. 

(2) C'est-à-dire avec le sory (?) — Voir 
plus haut, p. 70, note 6. 



(3) Par évaporation et distillation. 

(4) Variante : l'eau de sel ammoniac, 
Fabr. 

(5) Variante : l'eau de molybdochal- 
que, Fabr. 

(6) Variante : l'eau de couperose, Fabr. 

(7) Y a-t-il là un jeu de mots, sur 
•/•jvd; (de chienne) et r.oivd; (commun) ? 



SYNESIUS A DIOSCORUS 



73 



S. — Qui ne sait que toutes les choses (dont il s'agit) sont volatiles ? Car 
ni le lait (i) d'ânesse, ni le lait de chienne ne peuvent résister au feu. Le 
lait d'ânesse, si tu le déposes quelque part, pendant un nombre de jours 
convenable, finit par disparaître. 

D. — Que signifient ces mots : «Telles sont les (substances) qui transfor- 
ment la matière; telles sont celles qui rendent les corps résistant au feu, 
étant elles-mêmes volatiles »? Et ces mots : « En dehors de ces substances, 
il n'y a rien de sûr » ? 

5. — C'est afin que les misérables pensent que ces choses sont vraies (2). 
Mais écoute encore ce qu'il dit et ajoute : « Si tu es intelligent et que tu 
procèdes comme il a été écrit » ; au lieu de : « Si tu es habile et que tu dis- 
cernes le calcul qu'il faut employer ; alors tu seras bienheureux. » Et que 
dit-il ailleurs? « Je m'adresse à vous qui êtes des gens sensés. » 

Il faut donc que nous exercions nos esprits et que nous ne nous trompions 
pas, afin que nous évitions la maladie incurable de la pauvreté et que nous ne 
soyons pas vaincus par elle; de crainte qu'étant tombés dans la vaine pau- 
vreté nous ne soyons malheureux, étant devenus incapables de tirer profit 
de nos travaux. Nous devons exercer nos esprits, aiguiser notre intelligence. 
17. D. — Pourquoi ajoute-t-il le mot « projeter » ? 

S. — 11 ne parle pas des choses dites au commencement, mais de celles 
qu'il faut entendre. Voilà pourquoi il dit encore : « Traitez par (projection) 

Por, par le corail d'or; l'argent, par l'or; le cuivre, par l'or; le plomb ou 
Fétain, par le molybdochalque » (3). Voici qu'il nous a fait monter les degrés 



(i) Le mot lait est pris ici dans un 
sens symbolique ; de même que les mots 
sang, bile, semence, etc., dans la lan- 
gue des prophètes ou prêtres égyptiens. 
[Introd., p. 10). Ainsi, le lait de la vache 
noire a signifié le mercure [Lexique, 
p. 6). — Les mots lait de chaux, lait de 
soufre, se sont conservés jusqu'à notre 
temps dans la langue des chimistes. 

(21 Les non initiés étant déçus, parce 
qu'ils prennent les noms dans leur sens 
littéral. 

(3) Ainsi chaque métal est modifié 
par la projection d'un métal plus pré- 



cieux, destiné à le transformer en en 

changeant les propriétés; de façon à le 
rendre identique à lui-même (diplosis), 
par une sorte de fermentation. Rappe- 
lons d'ailleurs que les recettes (7) et 
(60) du Papyrus {Introd., p. 29, 41, Sy) 
reposent sur une pratique analogue. 
On voit comment la préparation des 
alliages décrits dans le Papyrus de 
Leide {Introd., p. 70, et dans les Ques- 
tions naturelles et mystérieuses, p. 44 et 
suivantes) est devenue, par une inter- 
prétation mystique, la transmutation 
même des métaux. 

10 



y4 TRAITES DEMOCRITAINS 

de l'Art, (afin que) nous n'allions pas, en faisant de vains efforts, tomber 
dans le gouffre de l'ignorance et méconnaître les choses qu'ils ont voulu 
désigner (i). Grande est l'habileté de l'auteur; car après qu'il a dit : «Ainsi 
a été exposée la matière de la Chrysopée » ; il ajoute ces mots : α maintenant, 
et à la suite, traitons amplement la question de TArgyropée (2) » ; afin de 
montrer qu'il y a deux opérations (distinctes), et que l'Argyropée a été con- 
sidérée avant toutes les autres; elle les précède et, sans elle, rien ne se fera. 

18. Écoute-le encore lorsqu'il dit: « Le mercure tiré de l'arsenic, ou du 
soufre (3), ou de la céruse, ou de la magnésie, ou de l'antimoine d'Italie. » Et 
(plus) haut dans la Chrysopée : « Le mercure, qui provient du cinabre » (4). 
Ici il dit : « le mercure, tiré de l'arsenic, ou de la céruse, etc. 

D. — Et comment admet-il que la céruse se change en mercure ? 

S. — Il n'a pas dit que nous extrayons le mercure de la céruse ; mais il a 
voulu exprimer le blanchiment des corps (métalliques), c'est-à-dire leur 
retour (à une forme commune ?) (5). En effet, ici, il parle de toutes les (subs- 
tances) blanches, et dans l'autre passage, des substances jaunes, afin que 
nous comprenions. 

Vois comment il s'est exprimé : « Le corps (métal) de la magnésie (pro- 
duit) seul le chrysocorail. » Là il s'agit du corps (métal) de la magnésie, de 
celui de la magnésie seulement, ou de celui de l'antimoine d'Italie. 

Qu'il suffise de vous dire ceci brièvement. Mais il faut exercer l'esprit 
d'avance, afin que nous discernions les actions de la nature, relativement aux 
choses qui doivent être accomplies avec leconcoursde Dieu (6). Sachez qu'il 



(i) Probablement il s'agit des anciens 
chimistes, ou prophètes égyptiens. 

(2) Cette phrase et diverses autres, 
citées par Synésius, ne se retrouvent 
pas dans les Questions naturelles de 
Démocrite, telles que nous les possé- 
dons. Il est probable que nous avons 
seulement un extrait de l'ouvrage ori- 
ginal. 

(3) Var. : de la couperose, Fabr. 

(4) Var.: du sel ammoniac, Fabr. 

(5) Celle du mercure des philoso- 
phes? — ■ On pourrait encore appliquer 



ce passage à l'asém, lequel désigne tout 
alliage doué d'un brillant argentin : 
qu'il ait été préparé, soit par amalgama- 
tion superficielle ; soit par blanchiment 
superficiel au moyen de l'arsenic; ou 
bien encore, par des compositions di- 
verses de cuivre, de plomb, d'étain, ou 
d'antimoine. — Introd., p. 62. 

(6) Cette phrase a une signification 
mystique et implique l'intervention 
d'actions supérieures à celles de 
l'homme. — Voir plus loin Olympio- 
dore, § I et § 9. 



OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE 



75 



faut d'abord faire macérer les espèces et, dans les fusions, amener celles qui 
ont des couleurs pareilles à l'identité de couleur. Les deux mercures ( i) exer- 
cent ainsi leur action mercuriliante, et se séparent dans la décomposition. 
Avec le secours de Dieu, je commencerai mon commentaire (2). 



II. IV. — OLYMPIODORE, PHILOSOPHE D'ALEXANDRIE 



(3) 



Commentaire sur le livre α Sur Vaction » de Zosime, et sur les dires 
d'Hermès et des philosophes. 

i.« La macération se fait depuis le 25 méchir (février) jusqu'au 25 mésori 
(août). Toutes les choses que tu peux faire macérer et lessiver, laisse-les 
déposer dans des vases (convenables); et, si tu le peux, accomplis l'œuvre de 
la macération, toi le meilleur des sages « (4). 

Il était d'usage chez les anciens de cacher la vérité et les choses tout 
à fait évidentes pour les hommes, au moyen des allégories et (du langage) de 



(i) Celui du cinabre et celui de l'ar- 
senic {Introd., p. 99 et 239). 

(2) Il semble par ces mots que le petit 
traité de Synésius soit l'extrait et le 
préambule d'ua ouvrage plus étendu. 

(3) A ajoute ces mots intercalaires: 
« à Petasius, roi d'Arménie, sur l'art 
divin et sacré et sur la pierre des philo- 
sophes ». Les diverses copies de ce 
traité offrent des variantes considéra- 
bles; spécialement le manuscrit L, qui 
appartient à une classe à part. Petasius 
ou Petesis (Isidore), peut être un per- 
sonnage réel ; mais le titre de roi d'Ar- 
ménie est fictif, et ajouté par quelque 
adepte (v. Orig. de l'Alchimie, p. iSg 
et 168.) 

(4) Ce premier paragraphe représente 
le texte proprement dit (de Zosime sans 



doute); puis vient le commentaire. Ce 
texte répondait à l'origine à l'opération 
de la lévigation des minerais d'or ; 
comme le montre l'insertion du mor- 
ceau d'Agatharchide relatif aux mines 
d'or dans M.; (Orig. de l'Alchimie, p. 
22), morceau abrégé et mutilé dans A 
(V. le présent volume, p. 27). Ce traite- 
ment des minerais naturels semble avoir 
été envisagé plus tard comme représen- 
tant svmboliquement la transmutation. 
C'est toujours le passage du sens 
matériel et positif d'une opération pra- 
tique, à un sens mystique postérieur. 
Peut-être s'agit-il d'ailleurs d'une opé- 
ration réelle, accomplie surles minerais 
destinés à fournir plus tard par des trai- 
tements convenables) non plus les pail- 
lettes d'or, mais un alliage imitant l'or. 



yô TRAITES DEMOCRITAIN3 

l'art des philosophes (i). En effet, non seulement ils ont tenu dans l'ombre 
ces arts honorables et philosophiques par leur exposition obscure et téné- 
breuse ; mais encore ils ont remplacé les termes communs par d'autres termes : 
comme cela a lieu quand on intervertit ce qui est dans le sujet et ce 
qui n'est pas dans le sujet. Tu sais toi-même, philosophe mon maître, que 
Platon et Aristote ont procédé de môme par allégories et modifié le 
sens des mots. Ainsi Aristote dit que la substance n'est pas dans le sujet, 
mais que c'est l'accident qui est dans le sujet. Platon de son côté établit la 
même opposition : d'une part, il ne place pas la substance dans le sujet; et, 
d'autre part, il place l'accident dans le sujet. En un mot, de même qu'ils ont 
exposé beaucoup de choses de cette nature, suivant la manière qui leur a paru 
convenable ; de même, en ce qui concerne cet art honorable, les anciens y 
ont mis toute leur application, ayant pour unique affaire et pour art unique 
d'exposer [les faits) au moyen de certaines considérations et énigmes ; ils se 
proposaient d'aiguillonner les chercheurs et de les faire sortir des choses 
naturelles, pour les tourner vers la poursuite des choses mystérieuses : ce 
qui eut lieu en effet. C'est ce que montrera le présent traité. 

2. « La macération s'effectue au moyen de la terre limoneuse «. 

Ici le philosophe veut parler de la terre qui doit être lessivée. Car 
il faut laver et relaver, jusqu'à ce que la partie limoneuse disparaisse, 
suivant ce que dit la divine Marie. En effet toute terre de cette nature. 



(i) Cp. Origines de l'Alchimie, p. 2g. 
τάς άρχ^άς των πραγμάτοιν άί:οζρύψαντε; 
(Clément d'Alexandrie, Stromates, V). 
D'après la lettre apocryphe, mais an- 
tique, de Platon à Denis: les philosophes 
employaient des symboles, susceptibles 
deplusieursexplications, qui permissent 
de communiquer le secret à des per- 
sonnes choisies, en maintenant les au- 
tres dans l'illusion. — On lit dans le 
Pseudo-Aristote arabe (Bibl. Chemica 
de Manget, 1. 1, p. 622, citation de Roger 
Bacon) : « Celui qui révèle les secrets 
naturels, rompt le sceau divin et il en 
résulte pour lui de grands maux. On 
rencontre dans les livres une multitude 



dechosesquel'onne peut entendre sans 
un maître». — D'après Rhazès (même 
ouvrage, t. I, p. 923) : II a plû aux 
anciens de cacher le sens de ces choses 
sous tant de noms qu'on n'en peut guère 
inventer de nouveaux. — De même Mo- 
rîenus:a: Rien n'a causé plus d'erreurs 
danscetart que la multitude des noms. 
Les anciens se sont servi de comparai- 
sons, d'énigmes, de fables poétiques. » 
— D'après Geber (p. 918) : «ilsont écrit 
de telle sorte, qu'ils ne peuvent être 
compris que par Dieu, ou par l'aide de 
sa grâce, etc. » — C'était là une tradition 
constante, jusqu'au temps de la science 
moderne. 



OLYMPIODORE. 



SUR L ART SACRE 



77 



contenant un corps (métallique), lorsqu'elle est lavée, est réduite à l'état de 
minerai (i). 

Ainsi donc, après un lavage sérieux et purificateur, tu trouveras les corps 
métalliques dans les sables; c'est-à-dire les paillettes d'or (2), argentées 
ou plombées (ce qui veut dire ayantla couleur de l'argent ou du plomb), ainsi 
que les pierres (3); le minerai qui contient la substance s'apercevant d'en 
haut. C'est celui que les anciens ont appelé par le nom propre de pierre 
d'argent, et il est permis d'y trouver le mot dont le nom a quatre syllabes et 
neuf lettres (4). 

3. L'expression « depuis le mois de méchir » ne signifie rien (en soi) : 
elle a été placée là, afin que celui qui la rencontre croie que la poudre 
sèche (5) et la manipulation dépendent d'un certain intervalle de temps, 
et que, laissant de côté la droite voie, il recoure à la route incertaine et 
épineuse. 

4. L'expression « déposer dans des vases », signifie les digesteurs de 
terre cuite. Zosime est le seul à en faire mention. 

5. Par les mots α Accomplir l'art de la macération », il nous exhorte à 
l'œuvre efficace. Et en effet le mot « action » est pris ici dans le sens d'opéra- 
tion pratique. Sache que celui qui macère a besoin d'ingrédients, d"uii 
certain (laps de) temps et d'une époque favorable (6). Ainsi donc le limon 
lessivé à cette époque, ayant été réduit à l'état de sable, est desséché. 



(i) La lévigation isole ainsi les pail- 
lettes d'or et les autres minerais métal- 
liques, plus denses que les matières 
argileuses et les gangues analogues, 
qui sont entraînées par l'eau. 

(2) C'est-à-dire l'or, ou les métaux 
susceptibles de l'imiter par leur alliage. 

(3) Les pierres, c'est-à- dire les frag- 
ments de roche volumineux, ne sont 
pas entraînées par la lévigation à cause 
de leur poids. 

(4) Allusion à l'Énigme de la Sibylle 
(Origines de Γ Alchimie, p. i36). Le mot 
grec λιθάργυρο; ayant dix lettres, on ne 
voit pas bien comment Olympiodore 
l'applique à cette énigme; h moins que 



les deux dernières lettres ne comptent 
que pour une seule, ou que l'on ne 
prenne une autre terminaison, telle que 
λιΟάργυρα. 

(5) La poudre de projection, ou pierre 
philosophale. — Ce paragraphe semble 
une interpolation postérieure. 

(6) La nécessité d'une époque favo- 
rable, et d'un laps de temps déterminé, 
a toujours été reconnue par les alchi- 
mistes, conformément aux doctrines 
de l'astrologie. Sa dernière expression 
se trouve dans le Lexicon Alchemiœ 
Ridandi, p. 33o, h l'article Mensis phi- 
losophicus (mois philosophique). « C'est 
dit-il, le temps de la décomposition, 



y8 TRAITÉS DÉMOCRITAINS 

6. L'expression « depuis le 25 du mois de méchir, jusqu'au 25 mésori », 
signifie que, à la suite delà macération, le minerai est traité par le feu. Or, 
il n'a pas dit : « après la fin de mésori », il est traité par le feu ; mais à partir 
de la macération, ou du lessivage, ou plutôt du dessèchement. 

7. Les mots : « Toutes les choses que tu peux faire macérer et lessiver », 
signifient l'espèce qui renferme la substance (i) et celle qui est obtenue par 
le dessèchement. « Toutes les choses », c'est l'espèce qui renferme la subs- 
tance ; « macérer et lessiver », c'est l'espèce obtenue par le dessèchement; 
car on a toujours besoin d'y recourir. Ainsi s'opère le lessivage. Ces mots : 
aTespècequi renferme la substance > ontfait voira mon maîtreceque c'est que 
la macération, le lessivage, la dessiccation, l'évaporation. Démocrite parle 
quelque part de l'alun décomposé (2) : ce philosophe (n')a (pas) voulu que les 
lecteurs imaginassent qu'il fallait prendre n'importe quels aluns, ou qu'ils 
fussent égarés parmi les espèces, gaspillant (ainsi) tout leur temps. 11 y a deux 
sortes de lessivage, le lessivage mystique et le lessivage au sens propre. On 
a donc parlé du lessivage mystique et du lessivage au sens propre. Le lessi- 
vage mystique est précisément celui qui se fait au moyen de l'eau divine. 

C'est là le lessivage essentiel, celui dont on assure le succès par les paroles 
de bon augure et l'obéissance (aux règles) (3) : il s'agit des matières fluides 
qui s'écoulent ensemble, c'est-à dire de la régénération à l'état métallique des 
métaux qui en avaient été dépouillés, ainsi que des esprits, c'est-à-dire de 
leurs âmes (4) : opération qui s'accomplit par la seule action de la nature, 



dont la durée répond au mouvement 
de la lune ; il est de trente jours pour les 
uns; de quarante pour les autres. Il 
répond à la fabrication de la pierre phi- 
losophale; et peut être renfermé dans 
un moindre nombre de jours, étant 
défini par la nature de l'objet et l'accom- 
plissement de l'œuvre. » 

(i) C'est-à-dire le minerai, dont l'or 
(ou l'alliage qui offre l'apparence) sera 
extrait ensuite par l'action du feu. 

(2) P. 47; §7. Il s'agit probablement 
du sulfure d'arsenic, changé en acide 
arsénieux par oxydation, à l'aide de 
diverses opérations décrites plus loin 



dans Olympiodore, § 12, et qui pré- 
cisent les désignations vagues : macé- 
ration, lessivage, etc. 

(3) Réd. de L : « en suivant les régies 
de l'œuvre unique et excellent. » 

(4) Les métaux purs ou alliés sont 
d'abord transformés par des opérations 
chimiques, qui les privent de leur état 
ou apparence métallique. Puis, en y 
fixantcertains élémentsvolatils (esprits) 
qui restituent aux métaux leurs âmes, 
(principes intérieurs d'activité), on les 
régénère avec une couleur et des pro- 
priétés nouvelles. 



OLYMPIODORE. 



SUR L ART SACRE 



79 



et non par la main des hommes, comme le croient quelques-uns. Car 
Hermès dit : « Lorsque tu auras pris (quelque substance] après legrand trai- 
tement, c'est-à-dire le lessivage du minerai... » Voilà donc qu'il a nommé le 
minerai, substance, et le lessivage, grand traitement. Agaihodémon parle 
dans le même sens. Ah ! quelle libéralité chez le Philosophe ! Aucun des 
anciens n'a jeté ainsi la lumière sur Pœuvre ; aucun n'a appelé l'espèce par 
son nom, sinon cet homme excellent et doué de toute science ; car le 
lessivage purificateur est évidemment le grand traitement. 
Je vais t'expliquer (maintenant) l'économie de la soudure d'or. 

SUR LA SOUDURE d'or 

8. La soudure d'or, c'est (i) l'art de réunir l'or avec l'or, en opérant sur les 
paillettes d'or tirées du minerai. Comment faut-il unifier ces paillettes, 
c'est-à-dire les souder et les joindre entre elles, afin que l'esprit tinctorial 
de la chrysocolle y soit conservé (2) ? 

Pour conserver cet esprit, il dit qu'il convient d'employer une combus- 
tion à feu modéré, afin que, par suite d'une grande incandescence, des 
choses non convenables n'arrivent pas. Il faut quele feu brûle avec modé- 
ration et douceur, de crainte que la vapeur ne s'en aille en fumée et ne soit 
perdue. Il s'agit de la vapeur, qui tend à s'échapper. Cette vapeur, c'est 
le mercure. Cette vapeur donc, autrement dit le mercure (3), éprouvant 
l'action du feu, s'en va en fumée. Or, lorsqu'elle s'en va en fumée et sort 
du creuset, les paillettes d'or, celles que Zosime appelle paillettes de clau- 
dianos, brûlées maladroitement par la violence du feu, s'en vont aussi en 
fumée (4). 



(i) C'est la réunion de l'or avec l'or. 
Les paillettes d'or sont les parties tirées 
du minerai. Le mot or comprend 
d'ailleurs aussi les alliages couleur d'or. 

(2) Il s'agit de réunir les paillettes 
métalliques d'or (ou de l'alliage qui en 
offre l'apparence), en une masse unique, 
au moyen de la chrysocolle ; en leur 
donnant une couleur homogène, et 
sans qu'on voie la soudure. 



(3) Réd. de L : ï Donc cette vapeur, 
autrement dit l'eau d'argent, c'est-à- 
dire r(élément) qui atténue l'argent ». 
Le mercure dont il s'agit ici paraît être 
l'arsenic métallique (Introd., p. 61, 90 
et 239). 

(4) Toute cette description est obs- 
cure, quoiqu'elle paraisse se rapportera 
desopérationsréelles. La mention finale 
du claudianos, alliage de plomb, de 



8ο 



TRAITES DEMOCRITAINS 



g. Apprends, ô ami des Muses, ce que signifie le mot économie (i], et 
ne va pas croire, comme le font quelques-uns, que l'action manuelle à elle 
seule soit suffisante; il faut encore celle de la nature, une action supérieure 
à l'homme (2). Lorsque tu as pris de l'or (3), tu dois le traiter, et si tu opères 
avec soin, tu obtiendras de l'or (4). Et ne suppose pas, dit-il, que la tein- 
ture aura lieu avec certaines autres idées et certaines autres plantes (5) ; mais 
travaille suivant une pratique conforme à la nature (6), et tu obtiendras 
l'objet cherché. 

Quant au mot économie, il a été employé en mille endroits par tous les 
anciens (7); car ils veulent parler de la marche opératoire pour fixer la 
teinture (8). Or qu'est-ce que la fixation d'une teinture? sinon la fixation 
de quelque mercure fugace. Car Zosime dit : « Fixe le mercure avec le corps 
(métallique) de la magnésie. « 



cuivre, dezincetautres métaux (/îiiroi., 
p. 244), y jette quelque jour ; car c'était 
là un alliage métallique, destiné à imiter 
l'or. — • La description s'applique à la 
fois à l'or pur et à l'or simulé, c'est-à- 
dire au claudianos. Il semble que l'or 
véritable, aussi bien que le faux or, 
fussent obtenus d'abord à l'état de 
paillettes; que l'on agglomérait ensuite 
au moyen du mercure (ou plutôt de 
l'arsenic métallique, envisagé comme 
un second mercure). Puis on chauf- 
fait à feu doux, en évitant la déper- 
dition de la vapeur, du mercure, ou de 
l'arsenic par volatilisation ou oxyda- 
tion. 

La mention finale s'appliquerait à la 
destruction de l'alliage et à la vaporisa- 
tion de certains de ses composants, tels 
que le zinc, sous forme d'oxydes, par 
l'influence d'une calcination trop éner- 
gique. 

(i) Le mot économie est employé, 
même dans la pratique de notre temps, 
avec le même sens que dans ces textes. 
On dit, par exemple : « Voici toute 
l'économie du procédé », etc. 



(2) Le côté mystique et magique des 
opérations apparaît ici. 

(3) Il semble que dans cette phrase le 
mot or soit employé successivement 
dans deux sens différents : Lorsque tu as 
un métal qui a l'apparence de l'or. .., etc.; 
tu obtiendras de l'or véritable. On 
peut encore entendre d'abord le métal 
en paillettes ; puis le métal aggloméré 
par la soudure. 

(4) Réd. de L : « Tu auras de l'or; mais 
travaille toujours conformément à la 
pratique de l'or ». 

(5) Plantes, dans le même sens mys- 
tique que fleurs, p. 71. 

(6) C'est-à-dire les opérations pure- 
ment manuelles sont insuffisantes, etc.; 

(7) Réd. de L : « Car ils veulent qu'il 
y ait dans l'art un principe fixateur, 
qui retienne les substances fugaces; ce 
principe, c'est le feu, qui fixe le mer- 
cure, c'est-à-dire la vapeur. Or ce n'est 
pas seulement le mercure qui fuit le 
feu, mais encore toutes les substances 
(de la même classe) du catalogue ». 

(8) Κάτο/ος fixation d'une matière 
colorante, sur une étoffe, par exemple. 



OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE 



8l 



10. On a dit que la soudure d"or est le mélange des deux substances; 
le principe fixateur qui en résulte, je sais le maintenir dans le composé. 
Nous savons en effet que la vapeur (mercurielle) (i) est fugace; et il est 
spécifié en mille endroits que ce n'est pas seulement la vapeur (mercurielle) 
qui est fugace, mais encore toutes les (substances de la même classe) du ca- 
talogue. Avant et après, le philosophe s'attache au mercure, comme à toutes 
les substances fugaces du catalogue, telles que celles dont les anciens ont 
fait mention, couleurs et plantes, et autres; parce que toutes ces subs- 
tances, en éprouvant l'action du feu (2), sont fugaces. 

11. Quant à moi, Je ne t'en expose pas toutes les classes, vu leur grand 
nombre et les témoignages des anciens, tous d'accord sur ce point; afin de ne 
pas perdre le temps mal à propos. Mais je te soumettrai un petit nombre de 
choses, comme les plus intéressantes, les plus faciles à comprendre, et à Tabri 
du reproche de futilité. 

Il fait allusion ici (3) aux anciens, dont quelques-uns ont dit des choses 
futiles et fait perdre aux chercheurs un temps infini. Sache donc, dans ta 
science excellente, que les anciens font trois teintures : La première est celle 
qui se dissipe promptement (4), comme les soufres; la seconde, celle qui se 
dissipe lentement, comme les matières sulfureuses ; la troisième, celle qui 
ne se dissipe pas du tout, comme les corps métalliques liquéfiés et les 
pierres i5). 

12. Première teinture, teignant le cuivre en blanc au moyen de l'arsenic, 
comme il suit. 



(i) Le mercure proprement dit (ou 
l'arsenic métallique), employé dans la 
teinture du métal, est volatil; mais le 
mercure des philosophes, fixé par l'ac- 
tion du feu, ne doit pas l'être : de telle 
façon que la teinture dont il fait par- 
tie demeure fixée sur le fond métal- 
lique. Il yalà un mélange d'idées réelles 
et d'idées mystiques. 

(2) Le mot fugace s'applique ici à la 
teinture et aux agents qui la produisent. 
Il signifie, non seulement la volatilité 
de l'agent colorant, mais le défaut de 



fixité de la teinture, dû à une oxyda- 
tion ou à une cause quelconque. 

(3) C'est unegloseducommentateur; 
la phrase précédente est probablement 
de Zosime. 

(4) On avait d'abord traduit οεϋζτά 
par volatiles. Mais le sens semble com- 
prendreaussi les corps colorants qui dis- 
paraissent par liquéfaction, dissolution, 
oxydation, etc. ; c'est-à-dire qu'il est plus 

général. 

(5) L ajoute : « Et la terre ». 



11 



82 



TRAITES DEMOCRITAINS 



L'arsenic (sulfuré) est une espèce de soufre qui se volatilise promptement; 
Je veux dire, se volatilise au feu. Toutes les substances semblables à l'arsenic 
sont aussi appelées des soufres et des corps volatils (i). Or la préparation se 
fait ainsi : prenant de Tarsenic lamelleux couleur d'or, 14 onces (2, tu le 
coupes en morceaux, tu le porphyrises de façon à le réduire en parties aussi 
fines que du duvet ; puis tu fais tremper dans du vinaigre, pendant deux ou 
trois jours et autant de nuits, la matière renfermée dans un vase de verre à 
col étroit, en lutant le haut avec soin, afin qu'elle ne se dissipe pas. Agitant une 
fois ou deux par jour, fais celapendant plusieurs jours; puis, vidant le (vase), 
lave avec de l'eau pure, seulement jusqu'à ce que l'odeur du vinaigre ait dis- 
paru. Garde la partie la plus subtile de la substance ; mais ne la laisses pas 
s'écouler avec l'eau (3). Ensuite, laissant la masse se dessécher et se con- 
tracter à l'air, mélange et broie avec 5 onces de sel de Cappadoce. 

Or l'emploi du sel a été imaginé par les anciens pour éviter que l'arsenic 
adhère au vaisseau de verre. Ce vaisseau de verre est nommé asympoton, par 
Africanus. Il est luté avec de l'argile (4) ; un couvercle de verre en forme de 
coupe est posé par-dessus. A la partie supérieure, une autre coupe enveloppe 
le tout ; elle est assujettie de tous les côtés, afin que l'arsenic brûlé ne se 
dissipe pas (5). 

Fais-le donc brûler à plusieurs reprises et pulvérise-le, jusqu'à ce qu'il soit 
devenu blanc; on obtient ainsi de l'alun blanc et compacte (6). Puis on fait 
fondre le cuivre avec du cuivre dur de Nicée ; ensuite tu prends de la fleur 



(i) Réd. de L : « Or il se dissipe sous 
l'influence du feu, etc. ». 

(2) Var. AL : 4 onces. 

(3) C'est-à-dire : décante avec soin 
le dépôt du liquide surnageant. 

(4) Réd. de L : « Ensuite lute la coupe 
et assujettis-la de tous les côtés s. 

(5) Cette description répond à celle 
d'un appareil de sublimation, formé 
d'un récipient inférieur, surmonté de 
deux coupes ou chapiteaux, emboîtés 
l'un dans l'autre en forme d'aludel. 
Ce dernier appareil a été attribué aux 
Arabes; mais la description actuelle le 
fait remonter jusqu'à Africanus (iii<= siè- 



cle). On lutait avec soin; et on con- 
densait dans ces chapiteaux la partie 
sublimée. — Voir Introd., p. 143, 146, 
fig. 20 et 22. La double coupe répond 
à la figure 22, mais sans kérotakis ; 
ou bien encore aux figures 26 et 27, 
ρ . 1 5o, 1 5 1 . — Voir aussi fig. 44 et 45, 
p. 170, 172. 

(6) Dans cette opération, on oxyde 
lentement l'orpiment ou sulfure d'ar- 
senic, de façon à le changer en acide 
arsénieux. On voit que ce dernier 
est désigné ici sous le nom d'alun 
blanc. 



OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE 



83 



de natron, tu en jettes au fond du creuset 2 ou 3 parties pour ramollir (i). 
Tu projettes alors la poudre sèche (arsenic brûlé), avec une cuiller de fer ; 
tu en jettes la valeur d'une once pour 2 livres de cuivre. Après cela, tu 
ajoutes dans le creuset pour une once (de cuivre) un peu (2) d'argent, en 
vue de rendre la teinture uniforme. Tu projettes encore dans le creuset une 
petite quantité de sel. Tu auras ainsi un très belasèm (3). 
i3. Deuxième teinture, celle qui se volatilise lentement: 
Le cuivre brûlé (4), la rubrique et les substances analogues ne se dissipent 
pas promptement, mais lentement. Or il faut savoir que la fabrication de 
l'émeraude se fait ainsi. Prends: deux onces de beau cristal ; cuivre brûlé, 
une demi-once. Chautft d'abord le cristal, dans ses parties extrêmes, et jette-le 
dans l'eau pure; puis neitoie-le, afin qu'il n'ait pas de crasse. Ensuite (5) tu 
le pulvérises dans un mortier propre, sans le réduire en poudre impalpable; 
et tu délaies, avec la rubrique et le cuivre brûlé. Tu en fais fondre la valeur 
de 4 livres sur un feu de charbon. Après avoir luté tout autour et fermé le 
creuset à sa partie supérieure, et après avoir chauffé sur un feu bien régu- 
lier (6), tu auras ce que tu cherches. Or il est préférable d'opérer la fonte 
dans un creuset d'argile crue, non cuite; parce que dans les creusets des 
orfèvres, l'émeraude fond avec la matière du creuset et donne lieu à un 
retrait qui fait éclater le creuset. Elle demande à être refroidie dans le four- 
neau même, et à être enlevée après refroidissement; attendu que si tu l'en- 
lève pendant que le fourneau est encore chaud, le creuset éclate aussitôt (7). 



(i) C'est un fondant. 

(2) [ϋλιαρίσιον ne se trouve pas dans 
les dictionnaires. — A moins que 
ce ne soit le mot latin millième, gré- 
ci se. 

(3) Variante de A : argent. Cette va- 
riante est postérieure. Larecetteprécé- 
dente est une préparation positive : c'est 
celle d'un arséniure de cuivre blanc, 
analogue à l'alliage appelé tombac. 
Elle rappelle quelques-unes des fabri- 
cations d'asèm du Papyrus de Leide 
traduit dans V Introduction, p. 34, 45, 6 1 . 

(4) L'auteur ajoute μαργάρων : mot à 
mot, des perles ; sans doute parce que 



ce produit servait à colorer les perles 
artificielles. Le cuivre brûlé répond à 
notre protoxyde de cuivre : c'est une 
matière rouge (V. Introd., p. 233). 

(5) Réd. de L : « Ensuite pulvérise-le, 
ainsi que le cuivre brûlé et la rubri- 
que, dans un mortier ; fais les fondre 
sur le feu. Lutant le creuset, le fermant 
à sa partie supérieure et chauffant sur 
un feu égal, etc. ». 

(6) Glose insérée dans le texte : « le 
feu ne doit pas chauffer une partie, en 
n'échauffant pas une autre partie ». 

(7) C'est là un procédé technique de 
fabrication d'un verre coloré en vert, 



84 



TRAITES DEMOCRITAINS 



14. Troisième teinture, celle qui ne se dissipe pas du tout. 

Onadit « se dissipe au feu »; et deux mystères sont exposés parlà(i):run 
concerne le corps dissipé ; Pautre, le corps qui détermine la dissipation. 
De même Démocrite a parlé quelque part des trois (teintures) antiques: 

L'une se dissipe promptement, c'est-à-dire par le départ des liquides (2), 
ou par la montée de la vapeur ^3). C'est pour cela qu'il dit: Les substances 
qui se dissipent promptement, telles que les soufres; car les soufres sont 
très prompts (à se réduire) en fumée. 

Les autres se dissipent lentement, telles sont les matières sulfureuses. 
Et il parle du principe de la fixation des mêmes liquides fugaces, lors- 
qu'ils deviennent plus lents à se dissiper (étant composés par le mé- 
lange) des (substances) fugaces avec les• substances fixes et les corps métal- 
liques (4). 

Ensuite il parle de la troisième classe : celle qui se dissipe à la façon des 
corps (métalliques) fusibles. C'est là ce que l'on appelle proprement la tein- 
ture. (On l'obtient) après avoir fait le traitement et placé séparément les 
corps qui ne se dissipent pas et les corps qui se dissipent. 

En effet il est impossible de faire cela (en une seule fois) ; mais c'est en 
desséchant progressivem.ent et jusqu'à la fin qu'avec la coopération de Dieu 
nous rendons les (substances) tout à fait fixes (5). 

i5. « Comme les corps métalliques fusibles. » 



ou émeraude artificielle. C'est donc 
encore une teinture; mais il ne s'agit 
plus d'un métal (Voir Origines de l'Al- 
chimie, p. 220, 222, 23g). 

(i) Réd. de L : « et c'est pourquoi 
deux mystères sont exposés ». 

(2) Réd. de L: « mais Démocrite dit 
au sujet de ce qui se dissipe prompte- 
ment, que cette chose se dissipe dans le 
départ des liquides, etc. ». 

(3) La disparition de la teinture ou 
coloration peut avoir lieu : soit par l'éva- 
poration (ou l'oxydation) de la matière 
qui teint ; soit par son extraction au 
moyen d'un liquide, à l'aide duquel elle 
est dissoute ou décomposée. 



(4) Réd. de L : « Quant à ce qui ne se 
dissipe pas du tout, il dit que cette (tein- 
ture est véritablement et proprement 
la troisième teinture : tels sont, par 
exemple, les corps fusibles et métalli- 
ques. Car après que nous avons traité 
et disposé ces (substances) séparément, 
les matières dissipables deviennent fixe s 
et les corps non métalliques se change nt 
en métaux ». 

(5) La matière colorante se fixe par 
suite de l'évaporation du liquide q ui 
la contenait. C'est la pratique de la 
teinture des étoffes qu'il faut prendre 
comme terme de comparaison, pour 
entendre tout ceci. 



OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE 



85 



Il est évident que ces corps étaient d'abord dissipables par ractioii du feu, 
parce qu'ils ne rencontraient rien qui pût les Hxer; lorsqu'ils ont au contraire 
été amenés à une fixité complète (i), la nature indélébile de la teinture les a 
fait passer à l'état de métaux. Ces corps ont reçu un nom semblable, en 
raison de leur résistance au feu et de leur fixité. Si le corps dissipable 
rencontre l'agent fixateur, il acquiert une nature indélébile. Entends par 
là, la nature qui existe dans le Tout; conçois celle qui subsiste jusqu'à la 
fin, inextractible et demeurant toujours: c'est là l'indélébile, ce qui reste à 
jamais inaltérable. Car les anciens connaissaient toutes les (matières) sans 
stabilité qui existent dans le catalogue, et leur but était de faire comprendre 
aux gens intelligents de quelle nature sont les matières stables et les matières 
instables. C'est pour cela qu'ils ont établi que toute matière appartient soit 
à la classe des solides, soit à celle des liquides (2). 

16. Sache que cet art ne se pratique pas au moyen d'un feu (violent). Ainsi 
donc, ils ont écrit comme s'entretenant avec des (lecteurs) intelligents, et 
tel était leur but. Zosime fait un discours particulier sur le feu ; néan- 
moins dans chacun de ses livres il s'occupe du feu, comme tous les anciens. 
Le feu est le premier agent, celui de l'art tout entier ; c'est le premier des 
quatre éléments. En effet, le langage énigmatique des anciens, par cette 
expression « les quatre éléments», désigne l'art. Que ta vertu examine avec 
soin dans les quatre livres de Démocrite les endroits où il parle des quatre 
éléments, dans le langage qui convient à un naturaliste. 11 s'explique (ainsi); 

11 a exposé d'abord les choses qui ont besoin du feu, et qu'il convient de 
traiter tantôt sur un feu doux, tantôt sur un grand feu, tantôt sur des char- 
bons (3). 



(i) Ceci désigne à la fois la résistance 
à la volatilisation, à la fusion et même 
à la dissolution. 

(2) On voit que la liquidité est regar- 
dée ici comme le symbole de l'aptitude 
à se dissiper; et la solidité, comme celui 
de la fixité. 

(3) Réd. de L : « Car, naturellement, 
toutes les choses pourvues d'esprit ont 
besoin les unes du feu, comme les subs- 



tances métalliques, celles qui se ratta- 
chent à l'art culinaire, etc.; 

Les autres ont besoin de l'air, comme 
les animaux qui vivent dans l'air ; 

D'autres ont besoin de l'eau, comme 
les poissons; 

D'autres ont besoin de la terre, comme 
les plantes. 

Mais les espèces qui sont dans ces 
quatre éléments, étant mâles et femel- 



86 



TRAITES DEMOCRITAINS 



Puis il parle de Pair et des choses de l'air, telles que les animaux qui 
vivent dans l'air. 

Pareillement des choses des eaux, telles que la bile, les poissons, tout ce 
qui se prépare au moyen des poissons et au moyen des eaux. 

De même il parle des choses de la terre, telles que le sel, les métaux et les 
plantes. Il sépare en classes chacun de ces êtres, d'après leurs couleurs, leurs 
propriétés spécifiques et génériques, tous étant susceptibles d'être mâles et 
femelles. 

17. Sachant cela, tous les anciehs voilèrent l'art sous la multiplicité 
des discours. De toute manière l'art a besoin de quelqu'une de ces choses; 
en dehors d'elles, il n'y a rien de sûr. Démocrite le dit : rien ne pourrait 
subsister sans ces (éléments). Mais sache-le, sache que j"ai écrit suivant mon 
pouvoir; étant faible, non seulement dans mon langage, mais encore dans 
mon intelligence. Et je demande que par vos prières, vous empêchiez la 
justice divine de s'irriter contre moi, pour avoir eu l'audace d'écrire cet 
ouvrage : Qu'elle me soit propice de toute manière (i). 

Voici les écrits des Egyptiens, leurs poésies (2), leurs opinions, les oracles 
des Démons, les expositions des prophètes : une intelligence infinie est né- 
cessaire pour embrasser ce sujet, et il tend vers un but unique. 

18. Que ta sagacité sache que les anciens ont employé plusieurs noms 
pour l'eau divine. Cette eau divine désigne ce que l'on cherche, et ils 
ont caché l'objet de la recherche sous le nom d'eau divine. Je vais te 
donner une petite explication: écoute, toi qui es en possession de toute 
vertu. Car je connais le flambeau de tes pensées, ta bonté, ta patience. Je 
veux te présenter l'esprit des anciens; te dire comment, étant philosophes, 
ils ont le langage des philosophes et ils ont appliqué la philosophie à l'art, 
par le moyen de la science; ne cachant rien aux (esprits) intelligents, mais 
décrivant toutes choses avec clarté. En cela ils tiennent bien leur sér- 



ies, ont été distinguées entre elles par 
des couleurs multiples et des natures 
multiples et réciproques, au point de vue 
particulier et au point de vue général ». 
La rédaction de M, traduite dans le 
texteprincipal,semblelaplus ancienne; 



car elle est en relation plus directe avec 
ridée de classification, qui est la base 
du traité démocritain. 

(i) V. p. 76 note (i). 

(2) Ou leurs procédés opératoires, le 
mot grec ayant un double sens. 



OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE 



87 



ment (i). Car leurs écrits traitent de la doctrine, et non des œuvres pratiques. 

Quelques-uns des philosophes naturalistes rapportent aux principes 
le raisonnement sur les éléments, parce que les principes sont quelque 
chose de plus universel que les éléments. Disons donc comment le 
principe premier est plus universel que les éléments. En effet, c'est à lui que se 
ramène tout l'ensemble de l'art. Ainsi Agathodémon ayant placé le principe 
dans la fin, et la fin dans le principe, il veut que ce soit le serpent Ouro- 
boros;. et s'il parle ainsi, ce n'est pas (pour cacher la vérité) par jalousie, 
comme le croient certaines personnes non initiées. Mais cela est (rendu) 
manifeste, ô initiateur, par le mot pluriel: les œufs (2). 

Vois, toi qui sais tout, et apprends ce qu'est Agathodémon. Quelques-uns 
racontent que c'est un ancien, un personnage des plus vieux, qui philo- 
sopha en Egypte. D'autres disent que c'est un ange mystérieux; ou que 
c'est le bon génie (3) de l'Egypte. D'autres l'ont appelé le Ciel, et peut-être 
tient-on ce langage parce que le serpent est l'image du monde. En effet, 
certains hiérogrammates égyptiens, voulant retracer le monde sur les obélis- 
ques, ou l'exprimer en caractères sacrés, ont gravé le serpent Ouroboros. 
Or son corps est constellé d'astres. Telles sont les choses que j'ai expli- 
quées au sujet du principe, dit Agathodémon. C'est lui qui a publié le 
livre de la Chimie. 

Après l'avoir personnifié, cherchons maintenant comment il se fait que le 
principe soit plus universel que les éléments. Nous disons que ce qui 
est pour nous un élément, est aussi un principe ; car les quatre éléments 
constituent le principe premier des corps. Mais tout principe n'est pas 
pour cela un élément. En effet le divin (4;, l'œuf (5), l'intermédiaire, les 



[\) Réd. de A: « Ils se sont parjurés 
en révélant le mystère ; car les écrits 
des étrangers, etc. » L ajoute ici : « Et 
en cela ils jurent par le mystère ». L 
met ce membre de phrase, après les 
œuvres pratiques. 

(2) Il s'agit ici de l'assimilation entre 
le serpent qui se mord la queue et l'œuf 
philosophique, tous deux emblèmes de 
l'œuvre. La pluralité sur laquelle le 



texte insiste semble être celle des qua- 
tre éléments. 

(3) C'est la traduction du grec Άγαθο- 
δα'αων écrit en deux mots. — C'était en ef- 
fet le nom grec d'une divinité égyptienne. 

(4) L'auteur joue sur le mot θείον, qui 
veut dire à la fois : le soufre et le divin. 

(5) L'œuf philosophique, image du 
monde. L donne ôv : l'être. La confu- 
sion desdeux mots est peut-être voulue . 



88 



TRAITES DEMOCRITAINS 



atomes (i), sont pour certains philosophes les principes des choses ; mais 
ce ne sont pas des éléments (2). 

19. Cherchons donc, d'après certains signes, quel est le principe de toutes 
choses et s'ilestunou multiple. S'il est unique, est-il immuable, infini, ou dé- 
terminé? S'il y a plusieurs principes, les mêmes questions se posent: sont-ils 
immuables, déterminés, ou infinis (3)? Qu'il y ait donc un principe unique, 
immuable et infini de tous les êtres, c'était l'opinion de Thaïes de 
Milet, disant que c'était l'être (de l'eau] (4), [c'est-à-dire l'être de l'eau divine, 
l'or; c'est-à-dire l'œuf (5) de Peau divine, l'or] (6). Car celui-ci est un et 
immuable; il est exempt de toute mutation apparente ; il est de plus infini : 
en effet le divin {7) est d'une puissance infinie, et personne ne peut en 
dénombrer les puissances. 

20. Parménide (8) prend aussi pour principe le divin (9), dont la puissance 
est une, immuable, déterminée; car celui-ci, comme on l'a dit, est un et immu- 
able, et l'énergie qui en émane est déterminée. Observe que Thaïes de Milet, 
considérant Tessence de Dieu, disait qu'il est infini ; car Dieu est d'une puis- 
sance infinie. Mais Parménide, (ayant en vue) les choses qui proviennent de 
lui, disait qu'il est déterminé (10); en effet, il est partout évident que, la 



(i) Au lieu de -i όίτοα» (M): A porte 
τό άμα: l'ensemble; ce qui semble une 
faute de copiste. — L, qui représente un 
arrangement postérieur : τό i;j.a -/.ai τά 
ατοια,α. C'est-à-dire que le dernier copiste 
a ajouté les deux versions. 

(2) Voir Aristote, Physica, 1. I. 

(3) Réd. de L : «Qu'ilyait un principe 
immuable et infini de tous les êtres, 
c'était l'opinion des anciens. C'est pour- 
quoi Thaïes de Milet disait que l'être 
était un. Il s'agit pour nous de l'eau de 
soufre et de Γογ : c'est un principe un, 
beau, immobile ». 

(4) Plusieursmanuscrits portent l'œuf, 
ώον, identifié avec l'être, Sv, ou le 
monde. Voir la note (5) de la page 87. 
— D'après Thaïes, l'eau était le principe 
des choses. V. Origines de l'Alchimie, 
p. 25 1 et suiv. 

(5) Mêmes remarques. 



(6) Gloses d'alchimiste. L'or, en 
raison de son caractère un, inaltérable, 
divin, et de la puissance qu'il commu- 
nique, est assimilé par ces gloses au 
principe universel. 

Tout ce texte est rendu fort confus 
par le symbolisme alchimique. Il est 
probable qu'à l'origine, il était écrit en 
grande partie en signes à double sens, 
que les copistes ont ensuite transcrits et 
commentés de diverses façons. 

(7) Ou le soufre. — Toujours le même 
emploi de mots à double sens. 

(8) Réd. de L : « Parménide disait 
qu'une puissance est immuable et infi- 
nie et qu'une autre est limitée, le 
divin (ou le soufre) ». 

(9) Ou le soufre. 

(10) Parce que toute action s'exerce 
dans des conditions finies et limitées. 



OLYMPIODORE. — SUR L ART SACRE 



89 



puissance étant déterminée, ce que Dieu produit répond à une puissance 
finie (i). Entends (par là) les choses périssables, à l'exception des choses 
intellectuelles. Ces deux hommes, je veux dire le Milésien et Parménide, 
Aristote est d'avis de les rejeter du chœur des naturalistes ^2). En effet, ce sont 
des théologiens s'occupant de questions étrangères aux choses naturelles, 
et s'attachant aux choses immuables ; tandis q ue toutes les choses naturelles 
se meuvent, car la nature est le principe du mouvement et du repos. 

21. Thaiès a admis l'eau comme principe déterminé des êtres, parce 
qu'elle est féconde et plastique. Elle est féconde, puisqu'elle donne 
naissance aux poissons; et plastique, puisqu'on peut lui communiquer la 
forme que l'on veut. En effet tu fais prendre à l'eau la forme que tu veux : 
dans quelque vase qu'on la mette, elle en prend la forme ; je veux dire dans 
un setter, ou dans un pot de terre, ou dans un vase triangulaire ou qua- 
drangulaire, ou enfin dans tout autre que tu voudras. Ce principe unique 
est mobile; l'eau se meut en effet ; elle est déterminée et non pas éternelle (3). 

22. Diogéne soutint que le principe est l'air, parce qu'il est opulent et 
fécond : car il engendre les oiseaux. L'air, lui aussi, est plastique; car on 
lui donne la forme que Ton veut; il est un, mobile et non éternel (3). 

23. Heraclite et Hippasus ont soutenu que le feu est le principe de tous 
les êtres, parce qu'il est l'élément actif de toutes choses. Un principe en effet 
doit être la source de l'activité des choses issues de lui, d'après ce que 
disent quelques-uns. Le feu est aussi fécond ; car tous les êtres naissent dans 
réchauffement. 

24. Quant à la terre, nul n'en a fait le principe, sinon Xénophane de 
Colophon ; comme elle n'est pas féconde, nul n'en a fait un élément. Et 
que celui en qui réside toute vertu (4) remarque ce fait que la terre n'a pas 
été considérée par les philosophes comme un élément, parce qu'elle n'est 



(i) « Il est déterminé quant à sa puis- 
sance » L. 

(2) Parménide άφύσν.ο;. Cp. Arist. 
fragm.. n" 33, (éd. Didot); — Méta- 
phys., I, 4, p. 472, 1. 30-40. — ■ Dans 
le fragment aristotélique tiré de Sextus 
Empiricus, on nomme Mélissus et Par- 
ménide. Le texte d'Olympiodore indique 



<i le Milésien et Parménide », et il est 
la conséquence du développement qui 
précède. 

(3) L'auteur entend plutôt : non infi- 
nie, non illimitée. 

(4) Son interlocuteur. Dans A le 
mot (1 remarque κ est remplacé par 
« Acriboulos » nom propre ? 

12 



go TRAITES DEMOCRITAINS 

pas féconde : le sens de cet énoncé se rapporte à notre recherche. En effet 
Hermès dit quelque part : 

« La terre vierge se trouve dans la queue de la Vierge » (i). 

35. Anaximène professe que le principe de toutes choses, un, mobile, 
infini, est l'air. Il parle ainsi : L'air est voisin de l'incorporel, et comme 
nous existons grâce à son écoulement, il faut qu'il soit infini et opulent, 
puisqu'il ne fait Jamais défaut. 

Anaximandre dit que le principe est l'intermédiaire : ce qui désigne la 
vapeur humide, ou la vapeur sèche (fumée). Car la vapeur humide est in- 
termédiaire entre le feu et la terre. En général, tout ce qui est intermédiaire 
entre le chaud et l'humide est vapeur ; tandis que l'intermédiaire entre le 
chaud et le sec c'est la fumée. 

26. Venons à l'opinion propre de chacun des anciens, et voyons comment 
chacun veut établir la sienne et se poser en chef d'école, par son point de 
vue personnel. En effet, çà et là quelque omission a eu lieu, par suite de la 
complication de notre marche. 

Récapitulons donc par parties, et montrons comment nos philosophes 
(chimiques), empruntant à ceux-là le point de départ, ont construit leur 
système. Zosime, la couronne des philosophes, dont le langage a l'abon- 
dance de l'Océan, le nouveau devin, suit en général Mélissus en ce qui 
concerne l'art et dit que l'art est un comme Dieu. C'est ce qu'il expose 
en mille endroits à Théosébie ; et son langage est véridique. Voulant 
nous affranchir de la confusion des raisonnements et de celle de toute la 
matière, il nous exhorte à chercher notre refuge dans le Dieu un et il 
dit (2) : « Reste assis à ton foyer, ne reconnaissant qu'un seul Dieu et 
qu'un seul art, et ne va pas t'égarer en cherchant un autre Dieu ; car 
Dieu viendra à toi, lui qui est partout; il n'est pas confiné dans le lieu le 
plus bas, comme le Démon. Repose ton corps, et calme tes passions; te 



(i) Ceci est énigmatique. L'expres- 
sion de la terre vierge se retrovive 
plusieurs fois dans les auteurs de ce 
temps (.Orig. de l'Alch., p. 258 et 333). 
On la lit aussi dans Theoctonicos, au 
xiv siècle (Introd., p. 210. V. aussi 
la note 4 de la p. 93, plus loin). — 



J'ai interprété le texte d'Hermès en 
disant : « Hermès associe l'idée de la 
terre à CÊlle de la vierge non fécon- 
dée )i. 

(2) Réd. de L : « C'est pourquoi il 
parle en ces termes à cette femme phi- 
losophe ». 



OLYMPIODORE. 



SUR L ART SACRE 



9» 



dirigeant ainsi toi-même, tu appelleras à toi l'être divin, et l'être divin 
viendra à toi, lui qui est partout (i). Quand tu te connaîtras toi-même, 
alors tu connaîtras aussi le seul Dieu existant en soi ; agissant ainsi tu 
atteindras la vérité et la nature, rejetant avec mépris la matière ». 

27. De même. Chymes suit Parménide et dit : « Un est le Tout, par le- 
quel le Tout est ; car s'il ne contenait pas le Tout, le Tout ne serait rien. » 

Les Théologiens parlent sur les choses divines, comme les naturalistes 
sur la matière. 

Agathodémon, tourné vers Anaximène, parle de l'air (2). 

Anaximandre parle de Fintermédiaire, c'est-à-dire de la vapeur humide 
et de la fumée sèche. 

Pour Agathodémon, c'est tout à fait la vapeur sublimée. Zosime le dit 
aussi ; et il a été suivi de préférence par la plupart de ceux qui ont fait la 
philosophie de notre art. 

Hermès parle de la fumée, à propos de la magnésie: « Laisse-la, dit-il, 
brûler en face du fourneau (3), en la soumettant à l'action des écailles de 
cobailiia Touges » (4). Car la fumée des cobathia, étant blanche, blanchit les 
corps. La fumée (5) est intermédiaire entre le chaud et le sec; et, dans le 
cas présent, cette fumée est la vapeur sublimée (6) et tout ce qui en 
résulte. Mais la vapeur humide (7) est intermédiaire entre le chaud et 
l'humide; elle désigne les vapeurs sublimées humides, celles par exemple 
que distillent les alambics et les appareils analogues. 

28. Pour éviter une vaine phraséologie, je te ferai une transmission brève; 
je t'expliquerai clairement ce qu'ont dit les anciens, ô rejeton des nobles 



(i) Il y a là quelque réminiscence de 
l'extase des philosophes alexandrins. 

(2) D'après L : η Regarde Tair comme 
l'essentiel. Anaximandre dit que l'es- 
sentiel est rintermédiaire, etc. ». 

(3j A ajoute : κ sur un feu blanc ». 

(4) D'après le Lexique (p. 10) : La 
fumée des cobathia, ce sont les vapeurs 
de l'arsenic. Le mot cobathia semble 
donc signifier le sulfure rouge d'arse- 
nic ou un arseniosulfure (v. Jiitrod., 
p. 245), qui en produirait par sa subli- 



mation en vase clos. Le grillage de ces 
composés développe de l'acide arsé- 
nieux, qui se volatilise, et il joue un rôle 
dans le blanchiment du cuivre. 

(5) Ka;;vo:. 

(6) Αιθάλη s'applique spécialement au 
mercure et à l'arsenic métallique subli- 
mé, blanchissant le cuivre comme le 
mercure et assimilable par là à un second 
mercure (Introd., p. 99 et 239). 

17) Άταος. 



g2 IRAITES DEMOCRITAINS 

Piéride?, l'ie veux dire) des neuf Muses, ό chef des orateurs; car Dieu t'a 
envoyé pour cela. Apprends, au moyen d'un écrit de peu de prix, à faire 
les plus grandes choses fil. Car Dieu veut t'éprouver de deux côtés, par ta 
piété notoire aux êtres supérieurs, et par ton habileté bienfaisante à l'égard 
des êtres terrestres. Sache donc, sache, pour abréger les choses que tu 
devras prescrire, comment j'ajusterai mon discours aux écrits primitifs. 

Or il vous a été dit, ô vous les hommes les plus considérables, que les 
anciens ont parlé des quatre éléments. Sachez en effet, que c'est au moyen 
des quatre éléments que sont constitués les choses sèches et les choses 
humides; les choses chaudes et les choses froides (2), le mâle et la femelle. 
Deux (éléments) se portent en haut, et deux en bas. Les deux éléments 
ascendants sont le feu et l'air; les deux éléments descendants sont la terre 
et l'eau. Ainsi donc, c'est au moyen de ces quatre (éléments) qu'ils ont cons- 
titué toute la description de l'art; ils l'y ont renfermé (3), en en garan- 
tissant les lois par des serments. Connaissez vous-mêmes toutes les subs- 
tances du catalogue, telles qu'elles sont constituées par le feu, l'air, l'eau et 
la terre. 

Mais pour que la composition se réalise exactement, demandez par vos 
prières à Dieu de vous enseigner, ditZosime; car les hommes ne trans- 
mettent point (la science) ; les démons sont jaloux, et l'on ne trouve pas 
la voie. On cherche en vain ceux qui la savent, et les écrits n'ont pas de 
précision. La matière est multiple; l'embarras se produit; et ^l'œuvre) ne 
s'accomplit pas sans une grande fatigue; il y a lutte, violence et guerre. Le 
démon Ophiuchus (41 introduit la négligence dans ces choses, entravant 
notre recherche, rampant de tous côtés, du dedans et du dehors, amenant 
tantôt des négligences, tantôt la crainte, tantôt l'imprévu, en d'autres 
occasions les afflictions et les châtiments, ahn de nous faire abandonner 
(l'œuvre) (5). Mais moi, je lui dirai : Qui que tu sois, ô démon. Je ne te céderai 
point; mais je tiendrai bon jusqu'à ce que, ayant consommé (l'œuvre), j'aie 
connu le résultat. Je ne me laisserai pas abattre, étant doué de persévérance et 

(i) Voir la note 6 de la page 3-. 1 (4) Constellation, envisagée ici comme 

(2) Voir les éléments actifs d'Aristote, un démon ennemi. 

Introd., p. 247 et p. 259, 260. ' (5) Toat ce passage met en évidence 

(3) A L ajoutent : «dans le monde». j le côté mystique de l'œuvre alchimique. 



OLYMPIODORE. 



SUR L ART SACRE 



03 



luttant, en prenant mon appui sur une vie lionnête et des puritîcations 
philosophiques. Ainsi donc, ayant recueilli les préceptes utiles des sages, je 
vous les présenterai (en commençant) par le commencement, d'après les 
anciens ; car votre sagacité en présence d'un langage étranger n'est pas 
déroutée par les milliers d'espèces, tant liquides que solides, dont les 
anciens donnent le catalogue. Parmi ces couleurs diverses, les unes sont 
crues, les autres cuites ; dans la cuisson, certains corps prennent les couleurs 
et d'autres s'y conservent sans ciianger de couleur ; tantôt ils doivent être 
traités sur un feu vif, tantôt sur un feu doux : (toutes circonstances) qui 
exigent une grande circonspection dans (la pratique de) l'art ^i). 

2q. Ces choses ont été dites par moi, afin que vous sachiez que les mille 
classes (de corps) que les anciens établissent doivent passer par ces diverses 
opérations et par mille autres encore, tel que pulvérisations, décoctions, 
décompositions diverses, à chaud et à froid, expositions à la rosée, ou en 
plein air, et mille autres choses. C'est pourquoi, en raison de la multiplicité 
des explications et• à cause des traitements dont on ne parle pas, l'esprit 
de ceux qui abordent cet art est jeté dans la confusion. Or il nous affranchit 
de tout cela, le Dieu dispensateur de tous les biens. 

3o. Entends donc, toi dont l'esprit est inspiré, ce qu'ils ont écrit en s'a- 
dressant à des Egyptiens (2); c'est pourquoi ils n'expliquent pas clairement 
l'objet cherché. Non seulement ils ont décrit mille procédés pour faire de 
l'or; mais encore ils ont ritualisé (3) ces choses. Ils ont ilonné les mesures 
des excavations et des intervalles et assigné les positions (4) des entrées et 
des sorties de leurs temples, en considérant les quatre points cardinaux (5j; 



(i) RéJ. de L : « Dans la cuisson ces 
choses font voir les couleurs et la qua- 
lité; car elles changent leurs couleurs 
suivant le mode de fabrication sur un 
feu vif, ou sur un feu doux; vu qu'il y 
a une grande circonspection à mettre 
dans la (pratique de) l'art ». 

(2) Accoutumés au langage des sym- 
boles et écritures sacrées. 

(3) Il semble que nous ayons ici affaire 
à une interprétation alchimique des hié- 
roglvphes et des procédés mis en 



œuvre par les Égyptiens pour ériger 
leurs temples et creuser leurs mines. 
(V. Introd., p. 235). 

(4) Orientation. 

(5) Après les mots: « en considérant 
les points cardinaux», L continue:«en 
effet ils ont attribué à l'Ourse (nord) le 
noircissement, au levant le blanchi- 
ment, au midi la coloration en violet, au 
couchant le jaunissement. D'un autre 
côté, ils ont attribué au levant la subs- 
tance blanche, c'est-à-dire l'argent, et 



94 



TRAITES DEMOCRITAINS 



*. 



attribuant le levant à la substance blanche, et le couchant à la substance 
jaune. Les mines d'or de l'Arsenoéton 1 1) (sont à la porte orientale, c'est- 
à-dire que tu trouves à l'entrée du temple la subtance blanche. A Térénou- 
thi (2), dans le temple d'Isis, à l'entrée occidentale du temple, tu trouveras 
du minerai jaune, après avoir creusé (à une profondeur) de trons coudées (3) 
et demie. A la moitié des trois coudées tu trouveras une couche noire. 
Après ravoir enlevée, traite-(la; [et tu en trouveras une verte ailleurs]. 

Ces choses relatives aux mines d'or, inscrites sur la montagne de l'Est, 
et sur la montagne Libyque, ont été dites dans un sens mystérieux. Ne passe 
pas légèrement à côté; ce sont de grands mystères : remarque qu'ils ont été 
tous démontrés vrais. 

3 I . C'est de là qu'il fait partir son opération ; c'est pour cette raison qu'il 
a dit : « Attribuant au levant la substance blanche », c'est-à-dire, assignant 
à l'origine des opérations le commencement du jour, le lever du soleil sur 
la terre. Carie blanchiment, par rapport au jaunissement, est le véritable 
commencement de l'opération; lors même que celle-ci ne se fait pas en débu- 
tant de suite parla, parce que l'on attend que la décomposition ait débuté 
sans le (secours du) feu. 

Est-ce sans raison qu'Hermès (4) a voulu faire entendre au prêtre, outre 
le commencement, cette circonstance qui précède le blanchiment? Ecoute 
Apollon (5) disant : « (la terre) est traitée, étant prise dès l'aurore ». Or l'ex- 



au couchant le jaune, c'est-à-dire l'or. 
En effet Hermès, s'exprime ainsi : « Les 
mines d'or de l'Arsenoéton sont à la 
porte orientale, c'est-à-dire qu'à l'en- 
trée du temple d'Isis tu trouveras des 
caractères où il est question de la subs- 
tance blanche; et à l'entrée occidentale 
du temple tu trouveras le minerai jaune; 
en creusant (à une profondeur) de trois 
coudées; à une demi-coudée, tu trouve- 
ras une couche noire ou verte. Enléve- 
là toi-(même) ettraite-(la). Ecouteaussi- 
ApoUon disant : Que le sable soit traité, 
étant pris dès l'aurore. Or l'expression 
« dès l'aurore, etc. . . » 

(i) 'Voisines d'Arsinoé (Αρσινόη), ville 



d'Egypte fondée par Ptolémée Phila- 
delphe. 

(2) Denderah et son temple consacré 
à Hathor ? 

(3) Par suite d'une erreur de lecture, 
on avait traduit ailleurs, trois sources» 
(^;γών), au lieu de «trois coudées» (-7;/ ών). 

(4) On suit ici le texte de A : la 
phrase, telle que la donnent les manu- 
scrits, est peu intelligible; mais les 
mots άλο'γως et '.ΐοων Se retrouvent à la 
page suivante. 

(5) Les Oracles d'Apollon, cités plu- 
sieurs fois dans les écrits alchimiques. 
C'était quelque recueil analogue aux 
livres Sibyllins et aux Orphica. 



OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE 



95 



pression « dès l'aurore» fait voir que le moment qui précède le lever (du 
soleil), est aussi celui qui précède le blanchiment et le commencement de 
tout Treuvre. 

Ensuite rachèvement de tout l'œuvre (j'entends par là le jaunissement), 
il l'a attribué au couchant, qui est l'accomplissement du jour entier. La 
phrase : « à la moitié de la hauteurdes trois coudées, tu trouveras une couche 
noire (i)», a été dite au sujet des matières sulfureuses, c'est-à-dire au sujet 
de notre plomb (2), celui que l'on retire des scories (espèce de peu de valeur) 
aussitôt après le blanchiment, au moyen de la décomposition opérée à chaud 
et de la fixation. (C'est ce plomb), dit-il, que les prophètes des Egyptiens, 
s'efforçaient d'obtenir. 

32. Sache que cet énoncé des minerais est une allégorie (3). Car ils 
n'entendent pas parler des minerais, mais des substances. 

Sur quoi nous appuvons-nous (pour dire) que le levant a été attribué au 
masculin, et le couchant au féminin? Il s'agit d'Adam (4). Car celui-ci, le pre- 
mier de tous les hommes, est issu des quatre éléments (5^. On l'appelle aussi 
terre vierge (6) et terre ignée, terre charnelle et terre sanglante (7). Tu 
trouveras ces choses dans les bibliothèques de Ptolémée. Je les ai dites pour 
établir relativement aux choses sacrées, qu'aucun des êtres n'a été expliqué 
irrationnellement par les anciens. Car le couchant est attribué à l'élément 



(i) L ajoute : « ou verte ». 

(2) Le plomb et le soufre étaient 
exprimés par un même signe (Introd., 
p. 1 14, "planche V, 1. 12^ et Lexique, 
p. i3, article Osiris). 

(3) Les anciennes descriptions posi- 
tives des traitements de minerais sont 
devenues ainsi des récits symboliques 
pour les alchimistes (v. p. -ji). 

(4) Les quatre lettres du nom d'Adam 
étaient prises comme exprimant les 
quatre points cardinaux : 'Ανατολή, 
Λύσι;, "Asy.To;, Μεσημβρία (voir aussi Ori- 
gines de l'Alchimie, p. 64). Les noms 
d'Adam et Eve ont conservé un sens 
mystique chez les alchimistes latins. On 
lit en effet dans la Biblioth. des Philo- 



sophes chimistes, t. IV, p. S-o et 578 
(1754): «Adam: terre rouge, mercure 
des sages, soufre, âme, feu de nature — 
Eve, terre blanche, terre de vie, mercure 
philosophique, humide radical, esprit. » 
De même dans le Lexicon Alchemiœ 
Rulandi (1612), p. 024 : « Matière pre- 
mière ji8<= sens), c'est l'épouse, Eve». 
On voit par là que les expressions du 
texte : terre vierge et terre ignée, etc. de- 
vraient être attribuées à Eve. Il y a eu 
quelque erreur de copiste sur ce point. 

(5) L ajoute : « et Dieu lui attribue 
le levant ». 

(6) Orig. de l'Alch., p. 64 et 333. 

(7) L ajoute : s A Eve, le couchant a 
été attribué ». 



θ6 TRAITÉS DÉMOCRITAINS 

féminin. Zosime dans son livre sur l'Action (i) (dit ceci! : « Je proclame et 
j'appelle Hermès comme témoin véridique, lorsqu'il dit : Va-t-en auprès 
d'Achaab le laboureur (2,1 et tu apprendras que celui qui sème le blé pro- 
duit le blé ». Moi aussi je dis de même que les substances sont teintes par 
les substances, d'après ce qui est écrit. Or le fait d'être teint ne comporte 
pas d'autre distinction que celle de la substance corporelle (3) et de la subs- 
tance incorporelle (4) : cet art admet l'une et l'autre. Il dit que les substances 
corporelles sont les substances métalliques) fusibles; tandis que les subs- 
tances incorporelles (sontl les pierres. Il désigne comme n'ayant pas le 
caractère de substances (5) les minerais et les matières qui n'ont pas été 
traitées par le feu, à cause de la nécessité de ce premier traitement (6! . 

Pelage dit à Pausiris : « Veux-tu que nous le jettions dans la mer, avant 
que les mélanges soient effectués [j\'f » Et Hermès dit : « Tu parles très bien 
et avec une grande exactitude ». La mer, comme ledit Zosime, c'est l'élément 
hermaphrodite (8). 

33. (La terre) est traitée, étant prise dès l'aurore, cela veut dire étant 
encore imprégnée de la rosée (9). En effet le soleil levant enlève par ses 
rayons la rosée répandue sur la terre, pour s'en nourrir. La terre (ainsi) se 
trouve comme veuve et privée de son époux, ce que dit aussi Apollon. 
Par l'eau divine, j'entends ma rosée, l'eau aérienne (10). 



{ 1 ) L ajoute : « à propos du catalogue » . 

(2) Voir plus haut (I, xiii) cet axiome, 
cité dans la lettre d'Isis.h Horus, p. 33 : 
Le laboureur y est nommé Acharantus. 

(3) Par exemple les métaux. 

(4) Métal oxydé ou transformé. 

(5) C'est-à-dire ne possédant pas le 
caractère d'un être défini, homogène. 
L, aprèsles minerais, continue : « Nous 
appelons les minerais des corps sans 
substance ». 

(6) Traitement nécessaire pour obte- 
nir des produits définis proprement 
dits, existant par eux-mêmes et séparés 
du mélange confus primitif, qui consti- 
tuait les minerais. 

(7) L ajoute : et Et celui-ci répondit n 
au lieu d'Hermès). 



(8) Pour l'élément hermaphrodite, 
Cp. Origines de l'Alchimie, p. 64. — 
Tout ce langage symbolique est diffi- 
cile à interpréter. Peut-être s'applique- 
t-il à l'action de l'eau salée sur'les mi- 
nerais, qu'elle transforme, en en isolant 
certains composés, opération compa- 
rable à une fécondation. En chimie, 
même aujourd'hui, on dit : la généra- 
tion des composés. 

(9) Réd. de L : « Les mots qu'elle 
soit traitée, signifient qu'elle soit prise 
dès l'aurore et qu'elle soit imprégnée 
de rosée ». 

(10) C'est-à-dire produite par la con- 
densation dans l'alambic, après réduc- 
tion sous forme aérienne par la distil- 
lation." 



OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE 



97 



Vois combien il y a de témoignages pour établir que cette composition a 
besoin d'abord de quelque liquide; afin , dit-il, que la matière ayant été cor- 
rompue garde son caractère spécitîque invariable. Par les mots « ayant été 
corrompue », il a fait entendre qu'il faut un certain temps pour que la décom- 
position ait lieu. Or la décomposition ne se produit jamais sans le concours 
de quelque liquide (i). En effet, c'est au catalogue des liquides, dit-il, que 
le mystère a été contié. 

34. Au sujet des minerais : « Tous les anciens s'en sont préoccupés ». 
Comme ils adressent leurs discours aux Egyptiens, je t'alléguerai encore leur 
témoignage, à cause de ton incrédulité. 

35. Zosime donc, dans son livre de l'Accomplissement (2), s'adressant à 
Théosébie, s'exprime ainsi : « Tout le royaume d'Egypte, ô femme, est sou- 
tenu parcestroisartsf3), l'art des choses opportunes (4), l'art delà nature et 
l'art de traiter les minerais. C'est l'art appelé divin, c'est-à-dire l'art dogma- 
tique pour tous ceux qui s'occupent de manipulations et de ces arts (5) ho- 
norables, que Ton appelle les quatre (arts) chimiques (6). (Cet art divin), 
enseignant ce qu'il faut faire, a été révélé aux prêtres seuls. En effet la 
manipulation naturelle du minerai appartenait aux rois; aussi lorsqu'un 
prêtre, ou ce qu'on appelait un sage, expliquait les choses qu'il avait 
reçues en héritage des anciens, ou de ses ancêtres, lors même qu'il en pos- 
sédait (complètement) la connaissance, il ne la communiquait pas sans 
réserve : car (autrement) il était puni. De même que les artisans chargés de 
frapper la monnaie royale ne la frappent pas pour eux-mêmes (7), attendu 



(i) C'est l'axiome : Corpora non 
agunt nisi soluta. 

(2) Origines de V Alchimie , p. i83. 

(3) Var. : Deux. — Le texte grec sera 
publié seulement dans la 3= partie, 
parmi les œuvres de Zosime. Mais on 
a cru utile d'en reproduire ici la traduc- 
tion, afin de donner un caractère plus 
complet à l'ouvrage d'OlympioJore. 

(4) 7.α•.,5'.-/.ών. — Peut-être l'astrologie. 

(5) Le mot art divin comprend les 
quatre arts chimiques. On a préféré 
répéter le motart, au lieu d'adopter dans 



le second cas une synonymie qui alté- 
rerait le sens. 

(6) C'est-à-dire des quatre livres de 
Démocrite : relatifs à la Chrysopée, à 
Γ Argyropée, et peut-être à l'art des vitri- 
fications, et à l'art de la teinture des 
étoffes, conformément au titre de vieux 
traités conservés dans les manuscrits 
(Origines de l'Alchimie, p. i23; — le 
présent volume, p. 61, note i). 

(7) Réd.de L: «les artisans chargés de 
frapper les monnaies royales et qui les 
altèrent secrètement pour eux-mêmes ». 

13 



g8 TRAITÉS DÉMOCRITAINS 

qu'ils seraient châtiés (i). De même aussi, sous les rois d'Egypte, les artisans 
préposés aux opérations faites par la voie du feu, ainsi queceux qui avaient la 
connaissance du lavage du minerai et de la suite des opérations, ne travail- 
laient pas pour eux-mêmes ; mais ils étaient chargés d'accroître les trésors 
royaux. Ils avaient des chefs particuliers, préposés aux richesses du roi (2), 
et des directeurs généraux, qui exerçaient une autorité tyrannique sur le tra- 
vail du minerai par le feu. C'était une loi chez les Egyptiens que personne 
ne divulguât ces choses par écrit. 

« Quelques-uns reprochent à Démocrite et aux anciens de n'avoir pas fait 
mention de ces arts dans des termes appropriés, mais d'avoir exposé seu- 
lement ceux dont on parle publiquement (3). Il est injuste de le leur reprocher; 
car ils ne pouvaient faire autrement. Etant amis des rois d'Egypte, et s'hono- 
rant d'occuper les premiers rangs en dignité parmi les prophètes, comment 
auraient-ils pu révéler au public des connaissances contraires aux (intérêts 
des) rois et donner à d'autres le pouvoir dominateur de la richesse? Quand 
même ils l'auraient pu, ils ne l'auraient pas fait; car ils étaient jaloux (de 
leur science). Les Juifs seuls parvinrent à en connaître la pratique, ainsi qu'à 
décrire et à exposer ces choses clandestinement. Voilà comment nous 
trouvons que Théophile, fils de Théogène, a parlé de toute la description 
topographique des mines d'or; il en est de même de la description des 
fourneaux par Marie et des écrits des autres Juifs. » 

36. Synésius s'adressant à Dioscorus parle du mercure (et) de la vapeur 
sublimée étésienne (4) et dit que tous les anciens savent que ce sublimé est 
blanc et volatil, et sans substance propre. Il s'unit à tous les corps fusibles ; 
il les attire en lui-même, comme l'expérience l'a enseigné ; l'auteur s'exprime 
ainsi : « Si tu veux savoir exactement les choses, etc. » — (Olympiodore 



( I ) 1 Car ils étaient châtiés s'ils le fai- 
saient. » L. (Cp. Origines de l'Alchi- 
mie, p. 23, et Diodore de Sicile, 1. iv, 
v. la note de la p. 76). 

(2) Origines de l'Alchimie, p. 23. 

(3) « Les arts principaux et honora- 
bles.» L. — Dans les livres hermétiques, 
promenés en procession, suivant la (des- 
cription de Clément d'Alexandrie, les 



traités relatifs aux métaux et aux indus- 
tries chimiques ne sont pas mention- 
nés {Origines de l'Alchimie, p. 40 et 
44). Même de nos jours, les industriels 
cherchent toujours à tenir leurs pro- 
cédés secrets. 

(4) Pierre étésienne ou chrysolithe 
(pierre d'or) : d'après le Lexique, p. 7. 
C'est la cadmie, qui sert à faire le laiton. 



OLYMPÎODORE. — SUR L ART SACRE 



99 



reproduit ici le passage de Synésius, donné de la p. 66 jusqu'à la p. 68). 
— « Voilà pourquoi Pébéchius disait qu'il possède une puissante affinité. » 

37. Que pouvons-nous entendre de plus? C'est que le mercure travaillé 
devient matière réceptive, échangeant sa substance contre celle de tout 
corps (métallique) fusible. Privé de nature propre, il devient volatil (i). 

De même aussi notre magnésie, ou Fantimoine (sulfuré), ou les pyrites, 
ou les minerais, ou (enfin) tous les corps métalliques que l'on peut nom- 
mer, transformés au moyen de l'huile de natron (2), soit dans le récipient 
à digestion spontanée (3), soit par l'action du soufflet (4), soit par un autre 
appareil, de quelque nom que tu veuilles l'appeler ; — je dis transformés con- 
formément à leur aptitude naturelle, — sont réduits à l'état de cendres (5). 
En effet, le corps réceptif par excellence, celui qui est appelé parmi 
eux le plomb noir, celui qu'ont désiré connaître les prophètes des 
Egyptiens, celui que les oracles des Démons ont révélé, ce sont les 
scories et les cendres de Marie (6). Car ils savent que ces choses 
existent dès le principe. C'est pour cela qu'il y a coloration en noir 
et dans (le cours de) l'opération, décoloration, c'est-à-dire blanchiment; 
car le mot blanchiment ne signifie pas autre chose que le fait de décolorer, 
par privation du noir. Vois l'exactitude de tout ceci, ô sage. Car tu possèdes 
ici le fruit de tout le labeur du captif; tu possèdes ici ce que l'on cherche 
depuis des siècles : je sais la persévérance de ta sagesse. 

38. Telle est la clef du discours, et le résumé de l'art dans son ensemble. 
Ne passe légèrement à coté d'aucune deces choses; car cette clef t'ouvrira les 
portes de la théorie et de la pratique; tu as appris que les scories sont le 
mystère tout entier. Tous (les philosophes) sont suspendus et attentifs à ces 
(scories) ; des milliers d'énigmes s'y rapportent ; des livres en aussi grand 



(i) L'auteur parle ici du mercure des 
philosophes, qui constitue la matière 
première de toute fluidité métallique, 
privée de substance propre, mais suscep- 
tible d'être associée aux diverses subs- 
tances métalliques. 

(2) Substance mal connue. 

(3) M : αΰτομ.α-αρΐ;ω — Dans A il 
s'agit du botarion (v. p. 65; v. surtout 
le rnotarion, p. 1 12). 



(4) C'est-à-dire en chauffant dans un 

fourneau, avec le concours du soufflet. 

(5) C'est la transformation des mi- 
nerais métalliques en oxydes ou corps 
analogues, par grillage, ou après disso- 
lution. 

(ô) Réd. de L : « les scories et les 
cendres. Et Marie a su que c'est le 
plomb lui-même, dès le principe » 
(V. p. ici). 



lOO 



TRAITES DEMOCRITAINS 



nombre y font allusion; c'est le fondement du blanchiment et du jaunisse- 
ment. En effet, il y a deux couleurs extrêmes : le blanc et le noir; le blanc 
est séparaiif, et le noir compréhensif. Zosime faisant allusion à cette cou- 
leur, dit : « Elle entoure la pupille de l'œil (i), ainsi que l'arc en ciel. » 
Les gens sans intelligence ne saisissent pas ce que c'est que le se'paratif et 
le compréhensif. Or le compréhensif, ainsi que ce qu'il comprend, est tiré 
des corps (métalliques) eux-mêmes. C'est ainsi que de l'essence liquide (2), 
on extrait la nature intime du plomb, comme le dit aussi le divin Zosime; 
et il s'appuie sur toute vérité et connaissance venant de Dieu. Cette nature 
intime, dis-je, c'est-à-dire cette âme (du plomb), cessant de manifester en 
elle-même le monde invisible, se manifeste dans un autre corps (métallique], 
celui de l'argent; et dans l'argent elle manifeste le sang rouge, c'est-à-dire l'or. 

39. Ο mon ami, toi qui es généreux, institue ton discours pour ma jus- 
tification, employant les moyens de défense que te suggère ton honnêteté; 
que ta douceur et ta patience, en présence de la négligence et du désordre 
de cette étude, ne s'en prenne pas au sujet de l'étude elle-même, mais à la 
négligence delà forme. 

Ainsi le blanc est séparatif; car le blanc ne s'appelle pas à proprement 
parler une couleur. En effet toute couleur comprend et distingue (certaines 
variétés) : ainsi le noir est une couleur véritable, puisqu'il y a plusieurs 
variétés de noir (3). Lorsqu'ils discourent sur les couleurs, l'esprit des non- 
initiés tombe dans la confusion ; mais nous, ne nous écartons pas du bon 
sens. Les anciens savent que le plomb est noir. Or le plomb possède l'es- 
sence liquide; remarque l'exactitude de ce que nous disions plus haut de 
l'âme attirée par l'essence liquide. Car par sa pesanteur celle-ci tend à des- 
cendre et attire tout à soi. Voici que tous les mystères t'ont été divulgués. 

40. Il faut d'abord apporter quelques témoignages, puis revenir à notre 



(1) L : « Ou pour mieux dire les trois 
couleurs de l'œil. » 

(2) C'est-à-dire de la liquidité, envi- 
sagée comme substance ou élément; 
ou plutôt comme matière première 
des métaux (note 4 de la p. io3). 
— Ce paragraphe est un mélange 
de subtilités et d'allégories dont le 



sens est parfois difficile à pénétrer. 
(3) Réd. de L : « mais la couleur noire 
est seule une couleur à proprement 
parler et il y a plusieurs variétés de 
noir; car la couleur noire est la source 
de toutes les autres couleurs. C'est 
pourquoi discourant, » etc. 



OLYMPIODORE. — SUR L ART SACRK 



ΙΟΙ 



opinion. Marie suppose que le plomb est noir dès le principe, et elle dit : « Si 
notre plomb noir est fabriqué, voici dans quel sens; carie plomb commun 
est noir dès le principe » (i). Ainsi elle ne parle pas du plomb commun, 
mais du (plomb) produit par l'art. 

Or (i comment est-il produit ? » dit Marie. « Si tu ne rends pas les subs- 
tances corporelles incorporelles et si tu ne rends pas incorporelles les subs- 
tances corporelles (2), et si des deux (corps) tu n'en fais pas un seul, aucun 
des (résultats attendus ne se produira » (3). 

Et ailleurs : « Si tous les corps métalliques ne sont pas divisés par Faction 
du feu, et si la vapeur sublimée, réduite en esprit, ne s'élève pas, rien ne 
sera mené à terme. » 

Et ailleurs encore : « Le molybdochalque est la pierre étésienne (4). 
Toutes les (substances) fondues et coulées ensemble, (il) les change en or 
par l'action ignée. En puissance, il a la vertu de cuire les choses crues et 
de doubler les choses cuites (5). Mais si tu réussis à blanchir ou à jaunir, 
ce ne sera plus seulement en puissance, mais en acte. Voici ce que j'affirme, 
dit Marie : le molybdochalque existe par Teffet du traitement. » 

Il s'agit du traitement des deux scories (6) et la doctrine est la suivante. 



(i)Ceci semble indiquer une distinc- 
tion entre le métal factice et le métal 
naturel ; distinction que l'on retrouve 
souvent chez les anciens; par exemple 
pour lemercure (Pline, //.A\,l. XXXI II, 
32-42. — Introd., p. 257). 

(2) C'est-à-dire : si tune transformes 
pas les métaux, en leur ôtant leur état 
métallique, et si tu ne les régénères pas 
dans cet état, avec des propriétés nou- 
velles, en réunissant plusieurs métaux 
en un seul. C'est ce que nousappelons 
un alliage; mais il était assimilé aux 
métaux véritables. 

(3) Au-dessus du premier mot « cor- 
porelles » dans M., une main du xv<^ 
siècle a écrit « comment? η ce qui a 
passé dans le texte de L sous la forme 
suivante : « comment cela peut-il arri- 
ver ? » Au-dessus du mot « deux » la 



même main a écrit dans M : « com- 
ment ? » 

(4) Appelée aussi pierre d'or, dans le 
Lexique, p. 7 (v. la note i de la page 98). 

(5) C'est la diplosis, ou art de doubler 
le poids de l'or et de l'argent, par l'ad- 
dition de la cadmie. 

(6) Ceci paraît vouloir dire que l'on 
réduit ensemble la pyrite de cuivre et 
le sulfure de plomb (ou d'antimoine), 
préalablement scorifiés, c'est-à-dire 
grillés par voie sèche, ou désagrégés par 
voie humide, ou sublimés sousforme de 
cadmies. Leur réduction simultanée 
fournit le molybdochalque, alliage des 
deux métaux, que l'on peut ensuite as- 
socier par fusion à l'or ou à l'argent 
pour en opérer la diplosis. Tout ce pas- 
sage éclaircit ce qui précède, relati- 
vement au mystère des scories (p. 99). 



102 



TRAITES DEMOCRITAINS 



Traite par le vinaigre la pierre étésienne, ou la pierre phrygienne; trempe 
(la) d'abord dans la liqueur, puis après l'avoir ramollie, broie-la et con- 
serve. 

Démocrite disait : «de l'antimoine (sulfuré) et de la litharge (i), retire le 
plomb », et il observe : « Je ne parle pas dans le sens propre, de peur que tu 
ne t'égares; mais il s'agit de notre (plomb) noir » (2). Agathodémon, au 
moyen de notre plomb, fait les affinages; il prépare une liqueur noire avec 
le plomb et les eaux (chimiques), liqueur destinée à désagréger l'or. 

En général, ils préparent du plomb noir; car, ainsi que je l'ai dit, si le 
plomb commun est noir dès le principe, le nôtre est noir par fabrica- 
tion, ne l'étant pas d'abord. 

41. L'expérience nous servira de maître et je m'efforcerai de nouveau 
d'expliquer la question par des démonstrations véridiques, en revenant à 
notre premier sujet. L'asèm ne devient pas or de lui-même, comme on le 
dit; et il ne le deviendrait pas, sans le secours de notre oeuvre. 

Il n'est pas juste de déprécier les anciens ; car « la lettre tue, mais l'esprit 
vivifie ». Ce mot adressé par le Seigneur à ceux qui l'interrogeaient sans 
réflexion, s'applique à tout ce qu'ont dit les anciens qui se sont occupés de 
ces matières. Celui qui connaît l'art caché de la chimie, leur dit (31 : « Com- 
ment dois-je entendre maintenant la transmutation? Comment l'eau et le 
feu, ennemis et contraires l'un à l'autre, opposés par nature, se sont-ils 
réunis dans le môme (corps), par concorde et amitié? etc. Ô l'incroyable 
mélange! D'où vient cette amitié inattendue entre des ennemis? » (4). 



(i) Ceci montre que l'antimoine était 
assimilé au plomb (Jntrod., p. 224, 
238 et Lexique, p. 11). 

(2) La tradition d'après laquelle le 
plomb jouait un rôle fondamental dans 
la transmutation, se retrouve chez les 
alchimistes du moyen âge, comme un 
souvenir des alchimistes grecs, qu'ils 
ne connaissaient pas directement. Ainsi 
on lit dans la Bibl. Chein. de Manget, 
t. I, p. 917. « Pythagore dit que tout 
le secret est dans le plomb. Hermès dit 
aussi qu'il existe dans Saturne (c'est- 



à-dire dans le plomb), joint aux natures 
complémentaires, la terre, l'eau, l'air 
et le feu. » .Λ,η lieu de la tétrasomie 
métallique, il parle ici des quatre élé- 
ments antiques. 

|3) A ceux qui l'interrogent. 

(4) Tout ce passage montre combien 
les phénomènes chimiques avaient 
excité l'admiration des premiers obser- 
vateurs et revêtu dans leur esprit et 
dans leurs écrits une forme poétique. 
C'est le premier germe des poèmes al- 
chimiques. 



OLYMPIODORE. SUR L ART SACRE 



I03 



42. Ici encore les oracles d'Apollon déclarent la \'érité, car ils parlent du 
tombeau d'Osiris (i). Or qu'est-ce que le tombeau d'Osiris? C'est un mort 
lié et entouré de bandelettes, n'ayant que le visage découvert (2). L'oracle 
dit, en désignant Osiris : « Osiris, c'est le tombeau étroitement resserré, 
cachant tous les membres d'Osiris et ne laissant voir aux mortels que son 
seul visage. Mais en cachant les corps, la nature a voulu exciter notre 
étonnement. Car Osiris (31 est le principe de toute liquidité (4I ; c'est lui qui 
opère la fixation dans les sphères du feu. C'est ainsi qu'il lie et resserre 
le Tout (5) du plomb, etc. » 

43. Un autre oracle du même Dieu s'exprime ainsi : « Prends le chryso- 
lithe, celui que l'on nomme le mâle de la chrysocolle (6), c'est-à-dire l'homme 
destiné à la combinaison. Ce sont ses gouttes (7) qui enfantent l'or de la 
terre Ethiopienne. Là une espèce de fourmi extrait l'or, le porte au jour et 
en jouit (8). Mets avec lui la femme de vapeur, jusqu'à ce qu'il soit 
transformé (9) : c'est l'eau divine, amère (10^ et styptique (11), celle que 
l'on appelle la liqueur de Chypre et la liqueur de l'Egyptienne aux tresses 
d'or (12). Avec ce (produit), enduis les feuilles de la déesse lumineuse (i3), 



(i) Origines de l'Alchimie, p. 32. 

(2) Momie dans sa gaine. 

(3) Ce mot était traduit par soufre 
et plomb, dans le langage chimique. 
Lexique, p. i3. 

(4) D'après les idées mystiques expo- 
sées ici, il semble que le plomb, métal 
fusible, ait été regardé à l'origine 
comme le support de la liquidité mé- 
tallique et la matière première des mé- 
taux (v. p. 102, note 2I ; attributions 
qui ont passé depuis au mercure, dont 
la découverte est plus récente. C'est 
ainsi que le plomb paraît à l'origine 
avoir joué dans la dorure le rôle attri- 
bué plus tard au mercure (Introd., 
p. 58). 

(5) C'est-à-dire le molybdochalque. 

(6) Chrvsolithe est masculin, chryso- 
colle féminin. 

(7) Le liquide résultant des traite- 
tements ignés (v. p. 101). 



(8) Origines de l'Alchimie, p. loS. 

(9) L'homme exprime ici le minerai 
primitif; la femme de vapeur signifie 
l'eau divine, distillée. 

(10) Réd. de L. Après l'eau divine : 
(I elle est amére ; on l'appelle aussi l'es- 
pèce styptique, Γί'οχ de Chypre, l'Égyp- 
tien aux tresses d'or, et le suc ». 

(11) Dans le Papyrus de Leide, cette 
eau divine est un poh'sulfure, capable 
de colorer les métaux par voie humide 
et de dissoudre l'or par voie sèche 
(Introd., p. 68). 

(12) Hathor ou Cypris, c'est-à-dire 
le cuivre. Tout ce langage offre l'obs- 
curité des oracles ; mais on entrevoit 
le sens des allusions. Il existait un 
livre alchimique désigné sous le nom 
d'« Oracles d'Apollon » |p. 94, note 5). 

(i3) C'est le synonyme d'Aphrodite, 
c'est-à-dire du cuivre [Introd., p. 104, 
planche I, 1. 6). 



I04 



TRAITES DEMOCRITAINS 



celles deCypris la blonde, et fais fondre, en comprenant For dans ton invo- 
cation. » 

Ason tour,Petasius le phÎlosophe,parlantdu principe de l'œuvre, s'accorde 
avec ce qui a été déjà exposé au sujet de notre plomb et dit : « La sphère de 
feu est retenue et enserrée par celle du plomb » (i). Et le même, se faisant 
son propre commentateur, ajoute : « Cela veut dire à partir du produit qui 
vient de Teau mâle » (2). Or c'est l'eau mâle qu'il a appelée la sphère de feu 1 3} . 
Il a dit (aussi) que le plomb est tellement possédé_du démon (4 et livré à 
l'impudence, que ceux qui veulent apprendre (la science) tombent dans la 
folie, à cause de (leur) ignorance (de ses propriétés). 

44. Voici ce qui a été dit dès le début au sujet des éléments, ce qui est pro- 
clamé ici. J'ai dit que le plomb est l'œuf (philosophique), composé des 
quatre éléments; Zosimel'exposeaussiquelquepart. Or le Tout (5) aboutit au 
plomb. En etïet, quelle que soit l'espèce qu'ils comprennent dans le cata- 
logue, ils entendent par là l'ensemble : « les quatre sont un » dit Marie. Si 
tu entends parler des minerais, comprends par là les espèces (métalliques); 
et si tu entends parler des espèces, comprends les minerais. En effet, les 
quatre corps forment la tétrasomie. 

C'est au sujet de cette tétrasomie que Zosime dit: « Ensuite la malheu- 
reuse (6),tombéeet enchaînée dans le corps (métallique) du quadruple élément, 
subit aussitôt les colorations voulues par celui qui l'assujettit au moyen de 
l'art : telles que la coloration noire, ou la blanche, ou la jaune. Ensuite, 
ayant reçu les couleurs et, parvenue peu à peu à l'adolescence, elle atteint 
la vieillesse et finit dans le corps à quadruple élément : [ce qui signifie (l'en- 



(i) L : « par le travail du plomb ». 

(2) 11 y a ici un jeu de mots, le même 
terme signifiant mâle et arsenic. 

(3) S'agit-il ici de la teinture en jaune 
du plomb (ou des alliages fusibles con- 
fondus sous ce nom) par la vapeur des 
sulfures d'arsenic, dans les instruments 
à kérotakis des fig. 20, 21, 22, etc.; ou 
peut-être même par ces sulfures fondus 
dans une certaine région des appareils? 
(V. Introd., p. 144 et suiv.) 

(4) Allusion allégorique à la difficulté 



d'opérer les colorations et transmuta- 
tions prétendues du plomb. 

(5) Ce mot signifie à la fois l'ensemble 
des quatre éléments, la composition 
complète et le molybdochalque(/;i;roi., 
p. i53). 

(6) Allégorie relative à la matière mé- 
tallique, envisagée en général, et aux 
transformations et colorations qui l'in- 
corporent dans les alliages métalliques, 
jusqu'à transmutation totale. 



OLYMPIODORE. SUR l'aRT SACRÉ I05 

semble constitué par) le cuivre, le fer, l'étain et le plomb (i^j. Elle finit avec 
eux dans l'opération de Tiosis, comme détruite par ces (métaux) et surtout 
ne pouvant plus s'échapper; [c'est-à-dire entrelacée avec eux et ne pouvant 
s'en échapper (2)]. Et de nouveau elle se retourne avec eux, retenant lié avec 
elle celui qui la poursuit du dehors, au sein de l'appareil circulaire » (3). 
Or qu'est-ce que l'appareil circulaire? si ce n'est le feu et la cause de l'éva- 
poration sans issue, opérée dans la fiole sphérique. De même que, dans la 
maladie le premier sang étant corrompu, il se forme un nouveau sang dans 
le rétablissement (de la santé) ; de même il manifeste dans l'argent le ^nouveau) 
sang couleur fauve, c'est-à-dire l'or. 

45. Tels sont tous les témoignages. Autant que possible, je les ai résu- 
més, les tirant de beaucoup de discours ; non que nous manquions de 
papier (4); en effet quelle quantité de papier suffirait pour exposer les puis- 
sances si vastes de l'art? Lors même que je préparerais un papier aussi étendu 
que le ciel, j e ne pourraisdévelopperici qu'une petite partie de cequi concerne 
la matière rendue corporelle. En cela, notre art ressemble à l'intelligence 
parfaite et ineffable. C'est pourquoi nous devons nous exercer, selon le 
divin Démocrite [c'est là une comparaison (5)], disant : « C'est pour- 
quoi nous devons nous exercer et avoir une intelligence ouverte et per- 
çante. » Zosime dit aussi : « Si tu es exercé, tu possèdes le fruit de tes 
exercices ; en effet l'art demande de l'intelligence, et se développe par 
elle. » 

46. Vois comment toutes choses te sont devenues faciles à comprendre. 
Après avoir recueilli ce qui a été dit dès le principe, j'ai fait un choix de 
tout ce qui t'a été présenté (6). 

Ce fait qu'ils ont parlé des substances liquides et sèches, induit les lecteurs 
en erreur. En effet le mot liquidité a un double sens. Tantôt il s'agit d'un 
liquide proprement dit, tel que l'eau; tantôt on nomme liquidité, comme 

(i) Glose. I (4) L ajoute : η afin de ne pas te pa- 



(2i Glose. 

(3) Ce langage allégorique répond à la 
circulation des vapeurs opérées dans le 
καρκίνο; (Introd., p. 145). C'est ce qu'ex- 
plique d'ailleurs la phrase suivante. 



raître fatigaot ». 

{5| Glose omise dans L. 

(6) L ajoute : « je te l'ai exposé, sui- 
vant mon pouvoir et mon goût ». 



14 



io6 



TRAITES DEMOCRITAINS 



parmi les artisans, la qualité onctueuse des pierres (i). Or, il est impossible 
d'exprimer deux choses contraires par un seul (mot). . 

Ici s'applique vraiment la parole de Petasius le philosophe, disant que 
« le plomb est tellement possédé du démon {2I et présompteux, que ceux 
qui veulent apprendre tombent dans la folie et perdent Tespril » . Mon 
cher ami, éclaire-moi sur les choses obscures. Il faut que tout mensonge 
disparaisse. Car les philosophes, ces modèles de générosité (3), connaissent 
toute vérité. J'ai besoin de pardon, car il est possible que vous ayez à 
corriger mes erreurs ; tandis qu'elles deviendront un voile pour ceux à qui 
il ne nous est pas permis de faire la révélation (41. 

47. On (5! attribue au plomb les deux qualités contraires, attendu qu'il 
donne à la fois la sensation d'un corps liquide et celle d'un corps sec. II pos- 
sède trois propriétés en lui-même, il est blanc, jaune et noir (6) ; et il est 
aussi liquide (7). Voici qu'il se produit aussi (avec le plomb) quatre couleurs 
ditféientes du jaune (8). Le plomb comporte encore deux traitements. C'est 
à boa droit que (Petasius) fait reposer l'art sur lui ; mais c'est à tort qu'on 
lui adjuge le caractère théâtral et éclatant (9), le même en vérité qu'à la 
(pierre) astérie (10). C'est à cause d'une semblable nature, que la plupart des 



(i) La notion de l'eau répond en 
effet à des sens multiples, chez les alchi- 
mistes et chez les philosophes anciens 
(Cp. Orig. del'Alch., p. 268). Citons 
encore, pour jeter quelque lumière 
sur ces opinions subtiles, celle d'Albert 
leGranti, de MitieralibuSjViv. III, ch. 2; 
ch. 5, tr. 2 : « Dans les métaux, il y a 
deux humidités onctueuses, l'une exté- 
rieure, subtile et inflammable; l'autre 
interne, retenue au fond du métal, et qui 
ne peut être ni brûlée, ni rendue com- 
bustible; telle est celle des matières vitri- 
fiables. » Bibl. Chem. de Manget, t. I, 
p. gSG. Cette' théorie semble voisine 
de celle d'Olympiodore. • 

(2) L ajoute : « et impur ». 

(3) D'après L : « car les philosophes 
savent être des modèles de générosité 
dans le domaine des choses vraies ». 



(4) Voir la note i de la p. 76. 

(5) L : « Petasius attribue... » 

(6) C'est-à-dire qu'il possède de lui- 
même chacune de ces trois couleurs, 
ou produit des composés qui les pos- 
sèdent : Par exemple la céruse, blanche; 
la litharge, jaune; le sulfure de plomb, 
noir. 

(7) Voir la note 4 de la page io3. 

(8) Tels sont les oxydes et autres com- 
posés blancs (céruse), noirs (sulfure), 
rouge (minium), puce (bioxyde), et d'au- 
tres teintes encore, qui dérivent du 
plomb. 

(9) Ce verbiage signifie peut-être que 
le plomb ne produit pas de composés 
doués de couleur éclatante. 

(10) Pierre précieuse blanche, bril- 
lante et à reflet intérieur. Pline, H.N., 
1. XXXVII, 47, distingue X'asteria 



^ 



OLYMPIODORE. SUR L ART SACRÉ IO7 

anciens placent Tart dans le plomb. Zosime le dit ainsi : « Le Tout aboutit 
au plomb. » Et ailleurs : « Le plomb, c'est notre magnésie ; il est liquide 
par nature. » En outre la scorie du plomb ressemble à la scorie produite par 
la fonte du minerai aurifère (i). C'est surtout pour cette raison, qu'on fait 
résider l'art dans le plomb. 

48. Ainsi le corps (métallique; de la scorie, regardé par tous comme un 
produit sans application, vil et méprisé [2), mérite au contraire les éloges 
qui viennent de lui être décernés. On doit penser (à ce sujet) comme tous les 
anciens, lui rendre sa gloire et le traiter par l'art. « Ne sois pas iniimidé 
par ton inexpérience, dit Zosime, et lorsque tu verras que tout est devenu 
cendre, comprends alors que tout va bien » (3). Pulvérise donc cette scorie et 
épuise-la de sa partie soluble, lave-la six ou sept fois dans des eauxédulco- 
rées (4), après chaque fonte. Ces fontes ont lieu en raison de la richesse 
du minerai. En suivant cette marche et ce lavage, dit Marie, la composition 
s'adoucit. 

Tout Fart repose sur les éléments ; car après la fin de l'iosis, une projection 
ayant lieu, le jaunissement stable des liquides se produit. En faisant cela, 
tu fais sortir au dehors la nature cachée à l'intérieur (5). En effet, transforme 
leur nature, et tu trouveras ce que tu cherches. 

C"est là, pour nous, un sujet inépuisable : tant il est difficile de louer 
dans une mesure suffisante la gloire de l'art; c'est donc par respect pour 
notre propre sujet que nous mettons un tenne à notre discours. 

Il fait aussi allusion à la demeure des âmes des philosophes et dit : « Il y 
avait une demeure sphéroïde, ou ovoïde (6), regardant le couchant, côté où 
elle avait son entrée ; elle était en forme de spirale. » Tu en trouveras la 
description dans le discours rappelé plus haut. 



Vastrion,Vastroîtes etVjslrobolon -,οοη- suivent sera donné dans les œuvres de 

génères de la ceraunia et de Γί>ΐ5. On Zosime, III, xlvi, 2. 

attribuait à plusieurs de ces pierres à (4) Allusion au goût sucré des sels de 

reflet des propriétés magiques. plomb ? 

(i) La coupellation, qui sert à puri- (5) C'est-à-dire : tu développes une 

fier l'or, s'accomplit au moyen de la matière colorante, qui ne préexistait 

litharge. l pas sous forme sensible. 

(2) Voir la note 6 de la p. 3-j. (6) Œuf philosophique. 

(3) Le texte grec des dix lignes qui I 



io8 



TRAITES DEMOCRITAINS 



49. On rapporte encore l'art au soleil et à la lune; or le soleil préside au 
levant, et la lune au couchant. On apporte comme démonstrations plau- 
sibles sur ces choses, ce qui a été dit du minerai, c'est-à-dire des substances 
que Ton en tire (i). 

Quelques-uns font macérer les substances sulfureuses (2) : quand arrive 
le mois de pharmouthi (3), ils placent chacune des espèces dans une étotîe (4) 
de lin solide et d'un tissu serré. Ils les font bouillir dans de l'eau de mer (5), 
rejetant le bouillon produit et laissant de nouveau baigner dans de l'eau de 
mer. Ils ne connaissent pas à simple vue le résultat, mais par les (signes) 
dont parle Hermès en plusieurs endroits (lorsqu'il dit) : « Fais bouillir dans 
une étoffe de lin solide. » 

Lui-même a dit de faire bouillir la plante (6), et (cela) avec raison : « en effet 
elle prend de raccroissement ». Cet accroissement n'est pas une chose vaine, 
car les plantes croissent pour la nourriture et la production des semences. 

Un grand nombre d'anciens ont mentionné les ébullitions. Marie et 
Démocrite (ont dit) : « Lave et relave, jusqu'à ce que l'antimoine ait perdu 
sa couleur noire » (7). Par ce lavage, ils veulent faire entendre le blanchi- 
ment, ainsi qu'il a été dit plus haut. 

50. En s'occupant maintenant de la substance jaune, ils font le catalogue 
des espèces jaunes. C'est pourquoi l'on dit: « Il y a deux blanchiments, et 
deux jaunissements; il y a deux compositions, l'une sèche, l'autre liquide» (8); 
c'est-à-dire que dans le catalogue du jaune, tu trouveras des plantes et des 



(i) Le soleil, c'est l'or; la lune, c'est 
l'argent : métaux que l'on extrait des 
minerais. 

(2) Pyrites. Leur traitement jouait 
un grand rôle dans les pratiques des 
alchimistes. 

(3) Avril, M. d'après une addition du 
xv" siècle. 

(4) L. ajoute «blanche ». 

(5) Traitement des sulfures métalli- 
ques par une solution de sel marin. 

(6) S'agit-il ici du gonflement et de 
l'exfoliation de la pyrite soumise à l'ac- 
tion de l'air et de l'humidité, phéno- 



mènes assimilés à l'accroissement d'une 
plante ? 

(7) Le sulfure d'antimoine peut être 
changé par là en oxychlorure. 

(8) Rappelons ici que les recettes du 
Papyrus de Leide se rapportent à deux 
catégories, savoir : d'une part, par voie 
sèche, les argentures ou dorures, ainsi 
que les alliages couleur d'or ou d'ar- 
gent; et, d'autre part, par voie humide, 
les vernis jaunes ou blancs, ainsi que 
les couleurs d'am.algamation, appliqués 
à la surface des métaux (Introi., p. b-j 
et 60). 



OLYMPIODORE. — SUR L ART SACRÉ IO9 

minéraux. Tu trouveras aussi deux liqueurs : l'une dans le chapitre du 
jaune, et l'autre dans celui du blanc. 

Dans le chapitre des liqueurs jaunes (i), figurent les produits obtenus 
avec les plantes jaunes, telles que le safran, la chélidoine et autres sem- 
blables. 

Dans la liste des compositions blanches, et parmi les matières sèches, sont 
toutes les (substances) blanches, telles que la terre de Crète (la craie) (2), la 
terre de Cimole et autres analogues. 

Dans le chapitre des liqueurs blanches, sont toutes les eaux blanches, telles 
que la bière, les sèves, les sucs propres des plantes. 

Rangeant toutes ces choses parmi les couleurs, ils y ont appliqué leurs 
soins. Jugez-en vous-mêmes, gens intelligents, après vous être préala- 
blement exercés en ces (matières). Quant à nous autres, dédaignant toutes 
ces choses, suivant Démocrite, .< nous connaissons les diversités de la 
matière et nous allons au plus utile ». 

Vois dans le traité de l'Action, au second livre, ce que ditZosimeau sujet 
du blanchiment : « Il y a deux blanchiments, comme aussi deux jaunisse- 
ments, l'un par délaiement (3), et l'autre par cuisson. Voici comment on opère 
par délaiement : l'opération n'a pas lieu simplement, mais elle s'accomplit 
dans une demeure consacrée. A l'extérieur de cette demeure sacrée, distribués 
pareillement dans tous les sens, sont disposés à l'entour des pièces d'eau et 
des jardins, afin que le zéphir en soufflant (ne dessèche pas) la poussière 
et ne l'enlève pas hors du mortier. » C'est ainsi qu'il a parlé, en termes 
mystiques, du lieu de la pulvérisation. « Et vous-mêmes, gens intelligents, 
distinguez « le centre de la demeure »; ainsi que le sens de ces mots : 
« les pièces d'eau et les jardins ». 

5 1. Hermès suppose que l'homme est un petit monde (microcosme), 
lorsqu'il dit : « Tout ce que possède le grand monde, l'homme aussi le pos- 
sède. Le grand monde a des animaux (4) terrestres et aquatiques; l'homme a 
aussi des puces et des poux, en fait d'animaux terrestres, et des helminthes, 

(i) II manque, pour la symétrie, les j (3i Délaiement précédé d'une pulvé- 

matières jaunes sèches. | risation. 

(2) Toute terre ou argile blanche | (4) AL :« petits et grands ». 

était appelée de ce nom. j 



IIO 



TRAITES DEMOCRITAINS 



en fait d'animaux aquatiques. Le grand monde a des fleuves, des fontaines, 
des mers; et l'homme a des intestins (i). Le grand monde a les animaux 
aériens, et Thomme a les cousins (2). Le grand monde a les souffles partout 
répandus, tels que les vents (3) ; et l'homme a les flatuosités (4). Le grand 
monde a le soleil et la lune (5) ; l'homme a ses deux yeux, et l'on consacre 
l'œil droit au soleil, et l'œil gauche à la lune. Le grand monde a des mon- 
tagnes et des collines, et l'homme a des os (6). Le grand monde a le ciel (7); 
l'homme a la tête (8). Le grand monde a les douze signes du Zodiaque (9), 
savoir : le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion, la Vierge, 
la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau et les Pois- 
sons. L'homme a ces choses depuis la tête, c'est-à-dire depuis le Bélier, 
jusqu'aux pieds, qui répondent aux Poissons. 

C'est là ce que les anciens expriment, en disant que l'homme est l'image 
du monde; ce que rapporte Zosime dans son livre de la Vertu. De même la 
terre est l'image du monde. 

52. Ne pouvons-nous pas aussi délayer l'homme et en faire des projec- 
tions ? dit le philosophe, s'adressant à Zosime. Or celui-ci dit : « Nous avons 
prouvé que cet œuf (philosophique) est la reproduction de l'univers. » Her- 
mès, aussi, faisant entendre par énigme l'œuf dans la pyramide (10), disait 
que l'œuf était à proprement parler la substance de la chrysocolle et de 
l'argent (11). L'œuf est appelé le monde à la chevelure d'or; et Hermès 
désigne le coq (12) comme étant un homme maudit par le soleil. Voilà ce 



(1) A ajoute : « des veines et des 
varices (?) ». 

(2) ALajoute: «les moucherons, etc. ». 

(3) AL ajoutent : « les tonnerres et 
les éclairs ». 

(4) AL ajoutent : « les ventosités, les 
maladies, les accidents, etc. ». 

(5) AL, après le mot monde, ajoute : 
« a deux flambeaux ». 

(6) AL : et de la chair ». 

(7) AL ajoutent : ι et les astres ». 

(8) A : (( et les oreilles ». 

(9) L'énumération de ces douze signes 
n'existe pas dans M. — Elle est tirée de 
AL. — Cette description répond exac- 



tement h la figure astrologique du folio i 
du ms. 2419 et aux développements 
traduits dans r/nirorf., p. 2o5. 

(10) Dans le livre des Kyranides, A K. 
Cp. Origines de l'Alchimie, p. 47. 

(11) C'est-à-dire la conjonction des 
métaux dans une même composition, 
susceptible d'engendrer l'or. 

(12) Dans la Bibl. des Philosophes chi- 
miques, t. IV, p. 575, on lit : le coq 
pris pour le symbole de la chaleur natu- 
relle, attachée à Mercure, qui la lui 
transmet du ciel astral, dès la pointe du 
crépusculaire de l'aurore matinale ». 
Est-ce le même symbole ? 



OLYMPIODORE. — SUR I. ART SACRE I I I 

qu'il dit dans le livre antique (i]. C'est là qu'il fait mention de la taupe, 
disant que cet animal avait aussi été un homme ; il avait été maudit de Dieu, 
pour avoir révélé les mystères du soleil (2) et (Dieu) l'avait rendu aveugle. 
Et de fait, si la taupe monte à la face du soleil, [la terre ne l'accueille plus 
jusqu'au soir. Il dit que cela est arrivé parce que cet homme avait connu la 
forme (mystérieuse) du soleil (3). (Dieu) le relégua dans la terre noire, comme 
ayant transgressé la loi, et révélé le mystère aux hommes. 

53. Résumons tout ceci, pour abréger (4). On reconnaît que le genre (ani- 
mal) existe en raison de ses générations successives et se distingue en espèces, 
telles que les êtres volatils (et ceux qui ne le sont pas), lesquels sont à la portée 
de la main,sans autre défense qu'eux-mêmes. De même les reptiles et les qua- 
drupèdes, distincts entre eux quant àrespèce,tandisqu'ilss'accordent par la 
puissance (de reproduction) (5). Mais l'homme est supérieur à tous les ani- 
maux sans raison, comme Synésius l'écrit à Dioscorus (6). Il dit: « L'homme 
est le plus important de tous les animaux vivant à la surface de la terre. » 

« Le but propre de tout l'art, dit Horus, c'est d'avoir pris secrètement la 
semence du mâle (7); tandis que toutes choses sont mâles et femelles. « 
Gomme le dit quelque part Marie : « Unissez le mâle et la femelle et vous 
trouverez ce qui est cherché. En effet sans le procédé de cette réunion, rien 
ne peut réussir, car la nature charme la nature, etc. » 

54. Démocrite, à l'occasion de ces choses, a composé quatre livres sous 
ce titre : Le Principe (8;. 

Marie dit : a prenant une feuille d'argent » ; et la même, ailleurs : 

« prenant la feuille de la kérotakis (9) ». Or elle appelle kérotakis l'instru- 



(i) Il y a là quelques vieux mythes ! suite de notes et d'extraits incohérents, 

égyptiens défigurés. — Doit-on enten- (5) Tout ce passage est obscur; il 

dre que la taupe est citée ici parce , paraît fondé sur l'opposition des ter- 

qu'elle fouille la terre et révèle ainsi mes .-genre et espèce. 

l'or? — A-t-elle été aveuglée par l'éclat (6) Cp. Synésius, § 1 1, p. 69. 

de l'or, assimilé au soleil ? {7) Allusion obscure aumythed'Osiris. 

(2) C'est-à-dire de l'or; le signe est V. aussi la mention de la terre veuve, 
le même. privée de la rosée fécondante, c'est-h- 

(3) Var. dans A : « La forme de la dire de son époux, comme Isis, p. gO. 
Chrysopée. « — L'auteur joue sur l'iden- (S) Cp. Orig. άβΙΆΙοΙι.,ρ. i3i, 1.7,en 
tité du signe de l'or et du soleil. j montant : « Sur les dissertations. » 

(4) Ces paragraphes renferment une | (g) Y. I>itrod.,p. 144. 



112 



TRAITES DEMOCRITAINS 



ment employé pour échauffer la feuille. [Le mot feuille désigne (aussi) un 
débris de plante (i)]. 

Et ailleurs, la même : « Dans le même motarion (mets) de la sandaraque 
jaune, y [Remarquez le nom féminin de la sandaraque. Quant aux «iofarUT 
comme vous le savez, ils sont faits avec du linge (2)]. 

Et sur la stèle, au-dessous de la figure de l'espèce masculine (3), il y a ces 
mots de Marie : « et avec toutes choses » ; et ailleurs : « la préparation 
ignée ». Marie dit encore : « Ne va pas toucher avec tes mains; tu n'es pas 
de la race d'Abraham; tu n'es pas de notre race » (4). 

55. Remarque que l'art est spécial et non commun, comme quelques-uns 
le croient : ils ont parlé comme à des auditeurs ordinaires, capables de 
connaître et de comprendre. Mais toi, mon excellent fils, recueille les 
choses qui te paraissent utiles, conseillé par le philosophe en ces termes : 
« Je (vous) parle comme à des gens intelligents, exerçant vos esprits à 
connaître de quelles choses il faut se servir ». Si les modernes avaient été 
exercés dans ces matières, ils n'auraient pas échoué en s'engageant sans 
discernement dans les opérations. Et (encore) : « Devenez tels que les fils 
de médecins, afin de comprendre les natures ; en effet les fils de médecins, 
lorsqu'ils veulent préparer un remède salutaire, n'opèrent pas avec une 
précipitation inconsidérée, etc. » 

Voici dans quel sens il a été dit que l'art est spécial et non livré à tous. 
Ecoutez, gens sans réflexion, ce que dit Horus (5) l'extracteur d'or à Cro- 
nammon, sur l'art des divisions et des espèces : « J'introduirai une petite 
explication, exposant l'interprétation de la véritable nature, seulement en 
ce qui touche les classes mentionnées parmi nous ; la vérité concernant 



(i) Le mot feuille est pris ici pour 
lame métallique ; mais *le glossateur 
rappelle son autre sens, qui veut dire 
partie de plante. Dans L, au lieu de 
cette phrase, il y a : « la feuille est tra- 
vaillée dans le botarion » ; ce qui con- 
corde avec les figures d'appareils plus 
modernes, telles que les fig. 3j et 38 de 
Vlntrod., p. 162, i63. 

(2) Linge dans lequel on enveloppait 
le minerai, tel que la sandaraque, que 



l'on faisait digérer dans l'eau de mer. 
Voir plus haut, p. 108 et 99, note 3. 
La partie entre crochets est une glose. 

(3) Ou arsenicale, opposée à la san- 
daraque féminine nommée plus haut. 

(4) Var. de L : « Si tu n'es pas de 
notre race, tu ne peux le toucher, parce 
que l'art est spécial et non commun. » 

(5) A. porte l'Amour, έ',οω;, au lieu 
d'Horus : sur ce mot, Cp. Origines de 
l'Alchimie, p. 85. 



OLYMPIODORE. 



APPENDICES 



ii3 



les minerais et les pierres n'ayant été publiée nulle part. Je dis la vérité 
relative aux minerais; car les classes n'ont jamais été épuisées jusqu'au 
bout. En effet qui ne saitque l'or, l'argent, le cuivre, le fer, le plomb, l'étain, 
comme aussi les terres, les pierres, les minerais métalliques sont (extraits) 
de la terre et sont mis en œuvre? » 

C'est d'après ces (données) qu'ils ont fait leur écrit; ils exposent aussi les 
liqueurs tirées des sèves et des sucs des plantes, des arbres, des fruits, des 
bois secs et humides. En composant des liqueurs avec ces substances, ils 
ont constitué l'art. Ils ont partagé cet art unique comme un arbre divisé en 
mille rameaux, et ils en ont formé mille classes. 

Tu as donc ici, en toute puissance, l'ensemble de l'œuvre. Il comprend 
le molybdochalque, la pierre étésienne et toutes les substances dorées, 
obtenues par cuisson et qui s'écoulent ensemble. Or ces mots : « les 
substances qui s'écoulent ensemble i> ne signifient pas autre chose que les 
substances qui se liquéfient simultanément et par cet agent (i), c'est-à-dire 
au moyen du feu. 



II. IV B.s_ _ OLYMPIODORE. — APfeNDICES 



APPENDICE I 
Texte anépigraphe. — Commentaire de la Formule de l'Ecrevisse (2). 

Prenant le sédiment sec et noirci qui reste, blanchis-(le) de cette façon. Prends 
de l'eau de chaux préparée à l'avance, ou de l'eau de chaux fabriquée au moyen de 
ia cendre d'albâtre, en guise de lessive pour savonner. Projette les matières dans le 
liquide et lave bien, jusqu'à ce que l'eau soit noircie; filtre, puis transvase l'eau qui 
en provient. 

Ajoute d'autre eau, si tu veux; après avoir laissé l'eau digérer pendant quelques 
jours, filtre; lave encore le (contenu du) vase, en suivant l'ordre indiqué précédem- 
ment. Ensuite transvase de nouveau l'eau noircie, avec la précédente. Puis ayant 



(i) C'est-à-dire la fabrication des 
alliages métalliques couleur d'or, dont 
les composants demeurent unispendant 
lafusion et la coulée du métal, sans qu'il 
y ait séparation ou liquation. 



(2) Introd., p. 1 52. — On reproduit ici 
ce texte en petits caractères, parce qu'il 
est donné comme développement des 
§§ 3 1, 38, 40, 48 d'Olympiodore, relatifs 
aux scories (p. gS, 99, loi, 107). 

15-1 




Λ 



114 



TRAITES DEMOCRITAINS 



-;ί 



fait digérer pendant le même nombre de jours, filtre le contenu du vase et lave. 

En faisant cela plusieurs fois, la couleur noire disparaît h la surface, et la matière 
devient d'une couleur blanche. Quant aux eaux noircie^ auparavant, mets-{les) 
dans un vase de verre et, après avoir luté le vase tout autour, laisse sécher et fais 
digérer pendant quelques jours. Le produit passé h l'état d'ios doit être mis dans 
l'appareil à gorge. Il redevient ainsi blanc. 

Après l'avoir blanchi d'abord, comme il a été dit précédemment, sèche-le et mets- 
le dans un mortier; jettes-y de l'eau blanche, (provenant) des produits précédents. 
Ajoutes-en peu à peu et broie, jusqu'à ce que la matière soit bien lavée d'avance et 
arrive à l'état et à la forme voulue. Après l'avoir desséché, mets-le dans un alambic 
de verre luté soigneusement (i); fais digérer pendant quelques jours, c'est-à-dire 
jusqu'à ce que la cendre se délaie, puis parvienne à un blanchiment convenable. 
Qu'elle se délaie et se désagrège. Expose-la au-dessus du vinaigre : sous l'influence 
de vapeurs piquantes, la matière se divise et devient blanche comme la céruse 
provenant du plomb. 

Il est possible de produire aussi cet effet avec de la chaux, en plaçant notre pierre 
au-dessus de la vapeur acide du vinaigre, à la façon d'une feuille de plomb (2). 

Mais pour donner à ces matières la coloration jaune, après que la prépara- 
tion a été convenablement lavée et desséchée, il faut d'abord l'arroser avec des eaux 
jaunes et faire macérer : la matière prend ainsi la couleur blanche : il faut ensuite 
dessécher et traiter convenablement (3l. 

Ainsi aura été accomplie. Dieu aidant, la pratique de Justinien. 



Cette recette s'applique à la transformation d'un composé métallique noir, te! 
qu'un sulfure ou un résidu de fusion, en oxyde blanc (ou carbonate), par l'action 
lente de l'eau et de l'air. Quant au rapport entre cette recette, qui s'applique au 
lavage des scories, et la formule de l'Ecrevisse, il résulte de ce que l'oxyde ainsi 
obtenu servait à la préparation de l'alliage appelé molybdochalque [Introd., p. i53; 
voir aussi le présent volume, p. 101, texte et note 4). 

APPENDICE II 

§ 5 1 . — Rédaction de L pour le passage relatif au microcosme et au macrocosme. — 
Ces variantes ont été données en détail dans les notes de la Traduction du texte. 



(1) Ceci semble répéter l'alinéa pré- 
cédent. 

(2) C'est-à-dire comme dans la pré- 
paration de la céruse. 



|3) Cette phrase est tronquée; on 
n'aperçoit pas l'agent qui détermine 
la coloration jaune. 



n 
k 



OLYMPIODORE. — APPENDICES lO 



APPENDICE III ^ 



§ 35. — Rédaction de L. Après le passage : « Horus ii Cronammon exposant ^ 

l'interprétation de la véritable nature i>, le manuscrit poursuit en ces termes : 



Sachez donc, ô mes amis, vous les artisans de l'or, qu'il faut préparer les 
minerais convenablement et avec une grande habileté, ainsi que je l'ai 
expliqué précédemment; car autrement l'opération ne pourra être amenée à 
son terme. Or le nom de minerais est donné, d'après les anciens, à l'ensem- 
ble des sept métaux; car leurs minerais sont extraits delà terre, et de nature 
pierreuse : on les met en œuvre. Tous ont écrit sur ce sujet. 

(Il y a), en outre, les liqueurs (extraites) des plantes et des sèves, des sucs 
des arbres, des fruits et des bois secs et humides. Avec ces données, ils 
ont constitué l'art et, le traitant comme un arbre divisé de tous côtés en 
mille rameaux, ils l'ont distribué en mille classes et opérations. 

Tu possèdes donc ici, en toute puissance, l'ensemble de l'œuvre du cui- 
vre, c'est-à-dire la pierre étésienne, les substances dorées, obtenues par 
cuisson et qui s'écoulent ensemble, et tout ce qui concerne l'art. Or ces mots : 
« les substances qui s'écoulent ensemble », ne signifient pas autre chose que 
les substances qui se liquéfient simultanément et par cet agent, c'est-à-dire 
au moyen du feu. — Fin d'Olympiodore. 



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